‹ Quelques notes sur la paroisse de St. Christophe d'Arthabaska et sur ses premiers colons [microforme]Chapitre 13 sur 39 · EUR · texte numérisé non relu

EUR

sur ce chapitre. S'il est vrai de dire, tel père tel fils, on peut ajouter ici avec justesse, tel maître tel serviteur, car Louis (rarneau était un travailleur infatigable. Il n'était pas rare de le voir à l'ouvrage avant l’aurore, et de l’y trouver encore aux étoiles du soir.

Cela ne l’empêcnait pas d'allumer quélques fois dans la journée, pour faire reposer la bête comme il disait. Alors, il avait toujours quelques mots pour rire, et faire oublier les fatignes, car il avait un cœur d'or. C’est ici le temps de parler de son âme compatissante, qui s’intéressait toujours aux malheureux. Quand, à force de travail, il eut amassé quelque chose, 11 n'avait pas de plus grand plaisir que de partager son repas avec ceux qui avaient faim. Que de fois l'on a vu des voyageurs venir frapper à sa porte le jour et la nuit, et recevoir une hospitalité prévenante et généreuse.

On lui entendait dire souvent que dans le monde il faut s’aider et se secourir mutuellement, «t il n'était pas rare de le voir mettre sa morale en action en faveur de l’infortune. Il n’y avait pas jusqu'aux petits oiseaux avec lesquels 1l partageait le bien que Dieu lui donnait dans sa bonté. Quand après la récolte, on parlait de glaner dans les champs les épis échappés à la vigilance des moissonneurs, il s'y opposait en disant: ‘‘ne faut-il pas que ces petites créatures du Bon Dieu trouvent aussi de quoi manver ; laissez ces épis pour eux; Dieu saura nous en donner assez sans ceux-là.”

C'était en 1837, Louis Garneau, qui voyait que son affaire allait bien, voulut prendre une compagne, qui partageât avec lui les fatignes de la vie de défricheur. Le cinq février de la même année, il épousa dans l’église de Gentilly, Archange Roberge qui avait un enfant adoptif âgé de huit ans, qu'il a tou- «

jours considéré comme son fils. Il s'appelait Joseph,

et vit encore, à la tête d’une belle et nombreuse famille. Cet acte solennel de la vie du chrétien parut être pour notre pionnier uve ère nouvelle de bon-

heur et de prospérité, et depuis le jour où il s'unit à celle qu'il aimait, les choses allèrent de mieux en mieux. Dieu bénissait visiblement son travail et ses champs qui lui rendaient chaque année, avec usure, les grains qu'il leur confiait, le printemps. On m'assure qu'il a récolté, les premières années qu'il a passées dans les Bois-Francs, jusqu'à deux cents minots de beau blé que les cultivateurs des grandes paroisses venaient acheter et payaient un grand prix. Jeci me rappelle une anecdote, que je me hâte de raconter pour ne pas l'oublier.

Louis Garneau et sa femme étaient allés se promener un jour, je ne sais où, lorsque le petit Joseph, resté seul à la maison avec l'engagé François qui dans le moment était à l'ouvrage, vit arriver à la porte de la cabane deux gros hommes, aux allures toutes canadiennes. Bonjour, bonjour ! ‘ Bonjour, répondit l'enfant.” On s'approche du poële, on se chauffe, car &’était en hiver et il faisait un gros froid. On regarde de tout coté, pas d’ homme, pas de femme, dans la maison ; il n'y a qu’un enfant. Enfin on s'annonce. A-t-on du blé à vendre ici, mon petit ? demande un des deux étrangers. “Oui, mais papa n'est pas ici.” Quand viendra-t-il ? “ Je n’en sais rien.” Il ne faut pourtant pas s’en retourner les poches vides, disent en se regardant ces derniers. Tiens vois-tu, mon enfant, ces beaux écus, en lui montrant des pièces d'argent, c’est pour avoir du blé que nous les avons apportés, 1l ne tient qu’à toi d’en être le maître, pour du blé. L'enfant hésite quelque temps, tout en regardant les écus, et les trouvant de son goût. Il aurait bien voulu les avoir sans déplaire à ses parents, et il hésite encore. A la fin il ne peut résister à la pensée de posséder tant d’'eus à la fois, et il consent à livrer vingt-cinq minots de blé, pour cent écus.

Le marché fini, on mesure le grain, les écus sont comptés fidèlement, et nos deux acheteurs reprennent la route des pointes de Bulstrode, où ils devaient aller passer Ia nuit chez quelqu'un de leurs

‘unit à ux en | et ses usure, s. On qu'il a nts mides pad prix.

» de ra-

promefoseph, is qui er à la allures our, réon se s froid.

femme, fin on petit ?

s papa n sais les porniers.

en lui du blé oi d’en

elque ant de déplaie peut la fois, , pour

s sont eprenils de- » leurs

DK. DR

ES

amis. Il faut voir si l'enfant était fier. Cent écus, cent écus à la fois; 1l n’en avait jamais tant vu.’ Quelle bonne affaire, quelle belle affaire ! I] était encore à contempier son trésor quand Martin entre dans la maison. Ilne peut en croire ses yeux; les comment et les pourquoi pleuvent sur la tête du petit Joseph: Satan bougre où as-tu pris cela ? que va dire ton père ?.....Ce ne fut qu'après plusieurs quarts d'heure de questions et de transquestions que le calme se rétablit.

Joseph avait les écus, c'était le principal et il les tenait dans un sac pour les présenter à son père aussitôt qu'il arriverait. Louis Grarneau arrivait en effet quelques heures après la comédie dont le récit le fit bien rire.

L'anecdote que je viens de raconter ne se rattache pas aux premiers temps de la colonisation dans St- Christophe, car comme on peut le concevoir facilement, les terres étaient alors bien avancées, et nos premiers pionniers avaient acquis un bien-être que l’on eut cherché en vain, quand ils commencèrent leurs travaux de défrichement. Ils n’eurent penaant longtemps que peu d'animaux pour les aider, que dis-je ? on me rapporte qu'il r'y eut, pendant un printemps, qu’un bœuf pour herser, dans la petite colonie, mais un bœuf bien célèbre, tant à raison des services qu'il a rendus, que des soins qu’on lui a prodigués, pour s'assurer ses bonnes grâces. C'était le bœuf Rouget. Qu'il me soit permis d’en dire quelques mots qui serviront à rappeler la douceur de celui à la Jouange duquel j'ai consacré ces quelques lignes.

C'était au tour de Louis Garneau à jouir de Rouget; croyant alors faire pour le mieux, 11 l’avait confié à son engagé Martin qui, entre parenthèse, avait parfois l'humeur bien bourrue ; de son coté, Rouget ne manquait pas de caprices. Je ne sais plus de quelle incartade ce dernier se rendit coupable, toujours est-il que notre homme crut devoir lui administrer une bonne volée avec une branche d’arbre,

Page 1