LOUIS GARNEAU
Il avait foi dans un meilleur avenir ; la richesse du sol le lui garantissait,
L’ABBÉ C, TRUDELLE.
Je ne puis laisser passer l’occasion de payer un juste tribut d'estime à la mémoire d’un homme qui n’est plus aujourd’hui, mais qui fut le compagnon fidèle et l’ami de Charles Beauchène, le fondateur de la paroisse de St-Christophe, et qui joua un grand rôle dans les premières années de son établissement. Je veux parler de Louis Garneau. Que les noms de ces deux bommes que l'affection tenait unis pendant
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leur vie, vivent à jamais dans l'esprit des générations qui viendront fouler la terre qu'ils ont acquise à leurs enfants, au prix de tant de sacrifices.
Louis Garneau naquit aux Grondines, le 15 février 1796, de Gabriel Garneau et de Françoise Trottier. Dès l’âge le plus tendre, ses parents remarquèrent en lui l'amour des voyages, et cette inclination leur parut, avec le temps, tellement invincible, qu'ils ne crûrent pas prudent de 1* réprimer tout à fait. A douze ans, 1prè qu'il eut fait sa première communion, il laissa la maison paternelle pour le Haut Canada où il passa vingt-quatre ans. Pendant cet espace de temps, il exerça le métier de charpentier de navires et de calfat, Son fils me montrait encore, il n'y a pas longtemps, l'instrument dont il se servait alors, et qu'il conserve soigneusement. Ce fut pendant ses voyages qu’il contracta les fièvres tremblantes, qui l’incommodèrent beaucoup dans ses travaux de défrichement, et qui contribuèrent en grande partie, à le conduire au tombeau.
Enfin, après vingt-quatre ans de pérégrinations, 1l revoyait sa paroisse natale ; mais, comme la plupart des grands voyageurs, le gousset peu garni. C’est alors que, pour travailler à son avenir, il prit une terre dans un endroit que l’on nommait dans le temps, la Rivière Blanche, aujourd’hui la paroisse de St.-Casimir, dans le district de Québec. Il y demeura trois ans, sans faire fo tune. Or, à cette époque, on parlait fortement des Bois-Francs comme devant donner, à ceux qui les habiteraient, du lait et du miel en abondance. Encouragé par les conseils qu'il recevait de ses amis, il se décida à vendre sa terre pour payer les dettes qu'il avait contractées, et quelques jours après, il prenait la route d’Arthabaska, où il arrivait, comme je l'ai dit, le 21 mars 18385. Il avait avec lui un fusil, une hache, vingt piastres en argent, un sac de farine, un baril de lard, mais avec tout cela un courage capable de lui faire surmonter tous les obstacles ; car ayant été instruit à l’école de
l'expérience, “il avait foi dans un meilleur avenir, la richesse du sol le lui garantissait.”
Je ne dois pas oublier qu'il avait amené avec lui un engagé du nom de François Martin, l’homme le plus travaillant, au dire des colons, que l’on eut jamais rencontré. Lorsqu'il se rendait au travail ou
+ qu'ilen revenait, quelque course qu'il eût à faire pour obéir à son maître, il allait toujours un train de poste. Siquelqu'un voulait l’amuser : “ Satan bougre, disait-1l (c'était son expression favorite), ne voyez-vous pas devant nous le besoin qui nous commande, il faut travailler si nous ne voulons pas que la misère nous gagne.
Or, François Martin était un fumeur de renom ; vous l’eussiez entendu venir de huit arpents à la ronde, au bruit qu'il faisait pour allumer, avec sa pierre et son briquet (batte-feu), car il allumait souvent, sans pourtant jamais s'arrêter. Ni l’on me demande comment 1l se faisait qu'il dépensât tant de tabac dans un pays qui n’en produisait pas ‘encore, je répondrai de suite que notre homme n'était pas difficile. Quand il était pressé par l'ouvrage, il fumait des feuilles de patates. S'il pouvait avoir un moment de loisir, on le voyait grimper à la tête des hêtres ou des drmes, pour aller, disait-il, approvisionner sa tabatière.
Quelqu'un qui ne connaïssait pas son stratagème, lui demandait un jour la faveur de charger dans sa blague. Par malheur, notre fumeur était occupé, très occupé dans le moment, et quand il était à l’ouvrage, il n’était pas aisé de le distraire. Comme no-
tre importun faisait des instances: Salan bougre, K $o lui dit Martin, d’un ton brusque, si vous voulez fu- qi mer absolument, allez chercher ma tabatière et ser- | fr vez-vous, je l’ai laissée dans la tête des grands arbres sa que vous avez devant vous. ax
On comprend sans peine, que Louis Garneau ai- jo mait un serviteur si fidèle, surtout dans les circons- et tances, où le temps était si précieux Il faut dire m
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