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deuse et téméraire, mais il comptait su* Celui qui donne du pain aux petits oiseaux,et ne permet jamais que ceux qui placent en Jui leur confiance manquent du né‘essaire.
La femme de Beauchène avait tout compris et voulait à tout prix l'exécution d'un projet qu'elle prévoyait devoir leur porter bonheur. D'ailleurs, elle savait qne c'était le désir de son mari et s'était assez pour elle ; 11 y a tant de grandeur d'âme dans la femme canadienne lorsqu'il s'agit de prouver sa fidélité à celui qu'elle a promis de servir et d’aimer après Dieu ! Aussi, quand l'heure du départ eût sonné, elle s’'embarqua gaiement, faisant avec générosité le sacrifice de sa famille et de su paroisse où elle avait passé de si beaux jours.
Je n’entreprendrai pas de raconter ici les fatigues et les misères qu'endurèrent nos hardis voyageurs dans ce trajet, de Gentilly à la rivière Nicolet ; qu'il me suffise de dire qu'il y avait encore à certalus endroits quatre pieds de neige, et pour les guider dans la route qu'ils avaient à parcourir, quelques traces de raquettes seulement. Notre pionnier me racontait à moi-même qu'il lui est arrivé plusieurs fois, dans ce mémorable voyage, de perdre de vue son cheval qui trainait sa femme et ses enf“uts. Il lui fallait alors, tantôt secourir avec peine l’animal embourbé jusqu'aux oreilles, tantôt lui frayer un passage à travers les branches toujours prêtes à laveugler.
Quoique partie de Mécancour à la première aurore, le jour était déjà sur ur son déclin, que notre caravane était encore à une grande distance des premières habitations qui se trouvaient Gans les pointes de Bulstrode. Que de uoires pensées se présentèrent alors à l'esprit du père et de la mère. D'un côté, ils voyaient leur animal perdre des forces, de l’autre, l'obscurité qui allait grossissant à chaque instant. Quelle triste perspective devant eux ! Passer la nuit dans la forêt sans abri, exposés eux et leurs enfants à y périr. Je me vis alors, me dit encore notre pi-
onnier, dans une des plus critiques circonstances de ma vie, et instinctivement, j'éleva! mes yeux et mes mains vers notre mère Marie que je savais n'avoir Je ais été invoquée en vain.
Sa prière fut entendue et ses vœux exaucés. À une heure avancée dans la nuit,grâce à la Ixmière des étoiles qui étincelaient dans le firmament, (et qui sait si ce n'était pas quelques-unes des douze que l'Esprit Saint nons dit former diadème sur la tête de la mère de tous les hommes.) nos voyageurs frappaient à la porte de François Marchand leur parent, et recevaient un franche hospitalité, comme les canadiens savent toujours en donner dans l’oécasion. Après un repas frugal dont l’appétit fit le principal assaisonnement, les quelques heures qui restaient pour le sommeil furent bien employées. Mais 1] fallait penser à parvenir au terme du voyage, et 1l y avait encore quatre grandes lieues à faire pour arriver à la cabane de bois rond, la seule habitation de St Christophe, le 28 mars 1885. Nos voyageurs se mirent done en marche dès le matin du lendemain et ce ne fut que dans l’après-midi bien tard, qu'ils arrivèrent à la rivière Nicolet.
Une épreuve attendait là notre pionnier. Grand fut d'abord son désappointement, quand il s’aperçut que la débâcle était faite, et qu'il lui failait faire un très long détour pour äller déposer ses enfants sur la rive opposée ; mails plas grande encore fut son inquiétude, quand il vit son animal, sur lequel il comptait pour opérer les pruniers travaux de défrichemeni, tomber épuisé et perdre son sang par de larges plaies. On comprend sans peine q: vil avait dû se heurter bien souvent contre les arbres à travers lesquels il avait passé. Tous les soins possibles lui furent prodigués, mais ce fut peine inutile, Cardin (5} mourut quelques heures plus tard.
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(5) C'était le nom auquel répondait le cheval.
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