Quelques pages de la vie d'un marin: le commandant Trève d'après sa
La présente notice sur la vie du commandant Trêve 'serait restée un document intime, si de nombreux amis de la famille n'avaient insisté pour que ces pages fussent livrées au public. Il n'est pas indispensable, en elfet, qu'un homme atteigne la plus haute illustration pour que l'on songe à conserver la mémoire de ses principales actions; ne suffit-il pas que son existence ait été assez bien remplie pour servir d'exemple et d'encouragement? El, certes, la vie du commandant Trêve est de celles que l'on peut mettre sous les yeux des jeunes officiers. A chaque page, ils y trouveront la mise en pratique constante d'une devise, qui était la sienne :
» Dieu, le devoir toujours, la Patrie. »
D.oiiiz.owGoogle
Auguste -Hubert- Stanislas Trêve naquit au Havre , \ Ie; 1" novembre 1829, Iroisiènie fils de Benoit Trêve, commis principal de la marine en reiraite '. Un an après sa naissance il perdait son père, et, six ans après, sa mère, femme d'un grand sens et d'une grande piété, qui, après la mort de sou mari, s'était retirée à Lesneven, petite ville du Finistère, à proximité de sa famille, pourysuivre au collège de cette ville l'éducation de ses trois fils. Elle avait quitté la vie avec l'entière confîaDce que Dieu, qui, à l'âge de quarante ans, l'enlevait à ses fils, veillerait sur eux d'une manière spéciale. La tutelle des trois orphelins échut à un oncle maternel par alliance, \l. Mancille, et, après sa mort, à son gendre, M. Félix Pilel '. La confiance de la pieuse femme ne fut pas trompée : ses trois fils trouvèrent dans leurs tuteurs et dans leur tante, mademoiselle Félicité Bousogne, une affection vraie, une direction éclairée. Le petit Auguste, en raison de son jeune âge, fut l'objet de soins particuliers. Joli enfant, rappelant sa mère par les principaux traits, doué d'un esprit très-vif, tous l'aimaient. Avant l*àge de seize ans, il était admis, après un brillant
< Trêve armiil du Havre pour le commerce des gommes avec Ib Si^nëgsl. ' Juge DU tribunal ilc
D.oiiiz.owGoogle
4 I.E COMMA\'l)AVT TRliVK.
examen, à l'École navale, et en sorlnîl deux ans après dans les premiers rangs de sa promotion '. A la même époque, son frère Adolphe sortait de l'École militaire de Saint-Cyr pour entrer dans l'infanterie de marine, où il devait parvenir au grade de colonel. L'aîné, Armand, qui l'avait précédé à l'Ecole militaire, avait dû donner sa démission pour faiblesse de constitution et entrai! au concours dans le commissariat de la marine, oii il devait parcourir une carrière parallèle à celle de ses deux frères,
A peine sorti de l'École navale, Auguste Trêve fut embarqué sur Ylphigénie, frégate-école des canonnîers, oiî il fit une période d'instruction de six mois; puis il acheva ses quatre années d'aspirant à bord de petits navires, bricks et goélettes, très-employés à celte époque. Le jeune aspirant eut la bonne fortune de faire une campagne de vingt-sept mois à bord du brick l'Olivier, commandé par M. Fabre Lamaurelle, aujourd'hui vice-amiral, et qui sut deviner en lui un officier d'avenir *. On naviguait beaucoup à bord de ces petits bâtiments, et l'on devenait maiîn, pour peu que l'on eût quelque aptitude au métier delà mer. Trêve se plaisait à rappeler la rude épreuve à laquelle il fut soumis dans une traversée des Antilles à Brest à bord de la goê'lette la Gazelle, qui par un temps forcé entra à Brest en novembre 1 850, après être restée plusieurs jours en perdition. Une longue campagne de Irente-
' Eulré le {|aÎDzième, il sortil le cinquième de au proraolion, * < II. Trêve a rempli pendant quinze mois les fanctionsd'anicicr de quart, et Je n'ai eu que des éloges à lui adresser en loules ci rcons lances. Il observe et calcule Irès-breu, el je ue doule pas qn'il ne détienne un eieellenl oriicicr. i — VMmr. L«HAi[ni!].i,it.
D.gitizecbyG00glc
LK COMMANDANT ÏRIÎVE. 5
cinq mois dans les mers du Sud, à boi'd de lacoreelle la Prudente, au cours de laquelle il fui promu enseigne de vaisseau, acheva son éducalion nautique et permit à ses camarades de le classer au nombre des meilleurs ofUciers. 11 sut se rendre utile par son sang-froid, par la sûreté avec laquelle il observait. A la justesse du coup d'œil il joignait une belle voix de commandement, qualité indispensable et fort appréciée dans l'ancienne marine à voiles.
Cette campagne de la Prudente fut marquée par un de ces épisodes assez fréquents en marine. C'était au coucher du soleil, par le travers du cap Horn; la corvette filait avec bonne brise, lorsque le cri : '^ Un homme àla merl » se fît entendre. Vivement une embarcation est mise àl'eau ; l'aspirant Trêve s'y jette avec quelques hommes et le retrouve au moment où, à bout de forces, il allait couler. Mais pendant ce temps la Prudente s'était éloignée, la nuit s'était faite, et la baleinière, qui avait séché sur les porta-manteaux, faisait tellement d'eau que, bientôt, sauvé et sauveteurs se trouvèrent en grand péril, car la Prudente, ayant perdu de vue son canot, s'en éloignait en le recherchant. Deux heures d'anxiété s'écoulèrent, pendant lesquelles Trêve sut inspirer à son petit équipage, qui s'épuisait à maintenir le canot à Ilot, une confiance qu'il commençait lui-même à perdre.
Si le séjour à bord des petits navires est favorable à l'instruction nautique des jeunes marins, il a aussi, s'il ne rencontre pas à bord quelque esprit élevé ou supérieur, un désavantage marqué par rapport aux grands bâtiments, où un état-major plus nombreux offre plus d'éléments
D.gitizecbyG00glc
pour le développement de tout ce qui complète l'officier de marine. Au cours de celle iolermiaable campagne, Trêve sentit plus d'une fols l'ennui l'envahir. Il ne se déroba à ses funestes effets que par l'étude aussi variée que le permettaient les ressources du bord. '^ La densité 1 de l'atmosphère dans laquelle je vis est trop grande, je u suis comme sufToqué » , lit-on dans une de ses lettres datées de la Prudente. Le jeune enseigne de vaisseau avait déjà reconnu que l'instruction toute spéciale du vaisseauécole était insuiBsanle pour les situations si diverses auxquelles pouvait être appelé un officier de marine, et il s'appliquait à la compléter : les éléments du droit public et administratif, la réglementation maritime, cl surtout l'histoire, telles étaient ses études favorites. Disons aussi qu'à cette époque, la lecture méditée des superbes conférences du Père Lacordaire imprégnait son esprit d'un sentiment religieux que l'expérience de la vie ne 6t que fortifier. Son esprit ardent visait au progrès, et il regrettait que le département de la marine n'eût pas un organe de ses intérêts autre que l'insignifiant journal du temps la Flotte, et qui, dans sa pensée, devait donner l'hospitalité à tous tes travaux des ofGciers des différents corps de la marine ' .
Si la vie resserrée du bord fait naitre quefquefois des antipathies, elle engendre aussi de fortes amitiés. Trêve avait trouvé à IjoH de la Prudente, dans un officier de son âge, une àme qui correspondait à la sienne ; atleiut d'uoe affection qui ne pardonne pas, cet officier fut renvoyé en
• Cet organe a élé créé plus lard »oii» le nom île Reeue maritime et colo-
France en cours de campagne. La séparalion fut vivement ressentie parles deux amis, d'autant plus vivement du côté de Trêve que, dans sa pensée, c'était un adieu. Voici comment il le peint ; « J'ai pour lui une affection de frère, je tt n'ai pas encore rencontré un plus noble caractère, son « cœur renferme des trésors de bonté ; sa mère, morte en a saiD(e,a déposé en lui des principes solides, et ses jeunes u vertus se reflètent sur son visage rempli de distinction. « Dans quel élat va-t-il arriver? Déjà je tremble que le u cbangement de climat n'ait activé le mal qui doit le coati duire au tombeau '. n
Mais c'est à la pensée de ses frères qu'il éprouvait ces attendrissements que comprendront tous ceux qui ont ressenti les tourments de l'absence, u Je n'ai qu'un seul « désir, écrivait-il à l'un de ses frères, c'est de me jeter u dans tes bras, dans ceux de ton excellente femme, et de K presser sur mon cœur les deux petits enfants, n La vie de bord, toute de devoir, lorsque l'officier de marine sait se soustraire aux excitations du dehors, maintient dans leur intégrité toutes les forces de l'hoinme : corps, iatelligence, cœur s'en trouvent bien. Le seul fait intéressant de celte campagne de trois ans, fut la part que prit la Prudente à la démonstration opérée à Guayaquil par la Forte, la Pénélope et le Prony contre la République de l'Equateur, pour obtenir la réparation d'une insulte faîte au représentant de la France et des dommages éprouvés par nos nationaux. Ia Prudente s' ctaii montrée sur tout le littoral du Cbili,
I Lcllrc ilu 35 septembre 1852, sur M. de S;tifil-Gerniam.
D.gitizecbyG00glc
8 LE COMMANDAIMT TllÈVE.
de la Bolivie et du Pérou, et le jeune ol^cier écrioait, à ]a dale du 28 mars 1853: "L'arrivée de nos beaux bâtiments u dans ces mers fait un très-bon effet sur ces républiques t de l'Amérique du Sud, où nos nationaux avaient cessé H d'être respectés depuis 1 848, faute d'une station navale u capable de leur en imposer. L'on ressent jusqu'ici u l'intluence du gouvernement fort et résolu qui a pris en « main les destinées de la France, n Vérité de tous les temps, pour être respecté à l'étranger, il faut être forts el unis cbez soi. Cette longue campagne prit fin en décembre 1853.
