LE C0JI1MA\DA\T TIIKVK. 5T
Orient j il se trouvai! ce même iiommequi, eu provoquant, avaul le moment ûxé, l'entrée de l'armée dans Paris, avait préservé de la ruine et de l'incendie Notre-Dame et tous les sanctuaires de la capitale d'un grand peuple : le Saint- Père, pour l'en récompenser, le créa commandeur de son Ordre.
A sa renlrée en France, il fut attaché au ministère de la marine en qualité de membre de la commission supérieure des défenses sous-marines, ce qui permit à cet infatigable chercheur de reprendre avec suite l'étude des applications de l'électricité aux usages de la navigation. Il fit parf à l'Académie des sciences des résultats de ses recherches dans des notes que présentèrent, en son nom, MM. Desain, Edmond Becquerel, l'amiral Paris, lierthelot et Dumas'.
Ces travaux ne lui faisaient pas perdre de vue les nécessités de la carrière; pour arriver officier général, il y a des conditions de navigation à remplir : le commandant Trêve demanda à servir à la mer et fut nommé au commandement du croiseur le Desaix, dans l'escadre de la Méditerranée, Ce temps de commandement fut fécond en études et en expériences : celle qui marqua, et qui est destinée à un grand résultat pratique, est l'invention d'un tfmbraoeur
1 Note du 19 mars 1872, sur les ■imanU. — Mole du 1" février IH75, sur les atmosphères des aimants. — 1" joillel 1875 ; Influence du magaéligme sur l'eitracouruil d'oiiverlure. — Nùle du 30 aoAl 1875, sur les signaai de nuit pour éviter les aborda<|es. — Note du 6 novembre 1S76, sur un nouveau phénomène dynamomagnélique. — Eludes magiiétii]tieR sur les aciers, ajaiit pour objet la recherche des condilioaa de trempe el de composition chimique les plus fuTarables à la rabricalioo des canons el des armes portatives. — Note du 16 octobre 1ST6, sur l'action ciselante produite par les acides sur les divers métaux.
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58 LE COMMANDANT TKKVË.
électrique au sujet duquel une note du plus haut intérêt fut présentée, le 27janvier 1879,àrflcaJémie des sciences, par M. Dupuy de Lôme. Suivant une heureuse expression du célèbre ingénieur, c'était une première greffe de l'électricité aux machines marines, dont la marche était, par un procédé des plus ingénieux, mise entre tes mains du capitaine du navire. Une fin prématurée a empêché le commandant Trêve de donner à son invention les perfectionnements nécessaires pour la faire entrer dans la pratique ; mais l'idée en est trop précieuse pour qu'elle ne soit pas reprise un jour. Trêve, capitaine de vaisseau, retrouva à bord du Desaix toutes les qualités qui, lieulenant de vaisseau , faisaient de lui un manœuvrier de premier ordre; chargé d'expérimenter les torpilles divergentes de l'invention de MM. Chauvin et de la Chauvioière, il fut complimenté par le ministre dans une dépèche adressée au commandajil de l'escadre, et dont nous ne pouvons mieux faire que de reproduire les termes.
( Piris, le 21 février 1877.
uMoNSIEUR LE VICB-AUIRAL,
" Le programme, que vous avez approuvé, a complètement réalisé, dans son ensemble et dans ses détails, le but de mes instructions : la manœuvre du Desaix, fort délicate à réussir dans les circonstances de mer qui se sont produites, fait honneur à AI. le commandant Trêve ; enfin, la destruction du Lézard a prouvé la confiance que l'on peut avoir dans ce nouvel engin.
" Veuillez donc agréer. Monsieur le vice-amiral, l'expression de ma satisfaction et la transmettre aux olïciers qui
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LK COMMAi\UA\T TKKVi:. 5S
ont pris pari à ces expériences, nolammeal à M, le commandant Trêve et à M. Je lieulenant de vaisseau Chauvin, l'uQ des inventeurs.
