ACCOMPAGJNÉ DE NOTES ET DE RÉFLEXIONS
(Pages 46 et 47)- A Philadelphie, séquestration absolue du détenu dans une cellule solitaire, avec travail facultatif, que tous postulent avec ardeur comme moyen de distraction.
A Auburn , ils ne sont isolés que pendant la nuit ; ils travaillent en commun , mais en silence (i).
*On a placé des guillemets à tous les passages textuellement empruntés aux auteurs.
(i) Le système de Philadelphie est un tour de force presque inouï et qui pourra difficilement trouver des imitateurs, soit à cause de l'immense emplacement qu'il faut pour fournir une cellule de travail et de coucher ainsi qu'une cour à chaque prisonnier, mais plus encore à cause de l'énorme dépense qui en résulte. Le système d'Auburn est plus simple et plus praticable, mais il présente une uniformité de sévérité pour toutes les classes de détenus qui parait avoir bien desinconvéniens, et un philanlrope distingué de notre époque l'a nommé une machine à haute pression , qui menace sans cesse de faire explosion pendant la durée de la détention des individus. Outre cela, il risque de manquer son but et de ne produire après la détention que l'irritation contre la société
Parallèle à l'avanlage d'Àuburn.... motivé sur ce qu'ils ont aperçu de leurs propres yeux de la galerie où l'on voit tout sans être vu soi-même.
et le dësir de la vengeance, par l'état de contrainte de tout genre dans lequel sont tenus les prisonniers , et de cessation de tous rapports sociaux sans développement suffisant des sentimens moraux et des facultés intellectuelles. A Genève, le re'gime adopté paraît tenir un juste-milieu entre les deux principaux systèmes des Etats-Unis. L'isolement la nuit et le silence au travail, pendant les repas et dans les cellules, sont les seules règles uniformes dans toutes les divisions. Pour les condamnés en récidive , le principe de la possibilité de l'isolement le jour, avec travail, y est consacré, et il y est appliqué d'une manière temporaire , d'abord pendant un certain temps, à l'entrée de chaque prisonnier, et ensuite pendant la durée de la détention , pour conduite irrégulière au travail, avec ceux qui le font en commun. Déplus, cette classe de prisonniers prennent leurs repas dans leurs cellules, ne font de l'exercice qu'en marchant circulairement autour de la cour à distance égale tes uns des autres, et passent en cellule une partie des heures de repos et la plus grande partie des jours de fête. Le silence est absolu, toujours, dans cette division et dans la suivante.
Le second degré de sévérité est appliqué aux condamnés criminellement,, non en récidive. Pour eux, le travail a toujours lieu en commun, ainsi que les repas, et l'exercice dans les cours y est libre, quoique silencieux. Une troisième catégorie est celle des condamnés correctionnel îeinent en premier jugement, pour lesquels le travail a également lieu en commun, m.- 's où l'obligation du silence n'existe que pendant Le travailles repas et dans les cellules; une conversation tranquille y est permise, dans les cours, entre deux détenus seulement, mais encore sous une active surveillance. Enfin , une quatrième division est celle des jeunes gens, d'abord, de tous ceux condamnés au-dessous de 16 ans, et ensuite de ceux de 16 à 18 ans que l'administration juge convenable, par leur peu de développement physique, de mettre dans la même classe. Le régime intérieur de cette division e t le même pour les règles de silence et de travail que dans le quariler criminel, sauf que dans les cours ils peuvent avoir conversation avec l'employé gardien , homme aioral et bien choisi. Voilà la position où sont placés tous les prisonniers, Sommes condamnés à un an au moins de détention , et. tous les jeunes <gens condamnés à être enfermés dans une maison de correction quel qu'en troit -le temps; mais la grande sévérité des deux premières divisions, qui ^erak peut-être trop forte et pourrait être fâcheuse si elle était sans rappel,,
A Singsing, 900 détenus sont gardés par 3o hommes en plein air, dans les carrières où ils travaillent sans être enchaînés. ( Le silence protège les gardiens en rendant les complots presqu'impossibles. )
Administration de toutes les prisons d'Amérique, choisie par l'autorité suprême :
Trois inspecteurs.
Un surintendant (homme de distinction) responsable ;
Un greffier , qui a la partie financière ;
Gardiens en sous-ordre nommés par le surintendant , en général gens du métier pour surveiller les ateliers.
Chaque année il y a un rapport des inspecteurs, publié par les journaux, ce qui place ces établissemens sous la surveillance du public.