La guerre contre la Russie laissa peu de temps de repos à Trèïe; il eut la mauvaise chance d'embarquer successivement, en qualité d'officier en second, sur de petits bâtiments, la Panthère ' et l'Eglantine. Ce dernier tint longtemps station à Yenikaleb et à Kertsch : mais, malgré le vif désir de tous, officiers et équipage, il ne leur fut pas donné de combattre. Quel cbagrin pour des braves qu'entbousiasmaient les exploits de nos soldats devant Sébastopol, et auxquels les marins étaient si glorieusement associés! Quoi qu'il en soit, on s'entendait très-bien à tuer le temps : la chasse, la musique, le travail toujours et la lecture occupaient les heures. La plume de Trêve ne restait pas oisive, et le Constitutionnel recevait ses confidences. .Ainsi se formait son style, dont la netteté fut plus tard remarquée, « Vous pointez vos récits n , lui écrivait-on de la rédaction ; à quoi il répondait ,- u Je préférerais pointer
> A Gallipoli, ail slalionnail li Panllière, Trùve raîllil être enlevé par une atloqac de choléra.
D.gitizecbyG00glc
LK COMMAXUANT TREVi;. !)
nos canons, mais il n'y a en vue que des cailles! n Ce n'est pas ainsi que l'on va à la <{loii-e ; la guerre terminée, il revint sans lauriers, comme il était parti.
Les désarmements, qui suivirent le traité de 1856, procurèrent à la marine un repos bien mérité, et Trêve se hâta de revenir à Paris, où l'attiraient ses relations de famille et les facilités d'instruction qui y abondent. Son attrait pour les sciences pliysiques se prononçait : témoin du redoutable emploi de l'électricité qu'avaient fait les Russes à Sébastopol pour faire éclater les fourneaux de mine sous les pieds de nos soldats, et pressentant le parti que l'on pourrait en tirer désormais dans la marine, il s'attacha à l'étude de cet agent merveilleux, et,' pendant un long congé qu'il obtint, il suivît les cours de la Sorbonne. Bientôt l'éminent professeur Despretz le distingua et lui voua depuis un intérêt tout particulier. A la même époque, Trêve entrait en relation avec le célèbre constructeur électricien Rubmkorfl', qui devint bientôt pour lui un ami. Il ne larda pas à passer de l'élude aux applications, el, en 1857, il adressait au ministre de la marine un mémoire sur les applications diverses dont l'étincelle électrique et l'appareil Rulinikorîl' paraissaient susceptibles à bord des bâtiments de la flotte pour établir des communications instantanées entre le capitaine et les organes vitaux du navire : barre du gouvernail, macbine, soute à poudre, et aussi pour l'explosion des mines sous-marines destinées à la défense des rades et dont l'usage est si général aujourd'hui.
Frappé de rinsuflisauce des signaux de nuit à bord des bâtiments de la (lotie, il imagina un système de fanaux
D.gitizecbyG00glc
iO \.t: COXIMAXDANT TRKVK.
basé sur l'emploi combiné du gaz comprimé et de l'éljacelie d'induction. Les premières expériences furent pratiquées à bord du simulacre de frégale-école que les Parisiens ont Ion<jlcn>ps connu sur la Seine, auprès du pont Royal. \ ce moment, cette frégate stationnait près et en aval du pont de la Concorde, si bien que l'amiral Hamelin, ministre de la marine, put les suivre de son cabinet. Il fut lellement frappé du résultai obtenu, qu'il atlacba au ministère l'enseigne de vaisseau en congé, et, sur la proposition du Conseil des travaux de la marine, lui donna mission d'aller à Toulon pour exécuter des essais plus complets dans l'escadre d'évolutions. Ils se firent d'abord à terre, en présence de nombreux témoins : l'éclat supérieur des lumières, l'instantanéité avec laquelle les fanaux s'allumaient ou s'éteignaient firent sur les témoins un cifet saisissant et gagnèrent au jeune inventeur les sympatbies d'officiers déjà très en vue à cette époque'. En escadre, les expériences eurent lieu à bord du Duc/iaijta et de la Bretagne. Trêve en a rendu compte dans une lettre que nous reproduisons, parce que, en plus de sa conformité avec le compte rendu officiel, elle montre la généreuse ardeur de tous pour réaliser un progrès dont cbacun comprenait l'importance capitale. « Un de mes appareils était i^ à bord du vaisseau la Bretagne, l'autre à bord du " Ducliatjl'i. Voici l'ordre pour l'escadre : de neuf à «dix heures du soir, quand l'amiral t'aura signalé, le '^ Ducliayta fera des signaux ^ cbaque vaisseau, lorsqu'il
■ Mil. les cuniraanduiits Uîc(|ucl àet Tuiiclies ot Cliiiij|nc>u, ^lui lurJ
Digitize^b^GoOglc
LK COIIMAMDAMT TKKVE. il
» l'aura compris, laissera comme aperçu à la corne un « Feu uaique. La Bretagne devait répéter mes combinai- « sons. Malheureusement, rofùciei- qui s'était chargé de Il faire marcher l'appareil à bord de ce vaisseau n'avait " pas bien saisi mes explications, et le fonctionnement n'en " a pas été satisfaisant. Mes signaux à bord du Duchayla H ont marché à ma satisfaction. J'y ai d'ailleurs trouvé un >■ cta(-major empressé à me seconder. Pendant la durée " de mes trois expériences, tons s'employaient : Hamelin " tournait les robinets, Tirard maniait l'électricité et Andréa 'I de N'erciat veillait les aperçus. L'escadre répondait u aussi vite qu'en plein jour à mes signaux, qui duraient u quatre à cinq minutes; il y en a qui ont duré (rois « et même deux minutes. Les élèves criaient : Admirable! " et l'équipage de faire chorus. Mes feux ont surpassé '■en éclat les anciens, le fait est admis, irrécusable... >i mais, à bord de la Bretagne, l'impression est défavo- " rable. n
Les rapports des bâtiments s'accordèrent à reconnaître qu'un progrès considérable était réalise, mais demandèrent à l'unanimité que le système fût rendu plus pratique, et qu'à cet effet le ministre voulut bien fournir à l'enseigne de vaisseau Trêve les moyens de conluiuer l'étude des perfectionnements à apporter à l'appareil. Ce système de signaux de nuit élail en avance sur la science; la solulioD du problème s'est fait attendre jusqu'à nos Jours, où, seulement, les machines msgnéto-électriques de M, de Méritens ont résolu la question.
De cette époque date l'adoption , provoquée par Trêve
D.gitizecbyG00glc
12 Lie C0MI1AKUA\T TRÊVE.
(rapport du 9 septembre 1857), des lentilles à éclieloas pour les fanaux fixés dans les huoes et sur le cauronaemeiit des vaisseaux amiraux. L'ne telle substîlution procura à ces feux un accroissement d'éclat très-notable.
A quelque temps de là, en janvier 1858, un succès venait encoui'ager Trêve dans la voie oii il s'était engagé : sur le rapport favorable d'une commission ad hoc, le ministre ordonnait l'installation à Toulon d'un appareil basé sur l'emploi de l'éleclricité pour signaler aux bâtiments en rade l'bcure du midi moyen, et servir ainsi et sans déplacement au réglage des chronomètres à bord des navires. Voici en quels termes concluait la commission : u Après les expériences les plus concluaules, la ti commission émet l'avis qu'aucun mode de transmis- B sîon ne lui parait apte à résoudre la question aussi u complètement, dans tous les cas où le signal ne pourra i> être fait direelement de l'observatoire , et il csl à u désirer qu'un système semblable soit généralisé, laut " dans les ports de commerce que dans les ports niilîu laires. n
Ces travaux, ces efforts pour vulgariser dans la marine les applications de rélectricilc, avaient attiré sur leur auteur l'attention des hommes de progrès. Un officier, qui devait plus tard se placer au premier rang de nos amiraux et aussi marquer sa place au Conseil d'I^tat, M. le capitaine de vaisseau Itourgoîs, se l'attacha en qualité d'ofiicicr de choix, pour faire à bord du Gomer, et contre l'Autriche, la campagne de l'Adriatique. 11 se proposait de le faire coopérer à la deslruclion des barrages
D.gitizecbyG00glc
LE C0MMAND.1MT TRKVK. 13
de la passe de Cliîog<{ia devant Venise, Mais les préliminaires de paix de Villafranca inlerrompirenl brusquement la campagne. Ce zèle soutenu pour le bien du service reçut à ce moment sa première récompense. Trêve, encore simple enseigne de vaisseau, fut, par décret du 11 août 1859, nommé chevalier de la Légion d'honneur. Les sympathies qu'il inspirait lui furent utiles d'une autre manière, et le ministère prit à son compte les dépenses d'expériences sous le poids desquelles les finances du jeune officier s'étaient enondrées.
Le 29 novembre 1859, Trêve passait à l'ancienneté lieutenant de vaisseau '.