« Le vice-amiral, sénateur, minisire de la marine et des colonies.
u Signé : Fourichox. "
Ce fut à bord du Desaix, ayaal à sa remorque l'Argonaute, que fut faite avec un plein succès la première application du téléphone pour mettre en communication deux navires, l'un remorquant l'autre. Enfin, à la période du commandement du Desaix (1876-1878) appartient ud travail considérable, exécuté, sous la direction de son commandant, par AIM. les lieutenants de vaisseau Des Portes et fluberl, ayant pour titre : Calcul des angles de roule, des vitesses et des temps nécessaires pour effectuer les évolutions de fa nouvelle lactique navale- en essai. Ce travail fui présenté à l'Académie des sciences par M. l'amiral Jurien de la Gravier^, comme pouvant figurer à côte des remarquables méthodes de navigation dont M. le vice-amiral Bourgois avait déjà doté la marine.
, Le commandant Trêve avait quitté le Desaix avec l'espoir de monter bientôt sur un cuirassé. Il était de règle à ce moment que, pour arriver aux étoiles de contreamiral, il fallait passer par celte épreuve; il fut, le 1" février 1879, nommé au commandement de Técole des torpilles de Boyardville. Celait une déception : il n'avait jamais compris l'établissement d'une école de ce genre sur cette plage de sable où la mer, en baissant, empêche les
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fiO LE COHMAMUANT ÏREIE.
citcrcices pratiques et où, même en été, des mauvais temps li'op fréquents viennent les interrompre; il était aussi peu admirateur du mode d'instruction adopté, et il sentait qu'il allait se trouver aux prises avec un esprit de clocher et des résistances en hauts lieux difficiles à vaincre. Rien n'est délicat comme le rôle de réformateur : souvent on est peu compris, et personnellement on y perd plus qu'on n'y gagne. Le commandant Trêve, avec le seul bien du service comme objectif, signala courageusement ce qui, à son sentiment, devait être modifié ; des adhésions sérieuses lui élaienl d'ailleurs acquises parmi d'éminents amiraux. Grâce à son insistance, l'instruction théorique des officiersélèves fut fortiâée par l'adjonction au personnel enseignant de l'école d'un professeur de sciences de l'Université. D'autres réformes, dont il avait eu la pensée, furent réalisées après qu'il eut quitté le commandement de l'école. AujouM'hui, il se réjouirait de la voir transférée à Toulon. .4 l'expiration de son temps de commandement, le ministre, en lui notifiant 'Son remplacement, lui écrivait :
u Alonsieur le commandant, au moment où vous allez " quitter cet important commandement, je suis heureux de u vous témoigner ma satisfaction pour la manière dont u vous avez dirigé pendant deux années l'école de Boyard- " ville '.
" Signé : Vice-amiral Cloué. «
' t)épéc{iË du 8 rëviiur IttSt. Ce tiimoigna<{e de sulisfdulîon avail été provoqua psr II. le vice-amiral de Jonquièrei, préfel marilime à Rochefort, qui avait en màme temps proposé le cammandaul TrÈve pour la croix de commandeur el pour un commaudemenl de vaisseau cuirassé.
