UN NOUVEAU MALHEUR
Alors on se souvient de tout cequ’on aima Des sites enchauteurs dont l'aspect nous [ charma,
DELILIHE,
Ces premières aventures que je viens de raconter, étaient bien capables de porter le découragerment au cœur d'un homme qui n’eut eu que peu d'énergie, mais comme l’a dit si bien celui qui nous a fourni l'épigraphe du chapitre précédent : “ lorsqu'il veut sauver sa femme et ses enfants, de même que sur le champ de bataille, le canadien est un héros.” Beauchène supporta done chrétiennement ses premiers malheurs, et se préparait par là, à en recevoir de nouveaux qui ne tardèrent pas à fondre sur lui, comme nous allons le voir.
Pour un colon qui venait se fixer dans la forêt, il n'y avait que deux branches d'industries pour se procurer les choses de premières nécessités, le salin(6) (salt) et le sucre ; et par bonheur, elles trouvaient dans les Boïs-Francs de nombreux aliments. Notre pionnier dut donc recourir de suite à cette providence qui lui était offerte pour assurer sa vie et celle de sa famille. Hâtons-nous de dire qu’il fut amplement payé de ses peines. En bien peu de temps 1l se vit en possession de plusieurs centaines de livres de sucre et de plusieurs quintaux de salin.
Mais ce n’était pas tout, une fois ces objets de commerce en mains, il fallait en disposer pour avoir des provisions, et ce n'était pas chose facile. De quelque coté que le défricheur tournait ses regards,
(6) Le salin ou le salt, comme l’appellent encore aujourd’hui les colons, est le produit brut que l’on obtient en faisant évaporer jusqu’à siccité la lessive des cendres de l’orme, de l’érable, du merisier etc... La potasse est le salin calciné. Le salin se fait à peu près comme le sucre.