L'année 1860 le transporte sur un théâtre oii il allait développer les qualités d'un esprit ouvert et remarquablement intelligent. A la guerre avec l'Autriche avait succédé un grave conflit avec l'Empire du Milieu. Le lieutenant de vaisseau Trêve prit part à l'expédition, aujourd'hui légendaire, contre la Chine, d'abord comme officier de choix de M. le capitaine de vaisseau Itourgois, puis comme officier ou capitaine du Weser, de la Meurthe, du Kien-chan et du Mirage. Le Duperré, commandant Bourgois, parti de Toulon avec six cents passagers militaires, dut louvoyer pendant vingt-deux jours contre de Irès-forls vents d'ouest, et fut forcé de chercher un abri au mouillage des Roquettes, dans la baie d'Alméria : Trêve fut envoyé à terre pour s'cnquéiir près des pratiques du lieu des probabilités d'un changement de
' En 1850, le préfet maritime de Toulon lui adresmit une lellrc de félicilations pour le dévouemenl dont II avail Tait prouve dans un incendie.
D.gitizecbyG00glc
14 LK COMMANDANT TREIK.
lemps, traiter du salut, et accessoirement u faire main H basse sur tous les légumes disponibles " . Ce fui un événement pour les gens du pays, qui, bonimes, femmes et enfants, se portèrent au débarcadère où l'officier français fut reçu Irès-cordîalement par le capitaine dn port, vieux et respectable marin, et par le capitaine des carabiniers (lire des douaniers), fl la question du salut, le capitaine des carabiniers rougit et avoua n'avoir jamais aperçu de canons au cIiâleaud'Alméria. C'était pour le Owpcrre politesse faite et autant de poudre économisée.
Equitable et plein de droiture, nul mieux que Trêve n'était disposé à reconnaître le mérite de ses camarades et de ses cbefs. Parlant du commandant du Duperré, il écrivait: <i C'est un marin consommé. « L'amour du métier éclate dans ses lettres; c'était avec bonheur qu'il montait sur le banc de quart pour « faire pivoter n le vaisseau : il était là dans son élément, et les vrais marins comprendront cette sorte de volupté. Ne négligeant aucune occasion d'acquérir, et un officier du génie passager ayant bien voulu se faire son professeur, il apprit, pendant la longue traversée du Duperré, le dessin au lavis.
La campagne de Chine fut pénible pour la marine et ne lui procura que rarement les émotions el la gloire du combat. Il avait été arrêté qu'une base d'opérations serait établie sur le Pébi-ho, et à cette fm il fallait forcer les passes du Pé-lang, fleuve situé à neuf milles du Pébi-bo. Le l"aoùt 1860, le lieutenant de vaisseau Trêve reçut l'ordre de passer du Weser sur une des petites canonnières et d'y embarquer les engins d'explosion préparés pour
D.gitizecbyG00glc
LE COMMAMDAMT TIIKVE. i5
briser au besoin les eslacades. Voici son récil assez gai de cette affaire :
B A onze heures et demie du soir, j'embarque sur l'un Il de ees petits chaudrons ; le voilà qui s'échoue et se dca jauge de cinquante cenlimèlres; — impossible de parit lir; — le temps presse, on n'attend pas; la passe va K être forcée. Je prends le youyou el cours à V Avalanche, f portant le pavillon de l'amiral Protêt: je lui explique tt l'affaire, la désolation du capitaine et le prie de retarder " d'une heure, a — Impossible. — Alors, amiral, laissez- 11 moi jeter à votre bord mes deux caisses de poudre toutes u préparées ; donnez-moi la salisraclion d'aller au feu avec u vous; peut-être aurai-je le bonheur de vous être utile. n — Oui, oui, Monsieur, montez, montez. » — Je saute it dans mon youyou, revole vers le chaudron échoué, u prends mes deux caisses de 60 et 70 kilos de poudre •t et fais route sur la colonne des canonnières. Un " retour du courant m'est favorable : j'empoigne ÏAva- 1 lanche, mes caisses sont embarquées et me voici sur la « dunette.
u Nous sommes en roule, — nous attendons des prunes j B — rien, rien. Les alignements sont dépassés, la li passe est tournée, nous mouillons tous. C'est pour le " matin ; c'est, paraîl-il, la coutume des Chinois. Il est u une heure du malin ; nous nous jetons tous sur des pa- 1 villons étendus sur la dunette et attendons le petit jour. I' .1 quatre heures juste, nous levons l'ancre, et dis mi- » notes après, nous sommes embossés par le travers des " forts de la rive gauche, à toucher l'amiral anglais, —
D.gitizecbyG00glc
16 Lt: C0I1MANI)A\T TRia'E.
K nous envoyons deux obus, — pas de réponse ; — <|uel- II ques hommes sorlenl précipilamment du fort et vienu nenl se mettre à genoux devant la première courtine. — <i Bas le feu ! — Une embarcation va à terre el Pou plante a sur le fort les deux drapeaux français et anglais. — Uie- « toire facile, trop facile! Evacuation avant coups, amère « déception I t>
A quelques jours de là, en septembre, Trêve, sous la direction de AI. le commandant Bourgois, faisait sauter ceux des forts de Takou dont la destruclion avait été reconnue nécessaire, puis il fui nommé commandant de la plage du Pehi-ho. Les suppléments de solde qu'il reçut dans cetle situation lui permirent de relever ses finances, toujours au plus bas du fait des expériences; tout y passait à Paris. « Je paye mes dettes contractées ici, étant u parti sans le sou. J'acbète du bazar que je n'avais pas. "Dans quelques mois, j'aurai payé toutes mes dettes. '"Quel bonheur! quelle aubaine I mais à quel prix? Je " suis bien fatigué, je le l'assure, de cinq heures du malin u à six heures du soir au travail, courant, criant, compla- 1 bilisant, déchargeant, chargeant des jonques, des navires, u souvent dérangé pendant la nuit, n
Mais sou activité allait être transportée dans une région plus élevée. La complication d'intérêts qu'avait créée l'occupation de Pé-kin par Parmée anglo-française, lesbesoïns de son ravitaillement, les rapports avec les autorités chinoises, avaientfaiirecoonaiire la nécessité d'élablirà Ticntsin une agence consulaire. &I. de Itourboulon, ministre plénipotentiaire de France en Chine, ayant demandé à la
D.gitizecbyG00glc
marine ua ofGcier pour en remplir les fotictioDS, Trêve fut désigné par M. Bourgois, commandant supérieur des forces navales dans le Pehi-ho.
Intérêts de toutes sortes, rapports avec les chefs des deux armées, capitaine déport en même temps que consul, Trêve trouva dans ce poste improvisé un travail écrasant et des difficultés qu'il ne surmonta que par un heureux mélange de tact, d'énergie et de patience. U sut si bien se faire apprécier par le ministre de France que, lorsque celui-ci dut se séparer du premier secrétaire de la légation, il fît venir Trêve près de lui à Pé-kin pour le remplacer. Celle situation l'appelait à traiter de pair à pair avec les minisires du prince Kong, régent de l'Empire, et les principaux fonctionnaires, et il put constater la distance qui sépare la civilisation vieillie de l'extrême Orient, de la civilisation chrétienne. Ruses, faux-fuyants, atermoiements indéfinis, duplicité, fourberies, c'était toute la tactique de ces u vieux enfants» , comme il les appelle dans ses lettres. A ce sujet, il ne sera pas sans intérêt de reproduire le récit, tiré d'une lettre de Trêve, d'une présentation au prince Kong, frère de l'Empereur, du commandant Boui-gois que Trêve accompagnait avec un autre officier, u Après quela ques questions sur la marine française et sur les apti- « tudes des Chinois à la profession de marin, le prince a « demandé au commandant ce qu'il pensait de la comète, u qui en ce moment attirait l'attention, et quels événements u elle faisait présager. Là-dessus, questions de tout genre, a de toutes couleurs se multipliant au point d'être obligé « de faire venir du papier et des pinceaux pour y tracer
D.gitizecbyG00glc
18 LE COHMAX'DAMT TRKVE.
u les courbes comélaires, ptanclaii-es, bref un vmtable u planisphère. Ce qui nous a le plus distrait dans cette "entrevue, c'est la physionomie et l'attitude du jeune u prince, qui passait d'un flux pressé de paroles au mutisme «le plus complet, du rire immodéré au sérieux comiuquement imperturbable, suivant sans doute que ce flis u du Ciel était plus ou moins satisfait de la conduite de tel u ou tel astre. «
Le traité de Tien-lsin stipulait la Uberté pour les Chinois d'embrasser le christianisme; il r|tiran tissait au\ chrétiens de toutes les confessions le libre exercice de leur culte, et, en fait, attribuait à la France le protectorat des missionnaires catholiques et de leurs coreligionnaires chinois, placés dorénavant en toutes choses sur le pied de la plus parfaite égalité avec les autres sujets de l'Empereur. Le traité stipulait aussi la restitution aux chrétiens et aux missionnaires des propriétés, églises et cimetières dont ils avaient été dépossédés par les persécutions antérieures. Cependant, la paix était signée depuis six mois et le traité n'avait encore produit aucun de ses eflets : dix missions étaient sans abri, et leurs chefs repoussés par les gouverneurs des provinces, bien décidés à user de tous les moyens pour éluder l'exécution du traité. Celui-ci, d'ailleurs, ne pouvait, près des mandarins de toutes classes et aux yeux des populations, devenir une réalité que par la vertu d'un édit impérial rendu dans les formes les plus solennelles cl s'imposant à l'obéissance de tous. Trêve a consigné dans un mémoire en date du l" juillet 1863, les phases et les incidents des négociations qu'il fiillut poursuivre pour
D.gitizecbyG00glc
LE COMMANDANT TRKl'E. 19
arracher à ia cour de Pé-kin cel actedéfinilif. Tout d'abord, Je gaiivernement du prince Kong crut se libérer de ses engagements par la promulgation d'un décret qui, tout en ayant l'apparence d'accorder la liberté de conscience stipulée par le traité, n'était au fond qu'une manière d'articles organiques la restreignant par des dispositions perfides et menaçantes pour les Chinois ayant embrassé le christianisme. La légation de France se refusa à voir dans cet acte l'exécution du traité, et de nouvelles conférences, dont tout le poids retomba sur le premier secrétaire intérimaire, s'ouvrirent avec les ministres du prince Kong. Le premier ministre était évidemment hostile, et, pour désarçonner sa politique cousue de réticences et de finesses orientales, il fallut l'esprit nel d'un homme jeune ne perdant jamais de vue le but, et jusqu'à des brusqueries toutes militaires qui déconcertaient la politesse asiatique. En voici un exemple, tiré d'uue lettre de Trêve en date du 12 février li 1862 ; Le premier ministre, assisté de trois gros digniu (aires, conférait avec lui depuis deux heures de l'aprèsu midi, on était arrivé à six heures sans grand résultat. A u ce moment, un somptueux dîner fut servi, et, à son invitait tion de m'asscoir à sa table, je lui demandai si son inten- « tion était de ne pas continuer la discussion; — j'étais il venu |>our traiter d'affaires graves dont la solution était u urgente, et je ne consentirais a prendre place à sa table a que s'il me promettait une solution au dessert. Les quatre " Excellences se regardèrent tout interdites, puis me pro- " mirent tout, n
L'une après l'autre, les mauvaises volontés furent
D.gitizecbyG00glc
20 i.K COMMAlUUANfT TRIiVI':.
