‹ Quelques notes sur des peintres lorrains des 15e, 16e et 17e sièclesChapitre 1 sur 3 · NANCY · texte numérisé non relu

NANCY

A. LEPAGE, IMPRIMEUR-LIBRAIRE liDITEUR , Grantle-Ruc (VilIe-VicilIe), 14.

OUKLOLES NOTES

DES XV' XVP ET XVIP SIECLES.

— ««OJ>0<lc

« Peu de pays , » a tiil un écrivain moderne qui ne saurait élre accusé de partialité ; e peu de pays ont été doués d'un » génie des arts aussi vrai et aussi fécond que la Lorraine. » La France s'enorgueillit depuis longtemps des noms illus- » très dont celle belle province a enrichi sa couronne ; mais , » en réalité , quand la charmante pléïade des artistes lorrains » se produisit et se développa, ce fut sous rinllucncc des ducs

» de la cour de Nancy Et ces Lorrains, peintres, sculp-

» leurs, graveurs, archilectes, sont innombrables, et, seule- » ment pour Us énumérer, plusieurs pages seraient néccs- » saires (1). »

{i) Ui'clicrchcs sur la vie cl les ouvrages de i|ueli|ucs poinlrcs provinciaux (le ruucicnuc France . par M. Pli. de ClienDCvières-Pointcl. i850.

J"é|»roMvc , je ravouo , un vif senliincnl d'orgueil m reproduire CCS lignes , expression de la vérilé , juste lioriiinage rendu à notre pays : oui , nos princes se montrèrent toujours les prolecteurs aussi généreux qu'éclairés des arts ; oui , les artistes lorrains forment une j)lialangc innombrable, el plusieurs pages ne sufllraicnl pas pour enregistrer leurs noms , si l'on considère surtout que ceux dont l'Histoire a parlé, sont moins noiTd)reux peul-élre que ceux sur lesquels elle a gardé le silence.

Il ne saurait plus y avoir aujourd'hui de doute à cet égard, en présence des découvertes (pii ont été récemment faites , et dont je me propose de consigner ici quelques résultats.

Malgré les peines que s'est données l'auteur de la Bibliothèque lorraine pour élever un monument à la gloire de sa patrie , eii signalant tous les hommes marquants qui y sont nés , son livre , quelque volumineux qu'il soit , contient des lacunes considérables ; non point, et j'ai hâte de le dire, que le savant Bénédictin ait péché par indifférence ou ait reculé devant des recherches arides; mais simplement parce qu'il n'a pas eu le bonheur de trouver la source où il fallait puiser.

Cette source, aussi abondande que précieuse, elle était près de lui cependant , dans ce Trésor des Chartes de Lorraine où il a fait tant et de si utiles investigations ; elle était là , mais cachée»sous la poussière de vieux registres de comptes qui ne semblaient pas dignes d'être compulsés.

D'autres, plus heureux que Dom Calmet, ont cherché derrière cette poussière, et y ont trouvé des richesses jusqu'alors inconnues : renseignements sur les arts , sur l'industrie , sur les événements contemporains , sur la vie intime du prince , une foule de détails enfin qui sont destinés à jeter un nouveau jour sur noire histoire.

Le travail qu'on va lire est uniquement un extrait de ces

registres, la roproduclion de noies que j*ai essayé de rattacher le mieux possible les unes aux autres , la mise en lumière, si je puis m'exprimer ainsi, d'une multitude de faits dont il sera facile de tirer des conséquences , et qui pourront aider à bien comprendre , à bien tracer, si on le voulait , la physionomie artistique de chaque siècle ou de chacune des périodes formées par les règnes de nos différents ducs.

Les documents de la nature de ceux que je publie, ont une importance et une valeur qu'il n'est pas besoin de faire remarquer : ils portent avec eux tous les caractères de l'authenticité, cl sont comme autant d'articles de foi qu'on peut adopter sans crainte de tomber dans l'erreur.

Aussi a-t-on vu plusieurs écrivains préférer se borner à réunir, par ordre chronologique , des extraits de comptes , plutôt que de raconter, sous une forme brillante , la vie d'un homme ou d'un monument (1). Ce genre est aride sans doute et peu propre â captiver le lectcm" ; mais il a , pour ceux quj cherchent sérieusement à s'instruire , le grand avantage de leur ])résentor des faits positifs , des dates certaines , de leur révéler enfin une u)ullitude de particularités intéressantes qui ne sauraient trouver place dans une composition littéraire.

Je m'occu|)erai, dans ce premier travail (2), des peintres et des |)cintres-verriers lorrains des XV*, XVI* et XVIP siècles. Je devrais dire de la fin du XV* siècle seulement , car nous

(1) Je citerai , noiammcnl, le travail de M. de Laborde sur l'église de Gisor» , inséré dans les Annales archcologiqucs , année 18i9; et \cs Archives (le l'art fraurais , ([u'\ ne sont, à proprement parler, «|ii'un recueil de docunienls sur les artistes français de toutes les époques.

('i Je me propose de consacrer des uolices analogues à celle-ci, aux musiciens, aux architectes, au\ ;;raveur8, ii tous les Lorrains , enfin, qui se sont consacrés h l'élude des arU.

i»c possédons presque poiiU de renseignemenls nntériours à celle époque ; les archives des anciennes maisons religieuses onl, en grande partie, disparu, el il faul désespérer de pouvoir jamais apprendre les noms des artistes dont les Inhleaux ou les sculptures décoraient les églises dos vieux monaslères de nos contrées.

Il est probable aussi que les palais de nos ducs , que les chapelles fondées par eux , étaient ornés , aussi bien que les églises des abbayes, de peintures à fresque el de vitraux coloriés dus à des peintres nés dans le pays (1); il est probable que |)lusieurs de ces ducs , et, entr'autres, René d'Anjou (2), malgré le peu de temps qu'il habita le Barrois et la Lorraine, ne furent pas sans attacher des artistes à leur personne et sans encourager leurs travaux.

Mais on en est réduit à de simples suppositions : c'est seulement aux dernières années du règne de René II qu'on peut faire remonter le mouvement artistique qui devait , sous les successeurs de ce prince , })lacer la Lorraine au premier rang parmi les petits Etats de l'Europe. Lorsque le vainqueur de Charles-le-Téméraire put se reposer sur le trône qu'il avait si péniblement conquis , il s'empressa de faire jouir ses sujets

(1) Suger dit que des travaux avaient été faits à la basilique de Saint- Denis (V. D. Bouquel, l. i2, p. 96, 97, 99, iOI) u per plurcs aurifabrcs lotharingos. n II parle aussi des peintres-verriers ; mais il est probable que Sugcr a voulu désigner les artistes de la Basse-Lorraine cl du pays de Liège plulùl que ceux de la Lorraine actuelle.

(2) On sait que ce. prince s'adonna lui même 'a la peinlare el au dessin, dont il avait, dit-on, reçu des leçons des frères Hubert el Jean Van Eyk (plus connu sous le nom de Jean de Bruges). Le grand oncle maternel de René I*"^, le cardinal Louis de Bar, s'éiail plu h répandre sa muniGccDce sur les artistes de son temps, qu'il auirail auprès de lui, soil dans la capitale du Barrois , soit à Paris., où il faisait souvent son séjour. {Histoire de Bené d'Anjou, par M. de Villeneuve.)

de tous les bienfailâ de la paix, et i} n'oublia pas les arts, qui occupent une si large place dans la civilisation d'un peuple. C'est un genre de gloire que l'Histoire ne lui a pas encore attribué , et qu'il est juste de lui rendre ; c'est un fleuron de plus qu'on peut, je crois, ajouter à sa couronne.

Le plus ancien peintre lorrain dont j'ai trouvé le nom , s'a|)pelait Bertrand MAILLET ; il était déjà mort en 1481, après avoir fait , pour René II , des travaux qu'on n'indique pas , mais qui furent considérables , à en juger par le prix , énorme pour le temps, auquel ils furent payés.

Ces particularités sont attestées par deux notes consignées dans les comptes du Trésorier et du Receveur général . pour les années 1481-1482 et 1499-lbOO, ainsi conçues :

- A Marie, veufvc feu Bertrand Maillet, jadis paintre, la somme de trente frans pour une colle d'armes que Monseigneur a fait prendre, vallent (les 50 fr.) xxiiij livres. •

• De$pence à Marion, vefve de feu Bertrand Maillet,

poinctre (I).

■ Le seigneur Roy (2) a assigne à Marlon, vcfve de feu Bertrand

Maillet, poinctre, sur la rccepte générale, la somme de ix<= xlv

frans ix g' ij d. que ledit seigneur Roy dévoila feu sondit marit

(i) C'est le titre d'un chapitre particulier.

Od remarquera, sans doute , les nombreuses variâmes i|ui se trouvent dans rorlho{;raphe de certains mois; je dois prévenir, pour éviter toute espèce d'observation à cet égard , que mes notes ont été copiées lexluellemeul et sont, ii part quelques erreurs inévitables, entièrement conformes aux mentions des comptes auxquels elles sont empruntées.

(T Le duc de Lorraine, qualifié de roi de Sicile.

pour uuvraigcs de son meslicr au loing dcclairés on mandement dudit seigneur que lad. vefvc on a par devers elle, donné le premier jour de janvier mil iiij'^ iiij»»et vj, donl Anthoine\VarriD, jaidis receveur, a rendu copie en l'un de ses comptes, payant (payable) ladite somme à années, c'est assavoir chacun an de ladite somme 1 fr., et lui en a esté payé, comme il appert par les comptes preccdens dudit receveur Anthoine, ij*^ fr. »

Quels furent les travaux exécutes par Bertrand Maillet ? c'est ce qu'on ignore complètement , car le mandement où ils se trouvaient < au loing declairés » n'existe malheureusement plus.

Il faut donc se borner à constater l'existence de cet artiste, qui est mise hors de doute par les notes qu'à défaut d'autres renseignements , je viens de re|)roduire. C'est , du reste , tout ce qu'il me sera possible de faire pour plusieurs autres peintres qui vivaient à la même époque.

De ce nombre est* Pierre GARNIER, qualifié de peintre du Duc, cl rangé, en 1482-1483, parmi les serviteurs du prince , qui recevaient un traitement sur les deniers du Trésorier général :

• A Pierre Garnier, nostre paintre, la somme de dixhuit florins de Rin tant moins de ce que luy peut pslrc deu de ses gaiges, vallent (les 18 florins) xxv livres iiij sols »

• A Pierre Garnier, nostre paintre, tant moins de ce que lui peulcstre deu de sesgaiges, trois escuz d'or.vallcnt c s (sous).»

Les comptes de rannée 1488-1489 font mention de deux artistes, l'un de Toul , l'autre de Lunévillc, qui travaillèrent aussi pour René II :

« A HUGO, pointre de Toul, ij fr. pour avoir portraict les armes de Monseigneur par doux luiz pour le portai de Toul.., vallent (les 2 fr.) sxxij s. »

■ Payé par le Receveur à maistre BEKNARD le poinlre, demeurant à Luncville, xij florins d'or que Monseigneur lui a ordonné et lauxé pour aucuns ouvraigos de son meslier qu'il a fait pour mondit seigneur, comme plus applain appert parles lettres de raondil seigneur données à Nancey le xxvij* jour de novembre iiij»» viij.., vallcnt xix 1. (livres) iiij s. «

Le « Registre de rouvraige du palais du Pont (Pont-à- Mousson), > de liOG à 1504, contient l'indication de diverses sommes payées aux j>eintrcs qui furent employés à décorer des armes de René II et de Philippe de Gueldres la porterie du palais que ce prince faisait construire dans la ville de Poutà-Mousson :

• A JEHAN le paintre, demorant au Pont , pour avoir painct les armes du Roy et de la Roynne que sont sur la porleryc de la maison, en or, azur et à buille, par marchié à luy fait, iiij fr. ■

« A HENRY le poinlre pour avoir painct le pannenceaul qu'est dessus la lanterne de la porterye, xiiij g. »

• A maistre CONRARD pour avoir painct... plusieurs pcnnoos, à luy composé à xxx s. (i) ■

En 1491, un nommé GEORGES était attaché à la per-

(1)Les ioilividasqui sont désignés dans ces mcnlious, ne doivent-ils pas être considérés pinlôl comme de simples ouvriers en pointure que comme des artistes?... Il est très-difficile, pour ne pas dire impossible, de résoudre cette question. Les peintres n'étaient pas nombreux alors, cl il csl fort ad:iiiisibic qu'ils acceptaient, sans croire dérojçcr, tous les travaux qui leur éUiicnt demandés , surloul lorsque ces demandes venaient du souverain. D'aillcurà , ainsi que je le ferai observer plus loin , 00 voit , dans le XVI' et même au XVU' siècle , les artistes le plus en réputation ne pas dédaigner de faire des ouvrages qui semblenl peu dignes d'eux et de leur talent. On peut en juger en lisant les documents que j'ai consignés dans ma notice sur le Palais ducal de Nancy. J'ai donc cru devoir, de peur de cummellrc des omissions, multiplier les citations au lieu de les restreindre.

soniic (lu Duc , fil (jualité d'cnUiiuinciir, aux gages de (riit francs par an :

• A Georges, enlumineur, pour l'année entière, cent frans. •

On lui payait à part les couleurs qu'il employait pour ses peintures :

• A Georges, enlumineur de Monseigneur, pour achcllcr des couleurs pour enluminer ung livre que Monseigneur fait faire, six florins d'or..., pour ce xij fr. » (Très. gén. de 1491-1492.)

•• A Rogier de la Case, marchand florentin, pour or, asur et aultres couleurs qu'il a délivrées à Georges, enlumineur, pour enluminer les livres du Roy, cinq ducatz.., vallcnt xiij fr. 4g.> (Très. gén. de 140-2-1495.)

Georges mourut dans les premières années du XVI* siècle, laissant un fils que René II prit sous sa protection et fit élever à ses dépens :

« Payé (par le Trésorier général, en 1507-1508) à Collin, raareschal, demeurant à Nancy, viij fr. pour le nourissemcnt du fiiz de feu George l'alumincur. ••

Il parait qu'à celle époque , la Lorraine n'était pas encore riche en arlisies comme elle le devint plus tard , car René se vit obligé de faire venir à sa cour plusieurs peintres allemands, qu'il attacha à son service , soit en leur accordant des pensions, soit en leur confiant des travaux importants.

Le premier fut un nommé Han.nus SEROBANCH (l), qui, dès l'année 1497, fut inscrit sur la liste des pensionnaires du Duc, ensuite d'un traité dont le texte nous a été conservé :

« Le seigneur Roy a appoincté et retenu pour son serviteur Ilannus Serobanch , alleman , painctre, parmey I florins d'or qu'il avéra et emportera par an par manière de pension jusques

(1) El Doa Hanss Serrancft , comme je l'ai dil , par crreui, dans ma notice sur le Palais ducal de Naocv.

à suii bon plaisir, a dnix termes, nssavuir saincl Jvhan et \ue| par moilic, commcnsnnl le premier payemcDt à la sainct Jehan mil iiij*^ iiij** xTij,et quant ledit seigneur se vouldra servir de lui en aucunes pièces de son art, un lui fournira toutes estoufTes et choses nécessaires avec sa depcnce de bouche pour lui et ung serviteur, et aura pour ses gaiges et pennes par sepmaine, tant qu'il besoingncra, ung dcmy llorin. Item est appoincté avec lui que toutes et quanttes foys qu'il plaira audit seigneur ne se plus servir de lui, il lui fera signifier ung quart d'an d'avant affîn qu'il se pourvoye alleurs, et ne sera tenu ledit seigneur de plus tenir s'il ne lui plaisl en le contentant de ce que lui seroil deu. Pareillement a retenu ledit Hannus le semblable on demander ung gracieux conchiéen le signitliant comme dessus. Comme tout ce appert par ung appoinclement qu'il a devers lui, dont ledit Receveur a rendu copie en vij« compte, et a ordonné ledit seigneur audit Receveur payer lesdils I florins aux ternies dessusdils. Et pour le terme sainct'Jchan mil v*^, payé audit maistrc Hannus par sa quictance rendue ici xxv f. vg. (vallant) xl livres.» (Rec. gén. de 1499-liiOO.)

Un autre peintre allemand fut cniployc , en loOO, aux Cordeliers de Nancy :

« Payé par le Receveur, par mandement dudit seigneur (le Roi de Sicile), donne à Louppy le premier jour de février mil V"=, à Bartholomels VEST, poinctre allemand, sur certain ouvraige de son mestier qu'il fait présentement en des taubles d'autel pour l'église des frères myneurs de Nanccy, xxx florins d'or,.., vallent xlviij ls.« '

« Payé cncor par ledit Receveur, pour deux cens d'or qu'il a fait délivrer audit painctrc, pour convertir à l'ouvraige desdiles taibles, iiij fr. iiij gs., et ij fr. pour les dcspcns de deux compaj^uons tjui amenarent ledit painctrc à Nanccy du Ncufchastcl.., vallent v I. j s. iiij d. . (Roc. gén. de U99-lî>00.) (Jj.

(1) Ces menlioos , cl quelques autres que j'ai cru nécessaire «le rc-

— u — £n 150ti, un noiiuné Ha.>ss WACUELIN, de Strasbourg, fut encore retenu au service de René II, moyennant des gages annuels de cent francs :

u A Ilanns Wachelin de Strasbourg, painlre, que le Roy a retenu à gaiges , pour ung ao commeuceant au premier jour de may, pour besongncr de son mestier, cl luy a ordonné, pour ladite année, cinquante florins d'or qu'il a receuz. Appert par mandement dudil seigneur Roy donné à Louppy le xxv^ jour de may mil v"^ et six,cy rendu avecsaquictancepour ce.... cfr.»

« A maistrc Ilanns, le paintre, pour despence par luy soustenue, la somme de six frans sept gros six deniers que le Roy luy a fait payer. Appert par mandement donné au Neufchastel.» (Très. gén. de 1505-lSOG.)

Enfin , un quatrième arliste , tout à la fois peintre et sculpteur, et dont le nom semble indiquer également une origine étrangère , fut employé sans doute à des ouvrages dans l'église des Cordelicrs de Neufchâtcau :

« A la vefve Claude Wiriot du Neufchastel , pour despence faicte en sa maison par Jacques MOULT, paintre et ymaigeur, durant xx jours qu'il a esté audit lieu pour aucunes affaires du Roy, la somme de six frans. » (Rec. gén. de 4505-1506.)

En 1 509 , Jacques Moult était inscrit parmi les pensionnaires du Duc :

« A maistre Jacques, ymaigeur de terre, pour ses gaiges des moys de janvier, février, mars, avril, may et juin mil v<^ et dix, soixante frans. » (Très. gén. de 1509-1510.)

