‹ Quelques observations chirurgicalesChapitre 13 sur 19 · PLAIES PENETRANTES DE LA POITRINE PAR UNE BALLE · texte numérisé non relu

PLAIES PENETRANTES DE LA POITRINE PAR UNE BALLE

faisait sortir le pus tout en déterminant de violentes douleurs pendant son application. Des injections sous-cutanées de 1 centigramme de sulfate de morphine furent données chaque soir pendant trois semaines. Avec du vin fin et une nourriture soiguée, le blessé reprit ses forces. Un mois après, il se promenait au jardin ; la blessure était tout à fait guérie le 25 novembre. Cinq jours après, le blessé quitta l'ambulance complètement guéri.

E. E...j 36 ans, garçon. — Le blessé reçut une balle qui, entrant dans la poitrine entre la deuxième et la troisième côte, à droite, sortit par l'omoplate à égale distance des deux angles postérieurs. Il eut une hémoptysie très-considérable quand il fut blessé le 18 août, et une petite quantité de sang fut mêlée à la salive pendant plusieurs jours. A l'ambulance de Saint-Privat, il fut atteint d'un érysipèle qui était guéri pour le 1er septembre, jour où il entra à Fambuiance, à Nancy. Un emphysème très-considérable s'était produit dans tout le corps, s'étendant même aux oreilles, aux doigts et aux orteils. Le pénis et le scrotum étaient triples de leur grosseur naturelle, et le blessé était très-gêné d'une polyurie. Les blessures causées

par l'entrée et la sortie de la balle furent pansées avec de la charpie sèche et la suppuration fut modérée pendant plusieurs semaines. Un petit morceau de l'omoplate fut extrait de la blessure du dos. Au milieu de septembre, l'emphysème avait tout à fait disparu; le pénis et le scrotum étaient revenus à leur grosseur naturelle : le pouls restait à 80 ou 90. Le blessé ne sentait aucune gêne de ses blessures et passait ses nuits très-tranquillement. Le 16, les blessures furent pansées avec du taffetas, et le 26 elles étaient guéries. Celle du dos se fermant la première.

La même espèce de plaie se présenta chez cinq autres blessés soignés dans l'ambulance à peu près en même temps; tous les cinq se guérirent. La blessure au dos fut toujours la première à se fermer.

J. M... y 26 ans, garçon. — Le blessé fut atteint, le i8 août, par une balle de la manière suivante : la balle entrée dans la fesse gauche, au-dessus et en arrière de l'épine iliaque antéro-supérieure , suivit un trajet s'étendant depuis le milieu du tiers antérieur de la crête iliaque, jusqu'à l'extrémité du coccyx. Dans sa course la balle a effleuré l'os en en détachant trois fragments qui restaient avec elle au fond de la plaie ; une vaine tentative avait été faite pour extraire la balle avant l'arrivée du blessé à l'ambulance, on avait fait une incision à 75 millimètres au-dessus de l'endroit où la balle était logée.

Le 1 1 septembre, le blessé fut éthérisé, le trou d'entrée fut agrandi de 7 millimètres et demi, et le doigt introduit dans la plaie sentit les trois esquilles

et la balle qui furent retirées au moyen des pinces. La balle était très-déformée , une des extrémités était repliée sur elle-même , et la balle était aplatie suivant son grand axe, de manière à présenter trois bords tranchants et deux sillons. Les esquilles présentaient ensemble une largeur de 2 centimètres, et une longueur de 37 millimètres ; un morceau de caleçon fut retiré en même temps. La distance de la balle au trou d'entrée était de 15 centimètres ; un tube à drainage fut introduit et des cataplasmes placés sur les deux plaies. La suppuration était abondante, l'état général excellent. Le 30, on ne sentait aucune esquille dans la plaie , mais l'odeur qui s'en échappait prouvait l'existence d'une fistule rectale : de temps en temps il s'échappait par la plaie des petites boules de matières fécales, et pourtant le doigt ne pouvait sentir dans le rectum l'ouverture de la fistule. On fit pendant deux semaines des injections d'alcool pur dans cette fistule, et l'alcool pouvait être toujours senti dans le rectum. Le 8 octobre, le tube fut enlevé, les injections continuées avec de l'eau phéniquée. Le 14, l'odeur fécale avait disparu et de belles granulations fermaient les plaies; trois petits morceaux d'os sortaient avec la suppura-

tion. Le 19, le blessé se promenait dans le jardin avec des béquilles, et le 1er novembre la suppuration avait cessé ; le blessé était complètement guéri.

URÉTHROTOMIE EXTERNE

J. L..., 21 ans, garçon. — Le blessé reçut le 14 août une balle qui, traversant le pénis, se dirigea de telle manière que le canal de l'urèthre fut coupé dans la partie membraneuse. La balle sortit par l'échancrure sacro-sciatique. Quand le blessé fut relevé sur le champ de bataille, de vaines tentatives furent faites pour introduire une sonde par l'urèthre. Il urinait néanmoins goutte à goutte ; il y avait incontinence; mais quatre ou cinq fois depuis l'accident, il eut des crises de rétention si graves, que les moyens ordinaires n'amenèrent aucun soulagement. Il portait un sac de caoutchouc pour contenir l'urine qui néanmoins irritait beaucoup ses cuisses. Il entra à l'ambulance le 9 janvier; tous les jours, pendant quelque temps, de vaines tentatives furent faites pour introduire une sonde ou même les bougies filiformes. Le 19, le blessé a passé la nuit et la

URETHROTOMIE EXTERNE. 55

journée sans pouvoir uriner , il souffrait beaucoup. Des bains chauds, des injections par le rectum, ne réussissent pas davantage : enfin la ponction de la vessie est pratiquée au-dessus de la symphyse du pubis ; un litre fut rendu et une sonde laissée dans la vessie. Le 20, le blessé fut éthérisé et la sonde étant introduite aussi loin que possible, l'uréthrotomie externe fut faite par une incision sur la ligne médiane du périnée. Le bout de la sonde étant reconnu dans le fond de l'incision, le tissu cicatriciel du rétrécissement, qui était très-étendu et trèsdur, fut incisé. On fit une injection dans la vessie, mais il fut impossible de distinguer le trou du canal. Enfin on se décida à faire une ponction avec un trocart, à l'instant l'eau coula avec force et un cathéter de caoutchouc, introduit par le trocart, fut passé d'arrière en avant. Le cathéter fut maintenu par des fils. La plaie fut pansée avec de l'eau phéniquée, un centigramme de sulfate de morphine fut donné en injection sous-cutanée. Le 22, le périnée n'était pas gonflé et la plaie était belle ; le cathéter placé dans la vessie par l'abdomen fut retiré. Le 24, le blessé fut pris de vomissements sans douleur dans le ventre, le pouls était à 130. Le 25, pendant la nuit, le cathéter s'échappa et le matin il fut re~

placé sans grande difficulté : le blessé n'avait pas de vomissement ; le pouls était à 98 : il prit du chloral chaque soir. Le 26, la peau présentait un peu de décoloration dans certains endroits, surtout la figure et les cuisses. Il y eut dans la nuit une hémorrhagie assez considérable, qui fut arrêtée par compression avec de la charpie. L'urine cessa de couler-, le blessé était dans un état de stupeur qui continua jusqu'au soir quand il mourut. A l'autopsie on trouva à la vessie une épaisseur de 2 centimètres ; le foie était très-grand ; la rate était très-congestionnée et ramollie ; pas de traces de péritonite ; le rétrécissement était juste en avant de la prostate.

Page 1