PS D
atténués tandis que la plaque érysipélateuse s'étend d’abord au côté gauche de la face, puis à droite et aux oreilles. Le cuir chevelu est respecté.
Jusqu'au 19, latempérature a oscillé entre 39° et 40° ; à cette date, on remarque dans l’angle oculo-nasal gauche des squames assez étendues. L'érythème disparait et, le lendemain, la température tombe brusquement à 36°9. La plaque diminue et pälit de plus en plus. L’adénopathie a disparu. Les oreilles qui présentent de petites ulcérations sont les dernières à guérir.
L’érysipèle a été traité par des badigeonnages d’ichtyol. A
La convalescence se fait normalement. Le 30 mai, cependant, le malade se plaint d’une légère photophobie qui, d’ailleurs, ne dure pas. Il accuse aussi quelques douleurs articulaires qui disparaissent également sans traitement. |
Il'est à noter que la réaction de Wassermann a été positive dans le liquide céphalo-rachidien et négative dans le sang.
Ainsi done, voilà un malade qui, brusquement présente des accidents méningés sans que rien dans son état décèle une infection quelconque. On ne retrouve qu'une légère adénopathie sous-maxillaire de cause inconnue.
Le diagnostic posé par M. Caussade était donc exact. On se trouvait en présence d’un état méningé
bien caractérisé dont la nature nous a été révélée par
la suite.
Des cas analogues ont été rapportés au cours d'infec-
EUR RARE Het
tions diverses, MM. Widal, Lemierre et Léon Kindsë - berg en ont observé au cours de la pneumonie, de la fièvre de Malte, de la fièvretyphoïde, et même au cours d'infections d’origine inconnue. Chez un malade cité, l on ne trouvait qu'une pharyngite qui aurait été le point. … de départ de l'infection.
Ces états méningés ont été décrits aussi par les auteurs allemands, qui les ont appelés des « méningites séreuses », sans d’ailleurs nous en donner d’autres ex- plications. Une autre observation qu’il nous parait utile de rappeler ici, est celle d'un malade de MM. Cayrel et André Weil qui a présenté un état méningé au cours d'une scarlatine, au moment de la disparition de - l'éruption. et pouvant faire penser à une méningite cérébro-spinale. Chez ce malade, comme chez celui dont nous traçons l’histoire, il s'agissait d’une infection streptococcique.
Enfin, notre maître, M. G. Caussade, a présenté, à la Société médicale des hôpitaux de Paris, trois observations de malades, ayant eu un état méningé très net au cours d’infectionsindéterminées.
Trois cas analogues ont été signalés également par - MM. Laubry et Parou, — chez l’un d’entre eux, la réaction de Wassermann était positive d'abord puis négative dans la suite. Je signale cette particularité parce que, chez notre malade, la réaction de Wassermann était positive dans le liquide céphalo-rachidien et négative dans lesang. Il nie, d’ailleurs, énergiquement tout
' antécédent syphilitique.
Comment expliquer cette augmentation de tension
Ag NE
du liquide céphalo-rachidien et la présence d’une légère lymphocytose ? L'explication la plus séduisante nous à été fournie par M. Widal. Pour cet auteur, les toxines, agissant sur l'axe cérébro-spinal, très sensible produisent une augmentation du liquide céphalo-rachidien accompagné de quelques lymphocytes qui sont entraînés en dehors des gaïnes périvasculaires.
M. Caussade est du même avis quand il nous dit que sous l'influence d’une injection connue ou inconnue il se produit brusquement dans la cavité sous-arachnoïdienne un épanchement de sérosité très abondant, un « coup d’œædème infectieux » du liquide céphalorachidien qui paraît provoquer les symptômes méningés précisément par l'hypertension qu’il détermine.
Cette explication se trouve être vérifiée dans beaucoup de cas etil n’est pas rare de voir une amélioration très accentuée chez le malade après la ponction lombaire. Cette intervention a done un‘double but : et comme moyen thérapeutique et pour établir le diagnostic.
En présence d’un état méningé,de la constatation de quelques lymphocytes dans un liquide céphalo-rachidien hypertendu, est-il possible de poser un diagnostic certain ? Evidemment non. On dira qu'il y a eu un état méningé; mais on n’en précisera pas la. nature si, dans la suite, d’autres signes d’une infection n'apparaissent pas. Après avoir éliminé la méningite cérébro-spinale, la méningite tuberculeuse, la méningite syphilitique aiguë qui peut aussi évoluer rapide-
ment, on devra attendre d’autres manifestations qui
révèleront au médecin la nature de l'infection.
Ce sera la plaque érysipélateusecomme chez notre
malade, l'éruption dans la scarlatine, les symptômes
pulmonaires dans l'infection pneumococcique,les manifestations d’une fièvre typhoïde dans la septicémie éberthienne. Quelquefois même, il n'apparaîtra rien ; il n°y
aura que des symptômes méningés qui dureront trois,
LA muarres cinq jours, rarement plus, et quiguériront sans
2 traitement,améliorés toutefois par la ponction lombaire.
Il semble donc résulter de cette observation, venant
s'ajouter à toutes les autres publiées antérieurement # par les médecins dont nous avons cité les noms, que ces états méningés peuvent se rencontrer dans toutes les infections, aussi bien à la période de début qu’à la période d'état.
CONCEUSIONS
. De ces observationset de leurs commentaires nous avons fait les déductions suivantes :
1° La fièvre peut faire défaut dans les méningites cérébro-spinales, mais, même dansces formes apyré- tiques, le pronostic est toujours très grave et l’absence ? de ce symptôme, tout en augmentant la difficulté du .. diagnostic, n'implique pas forcément un état bénin. 2° Les symptômes méningés qui apparaissent dans l'enfance etqui guérissent sans qu'on en ait déterminé la nature paraissent être parfois des accidents
tuberculeux. Cette guérison n’est souvent qu'appa-
__ rente. Une nouvelle poussée de tuberculose peut surve- # nir et le petit malade meurt avec des symptômes bien nets d'une méningite tuberculeuse.
Ces accidents méningés s'accompagnent souvent de troubles gastro-intestinaux, quelquefois même ceux-ci dominent la scène. On ne saurait trop conseiller aux médecins de pratiquer une ponction lombaire à cette périodé etde faire ainsi un diagnostic précoce par
l'examen du liquide céphalo-rachidien.
Perronne &
3 La méningite tuberculeuse chez l'adulte peut évoluer lentement avec une période prodromique très longue manifestée seulement par quelques troubles du caractère.
Le système nerveux central peut présenter parfois
une tolérance très grande ettrèslongue,et, dans d’autres cas réagir instantanément par des symptômes décelables cliniquement dès que la pie-mère est ensemen- . cée. Il peut en être ainsi dans la méningite cérébrospinale.
4° La lenteur de la réaction organique dans la méningite est d’un mauvais pronostic, car lorsqu'un traitetement spécifique existe comme dans la méningite
cérébro-spinale, on interviendratrop tard etleschances .
de salut seront compromises.
5° Les états méningés peuvent exister dans toutes les infections.
Vu, le Président de thèse LETULLE.
. Vu, le Doyen, D. LANDOUZY
Vu et permis d'imprimer Le vice-recteur de l’Académie de Paris, LIARD.