Ces différents artistes, les trois premiers surtout, résidèrent probablement fort peu de temps en Lorraine , car leur nom ne se trouve que dans les mentions que je viens de reproduire.

produire ici , ont déjà été données par M. l'abbé Guillaume dans son travail sur les Cordeliers de Nancy.

lu nommé BARTHÉLÉMY fit , en 1505, un portrait de saint (irégoire pour l'oratoire de René II :

• A maistrc Bcrthelemin, painctre, buict (lorins d'ur pour uDg tableau où est paiut St Grégoire, qu'il a fait pour la chappelle du Roy. Appert par maudement donné à Condey le xxvij" jour de janvier mil v« et cinq.., pour ce xvj fr. • (Très. gén. de 1505-1506.)

On voit paraître , à la même époque , un nouveau peintre enlumineur, François BOURCIER , lequel , après avoir fait quelques ouvrages de peu d'importance (I), fut envoyé à Paris, aux frais du Duc, pour apprendre son art :

• A Françoys Bourcier, que le Roy luy a donné cesle foys pour aller à Paris apprendre l'art d'enlumineur, six florins. Appert par mandement donné à Bar le xij^ jour de février mil v<= et cinq... pourcexij fr. • (Très. gén. de 1505-1506.)

En 1507, une nouvelle somifte de 8 florins lui était donnée, « pour l'aider à s'entretenir, > probablement dans la capitale de la France. Il était de retour en Lorraine en 1509, ainsi que l'atteste une mention du Trésorier général , et faisait , dans le courant de cette année et de la suivante , différentes peintures pour le Duc, lequel, non content de payer l'ouvrage de cet artiste , lui donnait encore , à titre d'encouragement , des marques de sa libéralité :

■ A Françoys, enlumineur, pour avoir poincts les colletz des armes de .Monseigneur de chevaulx de son harnoys et cheriot, douze gros, pour ce j fr.» (Très. gén. de 1509-1510.)

(1) A Françoys Boursier, pour aroir paiocl deux cens vingt Iroys mors de eh«vaulx, la somme de quatre fraus dix gros douze deniers. (Très. gén. de 1505-1500.)

Celle mention vient à l'appui de l'obscrvalion que j'ai précédemment faite (p. 8).

«• A Fninrois Hourcicr, enlumineur, lu suuimo de Ircnlc cinq franssix grus, monnoic de Lorrainnc, |>uur avuir painci douze largues à six testes de chievres cl six autres à six lestes de moutons pour ung combat que mondit seigneur veull faire, avec ce fait les molles desdiles testes. Appert par mandemept de mondit seigneur donné à Nancey le xiiij' jour de février mil cinq cens et dix.

» A François Bourcier, enlumineur, la somme de trois florins que mondit seigneur le duc lui a fait donner ccsle fois. Appert par mandement donné à Nancey le xvj^ jour de mars mil cinq cens et dix..., pour ce vj fr. » (Très. gén. de 1510-lKli.)

Dans le courant de cette dernière année, François Bourcier fut employé , conjointement avec un autre artiste dont je vais parler, à un travail beaucoup plus important que les précédents : il fil une partie des peintures du mausolée de René II, dans l'église des Cordeliers de Nancy :

<■ Payé par le Receveur à Clailtie le serrurier, Jehan d'Anjou, cordonnier, François le mercier, Pierre Jenin, taincturier, Robinet le mcnusicr, Robert Guerrarl, marchant, François l'enlumineur, et autres, pour plusieurs parties qu'ils ont fait à l'achcvemenl de la sepullurc du bon feu Roy... par l'ordonnance de monsieur le granl mnislre. Comme il appert par... mandement de Monseigneur donné à Nancey le xxiiij"* jour de décembre mil v<^ xj..-, iiij** xij fr. xj g. iiij d., vallent Ixxiiij Is. vij s.» (Rec. gén. de 1510-1 SU.)

La majeure partie des peintures du mausolée de René avait été faite par un nommé Pierrequin FAUTEREL :

« A raaislre Pierrequin, painclre, la somme de mil frans qu'il debvoit avoir par marcbié à luy fait de poindre la sépulture du feu Roy de Sicile que Dieu absoille... » (Très. gén. de 1509- 1510.)

Une nouvelle sonune de douze florins fut payée à cet ar-

liste, Cannée suivante, pour des travaux qui ne sont pas spécifiés :

• A Picrrcquin Fautcrcl, painctre, la somme de douze florins quil lui uni este ordonnez cslre paiez par messeigncurs du conseil pour parties de son art qu'il a fuit, dont il appert par déclaration ensemble du mandement de mesdils seigneurs du conseil, donne à Xaiicy le pénultième jour de may mil cinq cens et unze cy rendu, pour ce xxiiij fr. • (Très. gén. de lîilO-lall.,)

Les notes que je viens de reproduire , bien qu'elles n'embrassent qu'une courte période, suffisent jwur prouver, comme je le disais en commençant, que Kené II chercha, par tous les moyens en son pouvoir, à développer les arts dans ses Etals , soit en encourageant les peintres lorrains , soit en attirant à sa cour des peintres étrangers. On va voir maintenant les ducs Antoine, François I" et Charles III s'appliquer à continuer son œuvre, non seulement en répandant leurs libéralités sur les artistes, mais encore en leur acci)rdant des faveurs de toute espèce et en les appelant à occuper, près de leur personne, les plus honorables fonctions.

A dater des premières années du XVI* siècle , parait un artiste sur lequel on possède enfin des renseignements , sinon complets, du moins beaucoup plus détaillés que ceux qui concernent ses prédécesseurs : je veux parler de Hi gues oe LA FAVE , qu'on peut considérer, je crois , comme le chef de l'école des peintres qui fleurirent sous le duc Antoine et jetèrent les fondements de la renommée artistique dont la Lorraine Jouit pendant une période de plusieurs siècles.

Dés l'année 15H, Hugues de La Faye est qualifie de pcin-

«re du Duc. el fait, pour ce dernier, des travaux qui ne sont pas spécifiés :

« A Hugues de La Faye , paiolrc de Monseigneur le duc, la somme de cinquante huit fraus deux gros huit deniers que lui ont este paiez tant pour sa «Icspcnce de houche que pour autres drogues acheptées pour son art depuis qu'il est à mondit seigneur le duc jusques au dernier jour de décembre rail cinq cens et unze. Appert par mandement donné à .\ancy le dernier jour de janvier mil cinq cens el unze. ■ (Très. gén. de 1510-1 Kl 1.)

En 1514, Hugues de La Faye recevait cent francs par an pour ses gages :

« A maistre Hugues de La Faye, painctre de Monseigneur le duc, la somme de cent frans , monnoye de Lorraine, pour ses gaigcs de ladite année. » (Très. gén. de 1514-151S.)

En 1522, ces gages étaient portés à la somme de 200 Ir.

A part quelques autres ouvrages de plus ou moins d'importance (1), cet artiste fut presque continuellement occupé à décorer l'intérieur du Palais ducal , notamment les appartements de la duchesse Renée de Bourbon (2) et la Galerie des Cerfs (5). Ce fut lui , sans aucun doute , qui eut la première idée de l'ornementation de celle salle , el y commença les

(1) A M^ Hugues, p^inclre de Monseigneur le duc, la somme de cent frans, monnoie de Lorrainne, pour parties de son mcslier qu'il a fuicles el fournyes par cy devant jusques à présent. Par mandement du dernier jour de décembre mil v"= xxv. (Très. gén. de J'J24-1525.)

A ^1"= Hugues, peintre, pour avoir peincl une cotte d'armes pour MB'' ensemble d'autres ouvraiges servausà la momerye, Ixv fr. v g. iiij d. (Très. gén. de I .')29-l 5M0.)

(2) A M'' Hugues, painctre, par rappoinlemcnt faicl avec lui de paindre eu vert el de l'ordonnance de Madame, la chambre de son appoticairerie, xxiv fr. (Cellerier de Nancy, de 1 j24-152a. — Voir aussi ma DOlice sur le Palais ducal de Nancy, p. 37, 44 et 4S.)

(3) Le Palais duc^l de Nancy, p. 40 et 41.

— lu —

peinlures murales qu'achevèrent Claude Crocq et Médard (^liu]){)in, et que plus lard restaura Bellange.

Le duc Antoine avait grande confiance dans le talent de cet artiste, car il lui abandonnait le soin de diriger les ouvrages d'art qui se faisaient soit au Palais , soit dans l'église Saint- Georges, et de donner les patrons ou les modèles des sujets que les peintres-verriers devaient représenter sur leurs vitraux (1).

En 1j57, outre les gages de 200 francs que Hugues de La Faye recevait du Trésorier, il touchait encore 35 francs flu Receveur gçnéral et douze resaux d'avoine du Cellerier de Nancy, en sa qualité de concierge du Palais , charge honorable qui lui avait été accordée , dès l'année lo36, en récompense de ses services :

• Monseigneur le Duc considérant la bonne diligence, peine etsolicitude estant en la personne de M^ Hugues de La Faye en son art de paincterie et mcismement de ses sens, discrétion, prcudhommye cl leaulté, à icelluy, pour ces causes et autres raisonnables, a donné et octroyé nouvellement roOicc de consierge de la maison de mondit seigneur à Nancey, vacquant par le deces de feu M' Jaquol de Vaucouleurs (maître maron ou architecte du duché de Lorraine), pour icelluy oflice avoir, porter et exccrcer, aux gaigcs de x\\\ fr. monnuyc de Lorraine et xij resaulx d'avuine par chacun an payant au terme sainct Remy chief d'octobre, commenceant le premier payement au terme

^i . l'ujc p.ir le lU'ccvuur u .NiuiiMiv Oiiuvjiu) ryinaigiiT... xlv fr. pour nae chcmioéc de marbre qu'il a fait on cabinet de Madame, marchandé par Hugues, painlrc- (Rec. géu. 1529-1530.)

A Niculas, verrier, pour une verrière toute paincle selon ung patron fait par le concierge pour servir ii ung G (rond) au bout de la galerie •liant de la maison de Mooscigueur à l'oratoire de l'église des Frère», il fr. 'Colkricr de Nancy, de 1537-1538. — Voir aussi ma notice sur la collégiale Saint-Georges, noies, p. xvi.)

St Rcmy l'an mil v xxxvj et continuant d'an en an jusques au bon plaisir de mondit seigneur, assavoir Icsdils xxvv fr. par le Receveur gênerai (1) et l'avoine par ledit celcrier. Appert par les lettres de mondit seigneur données à Nancey le premier jour de janvier l'an mil v^ xxxv.... Et pour le terme St Rcmy l'an rail v<= xxxvj qu'est le premier payement laissié à compte l'année précédente, payé audit concierge ....xij resaulx.

* Et pour le terme sainct Rcmy ensuyvant v<^ xxxvij, l'an de ce compte, à luy paye parquitance cy rendue (2) xij resaulx.

• Paye encores et délivre audit Hugues, consierge, devant nomet, la quantité de six resaulx avoine que luy esloienl dcuz ad cause des gaiges dudit ofïicc qu'il avoit exercé par demi au commenceant à Pasques l'an mil v<^ xxxvj et finissant à la sainct Remy ensuyvant (Cellerier de 1536-1537.)

Hugues de La Faye ne remplit pas longtemps l'office de concierge du Palais : il mourut au commencement de l'année i 1)59 (3) , laissant inachevée la Cène qu'il avait été charge de

(1) La noie du Receveur général, où il est fait mention de la pension accordée à Hugues de La Faye, porte : u 3Ionseigneur le Duc considérant la bonne dilligence, peine et sollicitude qu'il a congnu estre en la personne de maislre Iluges (sic) de La Faye en plusieurs œuvres de son art qu'il a faicl pour mondit seigneur estant à son service n

(S) Celle quillance, au bas de laquelle se trouve la signature de Hugues de La Faye, est ainsi conçue : u Je Hugues de la Faye^ consierge de la maison monseigneur le Duc etc. à Nancey, confesse avoir receu de Humberl Pierrot, celerier dudil Nancey, la quantité de douze resaulx d'avoine qui m'esloienl dcuz ad cause des gaiges de mondit office et ce pour le terme St Martin dernier passé, dont pour ledit terme et autres precedens je m'en tien content. Tesmoiog mon seing manuel icy mis le xviij^ jour de mars l'an v*^ trente et sept, n

(3) Maistre Hugues de La Faye, consierge de la maison monseigneur le duc..., prcnt chacun an sur la receple du celerier... la quantité de douze resaulx avoine payant au terme sainct Rcmy. Et pour le terme sainct Remy l'an V= xxxix, payé à la vefve dudit consierge.... lesdils xij resaulx.

— ai —

lieindre dans le réfeoloirc du couvent des Cordelicrs de Nancy. Ce tableau, qui fut termine par un artiste dont j'aurai bientôt occasion de parler, semble attester que Hugues de La Faye possédait un véritable talent , puisqu'on a pu croire pendant longtemps que cet ouvrage était dû au pinceau de Léonard de Vinci (I).

En même temps que Hugues de La Faye , vivaient deux peintres dont les noms n'étaient point parvenus jusqu'à nous, quoique l'un d'eux eût rempli , à la cour du duc Antoine , la charge importante de héraut d'armes : ils s,'appelaient , le premier, Gabriel SALMON, le second, Georges ou Georgin GRESSET.

Il parait que Gabriel Salmon était né à Lunéville, ou, du moins, qu'il y exerça son art avant de venir se fixer dans la capitale de la Lorraine , car une note des comptes du Trésorier général, pour l'année 1514-1515, porte :

■ A Gabriel, painctrc, demeurant à Luneville, la somme de cinquante frans, monnoie de Lorraine, pour avoir painct la couverte de table que Monseigneur le duc a fait faire aux frères (les Cordeliers) de ce lieu de Nancy (mol illisible) du grant autel dudit lieu. Appert par mandement donné à Nancy le premier jour d'aoust mil cinq cens et quinze. »

Cet artiste semble s'être exclusivement adonné au genre religieux , ainsi que l'attestent toutes les mentions qui le concernent :

« A Gabriel Salmon, paintre demeurant à Nancy, la somme de quarante frans, monnoye de Lorrainne, pour deux tableaux où il y a plussieurs ymaiges, qu'il a fait pour la Roync de Sicille (Philippe de Gueldrcs). Par mandement de Monseigneur le duc

(i) u Ce lablcaa, dit Lionnois, a passé ionglemps poar an chefd'œuvre de l'art ; mais les diiïcrenles mains qui l'ont retouché, pour roparrr les défauts occasionnés par le temps el l'humidilc, lui oui ôlé sa principale beauté cl sa plus grande valeur. »

donne à >'anccy lo iiij* jour de septembre mil y" xxiij. » (Très. gén. dcl522-15'i3.)

• A maislrc Gabriel, painclre, la somme de cenl cinquante frans, nionnoi • de F.orrainne, pour ung tableau d'aultel qu'il a fait pour Madame, pour servir à Gondrcvillo. Par mandement de Monseigneur le duc donné à Nanecy le iij'" jour d'aoust mil ?*= XXV. » (Très. gén. de 1524-1523.)

Un compte des Deux de ville de Nancy, pour l'année 1551io52 , nous apprend que Gabriel Salmon occupait , à peu près sur remplacement actuel de la rue des Morts , une boutique qui lui était louée par la ville :

« M'' Gabriel, paintrc, demeurant à Nancy, doit chacun an, au terme Saincl Remy, trente gros sur une bouticle qu'il tient de la ville par ascenscment, séant sur le foussè des chevaux du costé devant la maison de M*^"" le Duc. "

Il y demeurait encore en 1542, et, depuis cette époque, il n'est plus parlé de lui.

De même que Gabriel Salmon, Georges GRESSET s'exerça principalement dans le genre religieux :

• A Georges Gressct, painclre, la somme de soixante frans, monnoye de Lorrainnc, à luy payés pour ung ymaige de la Nunciade que Monseigneur a fait prendre de luy. Par mandement de mondil seigneur le Duc donné à IVancey le xj® jour de septembre mil v"" xxiij. » (Très. gén. de l.'i22-lo23.)

Il A Georgin lepainclre, pour ung crii'ifiemcnt qu'il a painct avec les ymaigcs, à mcclre sur le granl aultel des sœurs saincle Claire du Ponl à Montson, dont il a fourny toutes estofTes, par marchié faict par la Royne et payé de l'ordonnance de nostre souverain seigneur. Comme il appert par corlifficalion de monsieur le contrerolleur gênerai et mandement sur ce faicl à Nancei le xxvij* jour de décembre l'an mil v',§liij rendeu ici... xxvij fr. > (Rec. gén.dc loi2-i:i45.)

Dès iniinw \'.)-2Z, Ueorges Ciresscl élail allaché à la maison du Duc el recevait du Trésorier général cent fraïus do^ gages par année. :

• A George Gresscl, paintrc, la somme de cent frans, raonnoyc de Lorrainne, pour ses gaigcs et eslat de la présente année, par mandement de Monseigneur le duc, donné à Sorcy le vingtici>m^ jour de (le mot est laissé en blanc) mil cinq cens vingt et quatre. »

En 1558, il fut investi de la charge de héraut d'armes , la place de Pierre Gringore, qui venait de mourir :

• X George Grcsset,herault d'armes de monseigneur le Duc, la somme de sii vingtz frans, monnoye de Lorraine, pour ses gaiges de l'année précédente. » (Très. gén. de 1558-1339.)

Georges Gresset continua à exercer cet emploi jusqu'en 1514 ; c'est, du moins, jusqu'à cette époque qu'il est désigné nominativement dans les comptes du Trésorier général , lesquels ne mentionnent ensuite le héraut d'armes que sous le nom de Lorraine. Il n'est donc pas possible de préciser la date de la mort de cet artiste.

Bien que je me sois proposé de consacrer uniquement ce premier travail aux peintres lorrains, je suis forcé , en parlant de l'un d'eux , de mentionner également quelques artistes d'un autre genre , qui appartiennent à la même famille que lui, et dont, par conséquent, la biograjdiie se rattache à la sienne d'une manière inséparable. Ce peintre est Claude ou ("i.AUDi.N CUOCK [Croq , Croix ou Croque), dont la généalogie remonte à la fin du XV siècle et se contiimc jusque vers la moitié du XVIII".

