‹ Quelques observations sur le diagnostic différentiel des tumeurs de l'aisselleChapitre 4 sur 17 · Blandin, Traité d'Anatomie topographique · texte numérisé non relu

Blandin, Traité d'Anatomie topographique

et se continue avec le tissu cellulaire qui recouvre les muscles grand pectoral , grand dorsal et grand rond ;

2° L’aponévrose sous-coracoïdienne ; c’est elle qui détermine la forme de la base de l’aisselle. Elle est triangulaire , son sommet adhère au bord antérieur de l’apophyse coracoïde, et sa base est tournée en bas, se continuant avec la face supérieure de l’aponévrose précédente ;

3° Il y a en outre une troisième (sous-claviculaire) que je dois citer ici, quoique ne faisant pas partie de la région; elle est placée à la partie antérieure et supérieure de la poitrine , forme une gaine incomplète au muscle sous-clavier et se trouve ouverte en bas et en arrière vers l’aisselle.

Tiisisii cellulaire.

Nous avons indiqué précédemment les aponévroses de l’aisselle; il nous sera facile maintenant de parler du tissu cellulaire axillaire.

Par rapport à l’aponévrose sous-axillaire , il se divise en deux couches : celle qui est située entre la peau et l’aponévrose (couche superficielle) et celle qui a pour base cette aponévrose et qui remplit le creux axillaire. Ce tissu cellulaire profond s’étend jusqu’à l’angle formé par la région scapulaire et la région costale (angle postérieur). En avant il entoure le faisceau vasculaire dans toute son étendue et communique par conséquent avec le tissu cellulaire de la région cervicale , ce qui explique pourquoi les abcès du cou peuvent se faire jour dans l’aisselle et y déterminer des tumeurs cjue nous appellerons des tumeurs secondaires , et vice versa.

Quant au tissu cellulaire sus- aponévrotique , il se continue avec le superficiel du bras et de la poitrine. C’est dans celte masse celluleuse que se trouvent agglomérés les ganglions lymphatiques. Nous les diviserons en deux classes. Les ganglions qui entourent le plexus brachial , et l’artère dans toute la longueur de la région , et ceux qui se trouvent disséminés dans toute la région de l’aisselle. Les uns

€l les autres reçoivent les lymphatiques du bras et de la poitrine ; les premiers forment une chaîne non interrompue avec les ganglions de la région supérieure.

Miiisclcis.

Il ne s’y trouve aucun muscle intrinsèque ; on y remarque le grand pectoral en avant, le grand dorsal en arrière, le grand dentelé à la partie interne, et à la partie postérieure le sous-scapulaire, le grand et le petit rond.

H y a une seule grosse artère (artère axillaire). Elle commence derrière la clavicule et finit à l’ouverture de la fosse axillaire. Elle est oblique de haut en bas et de dedans en dehors. La veine axillaire se trouve à son côté interne et couvre une petite partie de la face antérieure. La veine céphalique la croise en avant. La scapulaire inférieure est une branche de cette artère; elle se dirige vers la partie postérieure de l’aisselle de haut en bas et d’avant en arrière.

IVerfs*

Le plexus brachial traverse complètement l’aisselle en se dirigeant en bas et en dehors, depuis la sixième vertèbre jusqu’à la deuxième côte. 11 entoure l’artère dans le creux de l’aisselle et se trouve placé au-dessus d’elle. Le nerf médian l’embrasse dans son V ; un peu plus bas elle se trouve placée entre le nerf médian et le cubital , qui sont en avant , et le nerf radial , qui est en arrière. Le plexus brachial , l’artère et la veine satellite pénètrent dans l’aisselle par le sommet de cette région. Les principales branches nerveuses qui s’y distribuent sont le nerf respirateur externe, qui se rend dans le grand dentelé, et quelques branches importantes de la deuxième et troisième paires cervicales.

Nous avons cru pouvoir adopter pour les tumeurs de l’aisselle la classification que M. Nélaton a donnée pour les tumeurs de la glande mammaire^ En conséquence, nous distinguerons dans les tumeurs de l’aisselle :

1° Des tumeurs qui, bien que pathologiques, sont superficielles, communes à toutes les régions du corps, et qui, pour se rencontrer dans le creux de l’aisselle , ne tirent de ce siège aucune modification spéciale. Dans cetle catégorie nous rangerons : l’érysipèle , l’œdème, la pustule maligne, l’anthrax, le furoncle. Les premières de ces affections, telles que l’érysipèle, l’œdème, constituent, nous l’accordons volontiers, non pas des tumeurs dans l’acception ordinaire du mot, mais bien de simples gonflements.

Les caractères de ces affections nous ont engagé à les éliminer de notre travail , pour fixer plus spécialement notre attention sur la seconde classe de tumeurs qui apparaissent dans l’aisselle avec certains caractères spéciaux.

Ici deux moyens se présentaient à nous : d’une part une classification prenant sa base dans les caractères physiques des tumeurs, leur densité plus ou moins considérable, leur dureté, leur mollesse relatives, etc. Nous aurions, dans cette hypothèse, divisé les tumeurs de l’aisselle en A) tumeurs dures, B) tumeurs molles, C) tumeurs liquides. Dans la première catégorie seraient venues prendre place les tumeurs formées par la tête de l’humérus luxée par les exostoses , les périostoses des côtes; dans la seconde, les hydarthroses de l’articulation scapuîo-humérale, les anévrismes de l’artère axillaire et de ses branches, les varices des veines profondes du bras, certaines

Nélaton, Des tumeurs de la mamelle. Thèse pour l’agrégation; Paris, !839.

tumeurs ganglionnaires et cancéreuses; dans la troisième, enfin, les phlegmons superficiels et profonds, les abcès, quelle que soit d’ailleurs leur nature, les épanchements sanguins, les lipomes, les kystes , etc.