forcées daas leurs derniers relraDchemenls; on rendît aux missionnaires leurs propriétés, on redressa les actes d'arbritaire et d'injustice des mandarins, et enfin, comme couronnement de l'œuvre, intervint, le 7 février 1862, ud édil abolissant tous les actes antérieurs contraires aux chrétiens et leur appliquant à la letlre et dans son esprit le traité de paix de Tieatsin.
u A mon avis, écrivait, le 11 mai, \igr Lan([uillat au « ministre de France, et ce sera l'avis de tous les évéques u de Chine, ce décret est parfait et le triomphe obtenu par u votre politique prudente et ferme sera aux yeux des li Chinois peut-être un fait plus grand que les victoires de u 1860. Le 22 mars 1692 et le 7 avril 1862, voilà deux u dates qui resteront à jamais illustres dans les annales des " missions en Chine. Daignez achever votre œuvre, Mon- 1 sieur le Ministre, en obtenant du gouvernement que le u décret soil imprimé sur papier jaune portant la figure du u dragon. « — C'était lui donner, aux yeux des Chinois, le caractère inéluctable de la volonté du Fils du Ciel, et aussi le retour à un usage du grand empereur Kang-ki, si favorable au christianisme. Le gouvernement, un peu surpris par l'évocalion d'un tel précédent, ne résista pas, et, quelques jours après, la légation de France expédiait, dans les dix-huit provinces de l'Empire, un nombre d'exemplaires de l'édit égal à celui des missions catholiques. Ce document produisit une impression profonde sur les gouverneurs et les mandarins, et, à partir de ce moment, le catholicisme, grâce au nouvel édil de Milan, ainsi que le qualifiaient les missionnaires, put reprendre ses pacifiques conquêtes.
D.gitizecbyG00glc
LK 0OmiA\'D.A\'T TltKVE. 91
Grande fut la part faite àTrève dans les témoignages de gratitude qui afûuèrent à la légation de France.
La lamille conserve avec un pieux respect la liasse épaisse des lettres de ces opprimés, pour lesquels le jour de la délivrance et des justes réparations se faisait attendre, même après les foudroyants succès de nos armes.
Mgr Anouilh, évêque d'Abydos, vicaire apostolique, lui écrivait : «Je vous suis extrêmement reconnaissant de ce B nouveau témoiguoge de voire amour et de voire dcvoue- « ment pour les missionnaires et les chrétiens de cet em- H pire ; je leur dis partout ce que la France, et vous en u particulier, faites pour eux; avec des hommes comme u vous, la liberté religieuse prendrait des racines et se B consoliderait de plus en plus '. »
Précédemment, Ti-ève, simple consul à Tien-tsin, avait obtenu du vice-roi de Pe-tcbé-li, avec qui il s'était lié d'amitié, et à titre de réparation, un vaste établissement pour la mission catholique et les Sœurs de Saint- Vincent de Paul, et le P. Smorehburg l'en remerciait en ces termes : u ...Vous vous êtes placé au rang des u plus insignes bienfaiteurs de la mission de Pé-kin. n De son côlé, Mgr Languillat, de la Société de Jésus, vicaire apostolique du Tché-li, lui écrivait, le 16 août 1862 : u Je vous félicite d'avoirsu, au milieu des préjugés 1 qui courent à notre époque, apprécier si sainement notre u institut, son but, ses moyens, ses succès, ses revers u dans le passé, ses espérances et peut-être ses destinées
D.gitizecbyG00glc
2i LE COMHAMUASIT TBÈVE.
a pour l'avenir. Je vous avouerai, en toute franchise, ijui; u si la Providence nous ménageait ici, auprès des autoa rites chinoises, le concoui-s ferme et éclairé d'hommes a tels que vons, Monsieur, outre la joie que j'en éprouve- « rais pour la gloire qui en revient à la France , nous u concevrions le doux espoir d'atteindre le hut, de réalii-ser le vœu de notre ambition unique, qui est de prou curer la civilisation de ce vaste empire par le cathoU- B cisme. "
Une autre fois, la gratitude de l'évèque missionnaire prenait un accent bien fait pour aller au cœur de Trêve : u Je n'ai pas voulu différer jusqu'à ce que nous ayons re- B levé notre église sur le terrain récupéré, pour offrir, " selon votre désir, le saint sacrifice de la messe pour le Il i-epos de l'àme de vos bien-aimés père et mère. Aujouru d'bui même, j'ai payé celte dette sacrée-, même je vous u promets que, tous lesjours de ma vie, je porterai leur souu venir au saint autel. Le.souveoir de leur fils ne m'y quitu lera jamais non plus. En quelque point du globe que u votre carrière vous appelle pour la gloire de la France u et pour le bien des missions, puissent les prières d'un a. pauvre évéque missionnaire vous être de quelque conusolation! Heureux les pères et mères qui forment des u fils aux sentiments si nobles, au cœur si généreux M » \'ous devons nous borner dans ces citations ; mais nous ne pouvons nous dispenser de reproduire quelques extraits de lettres d'une date bien postérieure, et qui montrent com*
> Lellrc du 7 ivril 1S62.
D.gitizecbyG00glc
LK COMUAiVDAVT TRJiVE. 23
bien avait élé appréciée l'action d'un caractère énergique, ayant un sentiment très-net du bien à opérer.
Dans une lettre du 17 octobre 1865, Mgr Anouilh lai disait, après l'avoir entretenu de quelques aiïaires dont il ne voyait pas la fin : a ... Que voulez-vous? tous les pre> « miers secrétaires des légations ne sont pas des officiers li de marine, et, tel est le caractère chinois, que maconvica (ion est qu'il nous faut à Pé-kin des mimstres el agents milic (aires. » Dans un sens, qui a aussi sa valeur, Mgr Guierry, évéque de Donaba, coadjuteur du vicaire apostolique, écrivait de Pé-kin à Trêve, le 13 mars 1866: «...Je désire bien u vivement que le gouvernement français en vienne enân IL à comprendre la belle mission qu'il a à remplir dans u cet extrême Orient. Si vous pouviez concourir à l'en conu vaincre, il est certain que vous auriez rendu de signalés « services à votre pays et à la religion. La France n'a pas a assez compris jusqu'ici l'élément d'influence qu'elle a a dans les missions, et cela, sans qu'elles sortent de la « sphère qui leur est propre. Une autre cause de l'inféu riorité de la France dans ces pays-ci, selon moi, c'est u que ses agents ne font qu'y passer et n'ont pas le temps " d'acquérir une connaissance approfondie des mœurs et u de la législation de ces peuples, qui sont si diETérentes 1 des nôtres. De là découle nécessairement ce manque u d'esprit de suite qui se remarque continuellement dans u la marche des affaires françaises. •>
Trêve s'estima toujours heureux d'avoir pu servir une cause où son patriotisme et ses sentiments religieux recevaient satisfaction. Dès le début de sa carrière dans le Le-
D.gitizecbyG00glc
vont, étant embarqué sur le brick /'0/2Vter,ilavail compris, comme tous les esprits distingués de ce corps d'officiers de marine qui en compte un si grand nombre, la grandeur qui s'attachait au protectorat du catholicisme si conforme au génie élevé et désintéressé du caractère national; humble fl# 61s de la France, i) est resté fidèle à la vocation de sa patrie lorsque, plus tard, il fut appelé à commander le Kien-chan au Japon et le cuirassé FAtalante en Annam et au Tonkin. Les hauts fonctionnaires chinois convenaient, à celle époque, du désintéressement de la France, en regard des exigences des ilnglais et des prétentions des autres nations. De tous ces peuples avides d'exploiter la Chine, la France leur était là seule sympathique. Où en sont les choses aujourd'hui? Si l'édit du 7 avril 1862 est eucore la charte des chrétiens en Chine, de quel fragile appui a'est-elle pas pour eux I La persécution plusou moins ouverte a recommencé ; d'ailleurs, quelle considération les mandarins et les lettrés chinois peuventils avoir pour des religieux que la France expulse? Comment leur faire comprendre que ce qui est un mal pour la France est un bien pour la Chine? Cette sympathie, qui ouvrait à la France les voies à une immense inûuence, dont son commerce, ses ingénieurs, ses industriels eussent profité, elle l'a troquée contre les marécages du Tonkin et le sang de 27,000 chrétiens annamites égorgés uniquement parce qu'ils étaient, en leur qualité de chrétiens, les amis de la France. Et encore, cette stérile conquête, qui ruine nos finances, la garderons-nous? La Chine, lorsqu'elle sera devenue une colossale puissance militaire,
D.gitizecbyG00glc
LK OOÏlMAiVDAIWr ÏUEVK. 23
ne jettera-t-elle pas à la mer nos soldats rongés par la malaria du pays, coupés de la mère pairie par les cuirassés ennemis ? Dieu veuille qu'il cr> soit autremeut et que sa poliliquc aperçoive que nous pouvons être pour elle, au Tonkin, d'utiles voisins !