Le premier membre de cette famille est Jean Crock , qualifié de « tailleur cl maisiro de |)ourtraiturcs et ymaiges , » dans les lettres patentes par lesipieller^ Kené il ralVnuichit ,

— Sien I4H8, (le toutoi tailles , aides , subsides , etc. (1). H est trùs-probable que Jean Oock était né à Bar ; ce qui est certain , c'est qu'il habitait cette ville à l'époque que je viens de rappeler, puis qu'il n'obtint ses lettres d'alTrancbissement qu'à la condition d'y faire « sa deuicurance et résidence continuelle (2). »

A dater de 1495, on voit cet artiste sculpter des meubles pour le Duc , lequel , en 1499, lui donne 2 florins d'or pour l'aider à faiie un voyage en France (3). 11 était de retour en

(i) De pareilles IcUrcs d'afîrancliisscmenl furent accordées, en 1530, au célèbre Ligier Ricliicr, de Sainl-Miliiel. Voici le Icxle de ces lettres, que je ne puis résister au désir de faire connaître : u Antlioine, etc. A tous etc. Savoir faisons que pour le bon rapport que fait nous a esté de la personne de noslre bien amé Licgier Richier, ymaigier, natif el à présent demeurant on ceste noslre ville de Saincl Miliiol, lequel s'est puisnaguiercs marié soubz nous en ccdit lieu et est expert de son art comme avons entendu , pour ces causes el autres à ce nous mouvans , eu sur ce l'advis de noz officiers de cedil lieu , avons iceluy Liegier affranchy et exempté el par la teneur de ces présentes affranchissons cl exemptons jusque? à noslre bon plesir, lanl qu'il se tiendra à demeure en cedil lieu, de toutes tailles, aydes , prières, subsides, droiclures , subvensioDS el impositions el autres choses quelconques à nous deuet eu ceslc noslredicte ville de Saincl MihicI , saulfz gueclz el gardes de portes el de murailles. Sy donnons en mandement aux baily, président cl auditeurs de noz comptes, prevosl.... et tous autres noz ofûciers dudil Saincl Mihiel... que de ceslc noslre présente franchise el exemption facenl , seufTrenl el laissent ledit Liegier joyer cl user plainemenl et paisiblement lanl el si longuement qu'il nous plaira comme dit est sans iuy faire ne souffrir faire, mcctre ou donner aucun ennuy, destourbier ne empeschemcnl au contraire, car tel est noslre plaisir. En lesmoing de ce nous avons à cesdicles présentes qui sont signées de noslre main, fait mectre el appendre noslre seel en noslre ville dudit Saincl Mihiel fan mil cincq cens trente, le dix huicliesme jour d'aoust " Registre des patentes de 15jO-tîi3'2.)

(2) Registre des patentes de 1486-89.

(3) Les comptes du Trésorier général, pour 1498-99, contiennent la mention suivante : u Jehan Crocq, ymageiir, que le Roy Iuy a donné

IbOîi, et fit alors , toujours sur la demande de René , des statues de saint Georges cl de saint Maurice pour la collégiale Saint-Georges de Nancy.

L'année suivante , un travail bien autrement important lui fut confié : je veux parler du mausolée de Charles-le-Téméraire , destiné à la même collégiale. Ce mausolée , que j'ai décrit ailleurs (1), était une œuvre considérable , puisqu'il se composait non seulement du cénotaphe, orné d'écussons, sur lequel reposait rclïîgie du duc de Bourgogne , mais encore d'un « tabernacle » placé au-dessus de la tête de ce prince, de deux grands lions tenant son timbre, et de deux « ymaiges » de saint Georges et de saint André.

Deux questions se présentent maintenant : à quelle époque Jean Crock mourut-il , et laissa-t-il après lui des enfants ? Aucun document ne permet de fixer, même d'une manière approximative , la date de la mort de cet artiste ; quant à ses enfants, je crois qu'on peut, sans trop se hasarder, regarder comme tels le sculpteur Martin CROCK et le peintre Clalde CROCK , qui vécurent tous deux dans la première moitié du XVI'' siècle.

On voit, par un compte des Deux de ville de Nancy, que, dès l'année 1531, Martin Crock tenait à cens , moyennant la redevance annuelle de 50 gros , une boutique située e sur le fossé des chevaulx , du costé du cymetiere Nostre Dame, montant vers rarlillcrie. »

Cet artiste , sans doute élève de son père , jouissait , à ce qu'il parait , d'une certaine réputation , car, en 155G, le duc Antoine lui confia l'éducation dun jeune homme qu'il avait pris sous sa protection :

à son parlcmcul de Bar pour aller cd France, deox florins d'or, pour ce iiij fr. t»

(i) Collégiale Sainl-Gcorgcs. noies, p. xt.

« A Martin Croque, ymaKior dompiirant à IVancy, vingt frans que Monseigneur luy a ordonné bailler pour rcntrctcnemcnl du fils du tourneur du Ncufchaslcl , et qu'il a faicl appoinctcr avec luy ung demy an à commencer à la St George prochain venant et en finissant ledit demy an révolu, affin de luy mons- Irer à hcsongncr de son art et tailler..., vj 1. viij s. » (Rcc. gén. de 1536-1337.)

En 15o9, il fil différentes machines pour le ballet qui eut lieu à l'occasion du mariage de la princesse Anne , fille d'Antoine, avec René de Chàlons, prince d'Orange :

« A Martin Crocq , ymagier, vingt frans pour avoir lait une gallere avec deux braganlaulx qui ont servi à faire une raomcrye le soir des noces de madame la princesse d'Orange. » (Très. gén. de i:i39-1540.)

Enfin , l'année suivante , il exécuta quelques ouvrages de sculpture à l'une des fontaines du Palais :

« A iMartin Crocq yniaigicr la somme de xxxij gros pour six pieds de pierre de Sorcey à faire les vazcs du pillier de la fontaine de la Court devant l'escbansonnerie. » (Ccllcricr de 1340- 1541.) (1).

Un compte des Deux de ville nous apprend qu'en 1541- 1542, il occupait encore la même boutique que dix ans auparavant; mais il n'est plus fait mention de lui dans aucun des registres du Trésorier ou du Kcccvcur général de Lorraine, ce qui fait présumer qu'il mourut vers celle époque. En 1551- 155Ô, sa veuve habitait une des maisons de la Rue Neuve, la Carrière actuelle.

Claude CROCK eut" une existence beaucoup plus longue et

(1) On Irouve encore, dans le même repislre, la menlion suivante : (I À Martin Crocq , yniaigicr dcmouraul à Nancy, pour deux graus chandeliers de noyer cl lillol de sale ouvrez cl pour en avoir radouiié ung aiiltrc, par marchic ii Iny fail..., xviij fr. h

plus brillante que son frère : de Io30à lîitl , on le voit constamment , soit tout seul , soil en compagnie de Médard Chuppin, auquel il fut presque toujours associé, occupé à décorer divers appartements du Palais : le cabinet du Duc , le jeu de paume , la Galerie des Cerfs ; ou bien à faire des tableaux , dont les uns furent donnes par le prince, et dont les autres furent placés dans le garde-meuble de la couronne (i).

En K)43, il était peintre du Duc, el recevait, en cette qualité , 30 francs pour ses gages , qui furent plus tard successivement portés à ;)0 (l')50), puis (1556) à 100 francs.

En lo'i-j, Claude Crock partit pour l'Italie avec Médard Chuppin, el le duc François voulut subvenir aux frais de leur voyage :

• A Claudin Crock et Médard Chuppin , peintres de 3Ionseigneur le Duc, la somme de deux cens frans, monnoye de Lorraine, quVsl à chacun d'culx c. fr., que mondit seigneur le duc leurs a or lonnc pour faire leurs veages d'Italie. Par mandement signe par Madame obstant l'infirmité de mondi' seigneur le duc, donne à Nancey le xvj* jour d'avril v"-' xlv. » (Très. gén. de 1544-1:345.)

L'absence de ces deux artistes se prolongea jusque vers laaO, époque où nous les retrouvons, ainsi qu'en loba, travaillant encore dans la Galerie des Cerfs (2).

(1) Le Palaiâ ducal , p. 4G, 47, 48

i4 A Claudin Crock, paioctre, par maDdenienl de Monseigneur donné à Bar le xxvj<" jour d'oclobre l'an mil v<: xlij^ pour certaines parties el onvraiges de son art et mestier, assavoir plusieurs tableaux , cincq banieres pour les trompettes el aultrcs parties reduitle* et accordées par le conlrerollcur gênerai , le tout par ordonnance de mondit seigneur qui a donné partie desdils tableaux el le reste mis au Rond. « (Rcc. gén. de 1541-15'4'2.)

'2) Le Palais ducal, p. .*»0, 'S7, HH.

Claude Crock Iin))itait alors une maison de la rue Saint' Michel, el c'est là qu'il reçut les lettres patentes par lesquelles T*}icolas de Lorraine, comte de Vaudémoiit , régent du duché pendant la minorité de son neveu Charles III , l'éleva à la dignité de noble en récompense de son mérite ; ces lettres portent, à la suite du préainhule ordinaire :

Congnoissans les verluz, preudhommye, intégrité, prudence et ordinaire diligence eslans en la personne de noslre amé el féal Claude Crocx, painctre, lequel, depuis l'espace de dixhuict ans ou environ, auroit tousjours continué de son estât au service de feuz... le bon duc Anlhoine et François..., noz Ircschicrs pcre et frère, comme cncoires il continue de présent au service de nostre nepveu , à leurs grants contenlemens el au noslre, desirans à ces causes le Iraicter favorablement et luy donner d'aultant meilleur couraige el plus grande occasion à persévérer audit office, comme aussi nous espérons il fera par continuation de bien en mieulx, Nous.... avons iceluy Claude Crocx, de nostre certaine science , plaine puissance et auclorité , anobly et anoblissons et du lillre de noblesse décoré el décorons par ces présentes. Voulons... que ses enfans masles et femelles nez el à naistre dcscendans de luy en leal mariaige , leur postérité et lignée , soient à tousjoursmais tenuz , traiclez el rcputez pour nobles en jugement el dehors, joissent el usent de tous honneurs, libériez, franchises, droilz, privileigcs, prérogatives dont joissent et ont accouslumez joir tous autres nobles, qu'ilz puissent prendre et recevoir ordre de chevalerie , acquesler chasteaux , forteresses , seigneuries , haultcs justices , basses et moyennes et tous autres fiefz , arricrefiefz el nobles lenemens de quelque auclorité el dignité qu'ilz soient , pour par eulx et leur poslerilé el lignée les tenir el posséder noblement, et mesme cculx qu'ilz ont ja ou peuvent avoir acquis par eulx et leurs prédécesseurs , en jouir plainement et plaisiblement et en faire tout ainsi que sy d'ancienneté ilz estoienl nez et exlraictz de noble liguée , sans ce qu'ilz soient tenuz ne puissent estre

coulrainctz de les vendre, laisser, aliéner ne mectre hors de leurs mains en quelque manière que ce soit ny d'en payer k nostredit nepveu ny à ses successeurs aucune flnance, laquelle de grâce cspeciallc et au nom que dessus avons quiclcc, remise et donnée , quiclons , remcctons et donnons par cesdites présentes en faveur et contemplation des raisons et services susdits. Et en signe de noblesse et pour icelle décorer, à luy et à sadite postérité et lignée, avons donné et donnons les armes telles que cy dessoub elles sont empraintes, avec plaine puissance et auclorité de les porter : d^azur à la face d-or environnée de trois etcuêsons d'argent ^ deux en chief, Vautre en pointe, voulans qu'icelles il puisse porter, ensemble sadite postérité et lignée, et en user désormais en tous lieux comme tous autres nobles

usent et ont accoustumé user de leurs armes Si donnons

en mandement Donné à Xancy ledixseplieme jour de janvier l'an de grâce mil cinq cens cinquante six avant Pasques. Ainsi signé Nicolas (1) »

La faveur qu'il venait d'obtenir, ne fit , comme le prince l'avait espéré , que donner t meilleur courage » à Claude Crock pour persévérer dans les travaux dont , jusqu'alors , il s'était si bien acquitté : en 1536, et toujours avec son inséparable compagnon , Médard Chuppin , il fait des peintures au Saurupt, résidence d'été de nos ducs :

• A Jean de Paris , concierge de Soiruix , la somme de soixante frans et ce pour despence de bouche faicte par Medard et Qaudin , painctres , besoingnans de leur art audit Soiruix. • (Rec. gén. de 1356-1557.)

En 1562 et 1568, ces deux artistes travaillent encore au Palais ducal, et principalement dans la Galerie des Cerfs, soit à restaurer, soit à achever les peintures de Hugues de La Paye [-2).

(1) Registre des palenles de l'année 1557.

(2) Le Palais dacal , p. U.

Il ne sp donne point de fêle , il n'y a point de solennitc^ princière , sans qu« Oock et Cliuppin ne soient appelés à y exécuter quelques ouvrages de leur art : c'est ainsi qu'on les voit tantôt à Bar, pour le ba|)tèn>c du marquis du Pont ; tantôt à Nancy, pour les noces de M"" de Mouchy; tantôt enfin à Blàrnont, pour les fiançailles de la princesse Elizabcth et de Maximilien de Bavière :

u A Medard cl Claudin, painclres de Monseigneur, la somme de uiilsuixautc di\huict Iruns, uionixjyc de Lorraine, pour ouvrages et besoignes qu'ilz ont euz faictz de leur mesticr au baplesme de Monseigneur le Marquis au lieu de Bar. » (Très, gén. de 15G3-1S6G.)

« A Medard et Claudin... la somme de soixante quatre frans six gros , monnoye de Lorraine , pour ouvrages et parties de leur mesticr qu'ilz ont eu faictes pour le service de moadil seigneur....

» Ausdit^ Medart et CInudin la somme de six vingts Crans, dite monnoye , pour avoir dore , argenté et painct quatre banieres pour les trompettes de Monseigneur....

• A Claudin et Medard... la somme de soixante frans six gros... pour besongnes et painlures qu'ilz ont faicls sur des harnois et armures de mondit seigneur...

u Ausdilz Claudin et Medart la somme de cent six frans... pour ouvrages et paintures qu'ilz ont faitz et fournys pour le service de Madame...

» Plus aux devantdilz Claudin et Medard la somme de cent dixsept frans six gros... pour aullres parties et ouvrages de paintures qu'ilz ont faictes et fournies pour le service de Monseigneur, aux nopces de la damoiselle de Moucy...

» Encorcs à eulx la somme de deux cens quarante six frans neuf gros... pour aultres parties de leur mestier qu'ilz ont euz faictes et fournies pour le service de mondit seigneur aux courses de bagues et combatz à piedz durant les mois de janvier et febvrier aimée présente... » (Très. gén. de loGG-I5G7.)

« A MedarJ et Claiidin la somme de six vingtz dix huict frans, moimoye de Lorraine, pour {tarties de leur meslier qu'ils ont faictes pour le service de moudit seigneur l'année précédente à Blanmont pour les fiançailles de Madama la duchesse de Bavierts. » (Très. gcn. de 1567-1508.)

C'est dans les comptes de l'année 1508-1569, que se trouve la dernière mcnlion relative à Claude Crock, soit que l'âge. soit que les inliruiilés ne lui permissent plus de poursuivre ses travaux ; mais sa pension ne cessa pas de lui être payée, et il la toucha encore en 157:2. Il mourut à cette époque, après avoir, pendant près de trente ans « besogné de son art » avec un zèle et une activité qui ne s'étaient pas un seul instant ralentis. Il laissait une veuve et un fils que Charles III s'empressa d'adopter :

• A Mengeon Ilusson, veuve de feu Claude Crocq, cy devant peintre de Monseigneur, cent frans de pension chacun an pour entretenir aux estudes Ualthazar Crocq, son filz, par quatre années, icy pour la prefûiere qu'est la prccedenlc (1573-1574).

* Encore à elle pour la seconde année de sadile pension, c fr. » ' (Très. gén. de 1574-1573.)

BALTHAZAno CROCQ , dont il vient d'être parlé , se livra , comme son père et sans doute sous sa direction , à l'étude de la peinture. En 1581, il partit pour l'Italie afin de se perfectionner dans son art , et Charles III voulut contribuer aux frais de ce voyage :

« A Ballhazar Crocq , filz de feu Claude Crocq , jadis peintre de Monseigneur, la somme de cent dixhuict frans neuf gros, eu considération du voyage qu'il délibère faire en Italie à l'effet de suivre l'clal de peintre. • (Très. gén. de 1581.)

Crocq ne resta que peu d'années loin de sa patrie ; mais il avait su mettre à profit son séjour sur la terre classique des arts , car, dès 1585, le Duc de Lorraine , reconnaissant son

mérite , Itii faisait di'livror los lettres patentes suivantes , qui relevaient à la dignité de poursuivant d'armes :

« Charles, etc. Comme pour le service et décoration de nostre estai , il soit expédient et bienséant nous pourvoir de poursuivanlz d'armes capables , ydoines et suflisans, pour tant en l'absence comme en la présence du Roy d'armes et des heraulx entendre et vacqucr aux afTaires qui nous surviendront deppendans et concernans ceste charge, y faire les functions et debvoirs qui y appartiennent, Scavoir faisons que pour le bon rapport et relation que faict nous a este des sens, preudhomie, loyaulté , fidélité, expérience et bonne diligence estans en la personne de nostre cher et bien amé Ballhazar Crocq, natif et demeurant en ceste nostre ville de Nancy, mesmes qu'il a hante et fréquenté par plusieurs années les païs estranges et nommesment les Italles, conversé, pendant le séjour qu'il y auroit faict, avec les meilleurs esprilz de son art, tant pour avoir la congnoissance de la peincture , escripture , que cronicqucs et généalogies de noz prédécesseurs, pour nous en faire service, tellement que par ce moien il s'est peu rendre tant mieulx capable à la congnoissance de ce qui consiste tant le blason des armoiries, cronicques, cérémonies et légations qui peuvent deppendre du debvoir des rois d'armes, heraulx et poursuivanlz d'armes. Pour ces causes et autres justes et raisonnables à ce nous mouvantes, avons iceluy Baltbazart Crocq retenu et retenons par cestes en Testât ol ofTice de poursuyvant d'armes des noslres au tiitre de Clermonl.... Données en nostre ville de Nancy le 16" jour d'aoust li>85 (1). »

(1) Registre des paleotes de l'année 1585.

Par lettres patentes du Diémc jour, un autre peintre, nommé Pierre RICHIER (ou Richer), natif de Nancy et demeurant dans cette ville , fut créé poursuivant u au titre de Yaudémont. m Ces lettres sont conçues dans les mêmes termes que les précédentes, seulement, après les mots : Il nous en faire service , n on lit : u et mesmes pour tant plus se rendre digue et cappable auroit assiduellement suivy feu Didier Richer, en son vivant nostre heraull , es commissions et charges qu'il

On voit , par un rôle des habitants de Nancy, dressé en i'jSii, que cet artiste demeurait alors dans la rue du Haut Bourgel. Il y resta jusque vers l'an !600, époque où il quitta la capitale de la Lorraine , et fut « pour certaines bonnes considérations, descharge de Testât et office de poursuivant.» Il eut pour successeur Jean Callot (le père de notre immortel clialcographe) , qui , « depuis quelques mois , pour l'absence dudit Croccf , » remplissait déjà ces fonctions (l).

Les comptes de l'année 4G07 font mention d'un Dehenge CROCK , qualifié d'orfèvre et graveur, lequel fit un sceau de cuivre aux armes de Charles 111 et une médaille d'or à son effigie.

Cet artiste , qui eut l'insigne honneur de donner à Jacques Callot les premières leçons de gravure (2), était-il le fils du

auroil eues de nous pour noslre service et recherche de l'origine des nobicâ de noz pays, n lellenicut que, etc.

