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el iiioatccspar des matelofs.ll se faisait fort de prendre à revers, pendanlla nuit, les défenseurs des porlesd'Auteuil, que ces intrépides marins, familiarisés avec les dangers, eussent hachés sur place, u Ce que j'ai dépensé de verve, de convic- « tion pour la faire entrer dans l'esprit de ceux qui dirigent a tout, est inimaginable. Un jour, c'est oui; le lendemain, u c'est : attendons. Restez là, nous comptons sur vous, etc. « (Lettre du 9 mai 1871.) Et pendant que des plans s'élaboraient dans les cabinets, la Commune, arrivée à l'apogée de la démence, faisait tomber sur un lit de fumier la colonne Vendôme. Saisi de colère, le commandant Trêve adressa par la poste ', aux auteurs de cet attentat, cette apostrophe indignée :
M A Messieurs de la commune de Paris.
" Ne pouvant rien élever, vous abattez. C'est plus facile.
u La colonne Vendôme est à terre ; vous vous devez d'en Il envoyer les débris au roi de Prusse. Voti"e œuvre sera K complète.
u Puisqu'il se trouve des foules pour assister aux der- >i niers moments d'un condamné, il n'est pas surprenant 1 que des milliers de spectateurs aient voulu contempler « votre criminel ouvrage.
«Sur celte place sacrceparla victoire, — chose que vous .: ne coiinaîssez pas, — la France élèvera un monument
' De la ^DFC du Nord.
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« expiatoire qui rappellera vos hontes et les gloires de nos " pères dont vous avez ose profaoer la mémoire. " A ce mol, chapeau bas, pygmées que vous êtes!
u Signé: Tbève, capilaine de frégate. "
Mais il allait être donné an commandant Trêve de frapper plus au cœur ces odieux déboulonncurs de la colonne de la grande armée ; le jour approchait où allait prendre On ce drame qui tenait en suspens la France anxieuse cl irritée, et qui, pour l'étranger, était un sujet d'étonnement et de pitié. Le 21 mai, vers cinq heures du soir, Versailles apprenait avec une joie indicible que l'armée pénétrait dans Paris. A cette nouvelle inattendue, AI. Thiers pâlit et tomba dans les bras de ceux qui l'entouraient. Le lendemain, 22, le chef de l'Etat montait triomphant à la tribune, u Nous ne pensions pas, dit-il ', donner l'assaut u avant trois ou quatre jours; cette cnielle nécessité nous a « été épargnée. Hier, dans l'après-midi, le brave général « Douay s'est aperçu que notre artillerie avait fait plus de u ravage qu'il ne le supposait et que la brèche de la porte " de Saint-Cloud étoit abordable. Des officiers du génie <i avec des compagnies se sont précipités, l'armée a « suivi. H
La vérité a des droits imprescriptibles; historiographe bien informé, nous la dirons. Le vrai donc, c'est qu'il n'y avait pas de brèche à ta porte de Saint-Cloud, et que l'entrée inopinée de l'armée dans Paris était due à un acte de dé-
' Ofciel du 23 mai.
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LE COMMANDAXT TRKVE- ift
vouement aatique ' et d'intelligente initiative d'un officier de marine, le capitaine de frégate Trêve. En voici le récit dans toute sa simplicité ' ;
Le commandant Trêve ne quittait plus en quelque sorte, depuis le 19 mai, les approches de la place, qui s'étendent du Point du Jour à la Seine; des étages élevés des maisons les plus avancées des glacis, il observait l'intérieur de l'enceinte et suivait le tir de nos soldais sur ceux qui s'aventuraient dans la large avenue qui donne accès au viaduc d'Auteuil.Le21 mai,après avoir assisté au tir de la batterie de brèche établie à 1,100 mètres des remparts, il reprit son poste d'observation en face de la porte de Saint-Cloud. Vers trois heures et demie, très-élonné du silence persistant des bastions, il sortit de la tranchée, après avoir donné le mot aux sous-officiers qui y étaient de service, et poussa jusqu'au bord même du fossé une reconnaissance qui lui permit de constater que, si le pont-levis avait été brisé par les obus, ce qu'il en restait permettait à un homme agile de franchir le fossé et de pénétrer dans la place. Pendant cette reconnaissance, pas un coup de fusil ne partit des remparts. Le commandant avait à peine regagné la Iranchce, que l'on put apercevoir sur le bastion 64 un homme agitant un mouchoir blanc toutes les fois qu'un
■ Le mot esl de l'amiral Paris, en pleine Académie, des sciences (séance dn 17 mars 1886).
