‹ Quelques observations pratiques recueillies à la Clinique chirurgicale de l'Université impériale de KharcoffChapitre 6 sur 6 · DE TUMEDR FIBREUSE DE LA PAROTIDE · texte numérisé non relu

DE TUMEDR FIBREUSE DE LA PAROTIDE

du poids de 1750 grammes (3 livres 1/2).

Dans les cinq dernières années, nous avons eu à noire Clinique trois cas de lunieurs fibreuses de la parotide, et chaque fois l’affection se trouvait au coté droit.

Le premier sujet qui portait celte affection était un paysan de trente-deux ans, qui commença à l’âge de vingt-quatre ans à s’apercevoir de la présence de la tumeur. Quatre ans plus lard elle avait déjà acquis le volume du poing, et le malade y fit appliquer des caustiques pour s’en débarrasser : cela cependant n’eut pas l’effet qu’il en attendait, car, après l’avoir fait beaucoup souffrir, la plaie se ferma, laissant une cicatrice que l’on voyait encore. C’est probablement par l’effet du caustique que cette tumeur présentait une forme assez curieuse : elle avait l’aspect d’un grand disque aplati, qui ressemblait remarquablement à une galette appliquée au côté droit de la face, de manière à cacher d’un coté l’oreille, et de l’autre côté, la moitié de la joue. La partie de la base à laquelle la tumeur adhérait était beaucoup moins large que sa circonférence; aussi une plaie de peu d’étendue suffit-elle pour en faire l’ablation.

Le second sujet était un paysan de vingt-cinq ans, qui nous dit qu’à l’âge de treize ans il avait pour la première fois remarqué une petite tumeur au-dessous du lobule de l’o-

rcillc, et qu’à dix-huit ans, la tumeur étant déjà fort appa-

rente, car elle avaii

• h-passé la grosseur d’une noix , il la fit

extirper parmi inaréclial du village, ipii le pn'para à i'upéraiion avec trois verres d’eau-de-vie.

Peu de jours après celte opération, la partie vuluéiée se tuméfia considérablemeui. La plaie donna beaucoup de pus pendant sept semaines, et ne se cicatrisa qu’après l'emploi de l’eau blanche. Mais dès-lors la tumeur primitive augmenta de volume plus rapidement qu’auparavant, et comme elle continuait à croître toujours, il se décida à venir à la Clinique, en exprimant le désir de se la faire extirper.

Cette tumeur aussi présentait à sa surface une cicatrice, suite de la tentative d’extirpation qu'on avait faite six ans auparavant; la tumeur même avait une forme assez régulièrement triangulaire, sa base en haut et son sommet en bas sur l’angle de la mâchoire.

L'extirpation de la tumeur, chez l’un comme chez l’autre de ces malades, fut suivie d’une prompte guérison.

Sans olfrir rien de bien remarquable, cependant, chez le second malade, qui voulut sortir à notre regret dès le douzième jour après l’opération, la plaie, tout étant cicatrisée, offrait à son extrémité inférieure, derrière l’angle de la mâchoire, une petite ouverture par laquelle suintait de la sérosité, lorsque le malade mastiquait. Craignant qu’une fistule salivaire ne s’établît, nous fîmes tous nos efforts pour engager le malade à rester â la Clinique jusqu’à sa parfaite guérison ; mais ayant une occasion pour se rendre â son village, il voulut en profiler et il nous quitta le 8 novembre. Le 8 mars de l’année suivante (1842), le malade, venu de la campagne en ville, fut par hasard rencontré par nn de nos élèves, qui, ayant soigneusement examiné la plaie, nous dit n’y avoir trouvé aucune trace de fistule salivaire.

Le cas du troisième sujet présentait plus d’iut(U'êl, soit à

rause du grand volume de la tumeur qui était de trois livres <!i demie, soit à cause des changeraens que sa présence fit subir à la mâchoire inférieure, soit enfin parce que la guérison fut très rapide, la plaie s’étant complètement cicatrisée par première intention. Nous allons exposer ce cas plus en détail.

lîandioîi Romanscenco, paysan, âgé de quarante ans, d’une bonne constitution , fut reçu à la Clinique le 1®' févrii’r 1843. Dans sa vingt-troisième année , il s’aperçut d\ine petite grosseur derrière l’angle de la mâchoire du côté droit : lorsque la tumeur eut acquis le volume d’un œuf, il y appliqua, pour la faire disparaître, d'après le conseil d’une vieille femme, des cataplasmes composés de cendre d’un bois particulier. La tumeur continuant toujours à augmenter, acquit dans l’espace de dix-huit ans le volume actuel. Très gêné par son grand poids, et par son volume, auxquels il attribuait la surdité dont il était affecté de ce côté, cet homme se décida â se faire recevoir à la Clinique. La tumeur présente à-peu-près la forme d’une pyramide triangulaire, dont le côté supérieur de sa base commence â la distance du petit doigt de l’angle de la bouche, passe au-dessous du méat auditif, et va finir â la région occipitale, deux pouces audelà du méat. Le côté postérieur descend de la région occipitale sur le côté du cou, et finit à-peu-près sur la moitié du muscle sterno-masioïdien ; enfin, le troisième côté part de ce même point pour finir à l’angle de la bouche, passant an -devant de la moitié du corps de la mâchoire. La grande circonférence de la tumeur est de vingt-deux pouces, et sa hauteur de dix; sa surface présente de grandes bosselures; la tuincnr s’insinue par une de scs tubérosités au-dessous de l’angle et du corps i!e la mâchoire, sans (iii’on puisse reçoit-

naître sa profondeur; la peau dont la tumeur est couverKî est saine, plus mobile à sa surface qu’à son sommet, d une couleur plus foncée sur la surface postérieure que sur l’antérieure ; la tumeur, à cause de son poids , penche un peu en bas, et son sommet va presque toucher le sommet de l’épaule; tout en étant mobile, elle est cependant assez solidement fixée aux parties sur lesquelles elle repose : le lobule de l’oreille est entraîné sur la surface de la tumeur; le méat auditif est rétréci ; la consistance de la tumeur étant très dure, elle n’a jamais causé de douleurs, caractère qui, avec tous les autres qui l’accompagnaient, faisait de prime abord reconnaître sa nature fibreuse.