Voici les seules mentions qui conccrnenl cet artiste :

Il A Pierre Uicliier, poursuivaul d'armes de Son Altesse, la somme de cent quatrcviuglz quinze frans pour quatre bandcrolles qu'il a faicl pour les trompettes de Son Altesse.

n A luy... cent trente huict frans pour parties par luy faictes au service de monseigneur le Marquis, i» (Très. gén. de lî)88.)

Trois autres sommes, l'une de 172 fr., l'autre de 71 fr. 3 gros, lui sont encore payées a pour parties fournies au service de S. A., m et la Iroisicme Tle 192 fr. pour la peinture de quatre banderolles. (Très. géa. de 15'90.)

(i) Registre des patentes de l'aDoée 1600, h la date du 24 mars..

Je n'ai trouvé que la note suivante , relative a Balthazard Crock : u A Baltazar Crocq , poursuivant d'armes, la somme de vingt frans pour parties par luy faictes et fournies puur le service de Monscigueur de Vaudemonl. n (Très. gén. de 1587.)

(2) Ce fuit est attesté par une note du célèbre Mariette , que M. Meaume a rapportée dans ses Recherches sur la vie et les ouvrages de J. Callot, p. 11. M. Meaume prouve égalcmeat que Callot gravait à Nancy eu l(iu7 cl 10U8.

précédent ? Je n'oserais nie liasanler à le dire ; mais , ce qui est fort présumable, c'est qu'il appartenait à la même famille.

EnlOlîj, il avait le titre de graveur du Duc et en la Monnaie , et fil « un coin à trois alérions pour marquer les poids qui b'adjustent en la Chambre (des Comptes). » Il grava plusieurs médailles à l'cfligie du comte de Vaudémonl(i) et d'Henri II, et (1G17) des coins et poinçons pour des florins d'or portant d'un côté l'image de saint ÎSicolas et de l'autre les armes du Duc. En 1652, suivant ce que rapporte Lionnois (t. 3, p. 119), Croek fut, sur la requête des conseillers de la Chambre de Ville de Nancy, nommé , conjointement avec les sculpteurs Drouin et César Foullon , pour apprécier les ouvrages de bronze faits à la statue équestre de Charles III par les fondeurs Antoine et David Chaligny. Enfin, en IGGl, Racle et Crock gravèrent des sceaux « pour servir à sceller les lettres des tabellionages de Nancy, Dieuze et Nomeny. » Le nom de Crock n'est accompagné , dans cette mention , d'aucune indication qui permette d'affirmer qu'il s'agit de Demenge ; toutefois , cela est admissible , car, en supposant qu'il ait eu vingt ou vingt-cinq ans en 1G07, il n'était que septuagénaire en IGGl, et pouvait fort bien , soit travailler par lui-même, soit faire travailler dans ses ateliers.

Dom Calmet, dans sa Bibliothèque lorraine, et Lionnois,

(1) .\ Demenge Crocx , graveur de Son Allesse , la somme de soixante huicl frans six gros pour une medalle d'or à l'efligie de 3Ionseigneur, qu'il a faicl et fouroy du commandement d'icciuy, et de laquelle il auroit faicl don à l'ambassadeur de monsieur l'Electeur de Mayencc , envoyé vers (nbndit seigneur au mois d'octobre de l'année dernière i61i. o (Très. gén. du comte de Vaudémont , pour l'année 1618.)

Il A Demenge Crocq, orfèvre et graveur..., cinquante huict fraos pour une médaille d'or en laquelle estoit empreinte l'effigie de Son Allesse. " '^Trés. gén. de 1616.)

dans son llistoire de Nancy, parlent , enfin , d'un graveur lorrain , du nom de CROCK , qui mourut , en 1737, sur la paroisse Sainl-Epvrc; ils ne citent d'autres ouvrages sortis de ses mains , que les médailles placées aux quatre coins de la première pierre de l'église Primatiale de ?Jancy, et représentant le duc Léopold , la princesse Elisabeth-Charlotte d'Orléans, son épouse, et ses frères, les princes Charles et François de Lorraine. « Ces médailles , dit Lionnois , ont quelque mérite , mais sont bien éloignées de la beauté de celles du célèbre Saint-Urbain. »

Je ne puis afllrmer positivement si l'artiste dont parlent ces deux écrivains , peut cire rangé parmi les descendants de Jean Crock. Toutefois , cette hypothèse n'aurait , ce me semble, rien d'invraisemblable.

Je n'oserais pas en dire autant d'un nommé du CROCQ , qui travailla , en 1715, avec Ragache , Gergonne et Boulanger, à peindre les appartements que Léopold fit construire pour les princes, sur l'emplacement de la magnifique salle d'Honneur que Charles III avait fait si splendidement décorer.

En parlant du peintre Claude Crock , j'ai mentionné souvent un artiste qui vivait à la même époque, fut le compagnon de tous ses travaux et eut part , avec lui , aux faveurs du duc Antoine et des successeurs de ce prince : cet artiste est Mé- DARD CHUPPIN , qu'on trouve désigné quelquefois sous le simple nom de Mydas.

Médard Chu|)|)in avait été très-probablement élève de Hugues de La Eaye , car ce fut lui qu'on chargea d'achever la Chw que ce dernier a^ait commencé à peindre dans le réfectoire du couvent des Cordeliers de Nancy :

• A Medard Chuppin, painclre de Monseigneur, en vertu d'ung mandement donné à Bar le vj« jour do novembre l'an mil v** xlij , la somme de deux cens vingt cincq frans, monnoyc de

Lorraine , h quoy ont esté rcclnictcs les parties declerces en dix articles précèdent ledit mandement , lesquelles se moutoient à ij'= Ixvij frans, sans la Ccnc parachevée aux Cordcliers de Nancej, que feu maislrc Hugues avoit commencée, la pluspart desdits ouvraiges mis au Rond (le garde-meuble de la couronne) que

Claudine a en garde, et le rest ausdils Cordeliers (Rec. gén.

de 1541-1542.)

Comme on le voit par cette mention , Médard Cliuppin était déjà, en 1542, peintre du duc de Lorraine; il recevait, en celle qualité , des gages de cinquante francs par an , lesquels, comme ceux de Claude Crock, furent portés plus tard (1555) à la somme de cent francs.

En 1552 , Médard habitait la rue de la Boudière , où il s'était établi , sans doute , à son retour d'Italie. Ce fut là qu'il se maria, en 1559, avec Laurance de Loupy, et Nicolas de Lorraine, comte de Vaudémont, régent du duché, s'empressa de contribuer à son établissement.

it A Médard Cbuppin , painctrc de Monseigneur, la somme de cinq cens frans , monnoyc de Lorraine , qu'il a pieu à Monseigneur luy octroyer pour cesle fois de grâce espccial pour l'ayder à marier. Appert par mandement donne à Nancy le vij^ jourde décembre mil v*^ cinquante neuf. » (Très. gén. de 1558-1559.)

Depuis 1552 jusqu'en 1566, Médard Chuppin ne cessa de travailler pour le Duc (1), qui, voulant le récompenser de ses services , lui accorda , outre ses gages, une pension de cent francs sur la recette générale de Lorraine :

(1) Il A Médard Chuppiu , paintre de Monseigneur, la somme de six vingtz esciiz d'or soleil , au pris de quatre fraus pièce , moDuoie de Lorraine, pour plusieurs painlurcs qu'il a faictes cl délivrées de l'ordonnance de moudit seigneur et de Madame durant les années mil v*= soixante trois , soixante quatre et soixante cincq..., pour ce... iiij*^ iiij" fr. Il (Très. gén. de 15o6-1557.)

" Monseigneur ayant bening csgard cl considcralton au\ bons et agréables services faicts par son cher cl bien aymé Mcdard Choppin, painctre , tant au temps de feu d'heureuse mémoire monseigneur le duc François, que Dieu absolve, duquel il seroit esté envoyé p.ir tous les lieux des Ylales pour y congnoislre et rechercher les plus famculx maistres de son art, que pour veoir les choses antiques et dignes de mémoire, et depuis en plusieurs veaiges en France, et tousjours contynuant *faire service à Sa Grâce sans avoir heu recompense de scsdites peines, et affin de luy donner cueur de contynuer de bien en mieulx à l'advenir, luy a donné et assigné de pention, sa vie durant , la somme de cent frans par chacun an sur la receptc générale, à deux termes et payemcns l'année , sçavoir, la moiclié au jour et terme de feste saincl Jehan Baptiste, et l'aultre moictié au jour de Noël ensuyvant , comme le tout est plus au long declairc es lettres pour ce faictes.., o (Rec. gén. de 1563-11)06.)

Peu de temps après, Charles III, voulant donner à Médard Chuppin un témoignage encore plus éclatant de son estime , lui fil délivrer des lettres patentes d'anoblissement. Le texte de ce document ne nous a malheureusement pas clé conservé, et l'on ne trouve plus que l'indication suivante :

■ Lettres de noblesse octroyées par Monseigneur à M* 3Icdard, painctre, dont le blason des armoyrics est d'azur au chef d'or, et trois escussons d'argent deux en chef l'aultre en poincle timbré d'une JE d'or, avec un dard au naturel porté d'ung armet d'argent couvert d'ung torlis et lambrequin des couleurs et metaulx de l'cscus, icelics lettres faicles et données à Charmes le septième jour du mois de mars l'an mil cincq cens soixante sept avant Pasques... (I). ■

Outre les travaux considérables que Chuppin exécuta avec Claude Crock . et que j'ai mentionnés précédemment , il fit ,

^1) Registre des (lalenles de l'aonée 1567-1568.

soit tout seul, soil en compagnie d'un nommé Didier Ricliier, plusieurs portraits et diflërenis autres ouvrages de moins d'importance, mais que je crois néanmoins devoir rai)pcler :

« A Medard Choppin..., paiDclrc de Monseigneur, pour six escussons qu'il a faict sur vj fucillcs de papier aux armes de noslrc souverain seigneur, pour mectrc aux six torches porlces devant le corps de Noslrc Seigneur à la procession le jour du Sainct Sacrement, à raison-de iij gros l'un, vallant xviij gros. » (Cellcrier de 15C9-la70.)

« A Medard Chup^iin, peindre de Monseigneur, la somme de deux cens fraus, monnoye de Lorraine , pour paiement de plusieurs peinctures qu'il a faictes du commandement de mondit seigneur et pour son service. Comme il appert par... mandement donné Nancy le xvij^jour de janvier rail v*^ soixante neuf...

» Audit Medard la somme de six vingts dixneuf francs, roonnoic susdite, pour paiement d'aultrcs peinctures qu'il a faictes et délivrées du commandement de mondit seigneur

» Encores à luy la somme de trois cens frans, dite monnoye , que la grâce de Monseigneur luy a accordé pour le service et debvoir qu'il a mis à faire ung livre armoyé de la généalogie des ducs de Lorraine et Barrois, lequel sadite grâce en a faict don à Monseigneur le duc d'Aulmallc... » (Trcs. gén. de 1870- 1571.)

« A Medard Chuppin et Didier de Vie... cent quatrevingtz sept frans six gros pour les armoiries qu'ilz ont faictes et fournies au service funèbre du Roy de France. — ... Huict vingtz dixhuict frans pour armoiries qu'ilz ont faict aux funeraulx de madame la duchesse de Savoyc. — ... Quatrevingtz frans pour paiement de deux banneroUcs de trompette qu'ilz ont pcincl et doré pour le service de Monseigneur. » (Très. gén. de ilili.)

• A Medard Chuppin cent soixante frans pour deux peintures, sçavoir de monseigneur le Marquis et Charles monsieur, qu'il a faict du commandement exprès de mondit seigneur (le comte de Vaudémont) et lesquelz il a envoie à Son AUcssc. » — « Encor

à luy... deux cens frans pour paiement d'aultres parties de son art par luy fournies et délivrées pour le service de mondil seigneur • (Très. gén. de 1575.)

• A Medard Chuppin cl Didier Ricbier dit de Vie... trois cens quarante frans six gros pour besongnes de leur art qu'ilz ont faict pour l'an révolu (\e service anniversaire) de feue Madame, comme aullrement pour le service de Monseigneur. • — « Encor audit Medard deux cens frans pour deux peintures de Monseigneur qu'il a commajidè estre faicle, l'une pour monsieur le Comte de Salm et l'aullre pour le S"^ de Melay, grand maislre. •

— • Encor à luy trois cens quatrevingtz frans pour peinctures faictes et fournies par ledit Medard et feu Claudia Crocq.... * (Très. gén. de i57C.)

• A Medard Chuppin et Didier Ricbier... douze cens qualre- ▼iogtz quatre frans ung gros buict deniers pour besongnes de leurs artz qu'ilz ont faictes tant pour les cérémonies et service funèbre de feue Madame , comme aussy de feu monsieur lo Cardinal de Lorraine. •« — ■ Audit Medard et la vefve de feu Claude Crocq... deux cens frans pour deux peintures de la personne de feue Madame... qu'ilz avoient faict en l'année 1573, et desquels feue madicte dame feit don aux S" Comte de Salm et de 3Ielay. »

— • Aux devantdiclz Sledard et Didier Ricbier... trente un frans pour avoir pcinct une cocbe et caroche pour le parlement de madame la duchesse de Bruncbwig. » (Très. gén. de 1577.)

• A M* Medard quarante frans pour parties de son art par luy fournies pour le service de Monseigneur. — ... Quaire cens frans six gros pour peintures qu'il a faict-de l'ordonnance de Monseigneur et de monsieur le comte Paoul de Salm pour feue Madame. — ... Sept vingt quatre frans pour parties de son art... pour la personne de Monseigneur. » (Très. gén. de 1579.)

• A M* Medard la somme de treize cens quarante neuf frans pour plusieurs peintures qu'il a fait tant de la personne de Monseigneur et feue Madame, que dt messieurs et dames leurs enfaos.... Mandement donné à Nancy le viij* may mil v<^ septante oeuf.

— iO —

» Encor à liiy la somme de vitifçt quatre cscus sol, pour deux peintures qu'il a fait du commandement de Monsciii^nein', l'une de la figure de Jésus Christ et l'autre de la vierge Marie, desquelles Monseigneur a heu fait don au S' Evcsquc de Strasbourg... » (Très. gén. de 1580.)

Celle dernière mention porte la date du 2o janvier 1 580 ; les tableaux dont il y est parlé sont très-probaljlcuicnt , ainsi qu'on va le voir, les derniers ouvrages de Médard Cliuppin. Toutefois , avant de mourir, cet artiste devait recevoir encore une nouvelle marque de la faveur de Charles III : on trouve, en elFet, dans le recueil des lettres patentes , le document suivant qui témoigne de la liante bienveillance du duc de Lorraine pour son peintre :

« Charles, etc.... Receuc avons l'humble supplication et requeslc de nostre amé et féal Medard (^huppin, noslrc pcinctre, contenante qu'en nostre ville , ban et finaige de Rozieres aux Sallines il auroit, tant par succession héréditaire qu'acquest, accommodé ung gaignaige ou métairie , consistant en une maison et grange scituéc au faulbourg Sainct Pierre dudict Rozieres, en la rue dicte la rue Belle devant le four Lailre...., avec les usuaires devant et derrier, preiz, chenevieres et terres arrables en bonne et suffisante quantité pour employer une charrue bien altellée , mais d'aullant que soubz prolext des servitudes esquellcs sont attcnuz les moictriers rcsidans en telz et semblables gaignaiges, il n'en peult ny pourroif à beaucoup près tirer tel proffict qu'il fcroit s'il en avoit franchise cl exemption, nous suppliant.,, qu'en faveur et contemplation de ses services, nostre bon plaisir soit le gralifficr en sadictc rcquesle et demande. Sçavoir taisons qu'eu csgard... à ce que dessus , mesmement à la fidélité et diligence qu'il a employé au service de feuznoz... ayeul et perc... qui l'auroient dcz son jeune cage envoyé en Italie pour apprendre les perfections de son art et se rendre tant plus capable à leurdict service, s'en estant sy bien et dcucment acquicté depuis ledict temps qu'il y a esté appelé et rcceu,

et dcz nostrc advencmenl jusqucs h présent , que par raison nous en avons cl debvons avoir tout bon contantenicnt , csperans el nous conflans qu'il y persévérera et continuera à Tad-

venir de bien en niieulx, Avons alTranchy et exempté... le

susdict gaignaigc en tout ce qu'il se comporte..., ensemble le moictrier y résident avec sa famille, de tous traitz, tailles, impositions et oultre ce.... avons audict Mcdard Chuppin,

pour luy, ses hoirs et ayans cause, permis et accorde.... qu'il puisse tenir trouppeau à part de bcstes rouges jusques au nombre de vingt, et de blanches jusques à trois cens , avec ce qu'il luy soit loisible.... de bastir et ériger ung colombier contenant jusques h huit cens trouz au dedans et pourpris de la maison dudict gaignaige,et aussy d'y faire et construire ung four à cuyre pain pour son deffruict et dudict moictrier et de sa famille tant seullcment, laquelle permission nous luy avons tant plus facilement et librement octroyée , d'autant qu'il a audict ban de Rozicres quantité de terres tant arrables que non arrables à suflîsnnce pour oster occasion à toutes personnes de s'en plaindre et douloir justement..'.. Données en nostre ville de Nancy le douziesme jour du mois de juin mil cinq cens quattrc ▼ingtz. »

Medard Chuppin ne jouit pas longtemps de la nouvelle faveur que Charles III venait de lui accorder : il mourut peu de temps après, peut-être de la peste qui désola la capitale de la Lorraine , cl dont sa veuve elle-même fut atteinte , ainsi que l'atteste la mention suivante :

• A Laurance de Louppy, veuve de ifcdard Chuppin, peintre de Monseigneur, la somme de trois cens frans (I) pour la solager

(1) D'antres sommes furent payées à la veuve de Médard Chuppin pour des travaux qu'avait exécutés son mari :

« A la vefvc de feu M'- Medard... cens trente deux frans neuf gros pour une peinture de mouscigncur le Marquis que ledicl defuncl u lieu foicl , qu'autres parties de son art qu'il a lieu aussy faict pour son ser-

estant rcdiiicte aux loges à ca>»se de contagion de peste. Appert par mandement donné à La Molhe le vj«' novembre rail cinq cens quatre vingtz (1). >

La bienveillance toute particulière dont il fut l'objet de la part (lu prince , permet de supposer que Médard Ctiuppin occupa le premier rang parmi les peintres de son époque ; il fut , en outre , celui qui exécuta le plus de travaux de toute nature : décorations d'appartements , portraits , sujets religieux , etc. ; tous les genres semblent avoir été propres à son talent, et l'on ne comprend pas comment il a pu tomber dans l'oubli où l'ont laissé les biographes lorrains.

De même que Claude Crock, Médard Chuppin eut des descendants qui perpétuèrent son nom : ils s'appelaient Charles et Nicolas.