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LE COMHA.VDAX'T TRKVE. 6l
Cesdeus années avaient été laborieuses ; le commandant Trêve se délassait d'un travail par un autre. Le plus important futson étude surles courants d'Ampère et leur préexistence dans les substances magnélitjues. Ce travail, avec deux autres sur l'aimant et sur les courants d'Ampère et le magnétisme rémanent, fut présenté à l'Acadcniie des sciences dans ses séances des 4 et 11 août 1879. Ampère s'est demandé si les courants moléculaires des aimants se créent de toutes pièces dans les substances magnétiques pendant l'aimantation, ou bien si la cause qui aimante ne fait que déterminer une circulation de courants préexistant dans les métaux à l'étal naturel. A la suite d'expériences laborieuses, le commandant Trêve déclarait qu'il y avait toutes raisons d'admettre que les courants particuliers préexistent dans les métaux magnétiques, et que le courant de la pile, cause de l'aimantation, en détermine la circulation et l'orientement. S'agil-il, au contraire, d'un métal non magnétique, du cuivre, par exemple? le courant de la pile, ne rencontrantpas sur sa route ces courants particulaires, ne donne qu'une aimantation faible. Rien n'égale la mobilité des courants d'Ampère, la facilité avec laquelle ils se dépolarisent et reprennent leur cours dans toutes les directions, ainsi que l'avait présenté et déclaré l'illustre physicien français. Il existe d'ailleurs une énorme disproportion entre la force nécessaire pour aimanter un barreau d'acier et celle qu'il faut employer pour le désaimanter. Supposons qu'il faille cinq bunsens pour aimanter un barreau à saturation. Pour dépolariser ces courants d'Ampère, c'est-à-dire pour ramener le barreau
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es LU GOMMASIDAMT TRÈVK.
à l'étal naturel, il suffit de faire passer (laus la bobiue qui l'enveloppe le courant inverse d'un élément microscopique à eau légèrement acidulée.
Celte extrême mobilité des courants d'Ampère conduisit l'habile espérimentaleur à reconnaître qu'il suflil de frapper quelques coups sur l'extrémité d'un barreau aimanté pour dépolariser ses courants, et lui faire perdre, par conséquent, son aimantation, il suit de là qu'il suffit d'un choc sur un électro-aimant, ou moment où le courant cesse, pour diminuer la durée de sa désaimantation dans des proportions considérables et, par conséquent, remédier au magnétisme rémanent.
L'exposition internationale d'électricité, en 1881, fut pour la commandant Trêve, qui y avait pris part, l'occasion d'une reconnaissance très-Salleuse de la compétence qu'il s'était acquise dans cette branche merveilleuse de la science: lejury des récompenses lui décerna {octobre 1881) le diplôme d'honneur dit de coopération, institué en faveur des savants français et étrangers ayant participé à l'exposition .
Une carrière si ulilemeot poursuivie appelait une haute récompense : par décret du 29 décembre 1881, le commandant Trêve était élevé au grade de commandeur de la Légion d'honneur. « Je vous annonce avec une vive satis- » faction, lui écrivait le ministre, celte récompense de " vos services distingués ; j'ai mis un intérêt tout particuti lier à vous la faire obtenir.
« Signé : Gougearo. «
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LK OOMMAMDAMT TRKVE. 63
La direclion du personnel, à ce momeal, était confiée à UQ oflicier général ' dont la modestie ne parvenait pas a voiler le haut mérite. Marin consommé, il souffrait de l'insuHïsance de l'instruction nautique que les aspirants de deuxième classe recevaient eu escadre à leur sortie de l'École navale, et il n'y voyait de remède que par le rétablissemeat du vaisseau Ecole d'instruction. Il jeta les yeux sur Trêve pour cet important commandement, après toutefois s'être assuré de sa pleine adhésion au plan d'instruction qu'il avaitconçu. Mais dans l'intervalle un changement de ministre était survenu ; le directeur du personnel ne put faire accepter ses vues, et bientôt il se retirait.
Ajournant pour un temps tout espoir de reprendre la mer, le commandant Trêve sollicita une situation à Paris et fut nommé a Is présidence des commissions nautiques du littoral. Ce poste lui assurait la résidence de Paris, où ses relations avec les hommes de science s'étendaient à mesure que lui-même prenait rang parmi eus. Une noble ambition commençaitàgermer dans son esprit; c'était celle d'entrer à l'Institut. Au jugement d'amis compétents, ses nombreux travaux, dont, au cours de ce travail, nous n'avons signalé qu'un certain nombre, lui créaient des litres sérieux. Dès 1879, et à la suite de sa remarquable étude sur l'aimant et sur les courants d'Ampère, le savant directeur du Cosmos écrivait :
Il Les vues théoriques de notre ami M. Trêve sont à la « fois neuves et vraies ; ses expériences sont très-ingénieuses
' M. le con Ire -amiral Motlpz.
