‹ Quelques Observations de Transfusion du Sang en Clinique Chirurgicale: Organisation du Centre de Transfusion Sanguine de l’Hôtel-Dieu d’AngoulêmeChapitre 34 sur 38 · LA TECHNIQUE DE LA TRANSFUSION · texte numérisé non relu

LA TECHNIQUE DE LA TRANSFUSION

Rappelons le principe admis au Centre de transfusion de hôpital Saint-Antoine : chaque transfuseur est libre de choisir sa technique. La meilleure technique pour chacun est celle dont on a l'habitude de se servir.

Nous ne parlerons que des méthodes que nous avons pratiquées.

Transfusion de sang pur

Pour les transfusions de sang pur, la seringue de Jube nous a donné de bons résultats. Sa description et son emploi sont trop connus pour y insister. Notons les détails pratiques que nous avons retenus de notre passage auprès des transfuseurs des hôpitaux de Paris. La seringue avec ses tubes et aiguilles est d’abord chargée d’huile de paraffine, puis vidée et passée à l’autoclave. Elle peut servir ainsi un certain nombre de fois sans autre précaution que celles de la laver rapidement à l’eau froide, puis à l’éther entre chaque transfusion. Cette stérilisation est simple, rapide et suffisante. On injecte progressivement, dix fois un centimètre cube, puis cinq fois deux, puis deux fois cinq, puis N fois dix, peur s'assurer de la réceptivité parfaite du malade.

Transfusion de sang citraté.

Nous avons utilisé habituellement le sang citraté, à raison de 10 cc. de citrate à 10 %,, pour une ampoule de 250 cc. de

sang.

La prise de sang peut être faite par une simple ponction de la veine du donneur avec une aiguille de Vernes 12/10. Le sang est recueilli dans un récipient gradué, contenant le citrate, et doucement agité pour assurer le mélange. Ce sang est ensuite repris dans une seringue de 100 cc. par exemple. On introduit dans la veine du receveur une aiguille prolongée d’un tube de caoutchouc de 10 em., qui servira d’embout et permettra, par écrasement, d'interrompre le reflux dusang, au moment où l’on doit recharger la seringue. La précaution que nous avons signalée plus haut, de s'assurer de la non-sensibilisation du receveur par des injections fractionnées au début, est également indiquée dans ce cas. Il est important de bien régler sa technique et de s’intaller commodément pour éviter les déplacements de l'aiguille dans la veine du receveur, et la formation de caillots à son niveau, si l’on perd du temps à recharger la seringue (méthode de Rosenthal, modifiée).

Nous avons personnellement préféré la plupart du temps une technique de perfusion, inspirée de celle décrite par Jeanneney pour la transfusion du sang conservé (Bulletin de la Sociélé de médecine de Strasbourg el du Bas-Rhin, juin 1937), et que le DT Duroselle et nous-même avons simplifiée le plus possible, la trouvant convenable aussi bien pour le sang citraté frais que pour le sang conservé... Elle consiste à réduire la manœuvre de la transfusion du sang à celle d’une simple injection intraveineuse de sérum.

Pour en faciliter l'application, nous avons groupé, en deux boîtes métalliques d’un type standard, les éléments que nous nous sommes habitués à employer dans un ordre précis.

La boîle n° 1, passe à la stérilisation entre chaque manipulation; on chauffe sans dépasser 1209, pendant trente minutes, pour ne pas abîmer les caoutchouces. Elle contient :

a) Un tube de caoutchouc de 30 em., terminé à l’une de ses extrémités par un tube de verre garni de coton (filtre Pasteur), qui sert à l’aspiration buccale.

le

b) Par son autre extrémité, ce tube de caoutchouc est fixé à la partie supérieure (recourbée en crosse) d’une ampoule récupérée, vide, de 250 cm° de sérum, servant de capacité pour recevoir le sang du donneur.

c) L’extrémité inférieure de l’ampoule (bout droit) est armée d’un tube de caoutchouc de 50 cm., terminé par une aiguille à ponction veineuse, à gros canon, directement fixée au coutchouc. La paroi de ces tubes est choisie de telle sorte qu'ils ne doivent pas s’écraser à l’aspiration. Tel est l’appareil à prise de sang.

Dans le fond de la boîte, séparé du dispositif précédent par une compresse, se trouve le nécessaire à perfusion. Il comporte en suivant de haut en bas :

a) Un tube de caoutchouc de 20 cm., sur le trajet duquel on place une pince de Mohr.

b) Un filtre en toile de soie à bluter, à mailles de 200. Cette pièce est facilement réalisée en fabriquant un petit sac de soie, de la taille d’un pois chiche, fixé à l’extrémité inférieure d’un tube de verre dont les bords ont été rodés et légèrement évasés, à la flamme du bec Bunsen. Le tout est fixé par un bouchon de caoutchouc percé, à l’intérieur d’un petit entonnoir cylindrique en verre (modèle ulilisé dans les appareils de chimie).

c) Un tube de caoutchouc de 80 cm. terminé à son extrémité inférieure par un embout à robinet.

d) On complète la trousse avec deux trocarts à Intraveineuse de 10/10 de calibre et quelques compresses.

