STANCES
' oiis qui violente:^ nos volonté:^ subjectes , Oye^ ce que je dis, voye^ ce que vous faites : Plus vous la fermere:^, plus ferme elle sera ;
Plus vous la forcerez , plus elle aura de force;
Plus vous l'ajnortire^ , plus elle aura d'amorce;
Plus elle endurera , plus elle durera.
Cache^-la , serre^-la , tene^-la bien contrainte . L'atache de nos cœurs d'une amoureuse estraincte Nous couple beaucoup plus que l'on ne nous dejoinct ; Nos corps sont desunis, nos âmes enlacées ; Nos corps sont sépare:^, et non point nos pensées : Nous sommes desunis , et ne le sommes point.
Vous mefaictes tirer profit de mon dommage ,
En croissant mon tourment vous croisse:^ mon courage ,
En me faisant du mal vous me faicles du bien , Vous me 7'endej content me rendant misérable ^ Sans vous estre obligé Je vous suis redevable , Vous me faictes beaucoup et ne me faictes rien.
Ce n'est pas le moyen de me pouvoir distraire. Lennemy se rend fort voyant son adversaire: Au fort démon malheur ie me roidis plus fort. Je mesure mes maux avecques ma constance ; J'ay de la passion et de la patience, Je vis jusqu'à la mort.^fayme jusqu'à la mort.
Bande;; vous contre moi ; que tout me soit contraire :
Tous vos efforts sont vains, et que pouve^-vous faire?
Je sens moins de rigueur que je nay de vigueur.
Comme l'or se rafine au milieu de la flamme.
Je despite ce feu oîi fespure juon ame ,
Et vay contre-carrant ma force et ma langueur.
Le Palmier généreux , d'une constante gloire , Tousjours s'opiniastre à gagner la victoire , Qui ne se rend jamais à la mercy du poids. Le poids le faict plus fort , et l'effort le renforce , Et, surchargeant sa charge, on renforce sa force Il esleve le faix en eslevant son bois.
Et le fer refrappé sous les mains résonnantes Deffie des marteaux les secousses baltanles ,
£"5/ battu , combattu , et non pas abbatu , Ne craint beaucoup le coup^ se rend impénétrable , Se rend en endurant plus fort et plus durable ^ Et les coups redouble^ redoublent sa vertu.
Par le contraire vent en soufflantes bouffées
Le feu va ratisant ses ardeurs estouffées:
Il bruit au bruit du vent , souffle au soufflet venteux .^
Murmure , gronde , craque, à longues hallenées ,
Il tonne., estonne tout de flammes entonnées;
Ce vent disputé bouffe et bouffît depiteux.
Le faix, le coup, le vent, roidit , durcit, embraie L'arbre, le fer, le feu, par antiperistase. On me charge, on me bat , on m'esvente souvent. Raidissant , durcissant et bruslant en mon ame , Je fais comme la palme et le fer et la flamme , Qui despite le faix et le coup et le vent.
Le faix de mes travaux esleve ma constance , Le coup de mes malheurs endurcit ma souffrance , Lèvent de ma fortune attise mes désirs. Toy pour qui je patis , subject de mon attente, O ame démon ame, sois contente et constante, Et, joyeuse, jouy de mes tristes plaisirs.
Nos deux corps sont à toy, je ne suis plus que d'ombre ; Nos âmes sont à toy, je ne sers que de nombre ,
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Las! puisque tu es tout et que je ne suis rien, Je n'a}' rien en fuyant, oufay tout au contraire. Avoir et rien et tout , comme se peut-il faire? C'est quefay tous les maux , et je n'ay point de bien.
Tay un Ciel de désirs , un monde de tristesse. Un univers de maux , mille feux de détresse, J'ay un Ciel de sanglots et une mer de pleurs; Tay mille jours d'enuis, mille jours de disgrâce^ Un printemps d'espérance et un hyver de glace , De souspirs un automne , un esté de chaleurs.
Clair soleil de mes yeux , si je nay ta lumière ,
Une aveugle nuée évite ma paupière ,
Une pluie de pleurs découle de mes yeux ;
Les clairs esclairs d'amour, les esclats de son foudre ,
Entrefendent mes nuicts et m'écrasent en poudre:
Quand f entonne mes cris , lors j'estonne les deux.
Vous qui lise^ ces vers, larmoyé:^ tous mes larmes; Souspire^ mes souspirs, vous qui lise:j mes Carmes : Car vos pleurs et mes pleurs amortiront mes feux ; Vos souspirs, mes souspirs, animeront maflame; Le feu sestaint de l'eau , et le soufle l'enflamme. Pleure^ doncques tousjours et ne souspire^ plus.
Tout moite , tout venteux , je pleure , je souspire, Pour, csteignant mon feu, amortir le martyre;
Mais l'humeur est trop loing, et lesoiifle trop près. Le feu s'esteint soudain , soudain il se renflamme. Si les eaux de mes pleurs amortissent ma flamme , Les vents de mes désirs la ratisent après.
La froide Sallamandre , au chaud antipatique , Met parmy le brasier sa froidure en pratique , Et la bruslante ardeur n'y nuict que point ou peu ; Je dure dans le feu comme la Sallamandre : Le chaud ne la consomme , il ne me met en cendre ; Elle ne craint la flamme , et je ne crains le feu.
Mais elle est sans le mal, et moy sans le remède ; Moi extrêmement chaud ^ elle extrêmement froide ; Si je porte mon feu ^ elle porte son glas; Loing ou près de la flamme , elle ne craint la flamme; Ou près ou loing du feu , fay du feu dans mon ame; Elle amortit son feu , et je ne l'esteins pas.
Belle ame de mon corps , bel esprit de mon ame , Flamme de mon esprit et chaleur de ma flamme. J'envie tous les vif s ., f envie tous les morts ; Ma vie, si tu veux, ne peut estre ravie , Veu que ta vie est plus la vie de ma vie Que ma vie n'est pas la vie de mon corps.
Je vis par et pour toy ainsi que pour moy mesme , Tu vis par et pour moy ainsi que pour toy mesme :
Nous n'avons qu'une vie et n'avons qu'un trespas. Je ne veux pas ta mort , je désire la mienne; Mais ma mort est ta mort, et ma vie est la tienne Aussi je veux mourir, et je ne le veux pas.