‹ Quelques observations sur l'Aulularia de PlauteChapitre 7 sur 45 · Cf. cependant u. 31G · texte numérisé non relu

Cf. cependant u. 31G

2. A noter le traitement qui indique la façon dont procédaient les copistes et le peu de sûreté de leurs moyens d'invcsti}j:ations. Au lieu du nom propre de l'interlocuteur, nous voyons la désignation de son rôle ; ce qui prête facilement à la confusion, quand il y a deux acteurs qui remplissent le même rôle : ainsi, Aul. se. avant le u. 28, au lieu de Anthrax et de Co.ngkio, nous avons Cocus, se. avant le a. 667 au lieu de EucLio et de Sthouilus, Sknex et Sehvvs. Cupt., se. avant les uu. 110 et 781, au lieu de IIeoio et de Ekoasills, il y a Se.xex et Pakasitus. Dans le 3ft7.,au lieu de Lrucio, donné par B (sous la forme lv), C donne p (= puer) aux uu. 833, 8i3, 859, 861, 865. Dans le Pseudolus, Ballio est désijçné par Lexi» au u. 209. Le pseudonyme est employé une fois au H. 682. PsEUDOLis feint de s'appeler Srurs ; aussi nous retrouvons l'abréviation S.

3. Chaque pièce a un mode différent de traiter les en-tétes de scène : cf. Amph., Pseud.^ Cupt., Hu(L, Persa^ Mil.

16 yiKLyuKs obskuvatio.ns

D'abord, plus de lettres grecques, ni de mention DV et C. L'indication du rôle et du nom de Tacteur nous est parvenue sous les formes suivantes :

1° Le rôle et le nom sont conservés, mais placés k côté Tun de l'autre, le rôle tantôt avant, tantôt après le nom, jamais au-dessous : se. avant les uu, 40, 79, 120, 268, 280 S 363, 406, 415, 449, 337, 608, 682, 701, 808^

2® Le nom seul est conservé : se. avant les «u. 1 , 628.

3" Le rôle est conservé : iiii, 398, 387.

4** L'en-tête est incomplet : uu, 330, 371.

3° 11 n'est pas k sa place : ua. 327, 460, 713.

6** Il n'y est pas du tout : uu. 67, 726.

Quant aux noms eux-mêmes, ils sont assez souvent « écorchés ». StaphiLi, au lieu de -y la, en-têtes avant les uu, 40, 79, 268, 330, S/riholus pour Sirohilus, en tête avant le u. 280, Gongrio pour Con-, uu, 280, 406, 413, Arethax pour Anthrax, u. 280, Liconides pour Lyc-, uu. 682, 808, Phrusium pour Phrugia, Exfîesium pour Eleusium W..280, puis deux noms douteux Fitodicus [u. 363) et Fedria (u. 682).

Donc onze en-têtes corrompus contre quatorze assez bien conservés et dix -huit fautes dans la g-raphie de ces en-têtes nous les rendent fortement suspects de n'être qu'une addition postérieure, surtout si on remarque que les noms qui ne paraissent qu'une fois sont sensiblement fautifs.

1. Il y a en outre dans B, une mention de skxkx, qui n'a rien à faire à cet endroit : sans doute parce qu'on parle beaucoup d'Euclio, le copiste a cru qu'il était en scène.

2. ErcMo SENEX dans B E J ne signifie rien ; c'est une mention du même genre que celle indicjuée dans la note précédente. Si Euclio avait à parler dans cette scène, il est fort probable que ce serait déjà fait. Rien n'indique dans ce qui nous reste qu'il soit à nouveau sorti de sa demeure : en outre, on ne tiendrait pas devant lui une convereation comme celle de I.yconides et de son esclave, sans qu'il j)rotestAt.

SUR l' « AL'LCLAUIA )) DE PLAUTE 17

Voilà pour le détail : les fautes d'ensemble, oublis ou transpositions, sont plus rares (5 contre 20).

