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DEVANT LA MER

A 771071 frère

Je marchais au hasard, d'un pas lourd, par les rues, Succombant sous le poids des peines encourues. C'était un de ces jours où nous tentons en vain Quand sur nous elle accourt, hurlante, à fond de train, De dépister la meute âpre des conséquences ; Où, serrés dans Tétau d"acier des circonstances, Acculés au néant dont nous glace l'accueil. Nous pleurons la faillite inunense de l'orgueil ! J'errais donc sans rien voir et soudain comme en rêve, Je me surpris assis tout seul devant la grève. C'était une mer grise aux calmes clapotis Ourlant de vif argent galets et pilotis, Une mer immobile et lisse aux luisants mornes Qu'un horizon de brouillards mous faisait sans bornes Sous le ciel noir, le ciel pesant d'un jour d'orage. Une acre odeur de sel qui rôdait sur la plage

Mettait seule dans l'air surchauffé sa fraîcheur

Et sur cette autre mer mouvante qu'est mon cœur

C'était le même ciel, sans azur, bas et sombre,

Où la vie entassait des nuages sans nombre,

Si bien que je sentais sur moi tomber du ciel

L'accablement muet et presque solennel

Qui précède ici-bas tempêtes et détresses.

Or, en face des flots, les minutes traîtresses,

M' accordant le répit dont rêvent les damnés

S'écoulaient sans regret peur mes espoirs morts-nés ;

Sans force pour souffrir, sans amour ni rancunes,

Je savourais l'angoisse et la trêve communes.

Tout à coup le ciel noir fut comme déchiré

Par un jet de lumière, un jet inespéré,

Qui diffusé parmi tant d'ombre léthargique

Et soudain reflété par la mer nostalgique

Répandit dans l'espace une immense gaîté. .

Et, sous le poids accru de mon anxiété

Que me parut narguer ce sourire des choses.

L'engrenage subtil des effets et des causes

M'arrachant de ma place en un réveil amer

Me fit tourner le dos brusquement à la mer :

Je l'avais crue à tort un instant maternelle

Et je fuyais l'azur qui se mirait en elle l

Mais, dans l'effondrement des tragiques décors

Qu'elle ne daignait plus offrir à mes remords,

Je vis, je crus sentir une insulte suprême Qui peut-être venait de l'Absolu lui-même, Comme l'obscur mépris, le mépris mérité Que les choses auraient pour toute lâcheté ; Et honteux tout à coup d'errer comme une épave Dans ce brouillard du rêve où le cœur se déprave, Je revins calme, ardent, joyeux presque, au combat Où le bonheur qu'on croit l'enjeu n'est qu'un appât, L'appât qui nous fait prendre tous au divin piège Et fait à son insu même du sacrilège, Même du réprouvé de toutes nos Babels, L'exécuteur fervent des décrets éternels !

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