Charles ClIUPPIN , qui eut le titre de peintre du duc de Lorraine, aux gages do cent francs par année, fut, dans plusieurs circonstances , le compagnon de travaux de Claude

vice. — ... Trois cens cinquante six frans Irois gros pour payement de trois figures de Son Altesse qu'il a faict de son ordonnance à monsieur de Beauvau, gouverneur de monseigneur le Marquis, h (Très. gén. de 1581.)

u  la vefve et relicte de feu M® Médard... quatorze cens un frans trois gros pour paiement de parties de peintures faictes pour le service de Sou Altesse en Tannée lb'80. 'i (Très. gén. de 1587.)

il Aux vefve et lieritiers de feu M"^ Médard... quatrcvingl sept escus sol vallans quatre cens treize frans trois gros, pour peintures que S. A. a faict prendre et achepter d'eux pour son service, n (Très. gén. de 1591.)

(1) On voit (Lionnois, t. 2, p. 22), par la désignation des héritages compris sur l'emplacement de l'ancienne Esplanade, avant la construction de la Ville-Neuve, c'cst-iï-dire vers 1588, que la veuve de Médard Chuppin y possédait un jardin de 109 toises 22 pieds.

Henrict ; il til quelques porirails cl dautrcs ouvrages , soîl pour le prince, soit pour la ville de Nancy :

« A M* Claude Henrict et à Charles Chuppin la somme de sept cens trois frans pour plusieurs peintures qu'ilz ont faict et fourny pour le service de Son Altesse.

" A Charles Chuppin, peintre à Son Altesse, quatrevingtz dix frans pour ouvrages de son art qu'il a faict pour le service de monseigneur le Marquis.

» Audit Charles Chuppin la somme d'huict vingtz ung frans six gros pour plusieurs ligures peintes au naturel et autres ouvraiges de son art que pendant l'année de ce compte il a faict et fourny pour le service de Son Altesse. » (Très. gcn. de 1589.)

• A Charles Chuppin, peindre, la somme de dix sept frans six gros pour avoir fait des panontiaulx peinct des deux costel, l'ung pour mectre à ung poictat à la place de la Ville Neuve où l'on vend le vin, et l'autre à la place du Viel Change. » (Compte du receveur de la ville de Nancy pour Tannée 1591.)

• Payé 4i0 fr. 6 gros à Claude Ilenriet et Charles Chuppin, peinclres à S. A., pour besongne de leur art par eulx faicte pour servir à ung balet qui a esté faict au carnaval de 1594. * (Très. gén. de 1595.)

• A Charles Chuppin deux cens vingt neuf frans six gros pour besongne de son estât qu'il at faicte aux carosscs de Madame et banderollcs de son Irorapelte pour servir au voyage qu'elle a faict en France au mois d'octobre de ceste année. « (Très. gén. de 1611.)

« A Charles Chuppin cens seize frans pour parties et besoignes qu'il a faictes... pour le service do Son Altesse. » (Très. gén. de 1614.)

« A M* Charles Chuppin 80 fr. pour avoir peint la chapelle (faite entre la ville et le Saurupt le jour de l'entrée de Charles IV) de rouge et parsemé les pilastres, piedeslalles, corniches et dosmeaii dessus, d'alerions d'argent, croix de Lorraine, doubles C et couronne d'or, avec ce un baston pour les heraulx,

parsemé de mcsroc d'or cl d'argent. <• (Receveur du domaine de Nancy pour 1025.)

Celle note, datée de l'année 1621), est la dernière qui concerne. Charles Chuppin, cl l'on peut présumer qu'il mourut vers celle époque. Il avait fait bâtir, dans la rue des Qualre- Egliscs, une maison sur un terrain concédé au capitaine Page, de qui il l'avait racheté.

Nicolas CHUPPIN paraît n'avoir été qu'un simple peintre décorateur, car ses travaux se bornèrent à des peintures dans les appartements du Palais (1) et aux carosscs de la duchesse de Lorraine.

Je viens de prononcer le nom de deux artistes qui furent contemporains de Chuppin , et dont l'un fut la tige d'une famille célèbre : je veux parler de Claude IlENRIET et de Didier RICHIEH.

Je ne m'arrêterai pas au premier, donl la biographie a été tracée (2) beaucoup mieux que je n'aurais pu le faire; quant au second, voici les quelques particularités que j'ai pu découvrir sur lui.

Didier RICHIER ou Didier de Vie était né à Nancy, j'ignore à quelle époque. Après avoir commencé (ITiGl) par faire quelques travaux de peu d'importance dans les appar-

(1) Le Palais «lucal, p. 99, 107 el 108.

(2) Recherches sur quelques artislcs lorrains, par M. E. Meanme, insérées dans les Mémoires de l'Académie de Stanislas , année 18i)i. Je me home i» renvoyer h ce travail ; je crois devoir, (oulefois , consigner ici une particularité que M. Meaunic a apprise trop tard pour la faire connaître : c'est que M. de Sylvestre , dernier descendant de Claude Ilenriet, possède le portrait de cet artiste, par un peintre français de l'école de Janel; Ilenriet y est représenté à l'âge de 12 ans, cl une inscription , placée derrière la toile , indique qu'il était né en 1ÎJ39.

lements tlu Palais ducal (i), il quitta la Lorraine pour aller en Italie , d'où il revint vers l'année 1571 (2), et fut dès lors employé principalement à peindre des armoiries et des écussons(3) :

■ A Didier Richicr, alias de Vie , cinquante huict frans six gros pour parties d'ouvraigcs de son art qu'il a faictes pour le service de monseigneur le Marquis. • — « Audit Richier quatrevingtz buicl frans pour aultres parties de son art qu'il a fournies pour les funérailles de monsieur d'Aumalle. » (Très. gcn. de 1S73.)

» A Didier de Vie dixneuf frans dix gros pour les armoiries et escussons qu'il a faict au service funèbre de feue la Roync de

(i) Le Palais ducal ^ p. 61.

(2) Idem , p. 68.

(3) u A Didier Riciiier, dil de Vie , la somme de deux ceus frans pour UQ voyage que Mouscigneur luy a commaudé faire par tout le duché de Lorraioe pour faire une revue el recueil des blasons, armoiries et qualités des nobles dudit duché, n (Très. gén. de 1579.)

u J'ai vu , dil D. Calmet {Bibliothèque lorraine , col. 826) , en la bibliothèque du prieuré de Flavigny, près Nancy, un fort gros volume manuscrit, qui est uu recueil composé par l'ordre de Charles 111, écrit en 4577, par Didier Richicr , son héraut d'armes , nommé Clermonl , député pour examiner rigoureusement les litres des nobles de Lorraine. Il s'acquitta de sa commission, et composa deux gros volumes de procès-verbaux sur celle recherche. L'un de ces volumes, qui était sans doute commun au second, se conserve ii Flavigny sous ce titre : u Livre de la recherche cl du recueil des nobles du bailliage de S. Mihiel , qui contient l'abus qu'a été par aucuns se quaiitians (Nobles commis eu celte qualité), fait par Didier Richier, dil Clermonl, poursuivant d'Armes de S. A., par commission expresse de Monseigneur de Uaussonville, Marcchal du Barrois, suivant celle qui, pour cet effet, lui a été dirigée de sadite Altesse en 1577. »

i< Ceux qui ont examiné de près cet ouvrage , ajoate D. Calmet, disent que Richier n'y a pas apitorté toute la diligence et la fidélilc qu'il faudrait. •)

Portugal. » — • A luy vingt deux frans pour parties de son art par luy fournies pour le service de monseigneur le Marquis. » (Très. gén.del»74.)

Le 28 juin 4570, Richier fut nommé poursuivant d'armes, au litre de Ctermont, en considération de son mérite :

« Nous, est-il dit dans les lettres patentes de Charles III, informé et bien cognoissant des sens, fidélité, diligence, loyaulté, preudhommic , capacité , suffisance et expérience estans en la personne de nostre araé et féal Didier Richier, natif de ceste nostre ville de Nancy, et y résident , ayant toute sa jeunesse hanté les Italles cl fréquenté avec les meilleurs esprilz de son art, mesmement img bien long temps vacqué tant à la painture qu'aux escriptures des cronicques et généalogies de noz Iresillustres progeniteurs , en quoy et en plusieurs autres choses qu'il auroit lors et du depuis praticqué , auruit de beaucoup profilé, et tant en ce qui consiste le blason des armoiries que pour les cronicques, cérémonies et légations qui peuvent dépendre du debvuir des Roy d'armes, heraults cl poursuivans, avons... icclluy Didier Richier retenu... en estai et office de poursuivant d'armes des uoslres au lillre de Clermonl (i)

Richier fil différents ouvrages en 4I>79, 4581 et! 583 (2), et mourut l'année suivante ou au commencement de 1585, lais-

(1) Registre des paleules de 1575-1576.

(2) Il A Didier Richier, dit Clermont six viugtz dixsept frans six

gros pour parties et ouvraiges de son art qu'il a faicles pour le service de Monseigoeur au carnaval de l'année 79. — Encor à lui trois cens vinglz frans quatre gros pour aullres ouvraiges... pour le service de Monseigneur le Marquis du Ponl au carnaval dessus dit. ti — Plus 9i fr. en deux sommes pour autres parties. « (Très. gén. de 1581 .)

Il A Didier Richier, dit de Vie, huicl vinglz dix fiaus pour avoir peint sur salin bleu les quatre bannerolles des trompettes de Son Altesse.— Encor îi luy quarante deux frans six gros pour besongnes qu'il a faictes pour le service de Son Altesse, n (Très. gén. de 1583.)

s<mt une veuve et plusieurs enfants (l) , dont l'un , Pierre KICHIER . fut , comme son père , peintre et poursuivant (l'armes (2).

J*ai encore à mentionner plusieurs autres peintres qui vécurent en Lorraine pendant le XM* siècle (ô), mais sur la plupart desquels on ne possède malheureusement que des renseignements vagues et incomplets.

Le premier est un nommé Jean LE COLRTOYS, qui fut employé, en 1538, à des travaux dont on ne connaît pas la nature :

• Â Jean le Courloys, peintre, la somme de vingt frans, monnoie de Lorraine, que monseigneur le Duc luy a ordonné pour certains ouvrages qu'il faict. Par mandement de mondit seigneur donné à Nancey le xxiij* d'avril mil v<^ xxxviij. » (Très, gén. de 1337-IS38.)

Vers le même temps , un peintre de Pont-à-Mousson , Pierre FREDET, exécutait différents ouvrages pour Philippe de Gueldres et pour le couvent de Sainte-Claire , où s'était retirée cette princesse :

• Payé à maistre Pierre , painctre , demeurant au Pont , la somme de iiij fr. pour une ymaige qu'il a peinct à la Royoe...

(i) u Aux vefve et heriliers de feu Didier Richier... cens quarante deux frans pour parties d'armoiries qu'il a faictes pour les obsecques et service funèbre de feu Monsieur frère du Roy." — Diverses autres sommes, se monlanl ii 259 fr., leur sont également payées pour purties fournies au Duc , au Comte de Vaudemonl ,. au Marquis du Pont et aux princesses. (Très, gén de 1386.)

(2) Voir page 32.

(3) Fui été obligé d'intervertir l'ordre chronologique pour donner la série des notes qui concernent les familles Crock et Chuppia ; c'est ce qui fait qu'on trouve ici des artistes qui vécurent dans la première moitié du XVl'^ siècle, et qui auraient dû, par conséquent, occuper une autre place dans ce travail.

• A maistrc Pierre Frcdet... la somme de iiij fr. vj gros pour par luy avoir fait deux grans cscussons sur la loiclurc du clochicr (de Sainte-Claire), l'ung armoyé des armes de Monseigneur, l'autre des armes de la Royne, chacun de trois piedz de bault et deux de large , faiclz de pcincture à huille, or et azur, et avoir doré le coq..., avec ce aux héritiers dudil covent avoir peinct des cordelières de couleur noire et grise. » (Compte du Receveur de Pont-à-Mousson pour !54l-lî)42.)

En 1547, des lettres de noblesse furent octroyées à un nomme François BUSCAY, peintre milanais , qui était venu s'établir en Lorraine et s'y était marié ; voici en quels termes sont courues ces lettres patentes : •

« Chrcsticnne de Dannemark.... et Nicolas de Lorraine, administrateurs des corps et biens de nostre lilz et nepveu..., k prière et requcste très affectueuse de noz.. cousin et cousine les conte et contcsse de Challant, nous, informés des bonnes meurs, honneste vie et conversation de maistrc Françoys Buscay, millannoys, painctre, ayant sou bien qu'il avoit de là les monls pour soy habiter par deçà vendu , et de faicl prins par mariaige une femme noble nommée Katherine de Mailly, tenant terre de fiefz de nostre filz et ncpvcu, par especial et affin qu'il et sa postérité conjoinctement à naistre en leal mariaige procédante d'eulx

deux puissent estre capables à tenir Icsdits licfz et autres ,

pour ces causes.... avons anobly et anoblissons.... ledit 51*= Françoys Buscay, ensemble sa postérité..., et en signe de noblesse... luy avons donné les armes... assavoir ung cscu d'argent à une fesse vinidée (sjc)ettroys hermines de sable.... Données à IVancy le x° jour de may mil cinq cens quarante sept... (1) <

Ce document est le seul qu'on possède sur cet artiste , et je n'ai pu découvrir aucune mention qui le couccrnc.

(1) Registre des patentes de l'année 1547.

Les renseignements me manquent également au sujet d'un autre artiste, Jean DE GOUZE , successivement qualifié de peintre de Madame (i), puis de Monseigneur, et qui peignit, en loaO, le cabinet de la duchesse douairière (2). Il habitait, en 1552, une maison de la rue de Boudière , c'est-à-dire de la partie de la Grande-Rue comprise entre celle des Maréchaux et la petite Carrière.

Dans la même rue demeurait, en lo89 (3), un peintre qui est appelé tantôt Jean BARISCORD ou Bariscot, tantôt Jean Bleyer de Bariscord , et qui semble n'avoir guère exécuté que des ouvrages d'ornementation. On le voit successivement dorer « quatre grands chandeliers pendants en la Galerie des Cerfs (1572) » (4), travailler au Trésor des Chartes (1588), peindre à l'huile des écussons ou des banderollcs pour les trompettes du duc , un carrosse pour la duchesse de Bavière , etc. :

• A Jean Bleyer de Bariscord trente trois frans pour parties de son rocsiicr qu'il a fournies pour le service de Monseigneur. ■ (Très. gcn. de 1573.)

• A Jean Dlayartde Barisco, pcinctre et doreur, quatrevingtz frans pour avoir argenté d'argent fin dix haultz chandeliers pour servir à la salie de parade durant les quarante jours que feue Madame y sera servie. » (Très. gén. de 1S74.)

(4) Il est ainsi qualifié au bas d'un acte d'échange passé, en 1559, entre le commandeur de Sainl-Georges de Lunéville el Jean de Ligniville : u ...Présent maistre Jean de Gorze, demeurant à Nancy, paintre de nostre souveraine dame madame la duchesse, n (Cartulaire de la commanderic de Saiul-Georgcs.)

(2) Le Palais ducal, p. S6.

(3) Dans ceUc rue demeurait aussi , à la mènic cpiMiuc , un peintre nommé Claude CHENOIS, sur lequel je ne possède aucun renseignement.

(4) Le Palais ducal, p. 68.

• A Jean BIcycr de Bariscord six vinglz quatre frans dix gros pour parties de son art.,., pour servir aux obsea|ucs et enlerremcns de feue Madame. » (Très. gén. de 1575.) (1).

« A M''' Jean Hariscot, pcinctre de >iancy, la somme de deux cens trente cinq frans, monnoye des pays, pour avoir pcinct en huile de part et d'aultre cinq banderolles pour servir aux cinq trompettes de la suittc de Son Altesse....

» A luy la somme de quatrevingtz douze frans six gros... pour fournitures, faccon et besongne de son estât que pendant le carnaval en l'année quatrevingtz et unze il a faicl, fourny et délivré pour le service de Monseigneur de Vaudemont... ■ (Très. gén. de 1578.)

« A M'^ Jean Bariscot la somme de cinquante six frans à quoy montent quarante huict armoiries peinctes sur doubles feuilles de fer blanc que de l'ordonnance de Son Altesse il a fourny et délivré pour servir aux obsèques et services qui se font annuellement en l'église des Cordeliers de Nancy en mémoire, recordation et salut de fcuz messcigneurs et dames les ducz Antboine, François, la Royne de Danncmarck et duchesse de Lorraine.

» A luy la somme de cent quatorze frans pour douze escussons qu'il a peinct en huile et doré d'or lin.

» Encor à luy... trois cens cinquante six frans trois gros pour peinctures par luy fournies au service de Son Altesse. — ... Quarante sept frans six gros pour avoir peinct et doré une grande bandcrolle aux armoiries de Son Altesse pour ung trompette. — .... Quinze escus sol vallans soixante unze fran||^rois gros, pour avoir peinct et illuminé une grande charte avec le chassy, le tout d'or moulu un. » (Très. gén. de 1595.)

« A Jean Bariscot... la somme de cinquante quatre frans pour avoir doré de fin or et en huylle deux lyons sur le devant du carochc de parade, ensemble faict les armoyries en huylle my

(i) En 1S79 et 1581, deux noavelles sommes, Vaut de 4i7 fr. 6 gros, et l'autre de 22 fr., lui seul payées u pour parties de son aH » faites pour les princesses et le marquis du Pont.

parties tic Lorraine et de Bavière estant au fond de dessus dudict carochc et verny icelluy qui a esté faict et donne à madame la princesse Elizabeth, duchesse de Bavieres.

Au môme «... cinquante sept frans pour besongnes et façon de son art qu'il a faictcs et doré pour la personne de monseigneur de Vaudemont, à servir aux combats à pied faictz au carneval de l'an présent. » (Très. gén. de 1593.)

■ A Jean Bleycr de Bariscot... deux cens quatrevingtz cinq frans... pour avoir peint les armes de Son Altesse en six grandes doubles banderoUes de salin bleu céleste pour six trompettes. • (Très. gén. de 1597.)

■ A Jean de Bariscot quatorze frans trois gros pour avoir peinct et doré d'or un sur une double feuille de fer blanc taillée en ovalle , les armes de monseigneur le duc de Cleves, my partie avec celles de Lorraine, à mettre au milieu de la carochc de madame la duchesse de Cleves. — ... Vingt sept frans pour avoir peinct et illuminé en trois libvres de papiers blancs les armoiries de S. A. — ... Trente trois frans trois gros pour avoir peinct et doré d'or fin une paire de traiteaux de bois taillés à feuillage, servans à une table dorée et peincte à la moresque estante au cabinet de S. A-, et prétendue en faire don à madame la duchejse de Bar. » (Très. gén. de 1599.)

• A Jean Bariscot... deux cens soixante un frans trois gros pour cinq grandes doubles banderollcs aux armes de S.A. pour les trompettes de son hoslel. » (Très. gén. de 1001.)