Cette phase si exceptionnelle de la carrière d'un jeune lieutenant de vaisseau avait atteint son apogée, lorsque, par suite du départ du ministre de France à Pé-kin, Trêve le remplaça pendant trois semaines comme chargé d'aflaîres de France jusqu'à l'arrivée du successeur de M. de Bour~ boulon. Le l"" mai, il retournait prendre son poste de consul à Tien-tsin, et, le 1" juillet suivant, il s'embarquait à Shang-haï pour rentrer en France, Des fatigues, des travaux exceptionnels, un climat excessif comme chaleur et froid ', lui faisaient éprouver un grand besoin de repos. Trêve avait trouvé dans M. de Bourboulon, dans l'amiral Protêt et le commandant Bourgois, des appréciateurs bienveillants de ses services, et l'amii-al avait appuyé près du ministre de la marine la demande de ia croix d'officier de la Légion d'houneur adressée en sa faveur par M. de Bourboulon au ministre des affaires étrangères. £n outre, avant de quitter Pé-kin et dans une lettre très-honorable pour Trêve, M. de Itourboulon avait lenu à lui laisser par écrit un courtois témoignage de sa satisfaction personnelle.
' Le llicrmcunjïlre ébil Jcaceudupendunl l'Iiiver au-Jes arode».
D.gitizecbyG00glc
âO LE COUlfA\'OA\T TREVE.
. Pé-kin, le 13 mai tt<63.
u MONSIEUB,
« Au moment de quitter cette légation, c'est à la fois un devoir el un besoin pour mol de vous exprimer, d'une manière moins fugitive qu'en paroles, ma reconnaissance de l'utile et zélée coopération que vous aoez prêtée pendant plus d'un an au service diplomatique et consulaire, à Sa Majesté impériale dans ce pays, et à moi-même comme chef de légation. En effet, chargé d'abord pendant huit mois de la gestion de notre consulat provisoire à Tieu-tsin, lorsqu'il s'agissait d'y établir et d'y exercer une autorité civile française à côté de la double occupation militaire, vous avez su, par votre activité, votre lact et votre discrétion, y donner a nos intérêts nationaux tout l'appui dont ils avaient besoin, et, en vous conciliant la confiance et le bon vouloir des autorités chinoises, y obtenir même des avantages que nous n'étions pas en droit de demander à la stricte exécution des traités.
u Appelé ensuite à la légation de Pé-kin pour remplacer temporairement sou premier secrétaire absent et m'assister dans les difficiles affaires quej'avais à traiter, je me plais à reconnaître que j'ai trouvé en vous le concours le plus dévoué, et que vous m'avez très-efficacement aidé à mener à bonne fin des négociations qui importent au plus haut degré au maintien et au développement de noire influence politique dans ce pays.
" J'e8i)ère, Monsieur, que le gouvernement de Sa Majesté Impériale vous tiendra compte de ces bous services, ajoulés
LK COMMANDANT TRKVK. 27
aux mérites que vous avez déjà acquis dans voire carrière militaire; mais, indépendamment de la récompense qu'ils pourront vous valoir, vous aurez toujours par devers vous la satislaclion d'avoir mis voire intelligence et votre dévouement au service des intérêts de votre pays d'une manière et dans des circonstances qui se rencontrent rarement dans le cours de la vie d'un ofBcîer de marine. Pour moi, en conservant le meilleur souvenir de nos rapports, je remercierai ma bonne fortune de m'avoir lait rencontrer un aussi utile et dévoue collaborateur.
u Agréez, etc.
u Signé : Bocuboklon »
La récompense de cette longue et laborieuse campagne attendait Trêve à Paris, où, par décret du 14 février 1863, et sur la proposition de Al. Drouin de Lhuys, ministre des affaires étrangères, il fut promu au grade d'oriicier de la Légion d'honneur. Déjà le Saint-Père, informé des services qu'il avait reudus en Chine ans missions, l'avait honoré de la crois de Saiot-Grcgoire le Grand. En lui notifiant cette grâce de Pie IX, Mgr Anouilh ajoutait : » J'ai signalé eu 1 détail au Sainl-Père tout ce que les missions doivent à (1 votre énergie militaire et à votre persévérance. Vous lirez u dans la lettre du Pape combien son cœur en a été consolé, u et comment Pie IX espère que noire légation de France u maintiendra l'observation des traités et des décrets. » A notre tour, ajoutons que Léon XIII, malgré tout ce qui pouvait le détacher de la France, est resté près de la cour de Pé-kin son meilleur ami, travaillant à lui conserver le
D.gitizecbyG0Ôglc
as LE COMMANDANT THÈVE.
protectorat des catholiques que des puissances jalouses de cette noble prérogaliife, de cette dernière grandeur, s'efibrceut de miner au profit de leur ioQueuce.
Quand il ne naviguait pas, Trèce n'aimait que Paris. C'était pour lui le sixième port de France. Il était redevenu un des assidus de la Sorbonne,oùil contracta de précieuses amitiés. 11 y trouva, pour l'étude des phénomènes des agents physiques et de Télectricité, des facilités cxceptionaelles. L'étude l'absorbait de plus en plus. « Le travail, l' le travail, écrivait-il, il n'y a que cela de vrai, n Si bien que l'on ne pouvait tourner sa pensée du côté du mariage. Au reste, à ce moment, de quel œil une mondaine cùt-elle vu sa passion pour la physique? Elle n'était pas cependant tellement exclusive qu'elle l'empécbât d'aller aux autres sources de jouissances inlellecluelles qui abondent dans la capitale. Mais il a vécu sans connaître les productions basses et délétères qui dès ce temps excitaient les appétits blasés; les œuvres sérieuses et de haute portée seules obtenaient son attention. Son âme restée fraîche était apte à recevoir les meilleures et les plus nobles impressions. V. Je viens d'assister à l'oraison funèbre du cardinal « Morlol, prononcée par l'abbé Freppel à Notre-Dame. Que X n'y étais-tu ! quelle imposante cérémonie, quel langage! ^- C'est du Bossuet! Un moment j'ai vécu dans le grand " siècle, n
Après un séjour d'un an à Paris, il repartit pour la Chine, où il devait faire une campagne d'une durée de quatre
' Letlre du 17 novembre 1862.
D.gitizecbyG00glc
années {du 19 octobre 1863 au 4 novembre 1867), au cours de laqu(.>lle il fut nommé au commandement des navires le Kien-chan, le Mirage et des forts de la rive gauche du Péhi-bo jusqu'à leur évacuation. Les débuts en furent assez monotones ; cependant, il eut l'agréable mission de conduire l'amiral Jaurès et un nombreux étal-major, qui l'accompagnait en touriste, jusqu'à Tîen-tsin, d'oii le commandant en cbef de la station navale française devait gagner Pé-kin. La navigation du Péhi-bo est fort difScile. hc Kienchan, devenu un moment yacht de l'amiral, s'en tira fort bien. & Cinq minutes après avoir mouillé en face de mon u ancien consulat, écrivait Trêve à son frère, l'amiral m'a II. fait appeler sur la dunette, et, en présence de tous, m'a H complimenté : " Vous avez admirablement manœuvré, H mon cher Trêve : sang-froid, hardiesse, précision du coup ud'œii, j'ai tout constaté avec grand plaisir. Je vous en u félicite, n Tous les officiers sont venus me serrer la main u avec ces mots : « Superbe, lrè,s-cbic. " Peu après, il recevait la mission de conduire à Tien-lsin l'ambassade espagnole, qui, à son tour, allait à Pé-kin pour y conclure un traite, et plus tard le gouvernement espagnol reconnaissait courtoisement le service rendu, par la croix de Charles III d'Espagne.
