OBSERVATION V
| Méningite tuberculeuse à longue évolution coupée par une guéri-
son apparente d’une durée d’un mois'chez un enfant de 5 ans.
Il s'agit dans cette observation d’une petite fille de 5 ans qui, après une coqueluche marquée par des quintes de toux très violentes et un état saburrai des voies digestives,se plaint de douleurs abdominales s’accompagnant de vomissements. Il y a même eu une hématémèse qui vraisemblablement provient d’un épistaxis dégluti.
Tous ces accidents se sont produits dans la première : quinzaine de décembre 1911. Le 14 décembre, le médecin qui soigne cette malade est frappé par la dyspnée qu’elle présente et à l’auscultation il constate un foyer de congestion à la base du poumon droit. Le soir, la malade est très prostrée : elle a dela raideur de la nuque, un signe de Kernig ébauché et la raie méningitique de Trousseau est bien observée ; elle se plaint en outre d'une céphalée persistante depuis deux jours.
Ges symptômes s’'amendent le lendemain pour reparaitre le 17. Pendant tout ce temps la température a oscillé autour de 88°3 ; le pouls est à 100 en moyenne.
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Les signes méningés disparaissent de nouveau pour n'être observés que le 19 dansla soirée. On pratique une ponction lombaire le lendemain, mais on ne peut pas avoir de liquide céphalo-rachidien même en. aspirant fortement avec une seringue. On n'en fait pas moins une injection de 15 centimètres cubes de sérum anti-
méningococcique de Rockfeller.
À minuit la température est à 41°4 ; le pouls à 160 et
la malade est dans une agitation extrême. Néanmoins,
il y a un mieux sensible le lendemain et pendant les jours suivants une amélioration notable est constatée. Une deuxième ponction lombaire est faite le 28 décembre, qui donne un liquide clair. Elle est suivie d’uné injection de 15 centimètres cubes de sérum de Dopter.
La température s'élève à 41°8 ; on note une réaction sérique très intense se manifestant par l'apparition rapide d’une éruption diffuse ortiée et prurigineuse. Il y a un léger œdème trachéo-bronchique qui se traduit par une dyspnée assez intense et un malaise profond. Tous ces accidents disparaissent du 4 au 15 janvier 1912. |
L’examen du liquide céphalo-rachidien a révélé l'existence d’une lymphocytose énorme avec quelques
- rares polynucléaires.
Dans les antécédents héréditaires on avait relevé un passé pathologique tuberculeux et nerveux nettement établi du côté maternel ; comme antécédents personnels, on n'avait rien trouvé qui puisse être retenu.
On pense donc qu'il s’est agi d’une méningite tuber-
Mr pan ie à PES culeuse et on fait une injection de 15 centimètres’ cubes de sérum marin isotonique le 18 janvier. La température est alors de 37° le matin et de 373 lesoir.
Deux jours après l'enfant s'amuse avec ses jouets dans son lit. On la lève le 22 et le 30 janvier on l'emmène à Reims chez ses parents où elle reste guérie complètement jusqu'au 10 février. ,
A partir de cette date les accidents méningés réapparaissent, un médecin appelé en consultation nie l'existence d’une méningite, rejetant tous les symptômes observés sur une infection du cavum et sur un état infectieux mal défini. |
Appelé le 19 février, le D' Lardennois, deReims, à qui nous devons la fin de cette observation et que nous remercions vivement, trouve l’enfant couchée dans une arrière boutique sans air et sans lumière ; elle est très amaigrie, cachectique même, geignante et très maussade. |
Elle se plaint de céphalée, d’inappétence et montre
une irritabilité excessive. La température est à 390.
Le pouls bat à 110. L'auscultation révèle un foyer de broncho-pneumonie au poumon droit et à ce moment on ne trouve aucun accident de méningite.
Le 23 février, malgré le transfert de la malade dans une pièce saine et aérée et le traitement institué, une aggravation se manifeste.
Il existe une constipation opiniâtre et des troubles des muscles moteurs des yeux se manifestant par du. strabisme.
Le D' Lardennoiïis propose une ponction lombaire qui
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n'est pas acceptée par les parènts. Les symptômes s’accusent de plus en plus ; les vomissements apparaissent avec la raideur de la nuque et des cris hydrencéphaliques. La méningite s'aggrave de jouren jour et l’enfant meurt le5 mars.
En résumé, il s’agit chez cette petite malade d’une méningite tuberculeuse qui a évolué normalement, du 19 février au 5 mars 1912, mais qui un mois auparavant présentait des symptômes méningés et gastro-intestinaux qui ont guéri temporairement.
Cette forme atypique de la méningite tuberculeuse n’est pas très fréquente et jusqu'ici on l'avait surtout observé dans les formes curables. La constatation d'une - Ilymphocytose abondante, l’évolution de la maladie dans
sa dernière période, les antécédents héréditaires de la
malade sont là pour confirmer le diagnostic de méningite tuberculeuse.
Il nous reste à déterminer la nature tuberculeuse des accidents de la première phase, la recherche du bacïlle de Kock n'ayant pas été faite.
Nous avons retrouvé dans la littérature plusieurs observations de méningite tuberculeuse avec rémis- ‘sion et guérison temporaire et se terminant définitivement par la mort.
MM. Barbier et Gougelet nous tracent l’histoire d’une jeune malade de 16 mois qui présente des accidents méningés avec troubles gastro-intestinaux, vomisse-
ments alimentaires et diarrhée verte. Elle guérit et reste bien portante pendant deux mois; au bout de ce temps elle fait une méningite tuberculeuse et meurt.
Perronne 3
Lu fOR ur
Un enfant de 9 ans meurt de méningite tuberculeuse le 8 février 1911, alors qu’il avait présenté en 1909 des accidents méningés consistant en céphalée, changement de caractère, vomissements, constipation, fièvre et sueurs nocturnes. Il y a donc eu ici une rémission de deux ans.
Plusieurs cas ont, été également publiés ici par M. Gougelet dans sa thèse de 1911.
Nous noterons aussi les troubles gastro-intestinaux qui ont coexisté avec les accidents méningés de la première période.Ces manifestations fréquentes chez l’enfant ont été bien étudiées dans la thèse de M. A. Perrier.
Nous pensons donc, en présence de pareils faits, que beaucoup d'épisodes méningés transitoires observés surtout et presque uniquement chez les enfants doivent être rattachés à la méningite tuberculeuse. Ces accidents méningés consistent en convulsions, céphalée, somnolence ou agitation, paralysies oculaires, strabisme et ont presque toujours pour cortège des troubles gastro-intestinaux parmi lesquels les vomissements et la constipation sont au premier plan.
Quelquefois tous ces accidents guérissent définitivement : ce sont les épisodes tuberculeux méningés eurables dont nous ont parlé MM. Barbier et Gougelet. Mais combien cette guérison est fragile et le plus sou- : vent, comme le disait déjà Jaccoud, « c'est un répit plus ou moins prolongé plutôt qu'une guérison véritable ».
y a eu un ensemenceméent bacillaire des méninges