LE SANG CONSERVE
Nous ne traiterons dans ce paragraphe que de notre expérience personnelle du sang conservé. Les travaux publiés sur les caractéristiques du sang conservé, particulièrement les expériences de Jeanneney et de Wangermez et l’enseignement que nous avons reçu d'eux-mêmes, nous ont permis de pratiquer avec succès onze transfusions de sang citraté conservé à la glacière.
Prélèvement.
Nous empruntons la technique de Jeanneney, expliquée précédemment. Il est important de remplir complètement le flacon de sang. L’ampoule est scellée à la flamme veilleuse du bec Bunsen, en évitant soigneusement de charbonner le sang. S'il s’agit de transport accompagné ou de conservation de courte durée, 1l suffit de coiffer les extrémités de l’ampoule de sang avec 6 centimètres de tube de caoutchouc, bouché par une baguette de verre. On réalise ainsi un godet que l’on remplit de citrate au moment de l’utiliser.
Conservation.
La prise de sang est enregistrée et le flacon étiqueté (date, nom du donneur, groupe sanguin). Après une heure ou deux, afin d'éviter un refroidissement brutal, le flacon est placé dans la glacière, et reste à une température constante (com-
LAPRE CES
prise entre + 20 et + 40), jusqu'à son utilisation. Un thermomètre à maxima et minima contrôle cette température. La durée limite d’utilisation nous semble de quinze Jours environ. :
Les divers échantillons de sang conservé par cette méthode nous semblent peu comparables. Nous avons fait de nombreuses mesures de la résistance globulaire et de la sédimentation (par la méthode de Westergreen) qui nous ont donné des résultats assez différents. Nous avons pensé qu’un prélèvement correct, pratiqué rapidement avec une aiguille de gros calibre, sans qu'il se produise d’hématome et en évitant que le sang entre en contact avec le tissu cellulaire et la peau, avait une grosse importance pour éviter la coagulation. L'’agitation, la lumière, nous semblent davantage facteur d’hémolyse. Ces questions sont encore trop du domaine des recherches expérimentales pour que nous puissions nous permettre de formuler un avis plus précis dans le cadre de cette étude élémentaire.
Cependant nous n’avons pas été déçu par cette méthode en nous bornant à considérer comme utilisables les ampoules dont les hématies, décantées à la partie inférieure du récipient, sont nettement séparées du plasma citrin qui surnage par la couenne grisâtre de leucocytes. Nous avons au contraire renoncé à utiliser les flacons dont le plasma au repos était coloré par l’hémolyse des globules rouges.
Cette distinction nous a dit le professeur ‘Wangermez, est est plus apparente que réelle, il n’en reste pas moins qu’elle garde pour nous toute sa valeur clinique. Cela s’est trouvé confirmé d’ailleurs par les travaux du professeur Aubertin
(de Bordeaux) sur la tolérance de l'organisme aux solutions diluées d’hémoglobine brute.
Utilisation.
L'utilisation du sang conservé nécessite un réchauffement progressif aux environs de 380 avant l'injection. En cas
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d’urgence il est donc nécessaire de régler d’abord cette précaution qui demande un certain temps. Divers procédés nous ont paru commodes : bain-marie, étuve (avant d'ouvrir l’ampoule), circulation du tube de l’appareil dans un récipient d’eau chaude pendant la transfusion.
Résultats.
Sur onze transfusions de sang conservé de 2 à 9 jours, nous enregistrons :
a) Quelques pertes minimes dues à la présence de caillots dans l’ampoule. Il devait s’agir probablement d’erreur de technique au moment de la prise de sang.
b) Deux cas de frissons post-transfusionnels, sans importance, analogues à ceux notés après certaines transfusions de sang frais.
c) Un choc post-transfusionnel avec éruption sérique généralisée. Ce syndrome fut rapidement amélioré comme nous l’avons indiqué au chapitre de la gynécologie {obs. 77).
Quoi qu'il en soit le résultat escompté de ces transfusions a toujours été satisfaisant.
Avantages du sang conservé.
Nous reconnaissons au sang conservé de nombreux avantages dans les conditions d'utilisation qui nous sont habituelles.
Pour un Centre de Province, à moyens limités, le sang conservé permet une provision de première urgence très appréciable. Il donne toute garantie quant au choix du donneur. Il représente un apport tout aussi convenable que le sang frais, dans la majorité des cas. Le sang conservé permet un transport facile dans un rayon d'environ 100 km., à condition d’être utilisé sans retard après son agitation. Cette constatation nous incite à souhaiter la création de Centres de transfusion dans toutes les villes de province d’une certaine importance
Enr
où lon pourrait trouver des ressources comparables à celles que nous avons utilisées. Le bénéfice de la transfusion serait, de cette manière facilement étendu à l’ensemble du pays. Cela répondrait aux exigences du temps de paix aussi bien que du temps de guerre.