Recueil de Mémoires de médecine militaire, T. XVJ, p
regardait alors comme idiopathique, éprouva quelque diminution par des sangsues placées à son voisinage et par l’application de cataplasmes émollients à sa surface. Un régime sévère et des boissons adoucissantes furent prescrits, et l’on espérait obtenir ainsi la résolution complète de l’engorgement. Mais cet état favorable dura peu ; le 2, c’est-à-dire huit jours après l’entrée du malade à l’hôpital, la tumeur avait augmenté de volume, et présentait à son centre plusieurs points de fluctuation : la compression exercée par elle sur les nerfs du plexus brachial occasionnait une vive douleur, qui se propageait jusqu’à la pulpe des doigts. Il existait de la chaleur à la peau, de la soif, de l’inappétence et de l’insomnie.
Dans cette situation, le malade sollicitait l’ouverture de l’abcès; on crut toutefois devoir attendre jusqu’au vingt -troisième jour, où une incision fut pratiquée sur la tumeur et donna issue à un litre environ d’un liquide séreux, homogène et sans mauvaise odeur. Une petite mèche de charpie, placée entre les .lèvres delà plaie, prévint l’agglutination de ses bords et facilita l’écoulement de la matière épanchée : celle-ci était tellement abondante, que l’appareil, renouvelé trois fois chaque jour, se trouvait constamment inondé. Les cataplasmes et les boissons adoucissantes furent continués. Le sujet éprouvait une toux légère, avec une expectoration d’un liquide analogue à celui qui sortait de la plaie extérieure.
La maladie sembla demeurer stationnaire jusque vers le 15 juillet, époque à laquelle on vit le pus changer de nature, devenir épais, grumeleux , et répandre une odeur fétide , qui s’accrut incessamment. La suppuration était toujours aussi abondante ; la maigreur avait fait d’effrayants progrès; une fièvre hectique avec exacerbation nocturne , et chaleur mordicante à la paume des mains , ainsi qu’à la plante des pieds, s’était manifestée depuis quelque temps; enfin des sueurs abondantes , une toux oppressive avec expectoration de crachats purulents, complétaient la série de symptômes présentés alors par le malade. C’est dans cet état qu’il fut transféré dans le
service des blessés. M. le professeur Gama soupçonna d’abord l’existence d’un épanchement dans la cavité gauche du thorax. La saillie considérable des espaces intercostaux de ce côté ; la grande quantité de matière évacuée ; son altération aussitôt que l’air put s’introduire dans les sinuosités de la plaie ; la nature de la toux ; l’expuilion des crachats; enfin l’existence, trois ans auparavant, d’une inflammation de la poitrine, après laquelle le malade annonçait avoir toujours conservé de la gêne et de l’oppression au côté gauche de cette cavité : telles sont les circonstances qui servirent à confirmer le premier diagnostic. On continua l’emploi des émollients locaux , et l’on y ajouta quelques injections, faites avec ménagement par la plaie.
Durant les mois de septembre , d’octobre et de novembre , deux abscès nouveaux se formèrent sous l’aisselle , et furent ouverts avec l’instrument tranchant. Un bon régime soutenait le malade ; sa santé s’améliora un peu ; la suppuration devint moins abondante et de moins mauvaise nature. Le désordre local était seul très-considérable. La peau , d’une teinte brunâtre , n’adhérait plus , dans une grande étendue, aux parties sous-jacentes; les bords de l’ulcère étaient durs, lardacés , squirreux et percés de plusieurs orifices fistuleux. On fit deux contre -ouvertures à la partie inférieure de la tumeur ; l’évacuation sanguine locale qu’elles procurèrent sembla calmer l’irritation des parties ; quatre applications de sangsues , faites à peu de «
distance, produisirent un effet avantageux, et bientôt deux des fistules se fermèrent. La peau reprit sa couleur ; la suppurai ion continua de diminuer; six nouvelles sangsues hâtèrent le dégorgement, et leur application fut suivie d’une telle amélioration , qu’on la renouvela de trois eu trois jours pendant un temps assez long : tel fut l’effet de cette médication , que bientôt le recollement de la peau s’opéra , des adhérences s’établirent à l’intérieur , et d’une maladie aussi grave il ne resta à B.... qu’une difficulté médiocre dans l’exécution des mouvements de bras.
TumeuTS développées dans le tissu cellulaire ^raisseux-
Plilegmon*
. A. Superficiel, — Le siège de cette tumeur est ordinairement le tissu cellulaire qui se trouve placé entre l’aponévrose sous-axillaire et la peau. A l’aisselle , ce phlegmon n’offre aucune particularité remarquable , et il est en général facile à reconnaître.
La tumeur qu’il forme est petite , sous-cutanée , simple et quelquefois multiple; elle est très-douloureuse, comme tous les phlegmons, et n’a pas de tendance à s’agrandir.