■ A M**' Jean Bleycr de Bariscort, peintre à Nancy, la somme de six cens soixante deux frans huict gros pour avoir doré, argenté et peinct tant le sceptre, la main de justice qu'autres pièces de celles qui ont servy ez cérémonies e» pompe funèbre de l'enterrement de feue S. A. » (Très. gén. de 1U09.)

• A M* Jean Bariscot huict frans pour avoir doré avec or un une croix à Monseigneifr (de Vaudémonl) garnie àe plusieurs reliques. • (Très. géo. du comte de Vaudemont, pour l'année 1615.)

En m^mc temps que l'arlisle dont je viens de parler, en TÏvait un autre qui semble s'être adonné à peu près au même genre que lui : il s'appelait Jean CONTESSE ou Comtesse, et habitait la rue Neuve en 1589. Il exécuta quelques travaux de son art au jeu de paume du Palais ducal (1), peignit des armoiries, des arbres généalogiques et des machines destinées i\ figurer dans les ballets qui se donnaient à la cour.

« Faict despancc le Receveur de trantc trois frans quattre gros qu'il a payez à Jehan Contesse, painlre, pour cent armories qu'il a faict pour l'enterrement de feu monseigneur de Vauldcmonl, au pris de quattre gros pièce. • (Receveur de Nancy de 1576-1577.)

■ A Jean Contesse... huict escuz sol revenans à trente huict frans.., pour deux quartes et descriptions qu'il a painct touchant le partage qui se pourroit fiiire commodément des terres communes entre le Roy Catolicque comme duc de Luxembourg et Son Altesse. » (Très gén. de 1586.)

« A M' Jean Comtesse... quarante huict frans pour avoir peinct quelques traîneaux et autres fournitures pour le service de Son Altesse. ■ (Très. gén. de 1588.)

« A Jean Comtesse cinq frans pour douze armoiries par lui faictcs où soni pcinctes les armoyeries de la ville, pour servir h douze torches qui ont este portées à une procession générale au mois de septembre (sans doute pendant la peste.) ■ (Receveur de Nancy de 1589.)

■ A Jean Contesse.... trente quatre frans pour lances, picques et corceletz qu'il a peinct , doré et argenté pour la personne de Monseigneur de Vauderaont au carnaval dernier. » (Très. gén. de 1580.)

■ A Jean Comtesse , peinctre demeurant à Nancy, la somme de deux cens quarante deux frans six gros pour besongnes de son estât qu'il a peinct à servir aux caYouselIes et courses à la

(1) Le Palais ducal, p. 71.

]a hagiic faictcs au carnaval année de ce compte par messer^ gueurs les Marquis et Comte de Vaudemont. » (Très. gén. de 1393.)

« A Jean Contesse... sept cens vingt frans pour deux espèces de machines, l'une estante en forme de montagne représentant le mont Parnasse, et l'autre de galère avec son esquif, et autres ouvrages et statues de piastre qu'il a faict pour servir à faire l'entrée des balelz qui ont esté failz pendant le carnaval.

> A luy soixante un frans six gros pour plusieurs besongnes de son estât qu'il a faictes pour servir aux combatz à pied et courses de lances faictes pendant le carnaval par messeigneurs les Marquis du Pont et Comte de Vaudemont. » (Très. gén. de 4394.)

« A Jean Contesse.... trois cens soixante quatre frans six gros pour besongnes qu'il a peinct à servir aux carouselles, courses de bagues et combats à piedz faictz par monseigneur le Marquis et monseigneur de Vaudemont au carnaval de l'an présent.

■ Payé six vingtz frans à Jean Contesse... pour quatre banneroles qu'il a peinct au blason des armes de Son Altesse pour ses quatre trompettes. » (Très. gén. de 1595.)

• A M* J. Comtesse quarante deux frans six gros pour besongne de son estât qu'il auroit faict au festin des nopccs de monseigneur de Vaudemont. — A luy sept frans pour avoir peinct sur deux feuillet de fer blanc deux sauvegardes aux armes de S. A., qui sont estes mises aux deux boulz d'ung char chargé de quatre pièces de vin de Barrois envoyez à monseigneur le duc de Bavieres. • (Très. gén. de 1598.)

L'importance de quelques-unes des sommes payées à Jean Contesse, semble prouver que ce dernier, de mérae, du reste, que Jean Bariscord , n'rtail pas simplement un ouvrier, mais un artiste d'un certain talent. Je répéterai , à l'appui de cette assertion , que des peintres d'un grand mérite , tels , par exemple , que Médard Cliup|)in , (^.laudc Ilenriet et Dcruel , furent employés plusieurs fois , comme ceux que je \iens de

nommer, à décorer les appartements du Palais , et à peindre ou des écussons , ou les machines qu'on faisait paraître dans les ballets , combats à la barrière et autres spectacles de ce genre qui avaient lieu fréquemment à la cour de nos ducs, au carnaval et dans d'autres circonstances.

Un nomme'' GÉKAnn GAULTIIIER , de Saint-Nicolas , fut aussi, ù l'époque dont je parle, chaigé de différents ouvrages dans la chambre du comte de Yuudémonl , et reçut , en deux paiements (4593 et 1594), une somme de plus de 1 ,400 fr.(4).

Je dois mentionner, enfin, un nommé Baivthélemv BRAUN, qui était, en l;i8ô, peintre du duc de Lorraine :

" A BcrthcUemin Uraun , peintre à Son Altesse, la somme de six vingtz escus d'Italie pour ses gages de ladicte année... valent v« xl fr.» (Très. gén. de 1583.)

Charles III ne se bornait pas à confier des travaux aux artistes du pays , il encourageait encore les étrangers , soit pour chercher à les retenir près de lui , soit pour montrer combien il désirait contribuer au développement des arts : c'est ainsi qu'en 1570, un peintre de Sainte-Mcnehould, Denis SAULCY, fut appelé à décorer la salle Neuve qui venait d'être construite au Palais ducal (2), et que, de i;37ij à 11385, plusieurs autres peintres français , italiens ou allemands , furent employés par ce prince :

• A monsieur le comte Paoul de Salm , premier gentilhomme de la chambre de Monseigneur, la somme de soixante escus sol en espèce, vallans quatre frans six gros pièce, deux cens soixante dix frans, pour envoier et faire tenir à Paris à M*JBER- NARD, peindre du Roy, sur et à bon compte de certaine pein-

(1) Le Palais ducal, p. 73.

(2) Le Palais ducal , p. 66.

— salure qu'il a charge faire pour le service dejnoDdit seigneur. ■ (Très. gén. de 1573.)

• A J«Aîr PAOUL, scuCpteur..., cinquante cinq escus à quatre frans pièce, vallans deux cens vingtz frans monnoie de Lorraine, qu'il a pieu à Monseigneur luy faire don de grâce especialle, lant pour aucunes peintures qu'il a faict pour son service, que pour l'aider à avoir ung cheval.

» A Jean Paou\, peintre de 3ïddamc la duchesse de Brunchwig, ... quatre vingtz frans qu'il a pieu à Monseigneur luy octroyer en don pour certaines paintures qu'il a faict pour Son Excellence. » (Très. gén. de 1Î>7G.)

• AJcauPaoul(l)ct AUTIIER, peintres demeurans à Paris..., trente cscus sol vallent quatrevingtz dix libvrcs et en monnoie de Lorraine cent trente cinq frans, pour trois peintures en tableau qu'ilzonl délivré à Monseigneur. » (Très. gén. de 1578.)

• A Didier MAIO'ART de BERGUEZ (ou Berciks), peintre du Roy..., soixante libvres tournois vallans quatrevingtz dix frans moDDoie de Lorraine, pour avoir porlraict Monseigneur en ung grand tableau. » (Très. gén. de 1578.)

• Le Trésorier faict despence de vingtz escus sol vallans quatrevingtz quinze frans, qu'il a délivré à monsieur le comte Paoul de Salm, grand chambellan de Monseigneur, pour remboursement de semblable somme que de sou ordonnance il a heu délivré à ung peintre italien pour certaines peintures qu'il avoit donné à mondit seigneur. » (Très. gén. de 1577.)

(f) En 1601, une somme de 450 fr. fut encore payée à Jean Paul u ponr des peintures en cires que S. A. al fairl achapler de luy ; <i el, en IGOi, on iruuve la mention suivante : « A M" Jean Paul, sculplear eu basse bosse , demeurant à Paris , UiO fr. pour douze pourtraiclz an naturel qu'il a faict et délivré pour le service de S. A. n

La même année , uue somme de .'6 fr. fut payée h u M'' Jacqi;es CHAPPEHON, peintre demeurant ii la ville de Paris, pour une peinture tirée an naturel de la Puccllc d'Orléans, qu'il a veoduc k S. A. n (Très. gén. de KJOi.^

• Le Trésorier faicl dcspenrc de cinquante escus pistoletz d'Espagne , que de l'ordonnance de Monseigneur il a délivré à Peter A.N'THOMO, sculpteur italien, pour six pourlrailz failz en cire, qu'il a fait pour le service de Son Altesse. • (Très. gcn. de 1581.)

• Payé quatre cens frans à Jost DE LA COURT, peintre allemand , pour avoir peint Monseigneur de Vaudcniont et mesdames les princesses, ensemble Antoine Franpoint, géant. »(Trés. gcn. de 1583.)

Ainsi que je l'ai dit précédemment , ces encouragements donnés par Charles III à des peintres étrangers, témoignent uniquement de l'amour qu'il portait aux arts, et on aurait tort d'en tirer la conséquence que ce prince était obligé d'aller chercher au dehors ce qui lui manquait dans ses Etats. A l'époque dont je m'occupe, comme pendant longtemps encore, la Lorraine posséda de nombreux artistes en tout genre , qui soutinrent dignement l'honneur de leur patrie ; outre ceux que j'ai déjà mentionnés , il m'en reste à citer quelques-uns pour compléter ce qui concerne le XVI* siècle.

Le premier est Julien MAIRE ou le Maire , quaUOé, dés 4580, de peintre et graveur du duc, aux gages de cent francs par an; il porta plus tard (1589) le litre de graveur des monnaies de Son Altesse. J'ajouterai que la qualification de peintre , qui lui est plusieurs fois donnée , ne semble pas devoir être tout-à-fait prise à la lettre , car voici les seules notes sur lesquelles elle pourrait être fondée :

« A Jullien Le Maire, peintre et graveur de Son Altesse , la somme de deux cens trente sept frans six gros pour cinq pour- Iraiclz do cire de couleur qu'il a faictz de mcsseigncurs les Marquis du Pont , Comte de Vaudemonl et de mesdames les princesses Anthoinette , Catherine et Elisabeth , ez années l.'iSi cl 1585. »(Trés. gén. de 1585.)

• A Jullicn Maire quarante sept frans six gros pour un pour- Iraicl en cire de couleor qu'il al faicl pour le service de Son AUesse. • (Trés.gén. de 1601.)

En 1605, une autre somme de dix écus lui fut payée € pour ung pourtraict en sire de couleur d'une danioisellc. »

Je me borne à ces quelques indications ; je parlerai plus longuement de Julien Maire lorsque je m'occuperai des graveurs lorrains des XVI* et XVII* siècles , car il appartient à ces deux époques. Comme Jean de Gorze et Bleyer de Bariscord , il demeurait à Nancy, dans la rue de la Boudière.

Un des contemporains de Julien Maire est , de même que celui-ci, désigné sous ime double qualification, celle de peintre et celle de graveur en taille douce ; c'est Pompée DE BOU- ZEY, probablement (ils ou neveu du célèbre graveur Pierre Woeriot.

Les premières mentions qui le concernent sont des années 1567, l')79 et 1580 ; mais elles ont rapport à des ouvrages de gravure, et ne doivent point, par conséquent, trouver place ici ; voici les seules qui se rattaclient au sujet que je traite en ce moment :

■ A Pompée de Bouzcy, illumineur, demeurant en ce lieu de Nancy, la somme de vingt cinq escus (18 fr. 9 gros) à luy accordée par Monseigneur (le comte de Vaudémonl) pour reconnoissancc de plusieurs petites peintures qu'il a fait de son commandement et pour son service. ■ (Très. gén. du comte de Vaudéraont pour 1607.)

• A Bouzoy, peindre illumineur, des deniers provenant de la vente à luy faicte de trente rcseauk bled froment sur la receptc du comté de Vaudemont , la somme de trois cens frans à luy dbeus pour tableaux qu'il a fourny et délivré pour le service, de Son Altezc estant duc de Bar cl de feue Madame son espousc. • (Très, gcu.de 1609.)

— SS- II A Pompée de Bouzcy, peindre demeurant à Nancy, la somme de vingt frans que le Trésorier lui a payé par advance et à bon compte de trois tableaux d'enluminure sur parchemin velin où sont représentées les figures d'Appollon , de Bachus cl de Mercure , qu'il a faict et fourny pour le service de Monseigneur- — A luy soixante frans pour reste et parpayc des tableaux mentionnés en l'article cy dessus. » (Très. gén. du comte de Vaudémont pour l'année IGiS.)

Un nommé Moyse BOGAULT, qui travailla plus tard (1600) dans la Galerie des Cerfs avec Rémond Constant et Claude llenrict, fit, en i'iOO, un portrait de Charles III :

• A Moyse Bogault, peinctre demeurant à Nancy, la somme de douze escus sol, à raison de quatre frans neuf gros pièce, vallans cinquante sept frans monnoye des pays, pour une peincture au pourlraict de Son Altesse armée jusques aux genoux , qu'il a faict et délivré à sadicte Altesse, et dont elle a faict don à monsieur le comte de Thilieres. » (Très. gén. de 1590.)

Les dernières années du XVÏ* siècle produisirent im artiste qui se livra au même genre que le précédent , mais dont les œuvres , bien autrement nombreuses et importantes , auraient dû sauver son nom de l'oubli : cet artiste est Jean DE WAYEMBOURG , qui fut peintre de Charles III de 1592 à 4 602 , et ne cessa , pendant cet espace de temps , de travailler, soit pour le duc, soit pour les princes et princesses de sa maison , ainsi que l'attestent les notes que je vais reproduire :

« A Jean de Wayembourg, peinctre à Son Altesse, cens soixante deux escus sol rcvenans à sept cens soixante neuf frans six gros, pour peintures qu'il a faictes et fournies pour le service de Son Altesse. » (Très. gén. de i392.)

« A M° Jean de Wayembourg cent trente deux escus sol revenans à six cens vingt sept frans, pour peinctures qu'il a faictes pour le service de sadicte Altesse. » (Très. gén. de 1593.)

• Six Tingtz escus sol (570 fr.) délivrez du commandement de Son Alteze à Jean de Wayembourg , peindre des siens, pour parties par luy faictes au service de sadicte AUeze en Tan dernier 94. — Au devant dict cinquante escus sol (237 fr. C gros) pour parties que luy sont deucs de peinctures qu^il a faict de l'ordonnance de S. A. — A luy huit cens frans sur et en déduction de treize cens cinquante buict frans six gros que S. A. luy est encor redevable pour peinctures qu'il auroit faictes tant de la personne de S. A- que de mesdames les princesses. » (Très. gén. de l39o.)

« A Jean de Vayembourg quatrevingtz douze escus (437 fr.) pour peintures pour le serrice de Son Alteze. » (Très. gén. de 1596.)

• A Jean de Vayembourg cens six escus sol (503 fr. 6 gros) pour parachef et parpaye de la somme de deux cens escus que par accord et marche faict avec luy il devoit avoir de la table du grant autel des Minysmcs (!) qu'il at peinte, ayant esté satisfaict tant par sadicte Alteze qu'autres qui y ont voulu contribuer du surplus desdits deux cens escus. • (Très. gén. de 1397.)

• A Jean de V^ayembourg douze cens un frans neuf gros pour painclures , besongnes et faceons que pendant le quartier de janvier, février et mars 1593 il at faict pour le service de S. A ■ (Très. gén. de 1398.) — Deux autres sommes, l'une de 192 fr., l'autre de 737 fr. 3 gros , lui sont encore payées pour peintures et « besognes de son estât. *

(1) Voici une autre meotion qui se rallache au niênie sujel : m A madame la duchesse de Brundschwig deux cens trente sept frans six gros pour l'aydcr à satisfaire à une partie dos frais qu'il luy al convena faire envers plusieurs painlres pour parfaire ung grand tableau à servir à l'autel de la confrairie Nostre Dame ca l'eglisc des ilinysmes de Nancy. » (Très. gén. de l.'i97.)

Lionnois a décrit tous les tableaux qui décoraient l'église des Minimes (l. 2, p. 291 (t suiv.), mais il est difficile de dire à laquelle de ces œuvres d'art se rallacbent les deux meuliuDS que je reproduis ici.

■ A Jean (le Wayembourg cinq cens soixante dix frans pour diverses pcinclurcs cl tableaux (ju'il a faict pour S. A. — ... Deux cens dix huict frans pour six peincluros que du commandemoril exprès de S. A. il at faict... pour envoyer à monsieur le comte de Mansfeld et desquelles elle luy at faict don. — A luy seize cens soixante deux frans six gros pour fournitures de son art. » (Très. gén. de 1599.)

Dans le courant de l'année 1G02 cl au cominciiroment de 1G03, Jean de Wayembourg fit un grand noinl)re de portraits dont on trouve le détail dans des mémoires qui nous ont été conservés , et qui nous font connaître la date de la mort de cet artiste :

■ Parties des paintures faicles par feu Jean Woyambourg, painlre à Son Alteze, faicles depuis le mois de fcbvricr 1602 jusque au mois de maye 1C03, commandée par Mon"" de Borbonne , grand chambcrlan de Son Alteze , et délivrée tant par ledit Woyambourg que par sa vefve (1).

» Premier.

■ Une grande painture de la grandeur du naturel de Son Alteze, délivrée au comte d'Otto, le 25^ aoust 1602, à vingt escussol.

> Une grande peinture de la grandeur du naturel de Son Alteze, délivrée à Mon" Barety, agent de sadite Alteze à Rome, le 20« juillet 1002, à vingt escus.

* Une grande painture de la grandeur du naturel de Son Alteze , délivrée à Monsieur le Barron de Neufville pour l'envoyer au Duch de Palatin, le v« décembre 1002, à vingt escus.

» Une grande painture de la grandeur du naturel de Son Alteze, délivrée au chancelier de Madame pour l'envoyer à Monsieur d'Alichi, le 22* jour de febvricr 1003, à vingt escus.

» Une painture d'un pape douze escus.

(1) Sa veuve s'appelait Arbour de Bar, ainsi que nadiqae la signature de celle-ci placée au bas de ces mémoires.

> Une grande painturc de la grandeur du naturel de Son AUcze , délivrée à Monsieur Boinet le xj* mars 1C03, à vingt escus.

• Avoir délivré une painture de la grandeur du naturel de Madame la princesse pour envoyer à Madame de Barbanson, le 24* febvrier 1603, à vingt escus. «

• Parties des paintures délivrées par la vefve de Jean Woyambourg, faictes pour envoyer en Clève.

