‹ Quelques œuvres et quelques ouvriersChapitre 1 sur 3 · PLACE SAINT-SULPICE · texte numérisé non relu

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HECA

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Avant la Séparation

entre l'Eglise et l'Etat (D

L'Eglise et l'Etat, par M. le marquis de Gabriac, 2' édition. Calmann-Lévy. — Le Concordat et la Séparation de l'Eglise et de l'Etat, par la Société des publications libérales.

Les ouvrages demeurent nouveaux tant qu'ils sont utiles. Ceux-ci ne sembleront vieux que le jour où la sagesse contenue dans leurs pages aura pénétré notre politique. Gela donnera du temps pour les lire, et à être consultés ensemble ils gagnent toute leur valeur. Un ancien ambassadeur que son passé attache à la monarchie, et une Association d'hommes que le présent ne décourage pas de la République, ont entrepris le même sujet, soutenu des idées analogues, abouti à des conclusions

(1) Etude parue dans le Journal des Débats les 14 mars et 20 avril 1889.

identiques. Ils se rencontrent dans une dernière ressemblance : la mode est aujourd'hui de résoudre de petites questions en de gros volumes, et voici sur les rapports de l'Etat et de l'Eglise, les plus grandes puissances du monde, deux traités qui tiennent chacun en un petit livre. Le secret de leurs auteurs est simple, simple, à la vérité, comme l'art de composer. Ils ont su ce qu'ils voulaient dire et à qui ils le voulaient dire.

L'Eglise et l'Etat, selon les siècles et les peuples, vivent tantôt unis, tantôt séparés. Nos auteurs comparent le Concordat et la Séparation, et font cet examen pour le pays et l'heure où ils parlent. Aussi s'abstiennent-ils de peser, dans un balancement de théories, la légitimité de l'un et de l'autre régime. Notre temps accorde aux principes la même estime qu'à la poésie, mais traite ses affaires en prose et vit attaché à l'utile. C'est donc par le résultat que les deux régimes sont jugés, et il ne s'agit pas d'établir si ce résultat est favorable à la religion : les catholiques n'ont aucune part au gouvernement, et le parti au pouvoir, le seul à convaincre, voit dans tout avantage laissé à l'Eglise un vol fait à l'Etat. Certes, M. le marquis de Gabriac n'est pas un de ces diplo-

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mates comme nous en connaissons, ambassadeurs de rupture, qui ont solennellement remis à Dieu leurs lettres de rappel et qui se couvrent en entrant dans les églises. Mais, pas plus qu'il ne cache sa foi, il ne l'invoque dans son ouvrage. La Société des publications libérales poursuit moins encore une entreprise confessionnelle. Partisans du Concordat, l'un et l'autre se bornent à établir quels bénéfices ce traité assure à la France et se gardent même de les énumérer tous. Parmi ces avantages on aurait compté, à toute autre époque, l'esprit de respect et de patience que la religion enseigne aux hommes et qui, partout où la religion vit en accord avec la puissance publique, accroît la stabilité des Etats. Mais de tels arguments seraient suspects à la sagesse contemporaine. Pour lui parler un langage qu'elle entende, on a écarté les considérations de morale, et fait seulement valoir les services laïcs rendus à la société moderne par le Concordat.

Le catholicisme a des dogmes ; une hiérarchie sacerdotale, enfin l'une des vertus qu'il enseigne, la charité, met en ses mains des

richesses. Il constitue ainsi une puissance qui, si elle vit libre dans l'Etat, agit sur lEtat luimême par la triple force dos idées, des hommes et des intérêts.

Aux yeux de lEglise, la société la plus parfaite est la plus religieuse, c'est-à-dire celle où le pouvoir ecclésiastique domine, et longtemps ce pouvoir régna sans obstacle. Le catholicisme, qui avait tenu sur les fonts du baptême les nations barbares, les instruisit à se soumellre. Aux intelligences ouvertes par elle, le corps de ses doctrines parut la vérité ; le ministère de ses prêtres, le premier des services publics ; la richesse administrée par ses soins, nue fortune précieuse à tous, et l'ordre politique s'éleva comme une conséquence de cette foi. Non seulement les prescriptions de l'Eglise n'étaient pas contredites, elles étaient sanctionnées par la puissance publique, et la révolte contre la foi devenait un crime conlre l'Etat. Non seulement le sacerdoce se formait sans entraves, mais les clercs, par la vertu de leur vocation, étaient soustraits aux lois et à la justice nationales et couverts par les immunités du droit canonique. Non seulement la faculté d'acquérir appartenait à l'Eglise, mais le dépôt, sans

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