‹ Quelques notes sur la paroisse de St. Christophe d'Arthabaska et sur ses premiers colons [microforme]Chapitre 38 sur 39 · R DE · texte numérisé non relu

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Voici la lettre qu'il n'écrivait, 11 y a quelques mois, et qui renferme des détails intéressants.

“ Ste.-Grertrude, 20 mai 1868.

“ Mon cher monsieur,

“Je m'empresse de répondre aux questions que vous me faites sur les inissions que j'ai desservies dans les Cantons de l'Est.

“ Je commencerai par vous dire que Monseigneur J. Signay m'ayant confié la desserte de St.-Christophe, de Warwick et de Bulstrode, j'arrivai à St. Christophe le 7 déc, 1849, et que le lendemain, jour de l’Immaculée Conception, je chantai dans le haut de votre presbytère une messe solennelle servie par feu Louis Provencher dit Béland. La mission n’avait alors pour toutes richesses qu'un ornement de différentes couleurs, et un plat de fer blanc pour bé: uitier ; il y avait un calice portatif pour mes missions. La raison pour laquelle je chantai la messe dans le haut du presbytère, c’est que le bas avait été divisé pour servir de logement au missionnaire.

‘Mon séjour à St-Christophe ne fut pas de longue durée ; le dix du même mois je reçus une lettre de Monseigneur P.T. Turgeon, devenu administrateur de l’Archidiocèse, qui me nommait curé de St.-Norbert d'Arthabaska avec la desserte des missions de St. Christophe et de Warwick.

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“Le même jour je me rendis à mon nouveau poste, où je fus obligé de me loger dans une vieille maison qui n'avait ni lambris, ni crépi, et qui servit de presbytère pendant deux ans.

‘“ Je-fis ma premiére mission à Warwick le jour de Noël; ce jour là, après avoir chanté la messe de minuit à St-Norbert et avoir fait l'élection d’un marguillier, je me rendis à St.-Christophe pour chanter la messe dite de l’anrore, et faire l'élection de deux marguilliers, ensuite je me transportai à Warwick où je chantai la grand’messe dans la maison d’un nommé Legendre; la chapelle n’était pas entièrement finie; comme c'était une nouvelle paroisse, je fis élire huit marguilliers. Il ne s’est rien passé de bien remarquable pendant les deux aunées que je desservis ces deux dernières missions, si ce n’est l’accroissement rapide de la population de St. Christophe, qui augmenta d’un tiers, et la construction de l'église.

“ Etat de la population de $t.-Christophe à la fin de l’annee 1849.

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Mon cher monsieur, Votre tout dévoué, P.DEVILLERS, Ptre.”

Ce fut une bien triste nouvelle pour nos colons, quand ils apprirent que leur missionnaire allait les laisser pour aller résider à St.-Norbert ; ils s’en consolèrent toutefois par la pensée que les supérieurs avaient eu de bonnes raisons pour se décider ainsi, et qu'ils leur accorderaient prochainement la faveur insigne qu'ils étaient obligés de leur retirer pour un temps. M. DeVillers, quoiqu'éloigné de sept milles de la mission de St.-Christophe ne continua pas moins de la desservir régulièrement, et de veiller à ses intérêts spirituels et matériels comme on va le voir

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Il y avait bien dans la mission un presbytère qui servait de chapelle, maïs il fallait plus que cela : le décret de Monseigneur l’Archevêque portait que l’on eut à construire encore une église ; et l’on comprenait tellement bien son importance, que plusieurs de nos vaillants défricheurs regardaient l'éloignement du prêtre du milieu d'eux comme un avertissement qui leur disait qu'ils auraient dû exécuter plus tôt des ordres qui émanaient d’une si haute autorité.

M. DeVillers n’en disait rien, mais n’en pensait pas moins ; toujours est-il qu'il fut convenu qu’on prendrait des moyens expéditifs pour arriver à une conclusion sur ce chapitre. On se réuuit, on se parla et l’on décida de bâtir.

C'était à la fin de l’hiver de 1851. On était à fredonner gaiement quelques chansons du bon vieux temps avant d'entrer dans la sainte quarantaine, lorsqu'un de la bande se mit à lancer dans l’assemblée une de ces réparties qui font rire quelquefois, mais qui sont parfois profitables. Allons nos gens, leur dit-il, nous avons plus que des peccadilles à nous reprocher, tous tant que nous sommes ; non seulement il faut cette année faire jeûner nos corps mais encore nos bourses. Voyons à nous taxer nousmêmes pour bâtir notre église. La proposition fut tellement appréciée que l’on ouvrit de suite une liste de souscriptions. Chacun promit autant qu'il pouvait le faire prudemment, il s’engagea par un billet promissoire à faire honneur à sa parole. La générosité des présents fut telle que l’on püût dès ce moment prévoir que l’on pouvait compter sur une somme assez ronde pour faire réussir l’entreprise.

À la mission suivante M. DeVillers fut informé de ce qui s'était passé, et sur la demande de tous les intéressés, il n’hésita pas à promettre à Jean-Bte Laroche un montant de huit cents piastres, s’il voulait de son coté s'engager à livrer à la St-Michel de la même année une église en bois de 75 pieds de longœueur sur 40 pieds de largeur avec lambris, une couverture en planches et en bardeaux, quatre chassis

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dans les longs pans, un solage en cèdre et un plancher à volonté. Il devait en outre poser dans la nouvelle église les bancs de la chapelle, et en ajouter autant qu'il en faudrait pour remplir les quatre ranvées de la nef.

Après avoir réfléchi müûürement, J. Bte Laroche répondit qu'il acceptait le marché. Il se mit en conséquence à l'ouvrage avec un certain nombre d'hommes, et grâce à l'encouragement qu'il reçut de M. Béliveau, marchand du lieu, qui lui: fournit tous les matériaux dont il avait besoin pour son entreprise, il put livrer l'église au temps marqué. M. Antoine Racine, curé de Stanfold en fit la bénédiction dans la première semaine d'octobre 1851, sur l'invitation du missionnaire d'Arthabaska.

Je regrette d’avoir à mentionner ici que l’entrepreneur n'eut pas lieu d’être satisfait d’un certain nombré de ses débiteurs, qui montrèrent plus de zèle pour » mettre que pour payer. Il s’en suivit pour lui un gêne et un malaise dans ses finances qui compromirent son crédit, et le mirent dans la nécessité de se déposséder d’une terre à laquelle il attachaïit un grand prix. Plus d’une fois j'ai eu l’occasion de le consoler de ses pertes en lui rappelant qu’un bienfait n’est jamais perdu. Aussi Dieu a semblé le bénir depuis quelques années ; puisse-t-il en être aussi longtemps encore, car il le mérite. On peut dire que c’est lui qui a doté les Bois-Franes d’un édifice qui, pendant un certain nombre d’années, a rappelé aux colons la vieille église de leurs pères. Il est vrai qu'aujourd'hui le temps de sa gloire est passé, car à ses côtés ont surgi de belles églises en pierres et en briques qui semblent lui dire avec fierté : ‘ Vous avez été avant nous l’orgueil des Cantons de l’Est mais voilà que vos jours sont comptés.”

Il est à souhaiter que cette prophétie s’accomplisse, et de fait il ne faut pas être grand devin pour arriver à cette conclusion; car à voir les dispositions que montrent les paroissiens de St.-Christophe, il est facile de croire qu'avant longtemps on verra s'élever

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