‹ Quelques notes sur le vicariat apostolique de S.G. Mgr. G. Blanche [microforme]Chapitre 2 sur 14 · I-NOTRE-DAME DE BETHSIAMIS · texte numérisé non relu

I-NOTRE-DAME DE BETHSIAMIS

La première mission que l'on rencontre, au sortir du diocèse de Chicoutimi, en ‘lescendant le fleuve, est Notre-Dame de Bethsiamis, village exclusivement indien.

Les Indiens vivant dans la partie Est Septentrionale de l'Amérijue du Nord se divisent en 3 tribus : les Mor ‘agnais, les Naskapis et les Esquimaux. Les deux premières surtout peuplent le Vicariat et y vivent : les Montagnais dans la partie inférieure du Labrador, le long du fleuve Saint-Laurent ; les Naskapis dans la partie nord, baignée par la Baie et le détroit d'Hudson. Les Esquimaux habitent la partie du littoral qui appartient à Terreueuve, sous la juridicticn de Mgr McDonald.

Les Montagnais, au nombre d'environ deux mi. ;ont tous de fervents chrétiens ; malheureusement le:1r nom: -, comme celui des autres tribus, diminue tous ls jours, à cause de l'excessive mortalité des enfants en bas Âg- mal auquel on ne peut remédier, vu les conditior: uv la vie ci.ez. les Sauvages. Aussi peut-on dire qu’un jour F:c<'iain verra disparaître les derniers représentants de cetta race au Labrador.

N.-D. de Bethsiamis est un joli village bâti au fond d’une profonde et large baie. Durant la plus grande partie de l’année, la bourgade n’est peuplée que de 60 à 75 Sauva 7es, vieiilards, veuves, enfants malades, qui n’ont pu suivre les autres à l’intérieur des bois. Mais l'été, durant les mois de juin et juillet, c'est l'époque où le village est au complet et l’on y compte alors jusqu’à 120 familles. (Ces Sauvages habitent de

jolies maisons ou vivent sous la tente autour de l’église et de la résidence de leurs missionnaires dévoués, les RR. PP. Oblats.

Bethsiamis est pour tout Sauvage la cité sainte ; il en fait

grand cas, et, ‘out Montagnais doit la visiter au moins une fois dans sa vie, quelle que soit la distance qu'il pourrait avoir à parcourir pour s'y rendre. Pour ces enfants des bois qui n’ont jamais vu les grandes cités des blancs, la chapelle de Bethsiamis est évidemment ce qu’il y a de mieux dans l’univers.

.… Dans le commencement, c'est-à-dire vers 1850 où il n’y avait pas de blancs sur la Côte Nord, les RR. PP. Oblats furent chargés du ministère religieux sur toute la côte et les Sauvagrs censtituèrent presqu’exclusivement le peuple soumis à leur juridiction. Les Blancs étant venus s’y installer peu à peu, des prêtres leur furent donnés et les Oblats se bornèrent dès lors à desservir les Sauvages.

Les RR. PP. Oblats ont choisi Bethsiamis comme lieu de leur résidence. Ils possèdent là une fort jolie chapelle, un bon presbytère, en un mot, une très agréable résidence, entourée de terrains en parfaite culture, ce qu'aucun missionnairene pourra jamais avoir dans le reste du Vicariat.

Ils sont là trois Pères. Chaque année l’un d’entre eux va rencontrer les Montagnais à leur retour de la chasse, à Godbout, Sept-Iles, Moisie, Mingan et Musquarro, et, tous les deux ans, un missionnaire poursuit ses courses évangéliques au-delà du Labrador Canadien, remonte le côté de l’Atlantique jusqu’à la Baie d'Ungava, (900 lieues de Québec) où il rencontre les Esquifnaux. Les Naskapis sont visités plus particulièrement par les RR. PP. Oblats de la Baie d'Hudson.

IIMANICOUAGAN

La seconde mission, St-Eugène de Manicouagan, est à 13 lieues de Bethsiamis sur la Rivière du même nom.

