‹ Quelques notes sur la paroisse de St. Christophe d'Arthabaska et sur ses premiers colons [microforme]Chapitre 24 sur 39 · PAU · texte numérisé non relu

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à sa mère et ses sœurs pour s’enfermer dans un clottre et y puiser l’amour de Dieu et des hommes nécessiteux. On a exalté sa force et sa grandeur d’âme, au chevet du lit du malade et des mourants comme à la recherche des petits enfants chinois qu'une barbarie sans nom, livre encore aujourd’hui à :a dent des pourceaux. On a bien fait, et vos noms ignorés, héroïnes des temps modernes brilleront u1 jour dans le ciel, entourés d’une auréole que le temps ne saurait jamais éclipser.

On va croire sans doute, que je vais continuer longtemps sur ce ton ; pas du tout, je veux seulement dire quelques mots d’une femme qui a rendu d’éminents services aux premiers colons de St. Christophe, d’une femme dont l'extérieur n’annonçait à la vérité rien d’extraordinaire, mais qui sous une enveloppe commune, cachait un excellent cœur. Son nom est Marguerite Beauchène, épouse de François Marchand, connue vulgairement pour la mère Simon. Elle venait se fixer sur les bords de la rivière d’en bas (13), avec son mari et ses enfants, vers l’année

Avec l'amour du travail et du pays; notre petite colonie de défricheurs avait apporté le triste apanage de la nature humaine, les maladies et les infirmités ; et l’on sait combien, dans les circonstances pénibles, on est heureux d’avoir quelqu’an pour apporter quelque soulagement à nos maux! Or dans le temps il n’y avait pas de médécin à St. Christophe. Quel est l’homme diplômé qui eut voulu échanger le charme de la société des villes, contre la vie monotone et ennuyeuse qu'il fallait mener au milieu de la forêt ! Dans le but de soulager l'humanité souffrante, la mère Nimon s'était dévouée au soin des malades.

(13) Comme je l’ai dit déjà, la rivière Nicolet, en traversant le canton d’Arthabaska, se divise en deux branches, l’une allant au Nord-Est, et l’autre se dirigeant vers le Sud-Ouest. Cette drnière portait le nom, dans les premiers temps de l’établissement de St. Christophe, de rivière d’en haut, l’autre se désignait sous celu: de rivière d’en bas.

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Une mère de famille réclamait-elle ses services, vite on courait à la mère Simon. Le jour comme la nuit, on ne la surprenait jamais ; au premier bruit qu'elle entendait, elle était sur pied ct prête à partir. On avait beau lui représenter quelquefois qu’elle avait une longue route à faire, de mauvais pas à traverser, de grandes fatigues à endurer: “ n'importe, répondait-elle bravement, pourvu que je soulage ces pauvres malades, c’est tout ce que je demande. Dieu saura bien me donner les grâces nécessaires pour accomplir mon devoir ; et d’ailleurs n’a-t-il pas promis de nous envoyer son ange, pour reculer du chemin la pierre qui s'oppose à notre passage : lorsque je suis si bien appuyée et en si bonne compagnie, je ne cralns rien.”

C'était alors, disent les témoins de ses excursions charitables, un spectacle assez curieux de voir la bonne femme endosser un gros capot d’étoffe, et suivre à la lueur d’un fanal que l’on ne manquait jamais d'apporter en semblable occasion, ceux qui étaient venus la requérir. D'autres fois vous l’eussiezZ vue monter à cheval avec l’agilité d’un cavalier de vingt ans, pour faire des deux, trois et quatre lieues de chemin, à travers les arbres, toujours gaie et remplie d’anecdotes dont elle savait assaisonner à propos la conversation. Que de larmes elle a essuyées. que d’inquiétudes elles à calmées, que d’heureuses elle a faites ! Dieu seul le sait.

Son grand plaisir était de présenter elle-même les enfants au baptème, et toujours pendant les cérémonies, pour l'administration de ce grand Sacrement, elle faisait une scrupuleuse attention à tout ce que le prêtre faisait et disait. S’'agissait-il de parler, elle était la première à suggérer aux parrains et marraines, les réponses qu’ils devaient donner. Avec la mère Simon, on aurait pu se passer de bedeau.

Je devrais parler ici, de plusieurs braves personnes qui se sont acquis, par leurs bons offices, des titres impérissables à la reconnaissance des premiers colons, mais je craiñdrais de lasser la patience des

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lecteurs de ces quelques notes écrites à la hâte, je ne puis cependant passer sous silence le nom de la mère Bernier qui a secouru, elle aussi, beaucoup de pauvres malades, et soulagé bien des misères, sans oublier celui de la bonne mère Rochette dont la vie active et contemplative a été une bénédiction pour les localités qui ont eu l’avantage de la posséder.