■ Ce récit est lire des décfarttioni des auteurs et témoins de cet épisode de la déliiTsuce de Paris, et plus spécialement des rapporls olUciels du commandant TrèrR, de Ducatel, des lettres ■'""iit'""inr dr ïnlniiii Garnier, des ( dêclartitions des sous-orTiciers de service dans la tranchée, et notimmenl de celle du sergent Conslanl.
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ralentissement dans le feu de l'altaque lui permettait de se dresser. Que signifiait ce signal? Pouvail-oii s'y fier? Ou bien n'était-ce qu'un piège grossier pour attirer, soil dans les mains des insurgés, soit sous leurs balles, ceux qui s'y laisseraient prendre? Le commandant Trêve regai-de autour de lui : pas un orficier n'était à ce moment présent dans la tranchée. II n'y a cependant pas une minute à perdre ' . Son parli est aussitôt pris ; il ira s'aboucber aoec cet inconnu, au risque de tomber dans un guet-apens ou encore d'être lue par les obus que les batteries de Montretout et de Breleuil font pleuvoir sur ce point. Sous-officiers et soldats de trancbée veulent l'accompagner dans sa périlleuse aventure; ils'y refuse avec autorité : il suffit, leur dit-il, qu'un seul périsse,siderrièrela muraille c'est la mort qui l'attend. De nouveau, le commandant Trêve quitte la trancbée, court au ponl-levis, lestement franchit le fosse eta bien vite rejoint l'borame aux signaux. Le sergent Con|lant, ne pouvant se résoudre à laisser seul le commandant Trêve, l'avait suivi jusqu'au réduit. L'homme dévoué qui avait fait ce signal d'appel était Jules Ducalel, ancien sous-olTicier d'infanterie de marine, alors piqueur des ponts et chaussées. Domicifié à Auteuil, il suivait avec intelligence les mouvements de la défense ; plusieurs fois déjà, il était courageusement sorti de Paris pour rendre compte au général Douay delà situation; ce jour-là, remarquant que les insurgés avaient abandonné cette parUe des remparts, il se hâtait d'en donner connaissance aux avant-postes au moyen
< Une balle parlie de lu tranchée, un éclat d'obus pouvalenl abattre l'aulciir du signal et faire perdre tuiil le rritil de ion acte de dévnuement.
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des sir|Daux d'appel auxquels le commandant Trêve avait répondu. Confiant dans les déclaralions de Ducatel, le commandant explore avec lui les bastions de gauche et de droite, visite quelques maisons voisines, du moins ce qui en reste, car les boulets les ont éventrées, et constate l'évacuation complète de tout l'horizon devant lui, et alors, ne pouvant maîtriser sa joie, il saute sur le parapet et agitant sa casquette de capitaine de frégate aux yeux des hommes qui, anxieux, veillaient de la tranchée, leur jette ce cri ; a Paris est à nous I » Cette périlleuse reconnaissance eiïcctuée sous le feu de nos batteries, il invite le courageux Ducatel à sortir avec lui de la place pour rendre compte à l'autorité militaire, et, rejoignant le sergent Contlant, ils passent le fossé pour regagner la tranchée. C'est à ce moment qu'ils se rencontrent avec le capitaine du génie Garnier, qui lui aussi, du haut d'une maison de Billancourt où il était en observation, avait aperçu les signaux de Ducatel et se portait sur les lieux. La même pensée anime ces hommes intelligents : il est urgent d'occuper la position abandonnée, car, d'un moment à un autre, elle peut être réoccupée par l'ennemi. Mais, au préalable, il faut faire cesser le feu d'enfer dont l'attaque couvre la zone évacuée par les soldats de la Commune, u Commandant, dit le capitaine Garnier, vous êtes ici le seul officier supérieur, c'est à vous que revient l'honneur de prévenir le général en chef. H Deux télégrammes sont adressés par le commandant Trêve au général Douay, à Villeneuve-l'Étang, et au général Vergé, à Sèvres; de son côlé, le capitaine Garnier fait prévenir le général Blondcau et le major de tranchée.