Avant 1898, le village de Manicouagan n'existait pas. Sur la rive opposée au poste actuel, on voyait seulement deux maisons, dont les habitants se livraient à la culture, à la chas-

se et à la pêche. Les frères Jalbert, Canadiens-français, sont les fondateurs de ce village.

En 1898, ils achetèrent du Gouvernement une étendue considérable de terrain sur les bords de cette magnifique rivière de Manicouagan, qui a les proportions d'un grand fleuve. Dès l'automne, ils firent chantier, construisirent au printemps suivant une scierie, bâtirent des maisons et reçurent plusieurs familles. Aujourd’hui le chantier et la scierie emploient environ 200 hommes. L'hiver ces travailleurs sont oocupés à la coupe du bois, et, à la belle saison, au sciage et aux travaux variés qu'exige pareille entreprise.

- Petit et bien modeste, puisqu'il compte à peine 40 familles, le village de St-Eugène de Manicouagan est un centre d’activité considérable et de vie intense.

En 1902, grâce au concours de la Cie Dobel qui fournit le bois de construction, les habitants élevèrent sur la hauteur qui domine la côte, une église et un presbytère ; ils venaient d’être achevés quand les RR. PP. Brézel et Garnier vinrenten prendre possession.

Cette résidence des Pères est assez agréable. Autour de chez eux, ils possède nt un vaste terrain qu’ils commencent à cultiver et ils jouissent, de là,sur les alentours, d’une vue grandiose. À leurs pieds, ils ont le large estuaire du Manicouagan, devant eux la rive droite du fleuve St-Laurent et, par de là, dans la brume du fleuve, les montagnes de la Gaspésie.

Outre leur mission principale de St-Eugène, les Pères desservent à 11 lieues de Manicouagan, une seconde mission appelée : Pointe aux Outardes. C’est un petit village de gens bien paisibles et fort aimables au nombre de 80 personnes. Ils ont élevé une petite chapelle et tous les quinze jours un des Pères vient y donner la mission.

III—RIVIÈRE PENTECOTE

Rien de pittoresque comme la situation du village St-Patrice de la Rivière Pentecôte. Il est bâti de chaque côté de l'embouchure de la Rivière qui lui a donné son nom. L'église est située sur le sommet d’un cap, élevé de plusieurs cen-

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taines de pieds, qui s’avance dans la mer. Tout prèsse trou-' ve l’école. Les Pères ont bâti depuis leur arrivée un charmant presbytère, au sud de l’église, dans une position exceptionnelle qui commande, de tous côtés, sur terre et sur mer, une

. vue magnifique.

Peu de personnes se livrent ici à la pêche ; presque tout le monde est employé à la coupe, au sciage et à l’écorçage du bois de pulpe. Plus de 3000 cordes de bois sont abattues dans la forêt, amenées du chantier, coupées à la longueur de 2 pieds, présentées aux dents impitoyables des écorceurs et expédiées aux pulperies des Etats-Unis et d'Angleterre.

Tout ce bois en effet sert à faire du papier et Dieu sait siles usages de ce papier sont innombrables. A Springfield on fabrique des bouteilles en papier ; à Dessau, des pantouffles en papier et l’on produit journellement un drap de papier très économique pour les billards ; à New-York on vient de fabriquer une maison en papier.

C'est l’industrie du bois qui a créé le village de la Pentecôte. En 1885, il n’y avait là que 2 familles. La Cie Gagnon y construisit une scierie pour l'exploitation du bois, établissement qui fut vendu vingt ans plus tard à une Cie Américaine qui lui a donné depuis un plus grand développement.

Aujourd’hui cette scierie emploie des centaines d'ouvriers occupés l'hiver dans le bois et l'été à la manufacture. Ces bois coupés puis écorcés sont expédiés par bateaux aux Etats- Unis.

Les deux missionnaires qui desser : .t actuellement cette importante mission sont les Pères Nonurgues et Leventoux.

Pour alimenter leur zèle apostolique, ils ont cinq dessertes, et, comme les communications sont fort difficiles, leur ministère, avec celui de Natashquan, est un des plus pénibles de la Côte.

