ANATOMIE PATHOLOGIQUE
Quand on a vu les symptômes effrayants du choléra être suivis d’une mort quelquefois si prompte, qu’ils ne donnent pas à l’homme
de l’art le temps de venir au secours de la malheureuse victime on doit s’attendre à trouver, à l’autopsie cadavérique, quelque lésion grave dans l’une des trois cavités splanchniques , lésion qui puisse expliquer des accidents aussi funestes ; mais l’on est bien étonné , lorsqu après une recherche minutieuse , on n’a pu découvrir que quelques altérations partielles trop légères pour leur imputer des résultats si fâcheux. Avant d’avoir vu de mes propres yeux, j’avoue que j’avais une certaine répugnance à ajouter foi à ces rapports nécroscopiques faits d’ailleurs par des hommes consciencieux. Mais depuis , ayant eu le triste avantage d’assister, en qualité de chirurgien externe à l’hôpital S'-Éloi, à l’autopsie d’un grand nombre de cholériques, j’ai été forcé de me rendre à l’évidence; et, en effet, qu’ai-je aperçu? cerveau quelquefois légèrement injecté; poumons comprimés, contenant peu d’air ; système artériel et veineux sans altération; les artères profondes contiennent moins de sang que celles périphériques : on dirait que la masse du sang est diminuée et que c’est surtout aux dépens du système artériel. L’on ne saurait douter qu’il n’y ait altération dans les propriétés physiques du sang des cholériques : on dirait qu’il y a soustraction de sérosité , et l’on sait qu’alors le sang n’est plus de la chair coulante, mais stagnante, comme le disent MM. les professeurs Dubrueil et Rech ; ce qui m’expliquerait la cyanose.
Les intestins sont remplis d’un liquide couleur de décoction de pois; leur muqueuse otfre, dans le plus grand nombre des cas, des traces d’une légère inflammation : j’ai vu presque constamment la vessie vide et ratatinée ; voilà pourquoi les urines sont milles chez les cholériques ; le système urinaire ne fonctionne plus sans doute. L’habitude extérieure du corps a un aspect que l’on ne saurait définir : les cadavres sont d’une raideur remarquable ; les membres sont ordinairement fléchis ; on les a vus quelquefois exécuter des mouvements comme par l’effet de la volonté. Ceci , joint à la chaleur qui se manifeste quelquefois après la mort , en a imposé à la masse ignorante. Rappelons-nous ces scènes violentes qui ont eu lieu dans diverses localités. Il ne suffisait pas, sans doute que le médecin
hasardât sa propre existence et celle d’une famille pour secourir des personnes qui lui étaient étrangères ; souvent il fallait encore qu’il fût blessé dans ce qu’il a de plus cher, sa conscience.