‹ Quelques poèmesChapitre 11 sur 40 · LA MER QUI DORT · texte numérisé non relu

LA MER QUI DORT

N'éveille pas la mer qui dort : c'est une chatte, Elle feint seulement, et c'est pour t'abuser : Je devine la griffe au velours de la patte, La dent qui mord est sous la lèvre du baiser.

Laisse courir les fous ! Sois sage avec les lâches ! La terre pour ton pied est un abri plus sûr, Préfère mille fois le Paradis des vaches Car son ciel n'a du ciel que la couleur d'azur.

Si le vent souffle « Viens », réponds-lui « Non! je reste » Le cimetière est vide ici de naufragés Et quand la mer s'endort-, c'est qu'elle fait la sieste Et digère au soleil les morts qu'elle a mangés.

Pour moi je n'ai d'effroi que d'une mer câline,

Elle doit avoir faim pour gazouiller si doux ;

Ce calme m'est suspect, et sa vague rumine,

Si ce n'est pas des morts, c'est quelques mauvais coups.

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