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u et Irès-délicalement faites. Il a fail le premier, à ma a conaaissance, un pas imporlant dans la voie mysiérieuse " ouverte avec tant de pénétration par Ampère, mais il « reste à mettre encore plus en évidence l'existence du « mouvement lourbillonnaii-e commun aux molécules de u tous les corps magnétiques et diamagnétiques ; à les
I montrer en quelque sorte au regard par des expériences u aussi saisissantes que celles par lesquelles M. Crookes «nous a révélé toulunmoude de mouvements moléculaires. M Que notre savant ami M, Trêve ne s'arrête doue pas en si
II bon chemin ; qu'il commence une nouvelle campagne et K qu'il aille jusqu'au bout. Il a mérité glorieusement que le u magnétisme lui révèle ses derniers secrels, comme a. l'acier lui avait révélé les siens dans les mémorables <^ expériences du Creusol. L'Académie des sciences alors « lui ouvrira ses glorieuses portes, n
Depuis lors, la réputation de savant du vaillant marin n'avait fait quegrandir, etlel7 mars 1884, l'Académie des sciences ayant à pourvoir à une vacance d'académicien libre, le moment parut propice pour poser sa candidature. MM. Dumoncel et l'amiral Paris, dans un remarquable exposé des travaux et des titres du commandant, s'en firent les soutiens au sein de l'illustre assemblée; et, s'il ne fut pas élu, le nombre de suffrages obtenus put lui faire entrevoir des espérances fondées pour l'avenir.
Mais l'expédition du Tonkin et la guerre dont elle fut la cause avec la Cbiiie, attiraient l'allenlion de tous. La marine y prenait et était appelée à y prendre une part chaque jour plus brillante; Trêve, bien que sa sanic, depuis
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LE COIIUAIVUAM TRÊVE. «S
plus d'un' an, laissât fort a désirer, se Cl un reproche de rester à Paris; la terre semblait lui brûler les pieds; il sollicita un commandement dans l'escadre de l'eitréme Orient : on lui donna celui du cuirassé fAialanfe. Ce n'est pas qu'il approuvât cette nouvelle guerre; six années passées en Cbine et au Japon, l'attention qu'il n'avait cessé de donner à leurs progrès, lui avaient permis déjuger le colosse avec lequel la France entrait eo conflit. La qualification de « quantité négligeable >> qui lui avait été appliquée excitait chez le commandant Trêve un véritable courroux. Mais la lutte était engagée; il ne s'agissait plus de faire de la politique, mais de combattre. Il partit donc après avoir donné sa démission de président des commissions nautiques du Itltoral. A ce sujet, H. Raynal, ministre des travaux publics, écrivait au ministre de la marine : « Je a crois devoir vous signaler le concours éclairé que M. le <t commandant Trêve a prêté à mon administralion, et je u vous prie de lui faire savoir que ses efforts ont été parti- (I culièrement remarqués et appréciés lors des nombreuses u enquêtes nautiques qu'il a eues à diriger et à présider. » Tout en comprenant le sentiment qui avait porté le généreux marin à reprendre la mer, sa famille et ses amis n'étaient pas Irès-rassurés sur la possibilité pour lui de résister aux fatigues d'un commandement sous le ciel du Tonkin et celui de la Chine ; cette appréhension fut partagée par ceux qui, devant Tiiuan-han, le virent monter à bord de VAtaJante pour en prendre le commandement. L'événement trompa les prévisions les plus pessimistes ; les devoirs, la responsabilité du commandement firent la