Celle classification, selon nous, présentait des inconvénients : le premier, et le plus grand à notre avis, c’est qu’il serait trop souvent très-difficile, pour ne pas dire impossible, de spécifier exactement dans quelle catégorie rentrerait telle ou telle tumeur; en un mot, de préciser le point où une tumeur cesse d’être molle et devient liquide, ou ^nce versa.

Le second inconvénient inhérent à ce mode de classification, c’est que dans l’immense majorité des cas une seule et même tumeur ne conserve pas des caractères physiques identiques pendant toute la

durée de son développement. L’observation journalière, bien au con-

traire, nous apprend qu’un abcès, par exemple , formant une tumeur dans l’aisselle, est successivement mou, liquide, selon qu’on l’examine à une époque plus ou moins avancée de son évolution pathologique.

Ces considérations nous ont paru militer en faveur de l’adoption d’une classification ayant une base plus stable. Cette base , nous croyons l’avoir trouvée dans l’anatomie. En effet, en prenant pour point de départ les différents genres d’organes qui entrent dans la composition du creux de l’aisselle, nous avons rangé sous une même catégorie toutes les tumeurs qui peuvent avoir leur siège dans tel ou tel appareil organique.

D’après ces données nous aurons :

1° Tumeurs ayant leur siège dans le système osseux.

A) Tête de l’humérus luxée;

B) Exostoses des côtes ;

C) Périostoses des côtes ;

D) Hydarthrose de l’articulation de l’épaule.

Celle affection , pour pouvoir former une tumeur dans le creux

de l’aisselIe devra, bien entendu^ êtie arrivée à un degré considérable de développement.

2^* Tumeurs du système vasculaire,

A) Anévrismes de l’artère axillaire et de ses branches collatérales;

B) Anévrismes variqueux constitués par l’artère axillaire et la veine humérale ;

C) Varices des veines profondes du bras.

3° Tumeurs du système nerveux,

Névrômes des nerfs du plexus brachial et de ses divisions.

4° Tumeurs du système ganglionnaire,

A) Ganglions indurés ;

B) Ganglions suppurés;

C) Ganglions ayant subi des dégénérescenses diverses , telles que :

Cancer squirrheux;

a encéphaloïde ;

« mélanique;

a fibro-plastique.

5^ Tumeurs développées dans le tissu cellulaire graisseux,

A) Phlegmons superficiels profonds;

B) Abcès superficiels ou profonds,

, J. ^ 1 Abcès par congestion;

de diverses natures : ; ^ ^

j Abcès scrophuleux, etc.

C) Epanchements sanguins;

D) Kystes;

E) Lipomes.

6“ Ne pourrait-on pas enfin, dans une dernière catégorie, ranger toutes les tumeurs de l’aisselle qui n’auraient pu trouver leur place dans les divisions admises jusqu’ici? Telle serait, par exemple, la hernie d’une portion plus ou moins considérable du parenchyme pulmonaire à travers un espace intercostal divisé par une blessure, dont l’ouverture d’entrée cutanée se serait cicatrisée sans production d’accidents ultérieurs.

Tnmeurs ayant leur siège dans le tissu osseux.

A* Tumeur formée par la lux.ation de la tête de flAumérus*

Si nous avions adopté la classification des tumeurs en tumeurs dures , molles et liquides , celle qui est produite par la luxation de l’humérus en dedans , nous servirait certainement de type pour cette classe d’affections.

Bien que les auteurs soutiennent qu’elle soit très -rare, nous en avons cependant trouvé des observations , et la plus remarquable , à notre avis, est celle qu’a publiée Delpech^. Ce chirurgien rapporte que le malade s’offrit à lui avec une luxation de l’humérus en dedans et compliquée de fracture du col , en sorte que la tête de l’humérus formait sous les muscles pectoraux une tumeur de l’aisselle, mobile, et pouvant être poussée jusque sous la clavicule.

Dans celte variété de la luxation, appelée luxation de Vhumérus en dedans, la tête peut se trouver dans le creux de l’aisselle (J. L. Petit), c’est la luxation axillaire de M. le pjofesseur Sédillot, intra-coracoïdienne de M. Nélaton.^

Le diagnostic de cette tumeur offrirait certainement des difficultés si le chirurgien ne pouvait avoir de détails sur la cause de l’accident; mais toujours, dans ce cas, il apprend que le malade aura subi un traumatisme violent; il sera par exemple tombé d’un lieu élevé, en ayant le membre supérieur écarté du tronc de telle sorte, que tout l’effort se portant sur la partie inféro-antérieure de l’articulation , les liens articulaires auront cédé dans ce point, et la tête de l’os aura été chassée dans l’aisselle. Le moignon de l’épaule est déformé; sa face antérieure est assez bien conservée, mais la face externe offre un aplatissement considérable, tandis que la paroi antérieure de l’aisselle a augmenté de volume; si l’on enfonce les doigts dans le creux axillaire, on sent derrière le grand pectoral qui est soulevé, une

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