DE LA MÉDECINE
29. Voilà tout ce que j'avais à vous recommander, touchant les soins à prendre de l'enfant dans le cours normal de sa santé. Peut-être attendiez-vous de moi que je prescrivisse ici quelques règles médicales pour prévenir les maladies : je n'en ai qu'une à donner, et celle-là doit être rigoureusement observée, c'est de ne jamais faire prendre de remède à l'enfant comme moyen préventif. La méthode
1. Il y a dos exceptions même aux règles les mieux établies. «Nous ne devons pas tani nous dépiter, écrivait Voltaire à Mmedu Deffand, d'être un peu constipés : c'est ce qui m'a fait vivre quatre-vingt et un ans, ii e'esl ce qui vous fera vivre beaucoup plus longtemps. » (Lettre du 19 avril 1775.)
que j'ai déjà, fait connaître sera, je crois, plus efficace que toutes les potions à la mode chez les dames, que toutes les médecines des apothicaires. Soyez d'une extrême prudence sur ce point, sans quoi, au lieu de prévenir les maladies, vous les provoqueriez. N'allez pas non plus, à tout propos et pour la moindre indisposition, donner des remèdes à vos enfants ou appeler le médecin, surtout si le médecin est un homme empressé, qui se hâte de remplir vos fenêtres de fioles, de potions amères, et leur estomac de drogues. Il est plus sage de confier les enfants à la seule conduite de la nature, que de les mettre dans les mains d'un médecin trop disposé à les droguer et à croire que dans les indispositions ordinaires la diète ou un régime qui s'en rapproche n'est pas le meilleur des remèdes1. Pour moi, par raison et par expérience, je crois que les tempéraments délicats des enfants doivent être médicamentés aussi peu que possible et seulement dans le cas de nécessité absolue. Un peu d'eau fraîche mêlée avec de l'eau de pavot rouge 2, qui est le vrai remède contre l'indigestion, le repos, l'abstinence de la viande : voilà les meilleurs moyens d'arrêter dès le début des indispositions qui, par l'emploi trop prompt des remèdes, pourraient devenir des maladies graves. Lorsque ce traitement modéré ne suffira pas à couper court à l'indisposition naissante et à l'empêcher de dégénérer en maladie caractérisée, il sera temps alors de demander conseil à un médecin sage et discret. Sur ce point j'espère obtenir aisément créance: personne ne pouvant songer à se défier de l'opinion d'un homme qui a consacré à l'étude de la médecine une partie de sa vie, lorsqu'il est le premier à conseiller de ne pas recourir trop vite à la médecine et aux médecins.
1. Les pharmaciens modernes n'emploient pins l'eau de pavot rouge que comme matière colorante.
2. Ces conseils, toujours bons à méditer, l'étaient surtout du temps de Locke. .Conférez le Malade imaginaire de Molière.
I Ihl CATION PHYSIQUE.
30. J'en ai fini avec ce qui concerne le corps et la saule : (oui se réduit à un petit nombre de règles faciles à observer : beaucoup d'air, d'exercice, de sommeil ; un régime simple, pas de vin ni de liqueurs fortes ; peu ou même pas du tout de médecines; des vêtements qui ne soient ni trop étroits ni trop chauds; enfin et surtout l'habitude de tenir la tète et les pieds froids, de baigner souvent les pieds dans l'eau froide et de les exposer à L'humidité '.
1. Locke résume dans ce paragraphe (ont ce qu'il a dit sur l'éducation physique, avant de passer à l'éducation morale.