C'est à cette époque que la France, l'.^nglelerre et la Hollande, réunies dans une commune action, brisèrent à coups de canon à Simmosaki les barrières que le Japon, alors aux mains d'un gouvernement obstiné à rester dans l'isolement, prétendait é lc TW au commerce étranger et j aux idées européennes. Une fausse direction donnée à
D.gitize<;byG00glc
l'ordre de rallier le pavillon de l'amiral empêcha le Kieueban, au grand chagrin de son état-major, d'arriver à temps pour prendre pari à la canonnade. Les jours succédaient aux jours sans incidents notables; la vie était sans aucun charme sur les rives désertes du Pchi-ho; Trêve fut pris d'un violent désir de revenir en France, — il était loin du retour. — Il songeait, non sans tristesse, que les années commençaient à compter pour lui (il avait trenlecinq ans), qu'il n'avait pas su se créer un intérieur et qu'il était dorénavant bien lard pour le faire avec toutes les conditions du bonheur, u Tout ce que je fais et ferai main- « tenantn'est qu'une diversion aux idées qui m' assiégeai. .. u Le vide est autour de moi; il est profond, ileataiïreux '. m Mais ce n'était qu'une défaillance d'un instant; quel marin n'en a pas éprouvé au cours d'une longue et lointaine campagne? Les devoirs de sa profession, le travail retrempaient son énergie. Celle-ci allait d'ailleurs être mise à l'épreuve. Le Kien-chan, ayant reçu l'ordre de se rendre de Nagasaki à Yokohama, ne put arriver à destination, et Trêve, dans une lettre en date du 24 novembre 1865, raconte l'incident, u Le 1" novembre, jour de ma naisu sauce, je partais pour Yokohama par cette ravissante «■ mer intérieure du Japon; le (>, je débiùrquais dans la H haute mer, et, le 9, je rentrais dans la mer intérieure. Ma u pauvre vieille machine à roues n'a pu lutter contre la Il mousson du nord-est; grosse mer et grosse brise ont 11 réduit ma vitesse à un nœud et demi. Calcule, d'après
D.gitizecbyG00glc
Ll! COUUAXDAXT TRKVË. 31
K la dislaace, ce qu'il m'eût fallu de charbon. J'ai donc u viré de bord, et, trois heures après, je démâtais de ma «cheminée. Tout cassait : chaînes, palans; points lixes u cédaient. Pauvre vieux bateau I Réparé ici, craquant là. u J'ai failli perdre ma cheminée. J'étais heureusement sur u le pont et quelques hommes hardis ont pu l'élinguer à u temps. Le roulis et le langage étaient énormes; ma tt vergue de misaine y a passé. J'ai raccommodé le tout, "démonté mes pales, mis à la voile, atteignant la vitesse " superbe de deux nœuds. Chemin faisant, j'ai, grâce à u Dieu, réussi à remonter ma cheminée, qui pèse deux i< tonneaux, et la mer étant un peu tombée, j'ai fini par j regagner la mer intérieure, puis Nagasaki, d'où j'ai écrit u à l'amiral que s'il veut voir le Kien-chan à Yokohama, il u doit l'envoyer chercher par le Dupleix au débouché de u la mer intérieure. » Le Kien-chan était incapable de remonter les moussons. Sa remise en étal avec les seules ressources du bord et celles que l'on pouvait trouver à Nagasaki fut un rude travail, qui mérita à son capitaine une lettre de félicitations du ministre et des avancements exceptionnels pour son brave équipage.
Pendant le séjour du Kien-chan à Nagasaki, l'occasion se présenta, et son capitaine la saisit, de mettre en relief la politique de la France dans l'extrême Orient au point de vue religieux. Un traité passé le 9 octobre 1848, entre la France et le Japon, avait stipulé, pour les missionnaires catholiques et les sujets français au Japon, le libre exercice extérieur de leur culte et la faculté d'élever des églises et de se réserver des cimetières particuliers ; à ce mo-
t.'GoO'^lc
3Î LE COMMANDAiVT TBEVK.
ment ', s'achevait à Nagasaki une très-remarquable église, œuvre d'énergie et de persévérance d'un prêtre français, M. l'abbé Gérard, et elle dressait ses flèches aériennes en face du moutConiprian,où, deux cent soixante-huit ans auparavant, avaient été crucifiés vingt-six chrétiens. C'était l'acte premier de la persécution sanglante qui devait, pour un temps, presque anéantir au Japon les fruits de l'apostolat de saint François Xavier. L'inauguration du culte dans la nouvelle église avait été fixée au 19 février : c'était un événement d'une grande portée dans un pays dont, si peu de temps auparavant, il avait fallu briser les portes à coups de canon. Le capitaine Trêve pensa que, pour donner à cette inauguration tout l'éclat el le retentissement qu'elle méritait, il convenait d'y associer les marines étrangères, russe, hollandaise, anglaise, représentées par des bâtiments de guerre sur rade. Très-courtoisement, le chef de la division navale russe, contre-amiral PopoiT, mit sa musique à la disposition du capitaine du Kien-chan, et une escorte d'honneur de cent vingt hommes en armes, composée de détachements fournis par les navires étrangers et placée sous le commandement de l'officier en second du Kienchan, conduisit à l'église le corps consulaire, en tète duquel marchaientleconsuldeFranceellecapitaineTrève, suivis de tous les notables des nationaUlés représentées à Nagasaki. Une salve de vingt et un coups de canon, tirée à terre par des pièces débarquées du Kien-chan, avec l'assentiment des autorités japonaises, porta au loin l'annonce de l'évé-
D.gitizecbyG00glc
LE COMHAXDAXT TRKVK. 33
neinent qui s'accomplissait à l'ombre des drapeaux réunis des nalioiis européennes, sous la présidence de la France. Ce jour-là, à sis mille lieues de l'Europe, le Français, le Russe, TAIlemand, l'Espagnol, l'ilalien, que des fortunes diverses avaient réunis sous les voûtes d'un temple catholique, sentirent passer dans Jeur âme un souiHe de la solidarilé et de la fraternité chréliennes. Séparés sur leurs vaisseaux aux couleurs rivales, l'union s'était faite au pied de la croix, symbole de paix et de rédemption. Ce jour-là aussi, les cruci6és du mont Comprian étaient réhabilités aux yeux d'une population chez laquelle n'avait pas péri le souvenir de la cruelle immolation, et le Japon faisait un nouveau pas dans la voie de tolérance et de libéralisme qui aujourd'liui préparent à cet empire de si liantes destinées. Une entente si élevée de la situation de la France dans l'extrême Orient ne passa pas inaperçue; le gouvernement fit iasérer h VOjf^cielle rapport du capitaine du Kicnclian .
De Nagasaki, le Kien-chan fut renvoyé à Takou, où son capitaine prit le titre de commandant supérieur de la rive gauche du Péhi-ho. Trêve ne devait pas y rester iuactif; il se livra à l'étude des moyens de développer le commerce français dans le nord de la Chine, et un travail sur ce sujet, qu'il fil parvenir à M. Itéhic, alors ministre de l'agriculture et du commerce, lui valut les plus flatteuses félicitations, lin séjour prolongé dans les marécages deTakou finit par avoir sur sa santé une influence inquiétante; un accès pernicieux mit ses jours en danger. A peine convalescent, il reçut l'ordre de se porter à Han-kan, à trois cents milles
3i l,K COIIMAVDAXT THKVi:.
dans le Yang-tze-kiang, menacé par les rebelles. Redoutanl de ne pas arriver a lemps, il se faisait porter sur la passerelle, d'où, assis et les jambes dans une demi-barrique d'eau, tant elles avaient été brûlées par la médication énergique dont il avait été fait emploi, il dirigeait la route. Un second accès, mais moins violent, lui survint à Ha n-kan. Bien que trè$-affaîbli,ii m il cette navigation dans l'immense Ûeuve à profit pour rectifier nombre d'incorrections des cartes anglaises, et ce travail lui mérita un témoignage de satisfaction du ministre de la marine.
Cependant, on donna l'ordre d'évacuer les forts de Takou, occupés depuis 1860 par uu détachement de soldats français ; à l'attaque de ces forts, le 21 avril 1860, nombre de soldats avaient été tués ; d'autres, depuis lors, avaient succombé à l'insalubrité des lieus. Trêve conçut la pieuse et patriotique idée de réunir leurs restes sous un monument commémoratif digne de la France, et d'appeler la religion à le bénir. Voici en quels termes le Père Leburcq, de la Compagnie de Jésus, si justement célèbre dans les missions de Chine, rendit compte de cette cérémonie touchante dans une lettre adressée aux directeurs de l'œuvre de la Propagation de la foi :
'I Le commandant français des foris et de la marine " dans le Péhi-ho, dont le nom est si connu en France et u en Chine à cause des services émincnts qu'il a rendus a u nos missions, a cru qu'il lui restait uu devoir à remplir à u l'égard des enfants de la France morts depuis quatre ans 11 sur les bords du Péhi-bo. Nos soldats, en quittant Ta-kou, u allaient abandonner quarante de leurs frères loin de la
D.gitizecbyG00glc
LE C0MMAX1)A\T TRKVE. 35
>: pairie sur un sol marécageux souvent envabi par les >: graades marées. M. Trêve, aidé de trois officiers dignes tde la France, MAI. Gardicr, Mével et Rat, a fait réunir '■■ leurs restes dans une même tombe située sur un terrain u à l'abri des caprices du Péhi-ho. Un monument dû au i^ bon goijt de M. Gardier, médecin des forts, et qui dira
à la postérité les noms des soldats de terre et de mer '■dont il recouvre les dépouilles, a été élevé sur cette u tombe.
Il A la prière de M. le commandant Trêve, Mgr Mouly I. est venu, avec un de ses missionnaires, bénir celle tombe « et célébrer un service solennel pour le repos des âmes li de leurs frères d'armes. J'ai eu moi-même la consolation >: de venir payer le tribut de ma reconnaissance aux braves u qui sont morts pour nous assurer ta paix et saluer ceux n qui vont nous quitter pour revoir leur patrie bien* >. aimée.
<i Je n'essayerai pas, Messieurs, de vous dire tout ce que K cette cérémonie avait d'émouvant, les larmes qu'elle a
1 fait verser et le spectacle qu'offrait l'assistance : deux K grands mandarins chinois avec leur escorte d'honneur, '- le consul anglais de Tien-tsin, deux officiers anglais avec I' vingt-cinq ou trente soldats, le commandant français, « M. Trêve, avec trois officiers et quatre-vingt-dix soldats " et matelots, enCn le vénérable évêquede Pé-kin et deux <i missionnaires venus du fond de la province , telle était ^ l'assemblée qui se trouvait autour de la tombe de nos <: compatriotes, à quatre mille lieues de la France et au >i milieu d'un désert où l'on n'aperçoit pas le moindre
D.gitizecbyG00glc
36 LE COUMA\DA\T TRliVK.
" signe de végélalion. Tout le moade était sous le coup a. d'une émotion profonde ; mais lorsque Mgr Mouly fit à la u tombe qu'il venait de bénir ses adieux et ceux des offîu ciers et soldats français qui allaient quitter Takou, Il lorsque surtout Sa Grandeur s'adressa aux mandarins u chinois pour leur recommander de garder soigneuseu liient et de faire respecter ce monument funèbre si cber " à Ja France, l'émotion fut à son comble. »
L'n soin si constant de tout ce qui pouvait grandir la France à l'étranger et la servir avait trouvé dans l'amiral Jaurès, commandant en clief des forces navales françaises dans les mers de Chine et du Japon, un juste appréciateur; et, dès 1864, dans ses notes annuelles, il signalait Trèire comme un u officier hors ligne qu'il fallait u faire avancer au plus tôt », et il proposait son inscription au tableau d'avancement pour le grade de capitaine de frégafe.