Suppression totale des jeux de hasard dans toutes les prisons (1).
ainsi que toutes les différences que présentent les quatre divisions, peuvent disparaître pendant la durée de la détention par la bonne conduite des prisonniers. Le règlement de ce nouveau régime disciplinaire donne aux prisonniers des quatre divisions la chance d'arriver dans un quartier d'améliorés soumis aux mêmes règles de silence pendant le travail , ainsi que pendant les repas et dans les cellules, mais où les conversations générales sont permises dans les cours, toujours sous surveillance, et où les prisonniers jouissent de certaines douceurs et facilités qui leur permettent entre eux des rapports de bienveillance qui tendent à préparer leur retour dans la société , sans une transition trop forte et souvent alors dangereuse. Après cela, si, dans ce quartier de faveur où ceux des premiers degrés ne peuvent arriver qu'après avoir passé par les divisions intermédiaires, les uns ou les autres commettent quelque faute, ils sont immédiatemens ramenés dans les divisions plus sévères. Tel est le système nouvellement adopté à Genève, et dont on espère les plus heureux résultats.
(i) Toute espèce de jeu est interdit dans la prison pénitentiaire de Genève , à l'exception du jeu de dames dans la classe des améliorés , mais encore il ne peut être accompagné d'aucun intérêt pécuniaire ou matériel.
Les cellules d'/Vuburn ont sept pieds de roi sur trois et demi, bien aérées.
A Auburn , les détenus mangent ensemble.
A Singsing , et dans les autres pénitenciers , ils mangent seuls. Nos auteurs préfèrent ce dernier mode.
Le travail n'est jamais interrompu tant qu'il fait jour.
Toute la nuit est donnée au repos dans les cellules. Nourriture grossière, mais saine et abondanle (i).
Les boissons fermentées proscrites (2).
A Philadelphie , la plus grande égalité règne parmi les détenus ; tous travaillent en général comme tisserands, cordonniers, menuisiers , etc.; dans les autres pénitenciers, de tous les métiers possibles (3). Leur travail est très-productif, mais entièrement au profit de rétablissement ; on ne leur en réserve pas la moindre partie. Nos auteurs trouvent celte règle bien dure, et voudraient la modifier de la manière dont ils l'indiquent. (Page 70) (4).
(1) Il a été reconnu, à Genève, qu'une nourriture trop grossière nécessitait un trop grand nombre d'exceptions pour les santés délicates et entraînait à des abus. La nourriture y est simple , mais bonne, appropriée à tous les estomacs, et la même dans toutes les divisions, cet objet n'ayant pas paru devoir entrer dans le système de pénalité , et devant être pour tous le strict nécessaire et rien de plus.
(2) A Genève, les prisonniers ne boivent que de l'eau, sauf par ordonnance du médecin.
(3) La nature du travail est entrée pour quelque chose dans la pénalité des divisions de la prison pénitentiaire. Les industries de tailleurs dliabits, cordonniers, selliers, tisserands, qui existent dans trois divisions, sont interdites dans celle des récidives, où il ne se fait que des ouvrages très- simples et peu productifs, afin de faire désirer et tendre d'autant plus à passer dans une autre division.
(4) A Genève, la moitié du prix fixe^au travail des prisonniers, dont la journée moyenne est de 40 centimes, leur est abandonnée, mais est divisée en deux portions égales, dont l'une est disponible pendant la durée de la détention avec des restrictions plus ou moins
« Pourquoi ne pas adopter le régime de la prison de Bal- » timoré, où, tout en reconnaissant le principe des autres pé- » nitenciers d'Amérique , on en adoucit la rigueur ? Bans cette » prison, chaque condamné a sa tâche fixée pour la journée; » quand il Ta finie , il ne cesse pas de travailler, mais il corn- « mence à travailler pour lui; tout ce qu'il fait après sa tâche » compose donc son pécule ; et comme la remise ne lui en » est faite qu'à l'expiration de sa peine , on est sûr que l'ar- » gent qu'il a gagné de la sorte ne sera point nuisible à la y> discipline do l'établissement. En général, le moment le plus » dangereux pour les condamnés libérés est celui de leur sor- » tie de prison. Il n'est pas rare que tout leur pécule ne se » dépense pas dans les vingt-quatre heures qui suivent leur » mise en liberté. À Genève, pour remédier à la coutume de » ne point remettre aux condamnés leur pécule à l'instant » de leur sortie de la prison , on le leur fait parvenir un peu » plus tard, lorsqu'ils sont rendus au lieu de leur résidence. » On agit de même en France, depuis quelque temps, pour les » condamnés qui sortent des bagnes et des maisons centrales. » C'est une mesure sage qu'il importe de conserver. »
Le fouet , usité envers les hommes , est interdit envers les femmes pour les contraindre au silence. Les plus rebelles cèdent à l'emprisonnement solitaire auquel on joint le travail, ce qui dispense presque toujours d'administrer le fouet. On laisse aux gardiens assez d'arbitraire pour maintenir Tordre dans des prisons aussi nombreuses ; il va jusqu'aux coups de fouet excepté enPensylvanie.
M. Edouard Livingston est contre le fouet , mais l'opinion
grandes suivant les de'cisions, et l'autre mise en réserve et placée dans une caisse d'épargne pour être employée à l'avantage du prisonnier après sa sortie; ensorte que, dans aucun cas, il ne peut en disposer à son gré, et que cet emploi est dirigé et administré par le comité de surveillance morale de la prison, dont il sera parlé plus tard.
publique en sanctionne l'usage (i). L'état sanitaire des pénitenciers est meilleur que celui des anciennes prisons ; malgré l'emprisonnement solitaire on y meurt moins.