» Six petite paincture au naturel asscavoir de Son Altesse, Sa Majesté, monsieur le Cardinal , monsieur de Vaudemont, madame la princesse et madame de Vaudemont, à raison de six escus sol la pièce, sont trente six escus (161 fr.)»

• Parties des paintures délivrées par la vefve feu Jean de Woyambourg... et délivrées à monsieur le premier vallet de chambre.

» Délivré cinq paintures asscavoir une de la grandeur du naturel de Son Altesse, à vingt escus sol.

« Une de la grandeur du naturel de madame la duchesse de Gleve, à vingt escus sol.

» Une autre à moictic de ladicte dame, à dix escus sol.

■ Une grande painture de la grandeur du naturel de madame la princeresse , à vingt escus sol, et une aullre à moictié, de dix escus sol (I) » (Très. gén. de 1603, pièces justificatives.)

Jean de Wayembourg clôt dignement la liste des peintres lorrains du XVI" siècle , de cette époque de notre histoire pendant laquelle les arts eurent en Lorraine de si nombreux représentants. Malheureusement les œuvres de ces artistes ont presque toutes disparu , et si , par hasard , il en existe encore quelques-unes , il est difficile de savoir auquel d'entre eux les attribuer. Les documents que je viens de reproduire y aideront peut-être ; ils attestent du moins un (iiit

(1) L'ccii sol vitlail i fr. 'J gro>i pièce , ce iiui fait, pour 80 cens, 380 fr.

qui n été avancé bien des fois sans qu'on ait fourni toiiles les pleines î'i l'appui : à savoir (jue les règnes de Kené, d'Antoine, de François I"' et de Charles III virent s'opérer, dans notre province, un mouvement civilisateur qu'on ne saurait nier; que les arts reçurent de ces princes une impulsion i)uissantc dont les résultats eussent été inmienses sans les calamités qui affligèrent notre pays pendant une grande partie du XVII« siècle. Et encore, en dépit de ces calamités même, le mouvevemenl artistique ne put-il être arrêté , puisque la période dont je vais m'occuper est celle où vécurent et Deruet , le peintre trop sévèrement jugé, et Caliot et Claude Gellée, l'orgueil et la gloire de leur patrie !...

Quoique appartenant à une époque plus rapprochée de nous , les peintres lorrains du XVII" siècle n'ont pas tous eu le bonheur d'échapper à l'oubli qui couvre leurs devanciers ; plusieurs d'entre eux ne nous sont même pas connus de nom , et les autres n'ont , dans nos biographies , que des articles soit mcomplets, soit entachés d'erreurs. Tels sont, notamment , parmi ces derniers , Jacques BELLANGE et Claude DERUET. Néanmoins, je ne parlerai pas de ces deux artistes, sur lesquels j'ai pourtant rassemblé quehpies documents curieux et inédits , un de mes confrères se proposant de leur consacrer des notices particulières , dans le genre de celles qu'il a déjà publiées sur les Hcnriet et sur Caliot.

A la tête des peintres qui vécurent dans les dernières îu»nées du règne de Charles III , je dois placer Jacques DANGLUS (1), qui travailla principalement en portraits,

(1) C'est ainsi que lai-mème écrivait son nom.

el qui en produisit un grand nombre. Je ne sais rien ni sur la naissance , ni sur la \ie de cet artiste, et je ne puis que consigner ici, par ordre chronologique, les mentions relatives aux travaux qu'il exécuta.

La plus ancienne de ces mentions remonte à Tannée 4 001 ; elle est ainsi conçue :

« A Jacques d'Angluse, peindre de madame la princesse de Lorraine..., trente huict frans pour une peinture de la Royne d'Escosse qu'il at faict du commandement de S. A. estante lors k Paris. . (Très. gén. de 1001.)

L'année suivante, il fut employé, avec Jacques Bellange, à décorer un des appartements du Palais ducal (1).

En 1G05, on le trouve qualiûé de peintre du duc de Lorraine, et il fait le portrait de ce prince :

• A Jacques dAnglure, peintre à Son Alteze..., quatrevingt dix frans pour un pourtraict à l'effigie de la grandeur de S. A. qu'il at peinct et délivré et duquel elle (S. A.) a faict don au sieur Durant de Metz. ■ (Très. gén. de 1605.)

Dans le courant des années 1606, 1607, 1609 el 1610, il exécuta encore divers travaux du même genre :

■ A Jacques d'Angluse deux cens soixante dix frans pour

payement de trois peintures qu'il at faictes.

» Audit d'Angluse... cens huict frans pour une peinture de feue Madame la duchesse de Lorraine qu'il at faicle et délivrée de la part de S. A., avec la bordure et dorure de ladite peinture, à mademoiselle la Présidente , et dont sadile A. luy en auroit faict don. • (Très. gén. de 1606.)

(1) Le Palais ducal, p. 78.

On trouve , dans les comptes de l'année 1602 , la note suivante : tt A Jean LAMANT, peindre en la ville neuve de Nancy, quarante sept frans six gros pour le desseing de la rivière de Mozelle depuis Dclouard (Dieulouard) jusque près Frowart , et de la Meurthe depuis son entrée en ladite Mozelle jusques à Sainct Nicolas, n

« A Jacques d'Anglusc cens qualrcvingt dix frans pour deux peinclures à l'ofligio de S. A., (|u*il ;il faicles, cl dont sadiclc A. en a faict don à monsieur le comte d'Ane, grand chambellan. « (Très. gén. de 1C07.)

« A Jacques d'Angluse, peindre de Son Altesse, cinq cenlz qualrcvinglz seize frans.... pour plusieurs peintures par luy faites et fournies pour le service de Monseigneur (le comte de Vaudémont).» (Très. gén. du comte de Vaudémont, pour 1607.)

• A Jacques d'Angluse.... deux cens soixante dix frans pour trois grands pourtraiclz que feue Son Alteze auroit faict donner à Jean Durant de Metz.

» Audit d'Anglusc... neuf vingtz frans pour deux grandes peinctures qu'il a fùct et rendues au S' de Marainvillc , président des comptes de Bar, pour remplacement de deux autres peinctures que Son Alteze a faict donner au S' ambassadeur de Venize. » (Très. gén. de 1C09.)

» A Jacques d'Anglusc cinq cens vingt huict frans pour tableaux et pourlraictz qu'il al faictz, lesquels Madame a envoyé à Mantouc. » (Très. gén. de IGiO.)

A partir de 10 10, il n'est plus question de cet artiste, soit qu'il fût mort, soit qu'il eût quitté la Lorraine. En tout cas, il dut avoir acquis, dans ce pays, une réputation assez grande, pour qu'on ne comprenne pas comment son nom ne s'est pas conserve avec celui de Bellange dont il fut , dans une circonstance, le compagnon de travaux.

Il y eut aussi, à la cour de Lorraine, au commencement du XVII*siècle,un autre peintre de portraits, Nicolas DARLEY, qui a passé complètement inaperçu , et sur lequel on ne possède, d'ailleurs, qu'une seule mention :

« Au S'^iXicolas Darley, peintre à madame la duchesse, cent frans pour une peincturc qu'il al faict, de l'ordonnance de Son Alteze , de la damoiselle Catherine de Rohan , de sa longueur,

— 6M — pour le mellm en la gallcrie de son cabinet à \ancy. » (Très, gén. de 1600.)

Les comptes du receveur du domaine de Phalsbourg, pour les années 1601 el 1002, contiennent des mentions assez curieuses sur un peintre dont il n'est parlé nulle part ailleui*s , et auquel on ne sait si Ion doit , quoique cela soit fort probable, donner une origine lorraine :

« Avoir paye à M* Jeha.> BAYART, peintre, pour avoir peint CD l'eglisc de Mitleibron le Salvateur et les douze aposlres des deux costcs et renouvelé la peinture qui esloil effacée au dedans du chœur de ladite église et écrit le Credo au dessus des apostres, le tout par marché fait avec lui , en fournissant les peintures à ses frais, la somme de 40 frans. »

• Payé 10 frans à Jehan Bayart, peintre, pour deux tableaux où il y a en chacun un crucifix , saint Jehan et la vierge Marie peinte des deux costés dudit crucifix, el pour avoir fait et fourni l'enchassure et la toile. » (Cette dernière note est extraite d'un chapitre intitulé : <• Dépense pour l'achat des ornemens des églises de Mittelbron et Lutzelbourg.»)

Voici enfin un artiste qui a été plus heureux que les précédents et dont le nom est arrivé jusqu'à nous ; c'est Rémond CONSTANT, improprement désigné par nos historiens sous le prénom de Remy. Dom Calmet lui a consacré, dans sa Bibliothèque lorraine, une courte notice que je vais reproduire , et que je compléterai : * Constant (Remy), peintre très-laborieux , mais peu constant el peu arrêté ; il était Lorrain , originaire de Nancy, où il est mort ; il est enterré dans l'église de la paroisse Saint-Epvre de la même ville. On voit de ses ouvrages dans presque toutes les églises de Nancy; il a peint la voûte de celle des Minimes , de même que leur réfectoire et le clia|>itrc; il avait le coloris beau. »

Suivant Lionnois , Constant avait encore fait , pour l'église

— celles Minimes, plusieurs tableaux où élaienl peints divers traita de la vie de saint François de Paul ; et pour celle des religieuses de la Congrégation , « de très-grands tableaux représentant tous les mystères , depuis l'Annonciation jusqu'à l'Ascension, d'après Carrache. »

Rcmond Constant exécuta encore d'autres ouvrages dont ses biographes n'ont pas fait mention : c'est ainsi qu'il travailla, en 1600 et 1024, à décorer quelques appartements du Palal« ducal , notamment la Galerie des Cerfs (i); et qu'en 4608 et 1609, il peignit des écussons et des arbres généalogiques de la maison de Lorraine :

« A Remon Constant, jadis valet de chambre de fou monseigneur le Cardinal de Lorraine, soixante frans pour trente deux armoiries des lignes de Lorraine. > (Très. gén. du comte de Vaudémont, pour 1608.)

<• A Raymont Constant, cy devant peintre à feu monseigneur le Cardinal , soixante deux frans pour son salaire et vacation d'avoir, du commandement de Son AUeze, copié, peinct et enluminé en parchemin trente ung estussons des lignes de l'extraction de feu mondit seigneur, et icculx délivrés à sadite AUeze, qu'elle at envoyé à monsieur le duc de Manloue. » (Très. gén. de 1609.)

« A Remon Constant , peinctre demeurant en ce lieu de Nancy, trente frans que le Trésorier luy a payé pour avoir peinct , doré et argenté sur carton les armes de Madame (la comtesse de Vaudémont) avec plusieurs chiffres, pour servir au pain benist que madite dame a faict porter en l'église parochialle S' Epvre de cedit heu le dimanche cinquième aoust de l'année du présent compte. » (Très. gén. du comte de Vaudémont, pour 1620.)

En 1025, 1033 et 1634 , Rémond Constant fit différents (1) Le Palais ducal , p. 76 el 99.

— G7 — tableaux pour la chapelle de la Vierge au pied d'argent et pour celle de Saint-Gérard , dans la cathédrale de Toul ; les premiers travaux sont rappelés dans le marché passé avec cet artiste , et que je crois devoir repr'xiuire textuellement :

« Ce jourdhui seiziesme juillet mil six cent vint cinq, nous Antoine Fleury, trésorier de l'église catedrale deToul, Dominic Guillot et D. Olrion, tous chanoines de ladite église, d'une part, et M""* Remond Constant, peintre de feu monseigneur le Cardinal , d'aullre, recongnoissons avoir faict les pactes et conventions cy après, sçavoir que moy ledit Constant promes de peindre et pourlraire les images de S' Eslienne, S' Amon, S' Gérard et S*" Aprone en quatre diverses toilles cbascune de la baulteur de six pieds et de trois et demy de large, en leur naturel, pour mettre et poser icelles peintures sur les ventilions des armaires qui sont de part et d'aullre de Paultel Nostre Dame au pied d'argent, derier le grand autel d'icelle église catedrale, come aussy quatre aultres peintures proportionnées pour mettre au dessus des 4 demy ronds qui sont au dessus desdites armaires, le tout suivant les desseins et projectz que j'en ay par dever de moy, et ce dans le terme et espace de six sepmaines à compter du jour présent, pour le prix et moyennant la somme de trois cent fr. barois que nous lesdils Fleury, Guillot et Olrion avons promis payer et délivrer audit M*^ Constant , et des à présent luy avons délivré et advancé à compte de ladite some de trois cent fr., cinquante fr. pour des aires , prometans de luy payer le surplus quand il aportera les dites peintures. En foy de quoj nous nous sommes soubsignés promettans réciproquement satisfaire à ce que dessus cbascun à son esgard à peine de tous despens, dommages et interestz.

» FiKtRY. D. Guillot. D. Olrion.

» R. ConsTAîrr. •

Voici maintenant l'extrait d'un autre document , intitulé : « Estât de la despen«'c supportée (en 1033) pour l'erabelissement du sepulchre de la chapelle S' Gérard. » Il est question.

dans cet £(ut, comme on va le voir, non seulement de Kémond Constant, mais encore de deux autres artistes :

« Sont raporléon dcspcnce sept fransque feu monsieur Deschamps (chanoine de la cathédrale] avoil payé à M'* REi\É , peintre , pour le dessein d'une Résurrection que ledit M*' René ««voit faicl.

« A monsieur Constant, pour les peintures qui sont à l'enlour du sepukhre, de pris faict avec luy, iiij<^ fr.

Un autre mémoire, rédigé par le trésorier de la cathédrale, porte encore ce qui sm't :

< Le !> septembre 1634, estant à Nancy, j'ay marchandé à Monsieur Constant deux tableaux pour mettre de part et d'aultre du sepulchrc et les deux pointes , pour le prix de quatre cent fr.

• Sur quoy je luy aye donné quatre pistolles d'aire (arrhes), valant soixante fr.

» Délivré au sieur PROT (i), gendre de Monsieur Constant, trois cent quarante fr. pour la parpaye des derniers tableaux, non compris la Descente de croix qui couste trois cent fr.

» Payé pour le port desdictes peintures depuis Nancy icy, ij fr.

» A M* PANTALEON pour avoir nettoyé l'epilaphe qui est contre un pillier, et repeinct la Nostre Dame de Pilic qui est au dessus.

» Payé dix fr. à M'* René pour avoir adjouslé quelques peintures au tableau de la sépulture. > (Archives de la cathédrale de Toul. )

J'ajouterai enfin que le Musée lorrain possède un grand tableau de Rémond Constant , lequel provient sans doute de

(1) Cet artiste est probablement David Prot , dont j'ai parlé dans le Palais ducal, p. 113 et Hi.

l'èglise des Minimes el peut donner une idée de la manière de faire et du talent de cet artiste.

D'autres peintres , qui n'exécutèrent que des travaux de peu d'importance , vécurent à la même époque que ceux dont je viens de parler; mais, en l'absence de tout renseignement biographique , j'en suis réduit à ne pouvoir que rappeler les mentions qui les concernent :

• A M* Paii HANNEQUIN , peintre , vingt sept frans pour satisfaction des frais qu'il a supportes aux prcparalifz de quatre animaulx qu'il a\oit charge de faire à ung chariot Iriumphal pour servir à l'entrée d'ung ballet qui s'a faict à la venue de madame la duchesse de Bar. « (Très. gén. de 1606.) Ce chariot fut peint et doré par Jacques Bellange.

• Met en despence le Trésorier la somme de quatre vingtz frans qu'il a paie à Ciai-de GILBERT, peinctrc de Son Altesse, demeurant à Bar, el ce pour paiement de deux tableaux que de l'ordonnance de Monseigneur (le comte de Vaudcmont) il a fait pour mettre en l'eglisc des Pères Capucbiens dndit Bar, » (Très, gén. du comte de Vaudémonl, pour 1607.)

• A Claude CHEVENEAU (ou Cheneveau), peintre, seize frans pour besongne et fourniture de son estât qu'il a faicte pour le service de Son Allcze. » (Très. gén. de 1609.)

• A Claude Chevencau, peintre demeurant à Nancy, cent quarante frans pour deux pourtraiclz qu'il a faict de mes dames les princesses, lesquelz .Madame a envoyé à Florance. » (Très. gén. de 4616.) (1).

■ A M* Jea.n S' PAUL, peindre demeurant h Nancy, quarante frans pour un arbre de ligne de la maison de Salm , qu'il a faict du commandement de Monseigneur (le comte de Vaudèmont)

(1) Les comptes de l'anoée 1633 font nieutiou d'un peintre d« Nancy, nommé Jean Ch&vemeal' (sans doule Chevcneau), qui lil de« ouvrage:) de décoration dans divers appartements du Palais ducal.

et pour monsieur le comte de Houzollern, président du conseil impérial. » (Très. gén. du comte de Vaudémont, pour idiUJ)

« A M""' Jean St. Paul... soixante trois frans pour deux peinclures d'un oyseau tout blan qu'au mois de janvier de l'année de ce compte il auroit faict du commandement de Monseigneur (le comte de Vaudémont) et pour son service.

I» A luy vingt six frans pour avoir faict un arbre des lignes de feue Madame la Comtesse de Sollern , contenant quinze escussons blasonncz de leurs couleurs, lequel Monseigneur auroit envoyé à M' le Comte de Zollern pour servir à la justifiication des lignes de M' son filz receu chanoine en l'église cathedralle de Strasbourg. » (Très. gén. du comte de Vaudémont, pour 1620.)

u A M^ Jean S^ Paul , trente deux frans pour la façon d'un pourtraict qu'il a faict de l'Impératrice. » (Très. gén. de 1623.)

« A Thikry VIGNOLLES, peinctre à Nancy, cent frans pour deux tableaux qu'il a faict , l'ung au portraict de Monseigneur (le comte de Vaudémont) à demy corps, et l'autre une fantaisie d'un vieillard et d'une vieille. » (Très. gén. du comte de Vaudémont, pour 1015 (1).

■ A Jean L'ALLEMANT, peinctre demeurant à Nancy, trois cens soixante frans que le Trésorier luy a payé pour six peinctures qu'il a faiclcs en l'année 1618, du commandement de Monseigneur (le comte de Vaudémont), de messeigneurs et damoisclles ses enfans. » (Très. gén. du comte de Vaudémont, pour 1019.)

(1) Je crois devoir reproduire ici la DOte suivante, sans oser affirmer si elle s'applique à un peintre ou simplement à na marchand de ableaux : *

*t A la vcfve de feu Jean PARMENTIER , demeurant à Nancy lai Kœuvc , soixante un frans pour un tableau auquel est peincte la nativité de Noslre Seigneur sur une lame d'argent cnricliye d'esbainc k Tenlour, que Monseigneur a faict aclicpler d'elle et en faict don à Madame par bonne cstrainc. n (Très. gcu. du comte de Vaudémont, pour 1015.)

