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SUR LA PROMENADE

C'est rh€ur€ douce où sur les flots Ce clair jour d'automne agonise, C'est l'heure douce, l'heure exquise Où la mer retient ses sanglots.

Et sur la triomphale voie, Mus par des désirs convergents, Voici venir des gens, des gens, Tous inquiets chasseurs de joie,

Tous avides d'emplir leurs yeux De tant de formes admirables Et cruellement désirables •Qu'enveloppe un frou-frou soyeux.

Passent, lentes, surtout des femmes

Dont la parure et la beauté,

A le prendre du bon côté,

JS'ous font tôt oublier leurs âmes.

Coudoyant les prudes du jour, Dont la suit le regard oblique, Les traits ligés, hiératique, Voici la vendeuse d'amour.

Non loin d'elle, au fond son vrai frère. Dans un groupe de femmes (c bien )> Qui règlent leur pas sur le sien Disserte un grave rastaquouère.

Pourquoi prendre, suavement.

Jeunes filles, de lentes poses En face des apothéoses Dont s'embrase le firmament ?

Ce ne sont point ici des âmes Qui, gravitant et se cherchant Dans la gloire d'un beau couchant, En vertu de flottants dictâmes

Veulent oublier ce qui fut, Mais des poitrines orgueilleuses, Mais des croupes quasi quêteuses Devant des mâles à l'affût !

Le soir brunit ; sa houle opacjue

Se déroule avec majesté

Et sur l'asphalte déserté

Et sur la mer, luisante laque.

L'air a fraichi brusquement ; or, Dans les brumes énigmatiques Silhouettes fantomatiques, Quelques ombres errent encor.

Fuyant la nuit qui les effleure, Alors que tous se sont hâtés Vers d'ostentatoires clartés, Que font ceux-ci seuls à cette heure

Ce sont les amis de la mer, Ceux qui trouvent parfois en face De l'humide et mouvant espace Le mal de vivre moins amer.

Semble-t-il pas que les accule L'existence à l'extrême bord De ce qui lui sert de support En cette heure de crépuscule ?

Aussi s'en vont-ils, bras ballants, Jouets de la force inconnue Qui les dompte et les exténue S'affaler, muets, sur les bancs.

Et là, face à face avec Tonde, Moins pesants semblent les secrets, Et moins corrosifs les regrets Sur cette marge du vieux monde 1

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