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des impressions que le temps parvient difficilement à altérer. C’est encore près de cette maison qu'ils construisirent en 1838 le premier cimetière qui avait environ trente pieds carrés ; car, se dirent-ils les uns aux autres, qui sait si avant longtemps, quelqu'un de nous ne sera pas tributaire de la mort. L'évènement ne tarda pas à justifier leurs prévisions, car peu de temps après, Laurent Raimond tombait malade, et rendait son âme à Dieu sans le secours du prêtre, malgré ses désirs réitérés de recevoir sa dernière bénédiction. Pierre Cloutier le suivait d'assez près dans la tombe, sans avoir eu un meilleur sort. Ce sont là les deux premiers colons dont les corps ont été confiés à la terre, à quelques arpents des limites de la paroisse en question, et dont les cendres reposent aujourd’hui dans son enceinte. (14).
(14) Dans le mois de novembre 1854, sur le désir des intéressés, et après avoir rempli les formalités requises en pareil cas, je présidai à l’exliumation des corps qui se trouvaient ns ce petit cimetière, au nombre de 23, huit grandes personnes et quinze petits enfants. Il nous fut facile de reconnaître le cadavre de Laurent Raimond par la désignation que l’on me donna du cercueil dans lequel on l'avait déposé le jour de la sépulture, C'était tout simplement un auge de buis blanc dont on s’était servi pour recueillir l’eau d’érable au printemps. Comme on le voit, 1l n’y avait pas alors de luxe dans le culte des inorts ; on eut sans doute désiré leur rendre plus d'honneur, mais la nécessité faisait la loi.
On reconnut pareillement le cadavre de Louis Cloutier par la paille de blé sarrazin dont on l’avait enveloppé, et que l’on trouva presque dans sa fraicheur. Tous les ossements que l’on avait trouvé dans le cimetière furent déposés dans un cercueil convenable, transportés à l’église où l’on chanta un service aux frais des parents des défunts, et enfin déposés dans le cimetière paroïssial, comme il appert par l’acte ci-dessous que je dressai dans le régistre des baptèmes, mariages et sépultures de la paraisse de St, Christophe pour les années 1852 et suivantes.
“Le vingt-trois novembre mil-huit-cent cinquante-quatre, nous prêtre, curé soussigné avons inhumé dans le cimetière de cette paroisse, les ossements de vingt-trois corps dont huit grandes personnes et quinze petits enfants qui étaient enterrés dans les pointes de la rivière Nicolet, dans un petit cimetière, près de la maison d’un nommé Germain Lemay, furent présents à l’inhumation Louis Lemieux, Olivier Dupré, Moïse Dupré, Piérre Babineau, Eustache Baril et plusieurs autres qui ont déclaré ne savoir signer.”
(Signé.) Pa, H, Suzor ptre.
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Jusque là les Bois-Francs n'avaient été desservis, comme on l’a vu, que par M le curé de Gentilly et ses vicaires, et l’on comprend facilement que ‘e n'était pas peu de chose pour le prêtre de partir du fleuve pour venir annoncer la parole de Dieu daus la profondeur des forêts, où pour les colons de descendre à Gentilly pour avoir les secours de la Religion. Aussi désirait-on ardemiment de part et d'autre de voir changer nn pareil ordre de chose Enfin arriva l'heureux moment où l'on apprit qu'il y aurait un euré résident dans cette immense étendue de pays, et que sa résidence serait à Somerset.
Il fallait, pour remplir un si pénible äpostolut, nn homme d’une santé robuste et d'une énergie indomptable ; la Providence l'avait trouvé duns la personne de M. Clovis Gagnon, dont le nom est impérissable dans les Cantons de l'Est Il arriva dans l’autonine de 1840. Parcourez les Bois-Francs et Interrogez le premier venu pour lui d' ander aujourd'hui le vénérable missionnaire, et ‘ous répondra de suite qu'il n'est pas possible d'oublier et de méconnaître un homme dont on parle dans toutes les familles avec un respect qui tient de la vénération. Tous les habitants de vos belles paroisses ne l’ont pas vu en personne, il est vrai, mais dans leurs rapports avec les premiers colons, la conversation est presque toujours tombée sur l’homme de Dien qui était aussi l’homme du peuple, car M. Gagnon réunissait à un naut degré ces attributions qui font du prêtre un être exceptionnel ici-bas.
Pour avoir une idée du champ qu'il avait à parcourir pour exerçer son zèle, il suffira de dire qu'il comprend aujourd’hui douze belles paroisses, outre plusieurs missions, et qu’il était seul là où sont à l'heure où j'écris ces lignes douze prêtres tant curés que vicaires. Que de fois hélas! n’a-t-il pas entrepris des voyages de cinq, six et dix lieues pour aller administrer les malades et les mourants. Que de fois, au milieu de ses courses, ne s'est-il pas vu exposé aux plus grands dangers, au froid, à la faim et
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à toutes sortes de misères Celui qui l'aurait rencontré dans la forêt son brévière suspendu au cou, un bâton dans une main, une torche allumée dans l'autre, aurait bien reconnu le vrai missionnaire.
Le récit suivant d'un voyage, entre cent autres qu'il fit pour voler au secours de ses ouailles, fera comprendre ce qu'il eut à souffrir pendant son séjour aux Bois Frances. À
C'était en automne et par un temps froid, lorsque l'on frappe à læ porte de sa chambre. C’est un homme des pointes de la rivière Nivolet qu'on dit être dangereusement malade, et qui désire le voir. [Il n'y avait pas à demander alors si les chemins étaient mauvais, 11 n’y en avait pas; si la voiture portait bien, il fallait voyager à cheval et à pied : d'ailleurs on ne parlait pas alors de wagons, encore moins de carosses, il n’y avait dans toutes les pointes qu'une grosse cn, rrette à bois, qu'Eustache Baril avait monté de Saint-Pierre, avec des fatigues inouies. En bien peu de temps M. Gagnon a fait ses ‘préparatifs de voyage, il a chaussé ses grandes bottes sauvages, endossé ses habits de misère, et le voilà parti avec son compagnon. De Somerset on arrivait au dixième rang de Ntanfold, et l’on tombait dans le chemin connu sous le nom de chemin des rames (15). On vêôtoyait ensuite la rivière deux ou trois milles, puis l'en entrait dans le bois 5our gagner les habitations des premiers colons de Saint- Christophe. Il était nuit quand nos deux voyageurs prirent le bois, armés chacun d’un bâton, et n'ayant pour les diriger dans les sentiers tortueux, que la lumière d’un fanal de ferblanc dont on avait grand soin de se munir pour l’occasion. Grand Dieu ! quel malheur si un accident survenait, si le flambeau venait à s’éteindre ! la chose était très possible car la pluie tombait par torrents, et que faire alors? On ne parlait pas dans le temps d’allumettes phosphoriques, à cette époque on ne les avait pas encore im-
(15 C'était un chemin que M. Girouard avait fait étancher pour y transporter des rames.