(Pages 90 et 94.) A Philadelphie, moyens moraux d'ame'lioration.
Enseignement à lire des détenus (mais volontaire).
Enseignement religieux (idem). Chaque détenu reçoit une Bible gratis de l'administration.
(Page 95.) Avantages de l'isolement, même après le retour des détenus à la liberté , parce qu'ils n'ont contracté aucune liaison entre eux en subissant leur peine.
(Page 97.) Secours religieux dans les différens pénitenciers d'Amérique.
(Page 99.) Ecoles du dimanche pour les détenus, tenues gratuitement par des particuliers charitables appartenant aux classes les plus distinguées de la société.
(Page 100 et suiv.) Effets de ces moyens sur leur régénération morale, rapportés par les chapelains de ces prisons.
(1) L'usage du fouet, jugé indispensable dans les pe'nitenciers des Etats - Unis, pour y maintenir le silenee là où le travail a lieu en réunion , serait probablement un obstacle insurmontable à l'établissement du système pénitentiaire dans une partie de l'Europe, et surtout en France, si la prison pénitentiaire de Genève ne venait pas de faire l'expérience qu'un silence absolu peut être obtenu sans autre moyen coercitif que la cellule et le régime du pain et de l'eau. Ce changement majeur a été établi à Genève, en mai i833, avec une facilité et une promptitude qu'on n'avait pas osé espérer; et si l'on objecte à ce fait que ce qui a été possible avec un nombre de i5à 20 détenus dans chaque division ne le serait pas avec les réunions de plusieurs centaines d'hommes dans une même salle, on répondra d'abord qu'on doute encore de cette impossibilité, mais qu'à supposer que le fait fût incontestable, il vaudrait bien mieux ne pas renoncer au système pénitentiaire, quoique incompatible avec des châtimens infamans que les mœurs et la civilisation de plusieurs Etats de l'Europe réprouvent également, et se résoudre à une subdivision de prisonniers, qui est la base principale d'un bon système pénitentiaire. Il faut dans un établissement de ce genre qu'un même
(Page io5 et suiv.). Bonnes habitudes contractées en vertu de ce système (i).
Question vitale,
(Page u6.) Suites ordinaires d'une guerre, influence funeste qu'elle exerce encore après la paix sur le nombre des crimes, exemples puisés dans l'état de la criminalité en 1816, constatés officiellement.
(Page 1 19.) Un des moyens de constater la bonté du système , c'est de vérifier la rareté des récidives.
(Page 12 1.) Comparaison des anciennes prisons avec les pénitenciers d'Auburn et de Wethersfield, fondés depuis assez long-temps pour établir cette comparaison. Dans les anciennes
gardien et aie à surveiller jusque dans les plus petits détails 20 ou 3o prisonniers et pas au-delà; et puisque le plan panoptique peut permettre jusqu'à douze divisions inspectées d'un point central, ce qui ferait une prison de 3 ou 400 prisonniers, on ne peut pas dire qu'il y ait, dans l'un ou l'autre cas des moyens indiqués, obstacle insurmontable.
(1) L'œuvre morale et religieuse de la prison pénitentiaire de Genève, consiste :
i° Dans les services religieux qui sont faits par les chapelains des deux communions, outre les visites particulières de ces chapelains aux prisonniers.
2° En une heure de lecture morale et religieuse faite séparément tous les dimanches aux prisonniers des deux communions.
3° Dans les visites des membres du comité de surveillance morale et de régénération des prisonniers, qui se les répartissent entre eux, et leur font plusieurs visites par mois, puis s'occupent d'eux pour l'époque de leur sortie et exercent un patronage bienveillant après leur libération sur tous ceux qui restent dans le pays, ou recommandent autant que possible à l'étranger ceux dont la destination peut être connue. Ils sont aussi ordinairement chargés de l'emploi ou de la surveillance de leur pécule de réserve. -
4° Enfin, dans les leçons données à tous les prisonniers pour l'enseignement de la lecture, de l'écriture , de l'orthographe et de l'arithmétique.
prisons , les récidives étaient d'un sur six, et même (l'un sur quatre.
Dans les nouveaux pénitenciers d'un sur vingt.
(Page 122.) Accord de i'expérience avec la théorie, démontre par un résultat aussi satisfaisant (i).
(Page 124.) Moralité remarquable des femmes en Amérique ; on n'en compte que 4- sur 100 détenus. L'auteur ajoute: « Or, celte moralité de la femme doit influer sur la société tout » entière, parce que c'est sur elle surtout que repose la mora- » lité de la jamille. »
Ce témoignage répond à bien des calomnies inventées par
l'esprit de parti , contre l'Amérique.