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plus heureuse disersion à des investigations trop obstinéœent dirigées vers l'inconnu , et sa santé se fortifia, malgré les épreuves d'un ciel de feu et les fatigues qui signalèrent leblocusdeFormose.Maisn'antidpons pas. Cette campagne, où le commandant de l'Atalanle avait pu apercevoir des lauriers à conquérir, ne réalisa pas ses espérances : VAlalante. à cause de son grand tirant d'eau, ne pouvait atteindre l'ennemi dans les petits fonds où i) se réfugiait, et, à la grande désolation d'un état-major désireux de se signaler e( d'un équipage de trois cents bommes que son commandant représentait comme autant de lions prêts à bondir, l'amiral Courbet ne put associer VAtalante aux actions de guerre qui ont fait sa gloire. Trêve était d'ailleurs le plus ancien capitaine de vaisseau d'une escadre qui fut constamment fractionnée, et, la plupart du temps, il remplaça avec le guidon de cbef de division les amiraux Courbet et Lespès. Il passa d'abord àTouranne de longs mois d'atlente et d'isolement en qualité de commandant du blocus des côtes sud de l'Annam, puis succéda à l'amiral Courbet dans la baie d'Halong, où il eut jusqu'à onze navires sous ses ordres. Longtemps àAIatson, poste d'avanl-garde à la porte de la Chine, et chargé d'y assurer les communications télégraphiques, il eut l'espoir d'y être attaque par les croiseurs que poursuivit en vain plus tard l'amiral Courbet. Successivement, il fut chargé du commandement supérieur du blocusàTamsui, puis à Kélung. L'histoire de cette mémorable campagne est écrite; chacun sait les épreuves auxquelles furent soumis nos bâtiments, leurs équipages et les troupes d'occupation.
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Ui COMMANDANT TRK.VK. fi7
Voici une lettre de Tamsui :
> Tamaui, 10 mus 18X5.
"Ici, toujours lamême exisleucel Une saison très-ngoureuse passée en pleine mer, c'est-à-dire, à 3 milles de Tamsui, par 30 mètres de fond avec 7 maillons devant le nez! Coups de vent continuels, mer le plus souvent énorme, ronlis et tangage à proportion : c'est la cape à l'ancre, sous les feux depuis quatre mois et en branle-bas de combat perpétuel! Voilà notre existence, laborieuse, pénible parfois, depuis un an (dans 40 jours), mais encore peu glorieuse I Enfin, comme il n'y a pas de sot métier, dit-on, il faut espérer que le ministre voudra bien apprécier favorablement tes services obscurs de VAtalatile, si bien préparée, enlrainée, cependant, avec son bon étatmajor et son superbe équipage, si prêle à bondir et à crever la paillasse à quelque céleste croiseur !
a Voici les dernières nouvelles : je crois bien que l'amiral Courbet est en train de faire quelque nouveau bon coup sur la côte de Chine. Il est la terreur des Chinois.
u Et moi, je suis ici avec 2 croiseurs, chargé du blocus au norddeFormose.Depuisqnelquesjoursjemesuis rapproché du port, pour les canonner de temps à autre, quand ils paraissent trop nombreux dans leurs travaux de défense en vue d'un débarquement prochain : mes canons de 19 font merveille 1
« A la fin de ce coup de vent, il est probable que j'irai le plus près possible pour les secouer vivemenlel leur démonter les grosses pièces que j'aperçois n
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r.K LK COMMA\nflJVT TRKVIC.
u Voici mai ntenaiitKéluag, en quelqueslignes empruntées au livre si vrai, si intéressani, de M. Maurice Loir : u A Ké- V. lung, les navires étaient en perdition un jour sur deux, et 11 les officiers anglais de Hong-kong, qui connaissaient les 11 dangers de ces parages, engageaient des paris sur la 1 perte des navires français. On n'entendait parler que de u chaînes cassées, d'ancres perdues. Il fallait que l'bélice u fût conslatniuent prête à tourner, et, ce qui est plus difu frcile, qu'elle pût partir à la seconde, sinon, la cala- « strophe était imminente. La côte de Formose était appe- « lée avec raison le tombeau des ancres. »
u Heureux si nous n'y avions laissé que des ancres I mais que de marins, de soldats tués par l'ennemi, victimes des privations et de l'insalubrité du climat, ont payé de leur vie la fatale erreur qui nous fit aborder à Forinosel Les avis utiles n'ont pas manqué au pouvoir; mais, écrivait-on au commandant, «. au ministère de la marine, on n'y peut u rien. C'est le président du conseil qui fait tout, qui or- « donne tout, qui endosse tout, et qui se fâche tout rouge « quand on semble vouloir le contrecarrer « .