Le Kien-chan ayant été alTecléau service delalégation de France auJapon, Trêve reçut en échange, lel2 mars 1865, le commandement du Mirage, et, après l'évacuation totale des forts de Takou, il fut chargé du service maritime à Tche-fou. L'esprit ouvert à toute idée utile, il adressait en mars 1866 à l'amiral Roze, successeur du contre-amiral Jaurès, un mémoire sur la création à Shang-haï d'un comptoir des soies pour l'iaiporlation directe en France de celte marchandise que le commerce de Lyon allait acheter sur le marché de Londres. Ces travaux tout de circonslance ne le détournaient pas de sa passion pour la vulgarisation des applications scientifiques, el il mit à profil
D.gitizecbyG00glc
I,E CO»IMAiVDA>VT ÏKKVÎ!:. 37
ses bonnes relalLoiis avec le Taotaï, ou gouverneur de Tcliefou, pour le décider à installer à terre, et pour le service des biîlimenls, un signal horaire au moyen d'un coup de canon, amélioration dont lui sut gré la colonie étrangère.
Lors de son séjour à Pé-kîn, Trêve avait éprouvé que notre influence avait trop souvent pour rivale celle des Anglais, et que nombre de dilTicultés avaient pris leur source dans cette rivalité. Dans une lettre du 10 mars 1860, écrite à-l'occasion de l'envoi en Europe d'une mission chinoise, on retrouve de fortes traces d'un vieux levain de marin breton, à l'endroit de nos amis d'outre- Manche. En voici l'histoire : " Le chef de cette mission est un bou- « ton de troisième ordre, peu intelligent, un commis du 1. ministère des affaires étrangères; il est accompagné '' de cinq gamins. Voilà ce qu'on envoie pour se rendre ^ compte de notre civilisation : pas un homme mar- « quant. On ne. sait qu'en penser ici. Les mauvaises " langues disent que c'est un coup monté par les Anglais, u une manière de retarder l'envoi d'une mission diploma- ■1 tique sérieuse et d'empêcher qu'elle ne soit à Paris au '. moment de l'Exposition universelle, dans la crainte que - Paris ne lui apparaisse comme la capitale du monde. ^ Le travail absorbait les loisirs que laissai! à Trêve son commandement, et, bien quepiivédes ressources d'un laboratoire, il envoyait à divers savants des études sur l'électricité. L'un de ceux-ci écrivait à un éminent constructeur mécanicien de Paris : « Quant à la possibilité d'obtenir " des pressions élevées, ce sont des expériences du plus
D.gitizecbyG00glc
38 LU CUMMAiVDANT TRÊVE.
a haut inlérèt. J'admets que l'on pourra, sous la forme u nouvelle électrique trouvée par M. Trêve, obtenir des Il pressions énormes, et, partant, entrer dans la voie de u la découverte de phénomènes entièrement nouveaux. » (Lettre du 28 mai 1866.) C'était le début de Trêve dans la carrière d'observations et de curieuses expériences qu'il devait suivre avec une ardeur sans égale à son retour eu France.
Le commandement du Kien-chan, son ancien navire, étant redevenu vacant, Trêve y fut nommé, et à dater de cette époque il continua au Japon, dans des conditions très-agréables, cette longue campagne. C'est dans cette phase de sa carrière qu'il montra ce qu'il y avait de générosité et d'indépendance dans son caractère. L'n prince d'Orléans, M. le duc de Penthièvre, accompagné de M. le marquis de Beauvoir, visitait en ce moment le Japon. C'était le fils du princede Joinville, le glorieux amiral exilé; Trêve avait fait ses études au collège de Brest, établissement placé sous le patronage du prince de Joinville'. Il se mit a la disposition du noble voyageur, eut l'honneur de le recevoir à son bord, et lui procura ainsi la graude satisfaction de se retrouver au miUeu d'un élal-major français et de se sentir abrité par le pavillon aux trois couleurs. Tous n'approuvaient pas le capitaine du A'ienchan. — « Il s'emballe n , disaient les uns. — u II se perd n , disaient les clairvoyants. Le prince partit heureux d'avoir nu moment retrouvé la patrie, et le pouvoir du temps ne
■ Le collège Joinvïllc esl devenu lycée de Brest.
LE COMMAVDAMT TRÊVE. 39
songea pas à demander compte, au capitaine de l'un de ses bâtimenls, de l'hospilalilé donnée à un fils de France. Jusqu'ici, les circonstances avaient éloigné Trêve des brillantes aiïaires de guerre qui signalèrent les expéditions de Chine et de Cochincbîne; avant de quitter l'extrême Orient, il eut la satisfaction de prendre part à l'expédition contre la Corée, où le sang de nos missionnaires venait de couler. L'entreprise n'était pas sans danger, à cause des difGcultés de la navigation sur une mer peu pratiquée et où des marées de neuf à dix mètres occasionnaient un énorme dénivellement d'eau sur des côtes hérissées d'écueils. Quant à l'ennemi, il n'opposa pas une résistance sérieuse. Nous extrayons d'une lettre de Trêve, adressée le 25 octobre 1 866 à son frère, alors chef de bataillon d'infanterie de marine, le récit animé de ce hardi coup de main, a Mon cher « Adolphe, bonne nouvelle 1 l'une des quatre places fortes «de la Corée, Kang-hoa, est entre nos mains avec des « approvisionnements énormes de malcriel de guerre, plus u une belle quantité de numéraire trouvée dans les caisses u publiques. Il n'y a que l'amiral Roze pour avoir ces " bonheurs-là. En moins d'un mois, ami, ralliement de 11 toutes nos forces à Tche-fou , — reconnaissance de la u rivière de Séoul; — toute une division française au cœur " de la Corée, après avoir, sans accident aucun, passé à X travers bancs et roches inconnus. C'est inouï de chance. 1 Cinq cents hommes occupent la ville de Kang-hoa; — " la Houille bloque l'île, — le commerce est arrêté, — les «jonques ramassées. Depuis quatre jours, je suis sans « cesse en mouvement. L'amiral m'a donné le comman-
D.gitizecbyG00glc
40 J.E COMMAMDfl.VT TREVE.
« demealdescompagoiesdedébarquemenlde ia itoltille, et «j'ai fait uae reconaaissaoce sur la route delà capitale, « qui est à douze lieues de nous. Le roi de tlorée a écrit à u l'amiral une de ces lettres que les Chiaois pouvaient u écrire en 1840; la réponse est digne d'un amiral frann çais. Mais avant de marcher sur Séoul, il faut attendre u les ordres du gouvernement; jusque-là, nous nous en u tiendrons à cette rude leçon donnée au roi de Corée, qui " a cru pouvoir impunément verser le sang de nos mis- " sionnaires et nous braver. "
Cette expédition valut au capitaine du Kien-chan une troisième proposition pour le grade de capitaine de frégate. La campagne se prolongea encore une année pour lui, après quoi, il revint jouir à Paris d'un repos bien mérité. Mais nous l'avons déjà noté, Trêve ne se reposait des fatigues de la navigation qu'en se livrant tout entier à ses éludes favorites; il les reprit, et, de 1868 à 1870, îl en exposaitles résultats dans des notes présentées à l'Académie des sciences par M\I. Faye, Jamin et Dutnas ', membre de l'Institut. Il ressortait des expériences du commandant Trêve que les matières gazeuses polarisées par le courant
' Note préseolée par M. Faye sur la magnélisalioti de la Tonte de fer à l'élal pÂleui chez Allt. Donzel, fondeurs, dans un moule en sable enlaiiré d'une puissante bobine actionnée par 13 bunsent. Diinns plus lard (lS7d), M. le D'' Siemens conlirmait ce Tait en Taisant connailre que M. l'ingénieur russe ChéracnlT atrail réusai la même eipérience.
Noies sur l'aclian du magnélisme sur les gaz, préscnlées par M, Jamin.
\'ote sur la magnélisation des Tanles d'acier, présentée pur W. Dumas. Celte expérience permit de constater (jue le grain d'un cylindre d'acier soumis au magnétisme pendant tout le temps de son refroidisse meut est d'un îjrain plus fin el plus serré que celui de l'acii'r ordinaire, mais qu'il résiste moins bien que ce dernier à l'écrasement el ii la traction.
D.gitizecbyG00glc
LK COMMAVOAXT TUKVK. VI
d'induction qui les traverse sont énergique méat troublées par TactioD du magnétisme. 11 se produit une distribution diiïéreate des molécules, un élat vibratoire nécessairement nouveau qui se traduit par le clianijcment de coloration.