Le jour où son corps fut déposé dans la terre, une plume amie, voulut bien tracer quelques lignes qui redisaient fidèlement ses qualités et ses vertus. Je crois faire plaisir à tous les amis de la colonisation en les reproduisant ici. Voici donc ce qu'on lisait sur l'UNION DES CANTONS DE L'Esr du 17 janvier 1867.

Mardi dernier, dans la paroisse de Ste Victoire, on inhumait le corps de Magdeleine Jél, épouse de Michel Rochette, bien connue dans tous les environs, sous le nom de mère Rochette, C’était une de ces bonnes personnes qui ne font pas de bruit dans le monde, mais qui par leurs prières et par leur vie exemplaire, retiennent le bras du Seigneur toujours prêt à frapper pour punir les crimes dont la terre est souillée, Fidèle aux avis de l’ancien curé de St. Augustin, sa paroisse natale, qui avait dirigé ses premiers pas dans la vie, elle portait tonjours les vêtements d’autrefois de préférence aux ajustements mondains qui souvent font la ruine des familles et la désolation des pasteurs. Une coiffe sur la tête. un châle juste au cou sur les épaules, une robe d’indienne pour la couvrir, un peu de tabac dans dans sa tabatière, des souliers dans les pieds, la mère Rochette était contente, et ne demandait jamais rien de plus. (C’était à qui lui donnerait l’hospitalité pour avoir l’avantage de jouir de sa compagnie, et de profiter de ses conversations toujours amusantes et instructives, Avait-on besoin d’une personne de confiance, pour prendre soin des malades, pour garder une maison dont les maîtres s’absentaient, c'était à la mère Rochette que l’on recourait, au risque de déplaire à ses enfants qui parfois se privaient avec peine des services de leur mère qu’ils chérissaient et respectalent. Pour avoir l’avantage de rendre service et de se rapprocher de l’église pour quelque temps, la mère Rochette trouvait toujours le moyen de concilier les deux partis, et sans déplaire aux uns, elle se rendait aux désirs des autres. Une fois près de l’église, tous les moments étaient mis à profs, dans l'intérêt des personnes au service desqzelles elle s’était placée, et des pauvres pécheurs dont elle ne cessait de demander la conversion sincère. Si quelquefois elle croyait pouvoir s’absenter de la maison, sans danger aucun, elle se rendait à l’église qu’elle appelait son paradis sur la terre. Là, elle était au comble de ses vœux. Elle cut pu y passer les jours et les nuits devant le Très-Saint Sacrement, si le devoir ne l’eût appelée ailleurs, C'était un spectacle vraiment édifiant de la voir prier Dieu, Les allants et venants la trouvaient toujours attentive à la

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récitation de son chapelet ou des litanies de la Sainte-Famille, qu’elle affectionnait beauconp, Pour qui priait-elle ? c'était pour la conversion des pécheurs et la délivrance des âmes du purgatoire,

[ y avait un jour dans l'année qui fixait son attention d’une manière spéciale, c'était celui de la fête de sa patronne, sainte Magdeleine, Le vent, la pluie, rien ne l’arritait ; on l’a vue se rendre à

14 Péglise à pied, de deux lieues, par des mauvais chemins, pour avoir R l'avantage de se confesser et de communier en l’honneur de celle ji qu’elle disait l’avoir protégée en maintes et maintes occasions. ; On avait tellement confiance dans la faveur de ses prières, qu’on k avait soin de la tenir toujours en neuvaines pour des grâces particulières, Dieu y gagnait et les pauvres aussi, car à la suite Le ces } pieux exercices, elle ne retournait presque jamais chez elle sans ten. M dre la main aux personnes charitables en faveur de quelques pau:

vres familles, ou de quelques malades qu’elle appelait les membres L souffrants de Jésus-Christ. Une si précieuse existence devait finir comme toutes les autres,

Depuis quelques semaines la mère Rochette ue paraissait plus a l’église, elle était atteinte d’une maladie grave qui devait la conduire au tombeau, Munie de tous les sacrements de la religion qu’elle reçut plusieurs fois, dans les derniers jours, entourée de bonnes personnes qu’elle avait aidées pendant qu’elle était en santé, et de toute sa famille, elle a vu venir la mort sans crainte et sans frayeur, et a rendu son âne à Dieu, le 18 du mois de Janvier, à l’âge de 74 ans, 5 mois et 17 jours,

Vous qu’elle a secourus pendant sa vie, priez pour elle.

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