L’extirpation de cette tumeur eut lieu de la manière suivante : ün cerna, par une incision semi-elliptique, un petit lambeau qui comprenait à son centre le lobule de l’oreille, et on le rejeta vers cet organe, auquel il était adhérent; puis on fit une incision verticale le long de toute la surface antérieure de la tumeur, et qui, en contournant §a paiiie inférieure, s’étendit Jusqu’à quatre travers de doigt de l’insertion du muscle sterno-mastoidien. On pratiqua une autre incision transversale, qui, commençant à un pouce de l’angle de la bouche, s’étendit, en croisant la précédente, jusqu’audelà de l’extrémité occipitale de la tumeur. Les lambeaux furent disséqués et réfléchis, mais on s’arrangea de manière à conserver toute la peau, contrairement à la pratique ordinaire, nous réservant de retrancher plus tard juste ce dont nous n’aurions pas besoin; on disséqua la tumeur de haut en bas, mais on trouva qu’elle était implantée dans la région parotidienne par un prolongement qui était de bien supérieur aux limites naturelles de ceite région. C’était une des grandes tubérosités enchatonnéc à une piofondeur (jii’on ne

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pouvait d’abord calculer cuire l’angle de la mâchoire, le conduit audilir el l’apophyse masioïde , et celle lubérosité enibrassail l’angle de la mâchoire pour s’épanouir sur sa surlace inierne.

L’énucléaiiou de celle grande lubérosité ne présenta pas autant de dilficulié qu’on aurait pu se l’imaginer : ayant bien fendu la coque aponévrolique irès ferme qui la retenait enclavée dans les limites sus-mentionnées, on put, par des tractions fortes, mais prudentes, exercées d’arrière en avant avec deux doigts introduits sous l’aponévrose, et aidées de quelques coups de bistouri, l’arracher, p'.ui' ainsi dire, de la cavité qu’elle occupait. Ayant une fois surmonté cet obstacle, le reste de la dissection fut facile -, on ne fil la ligature d’aucun vaisseau.

Après celle extirpation, il resta une grande plaie à la pai lle supérieure de laquelle on voyait une cavité parfaitement sphérique, capable d’admettre le poing, et tapissée d’une membrane a^ionévrotique. On voyait sur la limite inierne de cet enfoncement la veine jugulaire interne; sur hr limite inférieure, tout le ventre postérieur du muscle digastrique; et sur la limite externe, le slerno-mastoïdien. Sans la voir, on pouvait loucher dans la profondeur de la cavité l’apophyse slyloïde. On vit en outre que l’angle de la mâchoire empiétait fortement sur le corps de cet os, en formant avec lui un angle très obtus, de sorte que la distance de cet angle à la symphyse était d’un pouce plus courte que celle de l’angle du coté opposé. Celle circonstance fil concevoir comment une si grande lubérosité avait pu se loger dans la région parotidienne. Il faut noter d’ailleurs que l’avancement de l’angle de la mâchoire ne dépendait pas d’un deplacemciii de tout le corps, qui aurait altéré les rapports restés intacts

de l’arcade dcniairo iidérieui'e avec la supérieure, mais qu’il dépendait d’une absorption inierstiiielle (jni portail sur la partie de la mâchoire (pii était en contact avec la tnnienr. La plaie était très étendue, car nous avions , comme nous l’avons dit, cinq lambeaux beaucoup plus grands qu’il ne fallait. Dès-lors, après avoir fait entrer dans rcnroncemenl le lambeau auriculaii*e, et ce qu’il fallait des deux autres lambeaux supérieurs pour en tapisser exactement les parois, nous appliquâmes sur le reste de la plaie les deux autres lambeaux, ce qui nous permit d’en retrancher juste le superllu : trente-deux points de suture furent pratiqués , puis l’excavation ayant été de nouveau tapissée par la peau, nous la remplîmes de gâteaux de ouate sèche, et nous en apprupiâmes aussi sur le reste de la région ; le tout fut maintenu par un bandage approprié, cl on lit au malade la |•ecommanda^iorl de se coucher constamment sur le C()ië malade, espérant que la compression favorisel'aii l’adhésion.

Sa réaction fut presque nulle, et le quatrième jour, lorsque nous levâmes l’appareil, nous trouvâmes la plaie cicatrisée dans toute son étendue. On retira donc les sutures : le côté droit de la face était un peu œdématié; il y avait un peu de paralysie musculaire, (jui cependant ne s’étendait pas aux paupières; le malade accusait aussi quehiucs douleurs insigniliantes en avalant. L’appareil fut renouvelé pendant une huitaine de jours encoi’e, et le vingtième jour le malade sortit de la Clinique conservant encore une légère paralysie faciale.

La figure Ik représente ce malade au moment de sa sortie de la Clinicpie. x\u niveau de la cicaii icc verticale, on voit la dépression, suite de rtisnrc qu’avait subie la branche ascendante de la mâchoire.

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