Nous avons aussi à parler de l’érysipèle. Ce dernier donne un phlegmon , superficiel également ; seulement il est diffus , et par conséquent plus grave. La presence de 1 erysipele dans l aisselle rendra son diagnostic peu embarrassant.
Plilegmoii profand.
C’est certainement la tumeur phlegmoneuse la plus redoutable de l’aisselle. Les caractères en sont quelquefois insidieux et le pronostic en est très-grave.
Le phlegmon profond occupe tout le tissu cellulaire contenu dans le creux de l’aisselle à partir de l’aponévrose sous -claviculaire. Les symptômes sont les suivants :
Les mouvements du bras sont impossibles ; l’aisselle forme une tumeur mal circonscrite , pouvant soulever l’omoplate ; la région scapulo - humérale est tuméfiée. Cette tumeur n’offre pas de pulsations. Seulement celles de l’artère axillaire deviennent plus énergiques à cause de la compression quelle éprouve et deda réaction générale.
Cette réaction est très-considérable ; on observe même quelquefois des symptômes cérébraux.
A cette période, le phlegmon profond pourrait être confondu avec les inflammations aigues des ganglions profonds ; nous ferons alors observer :
1° Que dans le phlegmon profond , la tumeur est uniformément dure, non bosselée, qu’elle soulève pour ainsi dire l’épaule; tandis que dans l’adénite profonde, la tumeur est bosselée, on peut en sentir les bords avec les doigts, elle proémine aussi plus fortement.
2® Quand la suppuration est établie , on a à la distinguer de toutes les autres tumeurs fluctuantes , mais alors , outre les caractères que nous avons énoncés précédemment , nous dirons qu’il est rare que la tumeur ne s’étende pas.
Nous avons vu , en anatomie , que l’aisselle communique avec la région cervicale, au moyen de l’ouverture qui donne passage aux vaisseaux et au plexus. Le pus peut se faire jour de ce côté, et se répandre dans le cou. * %
Le pus peut aussi se faire jour dans le médiastin.
En dernier lieu , nous dirons que fréquemment , il arrive qu’il se répande dans le bras , et y détermine des fusées purulentes.
Arrivé à cette période , le phlegmon ne pourra plus être méconnu. Les fusées purulentes du bras ne pourront pas en imposer pour l’œdème de l’anévrisme. -
Abcès scrofuleux*
Si l’on s’en tenait aux symptômes locaux, nous comprendrions que l’on pût méconnaître la nature de cette variété de tumeurs de l’aisselle. Mais dans cette eirconstanee', le chirurgien ne peut pas être, un seul instant, induit en erreur par l’élat général du malade. En outre, qu’il remarquera les signes d’une constitution débilitée, il sera frappé également de la coexistence de ganglions développés dans d’autres régions, surtout au cou, ou bien encore de cicatrices difformes , blafarfles , qui font que le nom de la maladie est , pour ainsi dire , écrit sur l’individu lui-même.
Les abcès scrofuleux se trouvent ordinairement logés dans l’intérieur des ganglions; d’où il vient qu’ils sont un peu mobiles ; ils peuvent être isolés ou multiples; en tout cas, ils offrent toujours une fluc-
tualion manifeste , et ils accompagnent toujours l’hypertrophie des ganglions de la région, ainsi que ceux d’autres régions plus éloignées,
Xlpaiieliements sanguins.
Desault^ rapporte qu’après avoir opéré des tractions violentes sur le membre supérieur pour réduire une luxation de l’humérus, il se forma tout à coup une tumeur considérable qu’on reconnaît pour une tumeur 'sanguine de l’aisselle.
Diagnostic, En général , au moment de l’accident , le malade éprouve une sensation de déchirure , et une forte chaleur dans l’aisselle. Au bout de quelque temps, il se forme une tumeur molle, fluctuante, d’un volume qui varie suivant que l’hémorrhagie est plus ou moins considérable. Le malade pâlit et éprouve une syncope. Cette tumeur sanguine a, dès son origine, des caractères assez tranchés: Elle est fluctuante, et n’oppose pas de mouvements d’expansion si on l’ausculle; on ne perçoit aucun bruit, ce qui suffit pour la distinguer de l’anévrisme. Elle disparaît ordinairement en quelques jours. Quant à la distinguer des abcès, on n’a qu’à se rappeler la manière dont elle a été produite, et au bout de quelques jours, on y sentira une crépitation douce (bruit d’amidon) , qui est due au frottement et à l’écrasement des caillots.
Kystes.
L’aisselle est encore le siège de prédilection, de cette classe de tumeurs. On y a rencontré les trois espèces de kystes ; ils y conservent les caractères qu’ils possèdent dans les autres régions. Tout praticien un peu exercé y reconnaîtra la nature de ces tumeurs.^ Ainsi, \e stéa* tome a une consistance ferme; il roule facilement sous la peau; sa surface est inégale; Vathérôme est mou, compressible, sans fluctuation ; le mélicéris se distingue des deux autres par sa fluctuation d’une matière séreuse.