La boîte n° 2, contient les objets qui ne doivent pas passer à la stérilisation :

a) Des ampoules de citrate de soude stérilisées. b) Un garrot à intraveineuse.

c) Deux pinces de Kocher.

d) Un rouleau de francoplast.

e) Une paire de ciseaux.

Ulilisalion. — Pour la désinfection de la peau, nous employons l’éther, de préférence à l’alcool qui risquerait de provoquer la coagulation. Pour la prise de sang, on trouve l'appareil tout monté, tel que nous venons de le décrire, dans la partie supérieure de la boîte n° 1. On ouvre une ampoule de citrate, que l’on vide dans l’appareil par aspiration.

Le donneur est de préférence étendu en prévision de ses défaillances. On pratique la ponction de l’une des veines du pli du coude. On recueille le sang par aspiration, en agitant doucement l’ampoule où il se mélange avec le citrate. On a soin de maintenir l’ampoule plus bas que le bras du donneur.

Lorsque la quantité de sang prélevé est suffisante :

a) On desserre le garrot.

b) On place une pince de Kocher au-dessus de l’ampoule.

c) On retire l’aiguille de la veine, en la maintenant dans une position élevée par rapport à l’ampoule.

d) On place la deuxième pince de Kocher au-dessous de l’ampoule.

e) On vide une ampoule de citrate dans le dispositif à perfusion placé dans le fond de la boîte n° 1.

[) On renverse l’ampoule (crosse en bas) et on remplace par le dispositif à perfusion le caoutchouc et l'aiguille qui ont servi à la prise de sang.

g) On se débarrasse de ces éléments en les placant immédiatement dans une cuvette d’eau froide.

Technique de la perfusion. — L'appareil à perfusion est ainsi monté :

a) On suspend l’ampoule, par son extrémité supérieure recourbée, à un support de goutte à goutte.

b) On enlève la pince de Kocher fixée au-dessus de l’ampoule, ce qui amorce le temps suivant.

c) On purge l’appareil en ouvrant l’embout à robinet. Le citrate de soude du dispositif à transfusion se trouve refoulé par le sang de l’ampoule. On arrête cette opération dès que le liquide expulsé devient rouge. On se sert pour cela de la pince de Mohr.

d) On place le garrot sur le bras du receveur dont on ponctionne la veine avec un trocart pris dans la boîte n° 1. On s’assure de la position du trocart en retirant le mandrin. Quelques gouttes de sang doivent sourdre de la veine. On les recueille sur la compresse qui a servi à la désinfection, et que l’on a laissée sur le bras du receveur à la base du trocart.

e) On adapte l’embout à robinet au trocart. On ouvre le robinet. On règle le débit par action sur la pince de Mohr. Le filtre est conçu de telle manière, qu'il remplit également le rôle de goutte à goutte de Carrel.

j) On assure la position du trocart par deux petites bandes de leucoplast : la première placée au point de pénétration du trocart sous la peau, la seconde à l’extrémité inférieure du tube de caoutchouc, quelques centimètres au-dessus de l’embout à robinet.

g) On peut prévoir un dispositif de réchauffement du sang si la transfusion doit être lente. Il est facile à réaliser, en faisant passer le tube de caoutchouc dans un récipient d’eau (bouteille thermos, par exemple) maintenu entre 370 et 400,

Crilique de la méthode. — a) Avantages : Le prix de revient de cet appareil est inférieur à 50 francs. Tous les éléments sont d’un usage courant dans l’arsenal chirurgical, et sont très faciles à se procurer. Ce montage permet la transfusion à une vitesse réglable, il suffit pour cela de faire varier la hauteur du réservoir et la pression de la pince de Mohr. Nous avons souvent réalisé des perfusions au rythme de 200 cm à l’heure. Le filtrage prévient tous les accidents de coagulation du côté du receveur. Le sang est manipulé avec un minimum de traumatisme et de contact avec l’air extérieur. Le même dispositif vaut pour le sang frais et pour le sang conservé. Pas une goutte de sang ne doit se perdre entre le donneur et le receveur, si l'opération est bien conduite. Cette technique présente un automatisme relatif permettant la transfusion pendant l’opération chirurgicale. On peut éviter la rencontre du donneur et du receveur; cela présente un certain intérêt psychologique.

LM AAA lente

b) Inconvénients. — Cette méthode est assez délicate à utiliser en raison, semble-t-il, de sa rigueur d’instrumentation. La moindre coagulation interrompt la circulation du sang. Il faut avoir utilisé ce dispositif pour se rendre compte de l'importance du nettoyage immédiat et très soigneux des différentes pièces à l’eau froide. Le soin qu'il faut apporter au montage et à la stérilisation, conditionne pour une part importante les transfusions ultérieures. Un peu d’entraînement et d’application à suivre strictement l’ordre des manœuvres indiquées permet d’en apprécier tous les avantages.

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