Le 31 décembre 186S, Trêve avait été inscrit au tableau (l'avancement; cinq mois après, le 21 mai 1809, il était promu au choix au grade de capitaine de frégate, à l'âge de Irente-neuf ans et demi et comptant vingl-qualre années de services effectifs, dont dix-sept à la mer. Cette promotion si voisine de l'inscription au tableau avait été déterminée par le succès complet d'une mission secrètement remplie à Cherbourg par ordre du ministre, et qui avait pour objet de vérifier la possibilité de diriger, à la distance de un a deux milles, un navire au moyen d'un Cl électrique. Cette curieuse a;)plication de l'électricité s'était faite sous les yeux d'un officier général, délègue à cet effet par le ministre, el qui en rendit le compte le plus favorable.
A dater de ce jour, la réputation d'électricien était acquise au commandant Trêve au sein du déparlement, et elle lui valut diverses missions comportant une compétence bien établie. 11 fut attaché au ministère .en qualité de membre de la Commission des défenses sous-marines, et s'y fit apprécier. Ses travaux de cette époque, et notamment une note du 3 juillet 18B9, montrent à quel point sa clairvoyance tut avait fait apercevoir le rôle considérable, pour la défense mobile des ports, qu'étaient appelés à prendre les bateaux torpilleurs, dont à ce moment le vice-
D.gitizecbyG00glc
42 I.B C0MS1AXDAXT THEVK.
amiral de Cliabanaes et M. riugcuieur Brun créaient les premiers types. Dès ce momeni aussi, il dénonçait la faute du choix de Boyardviile comme école des torpilles.
Trêve espérait mettre à profit, pour se créer un intérieur, le repos relatif que lui donnait sa nouvelle situalioa à Paris, lorsqu'il en fut détourné par les devoirs qu'allait faire naître ]a guerre avec l'Allemagne. Le conflit allait éclater; le ministre de la marine l'envoya en toute bâte à Cherbourg, afin d'établir, dans les passes de la rade, des lignes de torpilles. Cette mission accomplie, il revint auprès du ministre.
On sait la foudroyante rapidité avec laquelle l'ennemi arriva sous les murs de la capitale, et le rôle que la marine sut se faire dans la défense de Paris assiégé. Le commandant Trêve fui d'abord chargé, sous la direction supérieure de M. Dupuy de Lôme, inspecteur général du génie marilime et membre du comité scientifique de la défense, de miner les approches de la partie sud : ses mines furent reliées électriquement au fort de Vanves, où il avait ses appareils d'explosion, et le 20 septembre, à trois heures de l'après-midi, celles qui avaient élc établies sur le plateau de Châtillon, à 1,800 mètres de dislance, montrèrent leur efficacité (în détonant sous les pieds des soldats bavarois; ce fait inattendu rendit l'ennemi plus circonspect dans ses mouvements d'investissement.
Le 19 novembre, les membres du comité scientifique de défense proposaient au général Trochu, gouverneur de Paris, de charger le commandant Trêve de la surveillance des appareils électriques disposés sur tout le périmètre
D.gitizecbyG00glc
LE CUI]MA\'D.4\'T TRKVK. iS
des défenses de Parts : u En résumé, disait le camité, il u nous parait, au point de vue scienlilîque, le seul de notre u compétence, que M. Ti'ève, connu par ses travaux que « l'Académie a déjà appréciés plus d'une fois, esl l'homme H désigné pour surveiller les appareils électriques qui enu tourcut actuellement Paris ' . n Mais déjà le contre-amiral Saisset, commandant du 8' secteur, avait demandé pour le capitaine de frégate Trêve le commandement du fort de Noîsy; il y fut nommé el garda celle situation jusqu'à la capitulation de Paris. Huit cent trente bommes, marins, gardes nationaux, artilleurs, isolés, en formaient la garnison; la correspondance du commandant Trêve, parvenue par ballous montés, fait voir l'ardeur dont chacun était animé el l'étonnement de ces hraves devant l'inaction du commandant supérieur. On ne pouvait comprendre qu'il fût impossible de faire une trouée dans les lignes d'investissement de l'ennemi ; les joutes d'artillerie, qui s'établissaient entre les forts et les batteries des assiégeants, ne sufSsaient pas à leur ardeur. « Ces crevés de Parisiens Cl sont devenus des soldats ; le tort est de ne savoir pas s'en '■. servir. Sortir, se battre, encombrer l'eunemi de blessés let rentrer, puis sans cesse recommencer sur tous les " points, voilà la lactique ; nous ne comprenons pas le plan u qui consiste à se laisser enserrer de plus en plus et à se a retirer à l'abri de uos forts. . . Paris est en train de tout u perdre I . . . " Il &ut voir l'indignation du commandant Trêve, lorsque
■ Lellre eoneclive du 19 noFembre 1870, signée par MU. Dekunay, itégaet, Jimin, Fremy, d'.'llaieidii el Bcrthelot.
D.gitizecbyG00glc
iV 1.K COHMAXDAMT IIIKVK.
le bombardement de Paris vint mettre en péril les femmes
cl les enfants : et
C'est au Dam d'un Dieu du clémcncs, de boalé, Que ce Roi fui perfide, injusle el sans pitié !
Mais promplemenl se ravisant : u Ils manquent leur " but, cher frère ; ces Parisiens rient , plaisantent sous " leurs obus, les gamins s'en disputent les éclats. Quelle " race! Mets un peu de foi, de religion dans ce peuple, et Il rien ne lui est comparable. Quant à nos forts, les Alle- " mands y perdront leurs dents. Tu ne saurais croire les u bordées que nous leur| envoyons. Nous sommes encore " pleins d'espoir, car nous croyons que la France fait des « efforts gigantesques '. n
Le fort de Noisy eut les premiers bonneurs du bombardement; les projectiles ennemis trouèrent son drapeau : l'élat-major en fit présent, le jour de sa fête, à l'amiral Saisset, dont le fils, à quelques jours de là, devait être tué au fort de Montrouge, par un boulet ennemi.
Ces forts, si bravement défendus, il fallM^ les rendre aux Allemands avec leur artillerie, leurs munitions, leurs armes de toutes espèces; les officiers s'en indignaient, et parmi eux circulait une proposition d'anéantir, quels que fussent les ordres, toutes les armes portatives, afin que l'ennemi ne pût s'en servir contre leurs frères qui combattaient encore hors Paris ^. Vn sentiment plus fort d'obéissance domina celte exaltation.
Co fut le 28 janvier 1871 que le commandant Trêve,
iLellredu 15 janvier 1R71.
' l.e promoteur de l'idùc fut l'inrorluni! lieutenant lie vaisseau Uarnicr.
LE COMUANDAN'T TRÊVE. 45
la mort dans l'àme, évacua avec sa troupe le fort de Noîsy ; il avait, durant ce mémorable siège, fait son devoir, et le vice-amiral Saisset, bon juge en bravoure et en mérite militaire, le proposa pour le grade de capitaine de vaisseau, bien qu'il ne comptât ]>a8 encore deux années de grade de capitaine de frégate. Les cvénemenls allaient justifier la perspicacité du brave amiral.
Voici en quels termes l'amiral formulait sa proposition : u Je demande avec les plus vives instances le grade de « capitaine de vaisseau pour le capitaine de frégate Trêve, u dont nous constatons l'intrépidité en toutes circon- <i stances. Il commande le fort de Noisy et a pris une part "active aux aflaires de Bondy et du plateau d'Avron. » Cette proposition fut appuyée dans les meilleurs termes par le général Ducrot.
Nous sommes parvenus à celte époque de lamentable mémoire oii il ne suffisait pas à la France d'avoir subi une défaite jusque-là sans précédent dans son histoire; une guerre civile, une guerre impie allait ensanglanter sa capitale sous les yeux étonnés et à la joie de son orgueilleux vainqueur. Celte population de Paris, qui avait supporté avec tant d'béroïsme les calamités d'un long siège, ces généreux ouvriers, capables de tons les dévouements, endoclnDés et séduits par des pervers et des fous, avaient levé le drapeau rouge contre le drapeau national, humilié, il est vrai, mais que le sang de nos plus braves soldats avait lavé de ses taches. Nous n'avons pas à refaire, après tant d'autres, le récit de ces tristes jours, mais peut-être leurs enseignements sont-ils trop oubliés aujourd'hui.
D.gitizecbyG00glc
46 LK COIIMAXDAXT TRKVE.
DisoDS-Ie cependant, les éléments de résistance ne maoquûent pas à Paris, le 18 mars : des quartiers nombreux étaient exempts de tout esprit d'insurrection. Une dépu> tation de la garde nationale du 6* arrondissement était venue prier le commandant Trêve de se mettre à sa tèie en qualité de colonel. Vaines tentatives : le pouvoir, en fuite sur Versailles, abandonnait Paris à l'insurrection, et si le moni Valérien dut de ne pas tomber entre les mains de la commune, ce fut grâce à un soldat de tête et d'énergie, le colonel Lockner, qui en avait le commandement,
La marine, que son jugement sur, son patriotisme éclairé et son exacte discipline ont toujours maintenue, dans les temps de ciise, sur le chemin de l'honneur, recommença le combat pour rendre à la France sa capitale. Elle avait en ce moment à sa té(e un homme qui était la vaillance même, l'amiral Poihuau. Pendant cette période néfaste, le commandant Trêve ne fut point investi de commandement; toutefois, il fut mis momentanément à la disposition du commandant du deuxième corps, qui, le 11 avril, le chargea de se rendre à la redoute de Clamart pour vérifier si les mines établies pendant le premier siège étaient encore en état de fonctionner. Comme beaucoup d'antres, le commandant Trêve ne comprenait pas que l'on fit à la Commune les honneurs d'un siège en règle. Pour lui, la seule tactique à employer était de tromper ses bandes armées par de fausses attaques et d'en diriger d'irrésistibles sur des points bien choisis. Il soumit au commandement en chef un projet de forcer l'entrée de Paris par la Seine, avec des embarcations réunies à Sèvres
Ûk
itGoo'^le