Les en-têtes sont donc moins fautifs que les noms des interlocuteurs dans le dialogue. Cela se comprend : un espace d'au moins un vers, sinon de deux, était laissé en blanc : ce qui prêtait moins à la confusion que l'espace d'un mot. De plus, les personnages marquent souvent leur entrée ou leur sortie réciproques par des interjections ou des apostrophes [eccum^ ecce, ualeo^ abeo^).

Rien que dans TAulularia, la difficulté était réelle pour celui qui restituait, à cause des fausses sorties d'Euclio {uu. 67, 327% 449, etc.).

Dans le Rudens, nous avons l'indication d'un en-tête de scène avant le u. 89, mais il v en avait sûrement un autre avant le w. 93.

Un renseignement précieux à recueillir existe dans le Stichus, pour lequel nous avons deux sources différentes : A et B C D,

Dans l'en-tête de scène avant le u. 1, conservé dans les Palatins, la restitution, à coup sûr, n'est pas authentique. Pamphila, ainsi nommée par -4, s'appelle Pinaciun^ dans B D : le copiste n'avait pas le texte sous les yeux pour faire sa restitution (nous reviendrons plus loin sur cette question) : il a pris un notn à terminaison féminine et Ta appliqué à la femme, restée anonyme dans son texte.

Quand il y a des personnages de second ordre qui n'ont pas de nom dans le dialogue, les manuscrits ne leur en donnent jamais dans les en-têtes et dans les désignations d'interlocuteurs : il n'y a que le rôle (Capt. scènes avant les uu, HO, 193, 039, 909 : Pseud. scène

1. Aul. uu. 37, 79, 119, 177, 269, 278, 319-350, 397, 405, 411, 414, 4i4, 460, 473, 536, 586, 627, 678, 700, 712, 806.

2, Cf. L. IIavet, Revue de Philoloffie, 1888, p. 108.

18 nnCLulKS OHSKKVATIONS

aviuit le u, \\\\\ : Mil. scène avant le u, 1378). Souvent même le rôle n'est pas mentionné (Pseud. uu. 767, 790 : Ampli, u, 633). Qmuul un personnage muet est sur la scène, il n y a aucune mention dans les en-têtes (Capt. en-tete avant le w. 498, Rud. avant les uu, 89, 613, 780, lOiS, Ps. avant le «. 133, Mil. avant les uu. 1,1394).

Les noms des interlocuteurs pour la plupart peuvent remonter à Plante lui-même * : mais leur restitution dans les en-têtes a été faite le plus souvent d'après les désignations dans le dialogue. Quand elles manquaient, Tentrepreneur de représentations donnait un nom en conformité avec le caractère de la personne. En effet, quand la tradition nous est arrivée par deux sources différentes, nous avons parfois, pour ces interlocuteurs, deux noms différents : par exemple, dans l'Eunuque (scène avant le u. 971), Demea ou Lâches, dans le Stichus (scène avant le u, 1), Philumenaou Panegyris*.

Une aventure du même genre est arrivée à une comédie de Molière {Sf/anarelle ou le Cocu imaginaire^ 1660). Cette pièce eut 40 représentations : un spectateur, nommé Neuf-Villenaine, Tapprit par cœur k force de lentendre, la publia avec privilège de cinq ans à son

1. Il faut laisser de côté la question de leur orthographe, cf. Amph, cd. L. Havet, Arg. Il, i. — Pancgyris est cependant mentionnée dans le dialogue au u. 331.

2. Un cas curieux de ces restitutions arbitraires, mais dû à des modernes, c'est la Ptolemocratiti du Uudens : ce nom convient fort peu à une prêtresse. Elle est nommée une fois dans le dialogue au u. 481 (pus une seule dans les en-têtes et la désignation d interlocuteurs dans la scène où elle parait) et d'une singulière façon. Voici le texte des manuscrits : B Eu siptolemo gratia cape hanc urnam tibi — C eus siptolemeo — D heus siptolemeo — .1. qui pourrait nous renseigner, ne commence qu'au vers suivant. Je proposerais de lire.

Ileiis, u y, mis grhtiu cnpe hanc urnum tibi

Pour le génitif archaMpie mis. lis, cf. Amph. éd. lïavet, u. 284 et plus loin yotes critiques. C'est dans les syllabes siptole ou iptole qu'il faut chercher un nom de femme.