Les biograplies parient d'un Georges LALLEMAND, e fameux jwintre , » qui naquit à Nancy et travailla beaucoup à Paris, où il fit, dit-on , quantité de dessins pour tapisseries et plusieurs tableaux pour les églises ; on cite , entre autres, un saint Pierre et saint Jean guérissant un boiteux à la porte du temple, tableau qui fut fait en 1630, et offert à l'église Notre- Dame par les orfèvres de Paris, On a des gravures de Businck et de Brebiette d'après ses dessins et ses tableaux.

Je ne sais si les deux artistes dont il vient d'être question appartiennent à la même famille , ou , ce que je serais assez tenté de supposer, s'ils ne sont pas un seul et même individu, désigné sous des prénoms différents , dont l'un n'est pas le véritable. J'ai eu , du reste, à faire plusieurs fois cette remarque : ainsi , par exemple , Bellange , que presque tous les écrivains appellent Thiéry, est indiqué, dans toutes les notes des comptes , sous le prénom de Jacques, qui était bien le sien, puisqu'on le trouve joint à sa signature.

Dom Calmet et Lionnois parlent , avec assez de détails , d'un peintre né à Nancy vers la fin du XVI' siècle , et dont les tableaux décoraient plusieurs de nos églises : ce peintre est Jean LE CLEK<L Apres être resté longtemps en Italie et avoir obtenu, à Venise, le titre de chevalier de Saint-Marc, il rerevint dans sa patrie et exécuta un grand nombre d'ouvrages, dont la liste nous a été conservée (1); je me bornerai à la compléter par les notes suivantes :

■ Au S' Le Clerc, cbevalier, peintre à Son Altesse, la somme de quatre cens quarante frans , sçavoir quatre cens frans pour reste et parpayc des ouvrages que Monseigneur lui a faict faire en la chapelle du chasteau de Vivier, et quarante frans poar les

[\) Vuir à la fin de ce travail.

châssis de trois Inblcnux que monilit seigneur a faict mettre au cabinet de l'hoslcl de Salm. » (Très. gén. de iG25.)

• Au S*^ Jean Le Clerc... six cens frans pour le tableau de Vivier cl autre qu'il répète. » (Rec, gén. des finances du duc François, pour 1028.)

« Au sieur Le Clerc , chevalier de S' 5farc, peindre de Monseigneur, la somme de trois cens cinquante frans pour trois tableaux qu'il a faict cl délivré k Monseigneur, sravoir deux de son portraict, dont l'un dcsquelz mondit seigneur l'auroit donné à Madame la Qrandc Duchesse de Toscane , sa belle s<eur, et l'autre à Monsieur de Luxelbourg, comme aussy le portrait de Monsieur le Cardinal de Lorraine , son (ilz , que Monseigneur a faict pareillement donner à saditc sœur, raccomodc celuy du duc René qui est en son cabinet, peinct un recoing de la versurc de sa chapelle de Vivier et doré en quelques endroictzd'icelle.* (Rec. gén. de 1029.)

Jean Le Clerc, disent nos historiens, mourut en 4635, âgé d'environ quarante-cinq ans. Le duc Henri lui avait assigné une rente de cent rcsau.v de blé sur les grains de la recelle de Marsal, et, en 1652, Charles IV lui avait cédé < tel droit, nom, raison et action » qui lui appartenaient sur une maison sise « en la rue du vieil faubourg S' Nicolas de \ancy. »

Jean Le Clerc avait reçu un témoignage plus honorable et plus éclatant encore de l'estime que lui portait le premier de ces princes : le 28 mai 1623, Henri H lui avait fiiit délivrer, pour lui et pour son frère Alexandre , des lettres patentes d'anoblissement, dont le préambule est ainsi conçu :

« .... Sur la cognoissancc que nous avons des belles parties qui sont en nos chers et bien aymés Jean et Alexandre le Clerc, frères, nalifz de ceste nostre bonne ville de Nancy, cl du rang (jue l'expérience qu'ilz se sont acquise, praticquanls les mœurs eslrangercs et parcourans les provinces les plus esloignées de nous, leur donne parmy les hommes industrieux, dont le premier auroil esté leiui digne de porter l'ordre de chevallier de

S* Marc, auquel il auroit esté esicvé pour recompense des services signalez qu'il auroit rcnduz à la seigneurie deVenize; l'autre mérité d'eslrc admis au service de noslrc personne en qualité d'bomme de chambre ordinaire des nostres; ayans, de cesle considération, jugé convenable de les décorer et eslever au grade de noblesse.... (1) »

Une note du receveur général des finances du duc François , pour l'année 1628, fait mention d'un peintre de Pontà-Mousson , dont le nom ne figure dans aucune de nos biographies :

■ A Paul LA TARTE , peindre demeurant au Pont à Moussou, cinquante frans que le Trésorier luy a payé pour un tableau représentant des joueurs de cartes, que Monseigneur a faict prendre et achepler de luy. »

Les comptes du Receveur et du Trésorier général de Lorraine contiennent aussi les deux notes suivantes :

• .\ Martw COLLETTI et Hav CAPCHON, peinctres de ce lieu de Nancy, la somme de cent vingt ung frans pour trente si.v armoiries qu'ilz ont faiclz pour porter au comté de Sarwerdcn de Monseigneur. » (Rcc. gén. de 1029.)

• Au S' LE GR.\KD , peintre (2) demeurant à Nancy, douze resaux de hic que S. A. lui a ordonné pour achever le prix de deux tableaux qu'il a fait pour S, A. • (Très. gén. de 1669.)

(1) Les armes donoécs à Jean et Alexandre Le Clerc étaient u parly en face de gueullc et d'azur reposant en chef un lion ieopardé dict de S' Marc d'or tenant un livre reprcsenlé au naturel et en poinctc de deux espées nue^^ passées en santeur d'argent munies d'or, timbré d'uu lion naissant de l'escut , tenant une croix de l'ordre de chevalier de S* Marc d'or issant d'un lorli des melauls et couleurs sasdicles , le tout porté d'un armet mort avec son lambrequin aux melauls et couleurs de l'escut. n (Registre des patentes de 1625.)

(2) Dans une note que je oc reproduis pts , à cause de son peu d'importance, Le Gran<l est qualifié de peintre ordinaire de S. A.

Ces derniers artistes , tous deux Lorrains d'origine, acquirent une certaine réputation : Jean Capechon , qui excellait à saisir la ressemblance, fit beaucoup de portraits pour Charles IV; François Le Grand, qui compta, parmi ses élèves, le célèbre Gérard , d'Epinal , fit plusieurs tableaux pour les églises de Nancy : Dom Calniet cite , entre autres , un saint Antoine qui décorait le chœur de Saint-Epvre ; un saint Augustin et un saint Joseph , qu'on admirait , à côté du maitreautel , chez les dames de la Congrégation.

Enfin , le Journal de la dépense des Chartreux de Bosserville fait mention de travaux exécutés, dans leur église, par un artiste dont il est étrange que D. Calmct ni Lionnois n'aient prononcé le nom : c'est Jean POIROT, qualifié cependant de « maître peintre de la ville de Nancy. » Par un marché passé avec lui, le 10 juillet 1692, il s'oblige à faire un tableau pour la chapelle de la première porte de la Chartreuse, pour le prix de 80 livres , monnaie de France ; lequel tableau « aura sept pieds de roi et un pouce de hauteur et cinq pieds neuf pouces de largeur ; il y aura une Conception de Notre-Dame au naturel , un saint Nicolas , un saint Remy et un saint Bruno, aussi au naturel , qui lui (probablement à la Vierge) présenteront le plan de ladite Chartreuse en élévation , avec les autres ornements qui seront jugés nécessaires (1). »

Par le même marché, Jean Poirot s'engage encore, moyennant 63 livres, à peindre la croix du clocher, dorer la pomme, le cercle du soleil et les chiffres de Son Altesse , et les quatre montres (cadrans) de l'horloge en azur et les rayons en couleur d'or.

Je me suis abtenu de parler de plusieurs artistes qui furent

(1) C'est, sans doute, ce tableau que Durivai attribue à Gérard, d'Epi ual.

— 7S — soit de simples dccoi'ateui's , soit ce qu'on appelle aujourd'hui des peintres en équipages : tels sont Antoine PICHEKOT, Jean BONNART , Jean LARNETTE , François BARBON- NOIS, Antoine RICHARD, César CLÉREY et plusieurs autres. Je citerai toutefois un nommé Jean-Baptiste LAN- DRY (1), qui était chargé d'entretenir les jHîintures de la grande galerie du château ; mais dont on ne cite aucun ouvrage.

Si je ne m'étais pas proposé , en entreprenant ce travail , de me borner à y consigner les documents inédits que j'ai pu recueillir sur les peintres lorraine des XV®, XVI* et XVII* siècles , et si j'avais voulu reproduire les notices qu'on trouve dans les auteurs qui ont tracé la biographie de ces artistes , j'aurais eu de quoi composer un volume ; car non seulement je n'ai emprunté que quelques passages à ces auteurs, mais je n'ai rien dit des peintres dont le nom ne figure pas dans les registres que j'ai compulsés : c'est ainsi que je n'ai point parlé de Claude et François Spierre , de Nicolas de Bar, de Du Lys , de Bermand , des deux Christophe , de Claude Gellée , de Fuion , de Gérard , de Claude Du Ménil , de La Fleur, d'Herbel , de Meslin (2), du paysagiste Munier, de Nocret, du capucin Albert Le Noir, du peintre d'histoire W'illaume (3),

(i) Je ne sais si Landry est le mime qa'ua nommé Baptistk André, oa Battisa Anorei , qui est qualifié de peintre «t concierge de rhôlei de Malle.

(2) Ses contemporains ne l'appelaient que Charles I^orrain {Carlo Lorenzc) ; il avait clé élève de Vouel, lorsque celui-ci était en Italie ; Meslin resta dans ce pays , où il laissa ii Rome , et surtout ii Naples , des œuvres forl estimées alors. Il mourut à 3Iessiue en 1032. (^Archives de l'Art français, t. 1, p. 156.)

(3) Il parait qu'il y eut deux peintres de ce nom , l'un appelé Antoine, et l'autre Claude; ou lit, en effel , dans le compte rcmlu on 161'J par Pierre Richardol , receveur des renies de la ville de Nancy

de Poerson, de Du Perron, de Charles-Louis Chéron (i), de Guyon (2), de Jacquard (3), de Claude Charles, de Provençal

et commis b la levée des soir : n Nancy la iNocuvc. Premier quartier. — Charles Ciiassel , sculpteur, cl Anlhninc Willaumc, peiolre , oui obtenu des exemptions de Monseigneur le Marquis (de La Ferle) de toutes sortes de redebvances et n'ont voulu payer vj fr. n

Dans le même registre se trouve la pièce suivante : u Le Marquis de La Ferté Sennecterrc , lieutenant gênerai du Roy en ses armées , elc, gouverneur pour Sa Majesté ez duclicz de Lorraine et Barrois, villes et citadelle de Nancy.

n Nous , pour bonnes considérations , avons exempté et exemptons Claude Vuillauine, M"' peintre demeurant en cette ville de Nancy, de lous logements, aydes et fournitures à gens de guerre el de tous gcclz et charges de villes , subsides et impositions quelsconques mises ou a mettre , notanMnent deschargeons une maison à lui apparlenantc seize en la rue Nosirc Dame, desrier Saint Sebastien, du logement des soldalz qui y sont présentement. Mandons et ordonnons à M" de la chambre de ville , receveur el contrôleur du domaine de Nancy et à lous autres qu'il appartiendra , de faire el laisser jouir plaincmenl el paisiblement ledit Vuillaiime du contenu en la présente exemption.... Donnée à Nancy, vingt troisième juin I6i9 .. n

Pareille exemption fut accordée, le 10 septembre de la même année, au sculpteur Charles Chassel.

(l)De 1721 à 1723, Chéron, qualifié de peintre ordinaire el valel de chambre du duc, avait fait , pour les appartements du château de Lunéville, des portraits de Louis XIll el de la Keicc, de Louis XIV el de la Reine, de la Reine » duchesse-mcre de S. A. R., ayant une main , de 5 pieds de hauteur sur 2 el demi de largeur ; n uu portrait de Charles V, Il presque jusqu'aux genoux, •) ayanl 3 pieds 9 pouces de hauteur sur 2 pieds 9 pouces de largeur. Il avait , eu outre , raccommodé plusieurs tableaux sauvés de l'incendie du château : les portraits des empereurs Ferdinand el Léopold et de l'impératrice Eléonore , u des empereurs el impératrices Joseph cl Charles, n

(2) En 1711 , Guyon retoucha el a refit beaucoup de choses »» au grand tableau de saint Laurent , qui était dans le réfectoire de la Chartreuse de Bosserville , el remit en couleur le tableau de sainte Anne, de l'autel de la sacristie.

(3) J'ai découvert, dans les pièces justificatives des comptes du Trésorier général de Lorraine, quelques détails assez curieux . el que j«

et de plusieurs autres qui virent le jour à la fin du XVII* siècle et répandirent l'éclat de leur talent sur le règne glorieux

crois inédits, non sculcmeol sur ces artistes, mais eocore sur plusieurs autres dont le nom ne se trouve pas dans les biojjraphics. On sait que Léopold voulut faire représenter en tapisseries de haute lisse les victoires de son père Charles V; ce fut un nomme Charles Milté, tapissier ordinaire du duc et son valet de chambre , qui fut charité d'exécuter ce travail important; il le fit d'après les tableaux de DU IIUP, MARTIN, Jtuquard et Guyon.

Du Rup, qui était mort en 1710, avait fait le tableau représentant le siège de Bude ; le paysage était de Guyon.

Martin avait peint , conjointement avec Guyon , la prise de Neuhausel , la u Réduction de la Transylvanie, n l'Entrée de Charles V dans Bude, >• la dépouille de la bataille du Moast, n le u Secours de Bude,ii le u Saccagement n de celle ville, et u Possonies. n

En 1714 , une somme de 2,200 livres fut délivrée au sieur Martin pour les deux tableaux ci-après , et 800 livres ii Guyon pour avoir peint les ciels, lointains, arbres, plantes et terrasses desdils tableaux, u Premier tableau.

n Les Turcs, enflés de la victoire remportée autrefois près dcMohats, attaquèrent vigoureusement les Allemands , lesquels, par le secours de plusieurs troupes aguerries , les repoussent et remportent une victoire complète qui fui longtemps balancée, et s'élant rendus maîtres du camp, suivant l'exemple de leur prince , vengent par une défaite entière le sang que les rois avaient autrefois répandu sur cette place, ruinèrent tous les ouvrages des Turcs et s'enrichirent de leurs dépouilles (13 août 1687).n

n Second tableau.

Il Charles V devance les Turcs qui venaient en grand nombre pour renforcer leur armée qui assiégeait Vienne, se fait ouverture dans leur camp, les met en déroute et les oblige de se précipiter dans le fleuve, revient ensuite victorieux dans le sien pour veiller à la conservation de cette importante place et fatiguer les assiégeants par des entreprises heureuses (2i août 16!23). n

Ces tableaux étaient tous de très-grandes dimensions , puisque le plus petit avait !i aunes trois quarts de longueur sur 3 aunes sept huitièmes de hauteur. Il parait, d'après la pièce suivante, que Martin !«• exécuta ensuite sur une moins grande échelle :

u Mémoire des sept petits tableaux dns conqucstes de Charles Cinq,

— 78 ~ de Léopold (l). Quelqu'un, je l'espère, accomplira un jour une

de glorieuse mémoire, que Martin , peintre, a eu l'Iionneur de présenter h Son Altesse Royale.

n Premier tableau. — L'Entrée et le Triomphe de Charles Cinq dans Bude.

Il Le second. — Le généreux Passage du Danube.

Il Le troisième. — Le Saccagement de Bude.

n Le quatrième. — Charles Ciuq chasse Tckely qui estoit entré dans Possomy, sauve la ville et rend le passage libre aux Polonois.

Il Le cinquième. — Les Turcs tenlcnl de secourir Bude avec des hurlemeuls et grand nombre de chameaux , il les conlraiul d'abandonner leurs bagages.

Il Le sixième. — Charles Cinq devance les Turcs qui venoient en grand nombre renforcer leur armée assiégeant Vienne , les mit en déroute et les obligea à se précipiter dans le fleuve.

Il Septième. — Charles Cinq ayant pied à terre , fait teste à l'armée des Barbares avec sa cavallcrie seule , ferme le passage et renforce la guarnison de Vienne.

I) Lesdits tableaux à 200 livres l'un, n (Très, gén. de 1717.) (*).

On ne décrit pas les tableaux exécutes par Jacquard ; mais on dit qu'en 172i, il fit un saint Charles pour la chapelle du château de Lunéville.

(1) On sait que ce prince, ami et protecteur éclairé desarls, avait, par lettres patenles du 8 février 1702 , créé , dans sa capitale, une Académie de Peinture et de Sculpture , » pour y instruire la jeunesse dans les arts, à l'exemple de celles qui sont établies n Rome et à Paris. » Ces lettres patentes furent données à la suite d'une requête présentée à Léopold par Pierre Bourdet, son premier architecte et directeur des ouvrages de sculpture; Claude Charles, peintre ordinaire de son hôtel; Joseph Provençal , peintre ; Antoine Cordier, orfèvre ciseleur ; Regnault Mesny, sculpteur ordinaire de l'hôtel , et Didier Lalance , mathématicien. Claude Charles, Provençal , 3Icsny et le sculpteur Remy- Fronçois Chasscl, furent les premiers professeurs de cette Académie.

(*) J'ai cru devoir entrer dans quelques détails au sujet de ces fameux tableaux des victoires de Charles V ; les notes que je viens de reproduire prouvent , en effet, contrairement à ce que dit D. Calmet , que ces tableaux ne furent pas exécutés seulement par Jacquard , en compagnie de Martin , peintre de Paris , puisque Du Rup et Guyon y

Idche que je trouve au-dessus de mes forces , et nous pourrons enfin connaître la vie et les œuvres de ces artistes qui ont fait la gloire et sont l'orgueil de leur pays.

En attendant que ce travail se fasse , j'essaierai de planter quelques jalons sur la route , et je serai trop heureux s'ils peuvent servir de guides à ceux qui viendront après moi.

Avant d'aller plus loin , il me semble utile , pour compléter ce qui concerne la peinture , de dire quelques mots des peintres- verriers lorrains. Ces artistes sont bien moins connus encore que ceux dont je viens de parler, et les notes , même très-succinctes, que j'ai rassemblées, offriront peut-être, pour cette raison, un degré d'intérêt qu'elles sont bien loin d'avoir par elles-mêmes.

iraTaillèrent égaleolent ; elles établisseat , en oalre, que si les tableaux d'Herbel furent exécutés en tapisseries , aux Gobelins , ceux de Jacquard , Martin , Du Rup et Guyon le furent à >'ancy même , par le tapissier Charles Mitlc, dont ou ue savait pas le nom.

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