Disons un mot de ces dessertes :

a.—La Pointe aux Anglais et l'ile aux Œufs.—St-Paul de la Pointe aux Anglais ne date que de 1873 où M. Langlois, pêcheur, commerçant et maître de poste vint s’y établir. Quelques familles de. pêcheurs étaient venues le rejoindre ; une

chapelle fut bâtie en 1886, et, aujourd’hui, se trouve groupée là, une bonne population heureuse d’avoir son église dans laquelle un des missionnaires vient tous les 15 jours faire les offices religieux.

À deux milles de !a chapelle, du côté de l'ouest, se trouve l’Zle aux Œufs, distante de la terre ferme de 1800 mètres.Cette île n’est qu'un rocher d’un kilomètre et demi de long, mais perpendiculaire à la côte. Sa position en travers du cours du fleuve, fait qu'il y a là un excellent abri pour les vaisseaux, et un hâvre sûr, quel que soit le vent qui souffle. Deux familles habitent le phare qui la domine.

b. Sainte-Anne des Ilets-Caribou.—1 3 familles. 90 âmes.

Autrefois il y avait là un nombre considérable de familles sauvages ; il n’en reste plus aujourd’hui. Les premiers blancs qui s’y fixèrent arrivèrent en 1847.

Les RR. PP. Oblats, chargés autrefois de cette desserte, y bâtirent en 1860 une chapelle qui existe encore. Elle est la

plus ancienne de toutes celles du territoire desservi par les RR. PP. Missionnaires de la Rivière Pentecôte. Le missionnaire y vient tous les mois.

c. La Baie de la Trinité.—A mi-chemin entre les Ilets-Caribou et la Pointe-des-Monts se trouve la charmante petite baie de la Trinité dans laquelle vient se jete- un capricieux cours d’eau extrêmement poissonneux. Deux familles en gardent les rives. L'une d'elles, ayant eu la pieuse ‘pensée d’ériger un oratoire très convenable, tout près des habitations, le missionnaire est heureux d'y célébrer la sainte messe, à son passage, et de convoquer à ces réunions, par la voix de la cloche, les six familles du village voisin, situé à deux milles plus à l’Est.

Cette chapelle n'existe que depuis 1898 et demeure la propriété personnelle de M. A. Bilodeau quien a le plus grand soin.

d.. La Pointe des Monts.—On appelle ainsi une longue pointe de rochers s’avançant au loin dans le St-Laurent, à trois lieues environ, à l’ouest de la Baie de la Trinité. C'est

un endroit fort difficile à doubler lorsque le vent est contraire, comme le prouvent les nombreux naufrages qui se sont succédés en ce lieu. Aussi, dès 1830, le gouvernement y commença la construction du phare qu'on y admire, l’un des plus puissants du Canada. La Pointe des Monts est renommée pour la chasse aux phoques et la pêche aux harengs. Quatre ou cinq familles y vivent en permanence et ont contribué à l’érection et à l'entretien d’une petite chapelle à laquelle le mÿ3sionnaire se rend aussi tous les mois.

e. Godbout.—Petit village distant de La Pentecôte de 50 milles, bâti au fond de la baie qui s'étend entre le cap de la Pointe des Monts, à l'est, et l'entrée de la rivière Godbout, à l'ouest. Il y a là un ancrage sûr et un port bien protégé ; c’est un lieu de pêche renommé pour le saumon ct le hareng. La population qui comprend vingt familles «anadiennes et trois familles montagnaises, est occupée, l'éé, à la pêche ; puis, l'hiver venu, elle fait la chasse aux phoques, à travers les glaces du fleuve, ou aux animaux à fourrure, dans l’intérieur des bois.

Il y a là une chapelle qui appartenait aux Sauvages. Elle vient d’être abattue pour faire place à une autre plus vasteen voie de construction. En attendant, vu la distance qui sépare Godbout de la Rivière Pentecôte et les difficultés des communications, ces pauvres gens ne voient le prêtre que tous les mois, l’été, et deux fois seulement au cours de l’hiver.

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