Pendant les onze mois que le cuirassé l'Atalante fut oublié à Tonranne, son commandant fut fidfle à la mission qu'il s'était donnée de protéger les missionnaires, persuadé de faire à la fois acte de bon chrétien et de bon Français, car, là où pénètre le missionnaire catholique, la France ne tarde pas à être connue et aimée. C'est ce que lui écrivait, le 25 janvier 1886, le Père Kaissaut, missionnaire apostolique à Touranne. u Comment vous remercier dignement, " mon commandant, de tout ce que vous avez fait pour
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LK t:OMWA\I)A\r TRICIIC. Il'!l
« moi, pauvre petil missionnaire, de tout ce que bous avez u fait pour la religion et surtout pour la France ; car, l'inu fluence du missionnaire est une influence acquise à la u France? n Ces missionnaires ont parfois fait parvenir aux chefs militaires les avis les plus utiles; bien inspirés, s'ils en eussent tenu un peu plus de compte !
La paix était signée, ou plutôt bâclée. On était las de cette ([uerre sans nom. Au grand regret de toute l'escadre, la France rendait les îles Pescadores, conquête la plus précieuse de cette pénible et ruineuse campajjne. Il fallul les évacuer, après quoi VAialanle reçut l'ordre d'aller désarmer a. Saïyon. Bien que n'ayant pas été au feu, ce vieux cuirassé avait fait bonne figure dans l'escadre : au demeurant, les tempêtes, un service incessant avaient plus endommagé nos bâtiments que les boulets cbinois. Le coramandant de l'Atalanle revint en France ; il était depuis quinze ans bientôt capitaine de vaisseau, trois fois il avait commandé dans son grade. Il revenait avec l'espoir fondé d'être fait bientôt contre-aniiral, couronnement bien mérité d'une carrière si honorablement parcourue.
Un mois ne s'était pas écoulé qu'un accident de voiture à jamais déplorable enlevait le brave marin à sa famille, à son pays I
L'émotion fut profonde à Paris et dans les ports. Le concert de regrets et de louanges que fit entendre la presse, sans dislinctiou d'opinion, trouva sa note exacte dans les adieux que le vice-amiral Uourgois adressa sur cette tombe, si inopinément ouverte, à son ancien officier de cboix; nous les reproduisons intégralement :
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U-: <;OMHAMI»A\T TRKVK.
u Encore une belle iolelligence éteinte. Encore ua noble cœur qui a cessé <ie battre. Encore un serviteur dévoué de la marine e( du pays frappe par un accident vulijaire e( brusquement arrêté dans une carrière qui lui pi'Omellaii de nouveaux honneurs et de nouveaux succès. — Celui que nous pleurons, Messieurs, avait au plus baut degré le sentiment de ses devoirs envers la patrie et notre marine. Sa vie entière leur a été consacrée. 11 en eût fait pour elles avec joie le sacrifice. Ici, au bord de celle tombe, je dois me borner à en rappeler les traits principaux.
u Son goût pour les sciences pbysrques l'avait porté d'abord à étudier l'emploi des engins explosibles et des applications de l'éledricité à la navigation et à la guerre maritime. Lieulenant de vaisseau en 1859, sur l'escadre de siège dans l'Adriatique, il coopéra à d'intéressantes expériences d'explosions sous-marines dont la prompte conclusion des préliminaires de Villafranca ne permît pas d'ufiliser les résultats. En 1860, dans l'expédition de Chine, il Gt, à la destruction de quelques forts deXakou, après leur prise, uoe des premières applications de l'électricité à la mise en feu simultanée des fourneaux de mine.