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Après uoe grande heure d'nUente, le feu des batteries de Montretout et de Breteuil cessa. Ce temps avait été employé à réunir les matériaux nécessaires au rétablissemeut du pont-levis. Tout danger du côté de nos batteries ajant cessé, le commandant Ti-ève, les capitaines du génie Garnier et Férand pénétrèrent dans la place avec une section de soldats du génie. Une chose préoccupait le commandant : c'était de prévenir les explosions de fourneaux de mines que les insurgés pouvaient avoir établis ; avec l'assistance des sapeurs misàsa disposition, il se livraàcetle recherche d'un côté, tandis que le capitaine du génie Dubois consolidait le pont-levis, afin qu'il pût donner passage au corps de troupes qui s'ébranlait pour entrer dans la place, mais trop lentement au jugement du commandant Trêve, qui crut devoir donner au lieutenaut-colonel, commandant la garde de tranchée, le conseil de se hâter d'occuper le carrefour et de s'y établir solidement jusqu'à l'arrivée des renforts. Ceux-ci tardaient, et, supposé un retour offensif des fédérés, la situation pouvait devenir critique, lorsque déboucha la brigade Gaudil : il n'y avait plus rien à redou' ter; le coup de main avait réussi.
Le commandant Trêve n'étant pourvu d'aucun commandement, sa mission toute de circonstance se trouvant terminée, il sedirigeaen toute bâte sur Sèvres pour en rendre compte au général Verge. Rencontré balelant et exténué par MM Paul Sazerac de Forges et Jaminet, députés, qui mirent obligeamment leur coupé à sa disposition, il partit à fond de train et fut assez heureux pour rencontrer l'amiral Pothuau, qui, de son côté, se portait vivement vers
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la porte deSaint-Cloud. Le ministre, après s'élre lait rendre compte de toutes les circoastances de l'heureux événement, lui prescrivit de lui en adresser le plus tôt possible le rapport ofliclel.
L'imprévu de l'événement avait quelque peu déran,r[é les combinaisons arrêtées d'avance; on perdit un temps précieux; les chefs de la Commune le mirent à profit pour multiplier les barricades. M. Maxime du Camp a affirmé que, le 21 mai au soir, il n'existait que quatorze barricades, et que vingt-quatre heures, après on a pu en compter 582. Si les troupes avaient été lancées avec vigueur, le soir même elles eussent occupé l'Hôtel de ville. Ce fut à ce moment l'opinion de beaucoup d'officiers, et les écrivains de la Commune ne l'ont pas dissimulé.
Partout où le télégraphe transmit l'heureuse nouvelle se manifesta la même joie; la conscience publique se trouva allégée d'une écrasante préoccupation. Trêve et Ducatel devinrent les héros du jour; les mille voix de la presse les signalèrent à la gratitude nationale. Pour le commandant Trêve, il n'y avait pas de bonheur s'U n'était partagé en famille; le lendemain, 22 mai, il écrivait de Sèvres à ses deux frères à Granville : u Frères chéris, l'une 1 de mes bonnes connaissances, M. Limperani, député, u qui hier soir m'a reçu ici, au débotté, m'a promis de u vous télégraphier que j'étais intact. Dieu m'a visiblei. ment protégé ainsi que M. Ducatel, car, lorsque j'ai u franchi le fossé sur une affreuse petite poutrelle, débris il restant de pont-levis, deux obus nous arrivaient et puln vérisaient tout à quelques mètres de nous. Nous voici
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donc dans Paris, et par un de ces coups inattendus qui « déroulent tous les calculs et pour lequel Dieu a bien 1' voulu se servir de moi. De mon côté, j'ai joué le tout u pour le tout. Je nais me rendre à Versailles pour remettre u mou rapport; après quoi, quand Paris sera libre, et il " doit l'être dans vingt-quatre heures, si l'on pousse ferme V de l'avant, je demanderai un congé et irai vous •.i rejoindre... Enfin, quel bonheur de nous trouver u réunis ' ! n
Dans une autre famille, mais bien agrandie, la satisfaction n'était pas moindre. uToutelamarinc vientàmoi» , écrivait l'heureux capitaine de frégate; u tout haut, partout, « amiraux, directeurs, camarades disent : u 11 faut à Trêve " le grade de capitaine de vaisseau, n A quelques jours de là, par décret du 4 juin, le président du conseil, chef du pouvoir exécutif, réalisait ce vœu de tous. En lui notifiant cette haute récompense, le ministre l'accompagnail de ce billet, que conserve la famille :
t Veriailles, ce luodl.
