BALLE LOGEE DANS LE COU. FRACTURE DE LA MACHOIRE
bouche, ne sentit que la poche dans laquelle la balle avait reposé pendant plus de trois mois. Pour montrer la rapidité de l'anesthésie par le chloroforme, nous constaterons que l'opération fut finie vingt minutes après que le blessé commença à respirer l'anesthésique, et qu'il fut bien endormi. Les mouvements de la mâchoire, réduits à 5 millimètres, furent portés à 1 5 millimètres après l'enlèvement du projectile. L'hémorrhagie fut insignifiante et la douleur très-légère. Le lendemain, la joue était un peu plus gonflée. Des compresses d'eau froide furent appliquées pendant quelques jours. Le blessé partit chez lui le lendemain de l'opération.
J. S..., 25 ans, garçon. — Le blessé fut frappé le 30 novembre à l'épaule gauche par une balle qui, entrant par l'omoplate au milieu de l'acromion, en le brisant en deux, passa par l'échancrure scapulaire en la détruisant aussi, et enfin fut extraite au moyen d'une incision faite au milieu du dos. Le blessé entra à l'ambulance le 19 décembre en assez bonne condition ; son bras était très- gonflé, mais peu douloureux; quelques petits morceaux de l'omoplate furent retirés le jour de son entrée ; les deux trous suppuraient librement. Il n'y avait dans ce temps aucune connexion entre les deux plaies. Le pansement consistait en cataplasmes changés deux fois par jour. Le 24, un abcès du bras fut ouvert au moyen d'une incision. Le jour suivant les bords de l'incision se trouvèrent gangrenés. La santé du blessé changea subitement sans aucune cause apparente ; l'appétit,
jusqu'alors bon, manqua, et le malade devint trèsabattu. Des stimulants furent donnés et l'intérieur de l'abcès cautérisé avec l'acide phénique. On chercha à encourager le blessé qui redoutait une amputation. Le 26 au matin, l'avant-bras droit était gangrené au milieu. 11 n'y avait plus de douleur, toute opération fut alors écartée. Dans l'après-midi le blessé eut le délire et mourut le 27. La gangrène avait détruit toute l'extrémité gauche, F avant-bras droit et, sur le dos, la peau et les muscles tout autour de l'omoplate gauche.
G. D..., 32 ans, garçon. — Le blessé reçut le 16 août un éclat d'obus qui, passant sous la clavicule en la brisant près du bord de l'aisselle droite, fut extrait six jours après par une incision faite sur la face postérieure du bras en arrière et au-dessous de la tête de l'humérus, qui fut réséquée, à Metz, le 3 septembre ; l'apophyse coracoïde de Fomoplate fut fracturée à la base, et la surface articulaire fut détruite; huit morceaux d'os furent extraits : quatre abcès suivirent l'opération. Le morceau d'obus mesurait 37 millimètres et demi de largeur sur 57 millimètres et demi de longueur. Le blessé entra à l'ambulance le 12 décembre : quelques jours après,
un morceau de la clavicule fut extrait au moyen des pinces; la plaie pansée avec de la charpie sèche. Les blessures en arrière de l'épaule se guérirent et, un mois après, la dépression en avant sous la clavicule, qui était assez grande pour y mettre un œuf, était cicatrisée. Les mouvements du bras étaient trèslimités, mais sans douleur. Le 1 1 janvier, le blessé quitta l'ambulance, les plaies étaient guéries. Trois mois après, une petite dépression apparut dans la clavicule près du sternum, et une maladie de cet os fut soupçonnée. Il n'y avait, en même temps, ni rougeur de la peau, ni douleur dans aucune partie.
Dans un autre cas de fracture de l'omoplate, le blessé eut l'os traversé par une balle qui passa au travers de l'épine dorsale et fut extraite au dos. ïl guérit le sixième mois après l'accident.
DÉSARTICULATION SCAPULO-HUMÉRALE
F. F..., 24 ans, garçon. — Le 18 août, une balle pénétra dans le bras droit du malade par la partie médiane et y détermina une fracture compliquée de l'humérus. Plusieurs esquilles sont retirées au moment de l'accident. Le blessé entra à l'ambulance le 4 décembre ; le bras droit est très-gonflé et douloureux : la sonde reconnaît des fragments nécrosés, et pendant que le blessé est éthérisé, on retira quinze esquilles nécrosées : le cal était pourtant déjà en voie de formation; la douleur et le gonflement étaient tels que l'on ne pouvait percevoir de crépitation à l'épaule.
On soupçonna, néanmoins, une affection de la tête de l'humérus, car, dans les fractures causées par les armes à feu ou les accidents de chemin de fer, les maladies des os s'étendent souvent plus loin qu'on ne pourrait le supposer au premier abord. Le
1 3 décembre, le blessé avait perdu beaucoup de ses forces; l'état général était très-mauvais; la désarticulation fut décidée. Après éthérisation elle fut pratiquée par la méthode de Larrey ; l'hémorrhagie fut insignifiante ; la tête de l'humérus était malade dans toute son étendue ainsi qu'une partie de la cavité glénoïde , qui fut enlevée presque complètement. Cinq ligatures et trois sutures furent faites. Le pouls est régulier et à 84 : le pansement est fait avec des compresses d'eau phéniquée. Le soir même, le blessé pouvait changer de lit tout seul ; il se montra plein de courage. Le lendemain, teint légèrement jaunâtre ; néanmoins, état général bon ; un cataplasme fut mis sur la plaie. Le 15, le pouls marque le matin 96 et le soir 120 : la plaie donnait un peu de sérosité, pas de pus; des cataplasmes furent mis deux fois par jour. Le 1 6, pouls à 1 1 6 le matin et 1 20 le soir; la suppuration commence : elle est bien établie le 1 7 ; le blessé se promenait dans les chambres des autres malades ; l'appétit est très-bon : le 19, les ligatures et le tube de caoutchouc, placé dans la plaie après l'opération, sont enlevés, la plaie est maintenue avec du taffetas ; le 23, les cataplasmes sont abandonnés et le pansement est fait avec de la glycérine et de l'eau phéniquée. Le 23, la plaie
DESARTICULATION SCAPULO-HUMERALE. 35
ne mesurait que 4 centimètres. Le blessé sortit de l'ambulance dix-sept jours après l'opération. La plaie était presque complètement fermée le 10 janvier.