<i Quand la paix avec le Céleste Empire fut signée, Trêve de marin devint diplomate. Successivement consul à Tien-lsin, secrétaire de légation et même cbargé d'affaires intérimaire à Pé-kin, il aida notre ministre, M. de Uourboulou, à conclure avec la Chine un traité qui plaça
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cnQu les chrétiens chinois sur un pied d'égalilé avec leurs com patriotes. La croÏK d'ofRcier de la Légion d'honneur fut la récompense de ces services.
« La guerre de 1870 le trouva capitaine de frégate, poursuivant ses travaux scientifiques à Paris. Il prit part à la défense de la capitale, en établissant des lignes de torpilles sur quelques-UDS de ses abords et en commandant le fort de Noisy. La douleur de rendre des forts qui n'avaient pas été pris fut vive chez tous les officiers qui les défendaient. Elle mit les jours de Trêve en péril.
u Lorsqu'il fallut reprendre Paris sur l'insurrection de la Commune, Trêve, aux avant-postes, guettait l'occasion de montrer encore sou dévouement. 11 la saisit avec empressement, lorsque Ducalel, près de la porte du Point dnJour, l'informa du haut du rempart de l'absence de défenseurs. Sans être arrêté par la crainte de tomber dans un piège, Trêve traverse le fossé sur une poutrelle, pénètre dans la place, s'assure de l'exactitude du renseignement, le transmet aux chefs miUtaires, et rentre dans Paris en guidant la tète de colonne de l'armée, qui va rendre à la France sa capitale et arracher celle-ci à l'incendie.
d Le grade de capitaine de vaisseau fut la récompense de celte brillante conduite. Trêve commanda, dans ce grade, le croiseur le Desaix dans l'escadre d'évolutions, et l'école des défenses sous-marînes de Boyardville.
(i Travailleur infatigable, toujours à la recherche d'applications à la marine et de progrès nouveaux de sa scieacc de prédilection, l'éleclricité, il étudia particulièrement
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72 LK OOUMAMUAMT TRKVK.
l'iafluence de cet agent sur la constitution moléculaire des
corps; il fut grièvement blessé à l'œil, en Taisant une inlé-
i-essante expérience sur le passage de l'électricité dans l'air
comprimé.
u Lorsque la guerre de Cbioe éclata, il obtint le commandement du cuirassé l'Atalante dans l'escadi-e de l'extrême Orient, commandée par l'illustre amiral Courbet. Appelé par son rang d'ancienneté à suppléer souvent l'amiral, sur des points éloignés parfois du théâtre des hoslililés, il eut le vif regret de ne pas y prendre une part assez active.
u La joie du retour au foyer domestique, où l'attendaient les plus chères affeclions, celle surtout d'une compagne aimante et dévouée, la reprise de ses études, lui faisaient déjà oublier ce mécompte, lorsque la perte d'un frère, colonel d'infanterie de marine en retraite, est venue le frapper douloureusement, et à peu de jours de dislance, il est tombé lui-même, vichme du fatal accident que nous déplorons.
« Puissent au moins les nombreux témoignages de sympathie dont sa mémoire est l'objet adoucir le chagrin de sa perte chez ceux qu'elle atteint si cruellement.
u Et toi, brave commandant, cœur généreux, excellent ami, reçois nos adienx, ceux de la marine entière qui perd en toi un de ses plus vaillants serviteurs.
