CEUX QUI NE MEURENT JAMAIS
Ail Médecin qui m'avait coiidamnè
Je sais, bon médecin, tout en moi se détraque : Tleins, bile, rate, nerfs, cœur, poumon, estomac... Mais garde ta quinine et ton ammoniaque Et laisse-moi garder ma pipe et mon tabac. Rien ne dure, dit-on, comme vieille baraque. S'il me plaisait vivre cent ans, je les vivrais ! Qu'importe que je sois phtisique ou cardiaque ? Je suis de ces mourants qui ne meurent jamais.
Aussi point d'embarras ; nul souci qui me traque. Vivant au lit mes nuits et mes jours au hamac Me presser !... Bah I qu'un autre à ses affaires vaque, Marquant sa tâche à chaque jour de l'almanach, Mais moi j'ai bien le temps !... Le but fut-il Ithaque, J'y serai tôt ou tard. Comme Malbrough l'Anglais, C'est à la Trinité, si ce n'est pas à Pâque, — Puisque je suis de ceux qui ne meurent jamais.
Et toi, beauté câline, amante élégiaque,
Ma promesse d'hymen s'achève par un krack ;
Pour m'allumer encor ton oeil en vain me braque,
Je ne me livre plus tête ou cœur dans le sac.
Je sais quon meurt d'amour ; dégrafer ta casaque
Vaut mieux qu'entrer au ciel. On meurt d'amour, je sais ;
Pourtant malgré cet œil assassin qui m'attaque,
Tu sais, je suis de ceux qui ne meurent jamais.