SUR l' « AULULARIA » DE PLAUTE 19

profit et défense à « tous autres de la faire imprimer. » Cet éditeur original n'exceptait pas Tauteur. Comme dans le dialogue la femme de Sganarelle, un parent de cette femme et une suivante n'ont pas de nom, l'éditeur ne leur en donna point : il mit dans la liste des personnages :

La femme de Sganai'elle ;

Un parent de la femme de Sganarelle;

La suivante de ('élie.

Molière ne songea pas non plus à leur en donner un dans les éditions postérieures et on a scrupuleusement conservé son oubli*.

Les conclusions à tirer seront les suivantes :

1® Les noms d'interlocuteurs, indiquant le commencement des répliques dans le dialogue, n'ont rien d'authentique, puisqu'ils n'existaient pas dans les manuscrits en capitales.

2® Les en-têtes de scène et les noms d'interlocuteurs ont été remis après coup, à Tépoque de Charlemagne, d'après l'aspect général du manuscrit (espaces blancs et vides), à l'aide des noms donnés aux personnages dans les répliques elles-mêmes.

3® Quand on voit une désignation insolite, non mentionnée dans le texte même, c'est qu'elle provient probablement d'un endroit disparu dans nos manuscrits actuels *.

1. Cf. Œuvres de Molièhe {Colleclion des yrands écrivains)^ Paris, 1875, tome II, p. 15i-155.

2. Deux noms, dans l'Aulularia, mentionnés nulle part ailleurs, se trouvent dans les en-tétes (se. avant le u. 363 Kitodicus et avant le u. 682 Fedria). D'où peuvent-ils venir? On pourrait supposer que le second au moins était dans la partie perdue de la pièce : tel que nous l'avons, il est corrompu; il a une terminaison masculine. Il faut lire soit la leçon Phraedra, soit Phaedrium (cf. la faute inverse pour Phrugia, attesté dans le dialogue au u. 332, écrit Phriisium dans l'entête avant le u. 280\ — Un phénomène analojrue se produit dans le

20 Ol KL<^H KS niiSKKVATIONS

Cette discussion, peut-être un peu longue, était absolument nécessaire pour montrer le peu de confiance que nous devons avoir dans les noms d'interlocuteurs et les en-té tes de scène, conservés pour TAulularia.

Ce qui a souvent arrêté les critiques, c'est le double emploi du rôle de Strobilus, servant à désigner, d'une part, l'esclave de Megadorus et, d'autre part, Tesclave de Lyconides.

Il y a là une impossibilité, dont il est fort difficile de se tirer, à moins d'une correction; mais ce n*est pas la seule qui existe dans Plante. Le Stichus, nous l'avons vu, présentait, avant la découverte du palimpseste, une difficulté du mémo genre pour Pnmphila et Piiiacium, Dans le peu de renseignements fournis ace sujet parles Palatins, une millier et un puer s'appelaient Pinaciiim. Se basant sur la confusion, faite par les auteurs de la recension Caroline, les premiers éditeurs de la Vulgate avaient essavé une distinction absolument artificielle. Ils avaient pris pour point de départ une faute de copiste qui se renouvelait plusieurs fois dans le dialogue : ils avaient appelé le j)iier Dinacium (conservé dans C D sous cette forme aux un. 270, 281, 288, Îi30 et sous la forme Pinaux mêmes endroits par B et par tous les manuscrits aux uu. 28i, XM^ 3J)()) ot la rnulier Pinacium. La découviM'te de ^1 a démoli cette hypothèse, puisque, dans l'en-tête avant le u. 1, cette mulier s'appelle Pnmphila,

Pour TAulularia, la difficulté se complique; dans le

Milos p(tur lo /*M('ri|ui paraîl dans la soèno l'iuiiinonvant au ii. 813 : dans ron-lô!i\ on lit I.vi'iuo dans li, I.n.iiiuo dans D, dans le texte, il se trouve poul-ôtre uno fois au n. sia, sous uno ftïpmo extraordinaire tiotio /? C uocio />. Ia^iuoI dos doux ost la Ixuuïo Ic^'Ui?