Il Va rejoindre ton glorieux amiral dans ce monde meilleur, promis par la foi à l'homme de bien qui eut ponr devise : u Dieu et la Patrie n , et lui fut toujours fidèle, n
En même temps, le ministre de la marine, se faisant
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l.K COMHAMI>A\T TRKVB. 73
1* organe du corps entier de la marine, adressait à la veuve, abîmée, la lettre suivante :
u Madame,
» J'ai été bien vivement impressionné en apprenant la •i nouvelle de la morl de votre mari, M. le capitaine de « vaisseau Trêve.
u Par ta distinction de ses services, par l'élévation de « son caractère et par ses travaux scientifiques, AI. le u commandant Trêve s'était acquis une Juste notoriété. Le a pays ne saurait oublier les services exceptionnels que u cet ofGcier supérieur lui a rendus, notamment pendant u le siège de Paris, et tout récemment encore dans les mers u de Cbine, comme commandant du cuirassé tâtalante. a. La mort est venue briser ta carrière du commandant "Trêve au moment où il était en droit d'attendre la « récompense de ses brillants services.
u Je suis l'interprète du corps entier de la marine, en u vous adressant, Madame, l'expression de ma douloureuse u sympathie, pour le malheur qui vient de vous frapper u si cruellement.
Il Agréez, Madame, etc.
u Le ministre di; la marine,
" Signé : Vice-amiral Galiber. »
Les mêmes regrets sympathiques se reproduisirent une dernière fois au sein de t'Académie des sciences, le 27 avril 1886, à l'occasion d'un travail inédit, trouvé dans les papiers du commandant et intitulé : Essai d'une expli-
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eatûm physiologique sur les couleurs complémentaires, el que l'illuslre el véDérable M. Cbevreul voulut lui-même présenter à l'Acadéoiie, h litre de dernier hommage dû au savaat marin.
Dans un autre ordre d'idées, il a écrit ponr la Revue maritime et coloniale une notice sur son ami, l'inforluaé lieutenant de vaisseau Garnier.
Le journal le Tour du monde contient une relation intéressante d'une excursion de Pé-kin à la grande muraille de Chine, due à la plume de Trêve. Enfin on lui doit une étude originale de tactique, intitulée : la Bataille d'Aboukir telle qu'elle aurait pu être.
Comme dernier trait, disons que généreux, cordial, bienveillant et hospitalier, il ne perdit jamais l'occasion de rendre service. Il avait pour ses équipages cette sollicitude qui est de tradition dans ce noble corps des ofGciers de marine. Dédaigneux des dangers, il aimait à les braver, et se plaisait aux manœuvres hardies. Il prétendait que c'étût ainsi qu'il fallait former les ofGciers appelés aux terribles luttes corps à corps de la marine à éperon et des torpilleurs. Mais cela n'était pas du goût de tous les chefs et l'a fait accuser d'une certaine exaltation de caractère et de singularités dont on s'est servi pour lui nuire. Et cependant, peu d'hommes mieux que lui savaient se mettre audessus des ressentiments particuliers; son cœur, foncièrement bon, ne connaissait ni le fiel ni l'envie, et il savait être sincèrement humble avec lui-même et devant Dieu.
Le commandant Trêve repose au cimefière Montparnasse ; une pierre modeste recouvre ses restes. Peut-être
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LE COMMANDANT TRUVH. 75
un jour viendra-t-il où Paris, se souvenant de l'immense service qu'il lui a rendu, le 21 mai 1871, y fera graver l'ejipressioa de sa gratitude'. Nous le souhaitons; uous l'espérons.
I Comme apprécia lion da seririce rendu, noua ne Muriont mieux fairn (|ue de reproduire celle du j|éaéral Vinoy, lirëe de wn livre lur le tiégc de Paris, pages 301 el 304.
• Le commandant Trêve pénéira 1c premier durs Paris ; il fut bieDl6l suivi par le bataillon de garde de tranchée, el un loui-orGcier de ce hataillon planta en même temps le drapeau tricolore sur les murs de la ville rcGODiguiie. C'était là un résultat immense el, on doit le dire, inopéré. Paris était enlevé sans qu'une lulle cruelle cl sanglanle eiti signalé l' entrée de nos soldats, cl la Commnne était mise dam l'impossibilité de i-nmpléter ses sinistres préparalirs de destruction et de ruines.
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