VIEUX FAUTEUILS
Les vieux fauteuils ont jDris les âmes des vieillards Longtemps bercés sur leurs ressorts qui se relâchent ; Comme eux ils sont perclus et lourds. Loin des regards Dans les angles des murs les vieux fauteuils se cachent.
Leurs bras de bois fixés sur leurs genoux raidis Semblent frictionner quelque vieux rhumatisme, Ils réchauffent au feu leurs membres refroidis, Ils ont tout du vieillard, même son égoïsme.
Car ayant froid toujours, toujours ils sont grincheux ;
Ils ne vont voir qu'un peu le soleil sur la porte
Et rentrent aussitôt, si le ciel est brumeux
Ou si le vent du Nord a Phaleine un peu forte.
Un relent de tabac atteste de Thiver
Les soirs où, sans parler, ronflent les vieilles pipes ;
Ne les éveillez pas : ils dorment Toeil ouvert.
Un passé de moisi ronge leurs vieilles nippes.
Mais lorsqu'on les remue, on les entend gémir,
La voix dolente et fausse ; et leurs jambes goutteuses
Heurtent piteusement. Ils ont l'air de souffrir
Du bruit même effarant leurs âmes anxieuses.
Les lits n'ont jamais froid, mais les lits ont des draps Et pour chauffer les draps des lèvres toutes neuves, Mais eux, pauvres fauteuils, n'étreignent dans leurs bras Que des veufs qui demain vont rejoindre leurs veuves.