SUR L « AULULARIA » DK PLAUTK 21

Stichus, le nom de Pamphila ne se trouvait pas dans le dialogue : impossible, par conséquent, au copiste de le restituer avec certitude dans les en-têtes de scène et aux espaces blancs, destinés aux noms des interlocuteurs. Dans TAulularia, nous trouvons sept fois le nom de Strobilus dans les répliques de personnages : quatre fois pour Strobilus, esclave de Megadorus (uu, 264, 334, 351, 354), et trois fois pour Strobilus, esclave de Lyconides {uu, 697, 804, 814). Mais ce qui est à noter, c'est qu'aux trois endroits concernant l'esclave de Lyconides, le nom est corrompu ou suspect dans les manuscrits, tandis que dans les quatre autres il est absolument intact. Ce n'est peut-être qu'une rencontre fortuite, mais ce pourrait bien être aussi la trace d'un remaniement ou d'une retouche.

Il y également un autre fait qui semble connexe à cette confusion de la part du copiste ou du remanieiir. A Ten-tête de scène placé avant le //. 363, nous voyons un personnage, dont il ne sera plus fait mention dans le cours de la pièce, paraître et disparaître presque aussitôt, sans que ce qu'il dit puisse se rattacher facilement à ce qui précède ou à ce qui suit. Nous ne serions pas éloignés de croire que ce nom n'est pas à sa place dans les manuscrits et qu'il doit s'appliquer précisément à l'esclave de Lyconides, Strobilus ayant beaucoup de chances de n'être pas authentique, étant donné le doute qui subsiste sur ce nom aux endroits où on pourrait le soupçonner d'être le moins corrompu.

Le nom de Pythodicus aura d'abord été évincé dans les en-têtes et les désignations d'interlocuteurs : un lecteur se serait aperçu de la contradiction qui existait entre l'indication des répliques et le texte lui-même, et aurait fait la correction en surcharge qui aura été introduite dans le texte, comme en faisant partie.

22 QrKLQlES OBSERVATIONS

La correction Pythodicus% au lieu de Strobilus, ne lèse en rien la métrique *, si on admet que ce nom est tiré des mêmes radicaux que luuvOavofjiai et oixr^. Le nom serait en conformité avec le caractère de l'individu et exprimerait une idée d'enquête et de justice. L'esclave do Megadorus, s' appelant Strobilus (de cjTpéçw), marquerait son ardeur et son activité au travail.

Je donne à Strobilus, esclave de Megadorus, les uu. 363-370 : mais ils se lient mal à ce qui précède. Il faudrait supposer, si nous gardons le texte des manuscrits, qu'il y aurait quelques vers perdus, où on verrait Strobilus rentrer à la maison, donner des ordres, puis en sortir en disant Curate,,, Il est plus simple de corriger le u. 363 et au lieu de lire Curate^ lire Vos ite^ en le rattachant à la scène précédente. Strobilus vient de dire à Staphyla, après une petite discussion aigre-douce {uu, 358-361) /)wc 15/05 iniro. Staphyla, s'adressant à Congrio et k son escorte, ajoute Sequimini. Strobilus confirme Tordre donné Vos ite. L'escorte rentrerait dans la maison et Strobilus continuerait ^gro interuisam, « Quant à moi, je vais regarder^ ». Cette correction est moins hardie qu'on serait tenté de le croire ^. Ce passage avait été pris à tort comme en-tête de scène. On avait écrit dans l'archétype la ligne ^ (ou seulement le premier mot)

1. La restitution est à faire aux uu. 697 et ^804. Au u. 81-4, Strobilus est notoirement interpole.

2. La quantité est Pythôdïcùs, Pyth par établissement, ô et ï par nature.

3. Strobilus ne fait aux uu. 368-370 que développer une idée qu'il a émise au u. 347.

4. Les premiers mois en tête de scène sont souvent corrompus à partir de cet endroit : cf. 371 Volui B Solui J ]olui D, 398 Dromodes quam aspicis /^ jromodes... D Promodes... /, 406 Optati uiues D Optati uires B Optati ciues/, 701 Picis B D pici Nonius ]ici E Vites/.

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