‹ Quelques observations de malades traités selon la méthode de M. Brown-Séquard: résultats immédiatsChapitre 4 sur 23 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

Historique

Nous extrayons des Archives de physiologie !, sous la signature de M. Brown-Séquard, les idées suivantes :

« Les gens qui ont perdu leurs testicules par maladie ou autrement, sont des êtres dégradés. Il ne peut être douteux pour personne que c’est une preuve que les testicules donnent à l’homme ses plus nobles et ses plus utiles attributs.

« Chez l’homme sain, le degré des puissances cérébrale et médullaire est lié avec la puissance testiculaire,

«L/abus des émissions spermatiques amène une diminution de force, le sang ne contenant plus en quantité suffisante les principes que le testicule lui fournit par résorption. Il y a une véritable anémie spermatique.

l Archives de physiologie, octobre 1889.

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«D'autre part, la pléthore spermatique amène une excitation accompagnée d’activité mentale et physique, morbide peut-être, mais assurément très grande. »

C’esten poursuivant logiquement cette idée de relation constante chez l’homme entre l’activité intellectuelle et physique et cette intégrité fonctionnelle, que Brown- Séquard est arrivé à l’idée de l’emploi du liquide testiculaire comme moyen thérapeutique.

Après s'être assuré sur les animaux de l’innocuité des injections sous-cutanées de ce liquide filtré et stérilisé, il a expérimenté sur lui-même et voici comment il raconte son expérience.

« J’ai soixante-douze ans; je suis en général en très bonne santé à part du rhumatisme et du mérycisme. Ne prenant pas d'exercice depuis plus de trente ans, ma vigueur naturelle qui a été considérable a graduellement | diminué, et, depuis dix ou douze ans, je suis devenu très faible. Le 15 mai dernier, Le 16, le 17, le 24, Le 29, le 30 et le 4 juinje me suis injecté sous la peau d’une des jambes près d’un centimètre cube de liquide testiculairet. La proportion de liquide retiré des. testicules n’a jamais été audessus d’un cinquième de son mélange avec l’eau. Toutes les injections ont été d’abord un peu plus douloureuses que celles contenant de l’eau pure ou des alcaloïdes. Les douleurs disparaissaient environ un quart d’heure après l’injec- ‘ tionpour reparaître plus violentes ensuite. Il m’a été presque impossible de dormir dans les nuits qui ont suivi les injections. En même temps, une rougeur érythémateuse et

? Nous ne citons pas le mode de préparation du liquide employé, Cette description sera faite plus loin.

POUUSE

même quelques stries d’angioleucite se sont montrées avec du gonflement et de la chaleur dans une étendue de 2 à 8 centimètres carrés, non à l’endroit de la piqûre, mais de la partie où le liquide avait été lancé.

(Suivent des considérations sur la cause de la douleur).

«Ma vigueur générale qui a été considérable a diminué notablement et graduellement dans les dernières dix ou douze années. Avant le 15 mai, j'étais si faible qu’il me fallait presque toujours m’asseoir après une demi-heure de travail, debout au laboratoire.

« De 1879 à 1881 et depuis deux ans, demeurant assez loin de mon laboratoire, bien que je rentrasse chez moi en voiture, j'étais si fatigué qu'il me fallait presque toujours gagner mon lit après avoir pris rapidement une très petite quantité d’aliments. Quoique très enclin au sommeil, je ne pouvais m’endormir qu'après un temps très long et je m’éveillais le lendemain excessivement fatigué n’ayant dormi que très peu.

« Le lendemain du jour de la première injection et plus encore les jours suivants, un changement radical eut lieu en moi, et j’eus des motifs plus que suffisants pour dire, le 1° juin, que j'avais gagné au moins toute la force que je possédais il y a de nombreuses années.

« Un travail considérable au laboratoire me fatiguait à peine. Au grand étonnement de mes deux principaux assistants et d’autres personnes, j'étais devenu capable de faire des expériences pendant plusieurs heures, en me tenant debout, ne ressentant aucun besoin de m’asseoir. Jl y a plus : un jour, le 23 mai, après trois heures et quart de travail expérimental, je me suis rendu chez moi si peu

Paie fatigué que j’ai été capable de me mettre à l’œuvre après le dîner pour la rédaction d’un mémoire sur des questions très difficiles. IL y a plus de vingt ans que j'avais cessé d’être capable d’en faire autant.

« Par suite d’une impétuosité naturelle, j'ai eu jusqu'à soixante ans l’habitude de descendre et de monter les escaliers presque en courant. Geci s’était modifié graduellement et j'en étais arrivé à faire assez lentement ces descentes et ces ascensions. Après la deuxième injection, je constatai que j'avais regagné mes aptitudes perdues, et repris sans y penser, mes anciennes habitudes.

« La force que j’ai recouvrée a été considérable.

« Il en a été de même pour le jet d'urine. Il est devenu supérieur en longueur d'au moins le quart de ce qu’il était avant la première injection.

« L’expulsion des matières fécales était devenue chez moi depuis une dizaine d’années extrêmement laborieuse et nécessitait souvent l’emploi de laxatifs, moins contre la constipation que pour augmenter l’action motrice des parois intestinales.

« Depuis la première injection, d’une part j’ai eu moins besoin de laxatifs, d’une autre part lexpulsion se fait sans assistance mécanique et sans lavement.