À. G..., 24 ans, garçon. — Le blessé reçut, à la bataille de Gorze, une balle qui, traversant le coude droit, causa une fracture compliquée des condyles de l'humérus. Une résection de l'humérus au-dessus des condyles fut faite par le professeur Langenbeck, le 31 août, et sept morceaux d'os furent retirés. Le blessé entra à l'ambulance dans un très-mauvais état : il était très-maigre et n'avait pas assez de force pour continuer son voyage en Allemagne. L'avantbras et la main étaient très-gonflés : l'incision nécessitée par la résection n'était pas encore cicatrisée. Le blessé était phthisique, crachant du pus et de temps en temps du sang. Dans ces conditions, son état était très-critique ; son bras fut pansé avec de la charpie imbibée d'eau phéniquée, ou quelquefois avec des cataplasmes, et injecté, tous les jours, avec de l'eau phéniquée. Tous les efforts
furent faits pour le mettre à son aise : six abcès dans le bras, l'un après l'autre, furent ouverts par des incisions; la suppuration fut très-abondante; un morceau de balle fut extrait au moyen d'une incision au-dessous du bras quelques semaines après son entrée à l'ambulance. Le bras resta à peu près dans le même état jusqu'au 1er janvier, lorsqu'il eut, non-seulement de grandes douleurs dans le bras, mais aussi des abcès qui montèrent jusqu'à l'aisselle. Les doigts, très-gonflés, étaient privés de mouvement. Sa santé générale, meilleure que le jour de son entrée, n'était pas satisfaisante. Il avait de la diarrhée. Il ne pouvait pas rester assis dans son lit sans être soutenu ; les omoplates et les os du bassin menaçaient tous les jours de donner des excoriations. Le pouls était à 130. Enfin, malgré son état si faible, l'amputation du bras fat proposée et, le 8 janvier, le blessé, étant anesthésié par le chloroforme, une amputation au col chirurgical de l'humérus fut faite en taillant un long lambeau externe et un petit lambeau interne ; le premier par transfixion. Malgré la compression manuelle, l'hémorrhagie fut très-abondante ; huit ligatures et quatre points de suture furent pratiquées. Le pansement fut fait avec des compresses d'eau froide. Le blessé s'évanouit après
l'opération et se remit avec la plus grande difficulté ; pouls à 120 et faible. On donna des potions stimulantes. On plaça des bouteilles d'eau chaude autour de son corps. Dans l'après-midi, on fit une injection sous-cutanée de 1 centigramme de morphine et, à minuit, 1 gramme de chloral. Le lendemain, le pouls était à 108 et bon; trois sutures furent enlevées; l'appétit revint ; le malade prit du bouillon et un peu de rôti de poulet dans la journée et, la nuit, deux bouillons. La plaie suppurait un peu. La dissection du bras montra que l'humérus était malade dans toute sa longueur et que les os du poignet étaient ramollis à an tel point qu'on pouvait les couper avec un couteau. Le 10, un cataplasme était appliqué au moignon ; les deux autres sutures furent enlevées : le blessé prit du lait deux fois par jour entre les repas et de la bière comme boisson. La diarrhée avait cessé. Le 11, la suppuration était libre et le pouls à 1 00 ; le blessé n'eut pas beaucoup de douleurs ; la langue était moins chargée qu'auparavant. Le 14, deux ligatures furent enlevées et des bandelettes de taffetas mises sur le moignon. Le 17, quatre autres ligatures furent enlevées. Le 20, le blessé s'est assis dans une chaise pendant quelques moments. Le 22, les deux dernières ligatures furent enlevées. Le 23,
il marchait avec un aide dans sa chambre. La plaie était remplie de belles granulations et la suppuration commença à diminuer. Le 26, il alla à sa chaise tout seul pour la première fois» Le 31, le cataplasme fut changé pour de la charpie imbibée d'eau phéniquée, et la blessure, au lieu d'être pansée deux fois par jour, fut pansée seulement dans la matinée. Le 1er février le blessé sortit de sa chambre et resta habillé toute la journée. Le 20 février, la suppuration avait cessé : la plaie était cicatrisée et de la charpie sèche fut mise autour du moignon. Depuis l'opération le blessé n'avait pas craché de sang, mais seulement un peu de pus. Néanmoins, il avait repris un peu d'embonpoint et ses forces revenaient tous les jours. Il quitta l'ambulance le 8 mars dans un état trèssatisfaisant.
Une année s'est écoulée depuis l'opération; nous venons de recevoir de ses nouvelles, il est en parfaite santé.