1^ Mon cuer Trêve,
u Vous avez fait un coup de mailre en entrant le pre- » mier dans Paris, et en y faisant entrer notre brave u armée. Je regrette que cela n'ait pas été assez dil, ni >i publié. Ce n'est pas ma faute, mais cela se sait. Allez
' Le secoad hère du comcntmdaat, le lieuletiaal-colpDel Trèie, Tenûl d'arriver du Sénégal, où, daas une expédition coDlrrTaula-Toro, qu'il avait commandëc en cher, il avaïl déplojé de brillantes qualités militaires. Il avait sallicilé son rappel en France pour prendre part à la défense nationale.
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u remercier M. Tbiers et croyez, mon cher commandant, u à mes sentiments bien ofTectueux.
u Vice-amiral PoTHuau, n
Le directeur du personnel, M. Je contre-amiral Martineau des Cbcsnez, lui écrivait à son tour : « Tous ceux qui u apprécient la bravoure intelligente ' ont applaudi à » votre promotion. » Du côte de l'armée, les félicitations DO manquèrent pas ; le général du génie de Rivière, sous les ordres duquel le commandant Trêve avait été momentanément placé, lui mandait : u Je me réjouis de voir que u justice vous a été rendue sur-le-cbamp, et je joins mes >' félicitations à celles des nombreux amis que vous avez u su vous faire dans l'armée de terre, n
Le 2 juillet 1871, avaient lieu des élections pour l'Assemblée nationale j il parut à quelques hommes politiques que la candidature de Trêve à Paris était tout indiquée; c'était notamment l'opinion de MM. de Girardin et Détroyal. Ce dernier, ancien camarade de Trêve à l'Ecole navale, insiste près de lui pour qu'il la pose; il refuse. c Avez tort immense, ne retrouverez jamais pareille occau sion, ne renoncez à aucun prix » , lui télégraphie un député influent. Le commandant Trêve, tour à tour homme
' N'aytnl en vue, dans ces piges, que le commandanl Trèee, noua ne poutuna turtir île ce radre reitreiat. Toulefois, rappelons Iri qun Ducalel, après sa sortie par la porte de Sabl-Cloud, caurui se mettre à la disposllion du j|éiiéralDouay,' '.".. — . ; 1. " ,;.''' t.une
■ouscriplion ouveric par le Figaro en aa Tuteur produisit plus de 100,000 fr. Ducatel , père d'une nombreuse famille, fui eu oulrr nomma à la perception de Melun, ol, sur l'insislance du commandant 'Irène, il obtint la craii de chevalier de la Léjjian d'honneur.
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d'aclion et d'étude, répu<jiiait à assumer la responsabilité attachée à Ja fonclion de législateur. Finalement il refusa, et depuis on lui a donné plus d'un molir de le regretter.
Bientôt le soiù de sa sauté s'imposa impérieusement ; une bronchite contractée au cours da rude hiver I870>1871, au fort de Noisy, où il ne s'était pas ménagé, devint assez inquiétante pour rendre le séjour du Midi nécessaire. Ce fut au climat de Cannes qu'il demanda son rétablissement, et, au moyen de congés successifs, il put y prolonger son séjour jusqu'à guérisoa complète. Avec la santé se réveilla son ardeur pour les recherches scientifiques, et elles paraissaient devoir l'absorber, lorsqu'un mariage, tel qu'il l'avait désiré, vint le conduire au porl souvententrevu et toujours manque.
Le 30 octobre 1873, à l'église de Saint-Germain des Prés, un prêtre dont la science gardera le nom, AI. l'abbé Moigno, chanoine de Saint-Denis ', bénissait^ en présence d'une brillante et sympathique assistance , l'union du commandant Trêve avec mademoiselle Alix Chopard, originaire de Bourgogne, 'et dont la famille était alliée à celle du maréchal Vaillant.
En 1874, au cours d'un voyage en Italie, le commandant et madame Trêve furent présentés à Pie IX par l'ambassadeur de France. On n'avait pas perdu, à la Curie romaine, le souvenir des services rendus par le lieutenant de vaisseau Trêve aux missions catholiques dans l'extrême
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