« J'ajoute que le travail intellectuel m'est devenu plus facile qu'il n’a été depuis très longtemps et que j'ai regagné à cet égard tout ce que j'avais perdu.

« Je puis dire aussi que d’autres forces diminuées se sont amélioréesi ». | :

À la suite de cette publication, nombre de médecins

* Comptes rendus de la Société de Biologie, juin 1889.

tt —

voulurent se rendre compte par eux-mêmes de l’efficacité de la méthode et la mirent en pratique chez leurs malades.

Les résultats obtenus et publiés par M. Brown Séquard furent généralement bons. Les observations des D'Variot, de Paris, Loomis, de New-York, Villeneuve, de Marseille, publiées dans le courant des années 1889 et 1890 étaient en faveur du traitement. En Amérique, on fit des milliers d’injections de liquides animaux, mais faites par des «médicastres et des charlatans ? », leurs résultats ne peuvent pas être pris en considération.

Dans le courant de 1890, le D' Suzor, compatriote de Brown-Séquard lui communiqua trois observations de malades traités par le liquide testiculaire.

Deux de ces malades étaient atteints de la lèpre,le troisième de malaria,

Ils furent tous améliorés notablement au bout de plusieurs injections.

Le D' Braniert, de Cleveland-Ohio (États-Unis), eut les résultats suivants ? :

4 cas d’hémiplégie améliorés de suite: pour deux Pamélioration n’a commencé qu'après la quatrième injection.

3 cas d’ataxie locomotrice dont l’auteur dit : « Ges cas ont fourni plus qu'aucun autre des effets favorables et de plus en plus prononcés. Dans l'un de ces cas, le malade qui ne pouvait marcher qu'avec la plus extrème difficulté, après treize injections pouvait marcher droit les yeux fermés. »

D cas de rhumatisme musculaire et 4 de sciatique, guéris.

1 Brown- Séquard, Arch. de phys., oct. 1889.

? Arch. de Physiologie, oct. 1889.

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Amélioration considérable dans 7 cas d’impuissance sexuelle et dans des insomnies de causes variables.

D'autre part, le D' Mairet, de Montpellier À, a constaté à la suite d’injections chez 4 aliénés en état de stupeur :

Une excitation passagère morbide du système nerveux de la vie de relation ;

Une récularisation de la circulation et de la température ;

Une amélioration de la nutrition. |

Ces deux derniers effets se prolongeant davantage que l'excitation, il en conclut à une action tonique du liquide testiculaire.

Ces diverses observations mettaient ces auteurs en conformité d'idées avec Brown -Séquard etcelui-ci concluait?:

« Il est clair qu’il faut admettre que l’injection souscutanée d’un liquide retiré du testicule parfaitement frais d’un animal, chez un homme ou chez une femme débilité par maladie ou sénilité, agit souvent en augmentant notablement la puissance d'action du système nerveux et surtout celle de la moelle épinière. Il est clair aussi qu'il s’agit là d’une augmentation de force, d’une dynamogénie et non du simple effet d’une excitation, c’est-à-dire d’une mise en jeu de puissance. »

Les expériences continuèrent nombreuses.

Les observations publiées par le D' Depoux, portant sur des malades atteints d’ataxie locomotrice, donnèrent encore plus de renom à la méthode nouvelle.

Quatre malades, traités par les injections sous-cutanées

1V, Mairet, in Bulletin médical.

? Arch. de Phys., 1890.

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de liquide testiculaire, furent rapidement, d’abord améliorés, ensuite guéris, et cette guérison persistait encore une année après l’arrêt du traitement.

Brown-Séquard donne une statistique des cas connus par lui en 1891 f.

AUTEURS NOMBRE DE CAS FAVORABLES NULS MIO ON T ) 2 Ouspensky. . 4 3 1 Déposer: 4 4 0 Brainert sir 2 3 3 () DIVOR EE 18 14 À

Les résultats obtenus dans les maladies du système nerveux donnèrent à plusieurs médecins l’idée d’expérimenter la méthode dans certaines maladies organiques (tuberculose, cancer).

L’essai ne fut guère favorable.

A l'encontre de ceux qui prétendaient guérir des tuberculeux par les injections, ou qui du moins essayaient de le faire, Brown-Séquard affirmait

« Les injections de liquide testiculaire ne guérissent pas directement la tuberculose. Si cette affection s’amende au point de paraitre guérie, ce n’est qu'après plusieurs mois de traitement et grâce à des modifications du système nerveux et à une amélioration de la nutrition. »

Après toutes ces expériences faites et tous ces résultats publiés, on en revient donc toujours aux conclusions posées

1 Comptes rendus de la Société de Biologie, 1891 ? Comptes rendus de la Société de Biologie, 1891. Je Pe 2

dès l’abord, que ce traitement n’agit que comme dynamogène énergique.

Nous n’avons pas voulu, dans ce court historique de la question, faire l'apologie de la méthode ou l’incriminer. Nous n’avons pas à rechercher si les résultats, bons ou mauvais, ont été tous publiés.

Notre rôle se borne à vouloir constater les résultats immédiats obtenus par ce traitement chez.quelques malades

pris au hasard, mais se rapprochant autant que possible par leur affection de ceux sur lesquels on a expérimenté jusqu'ici.

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