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LA GRILLE

C'était, ta t'en souviens, an soir d'été ; La tonnelle basse en l'ombre indécise Etait pour nous comme un monde enchanté ; Tes yeux l'illuminaient de leur clarté ; Nous parlions bas comme on fait à l'église : C'était, tu t'en souviens, un soir d'été.

Une grille tendait ses noirs barreaux Entre nos corps dont bouillonnait la sève ; Et je te trouvais des charmes nouveaux Et s'exaspéraient nos désirs jumeaux Puisqu'entre nos fronts lourds du même rêve Une grille tendait ses noirs barreaux.

Elle était l'obstacle haï mais divin ;

Nos baisers prenaient d'elle un goût de fraude ;

Au contact froid des barreaux qu'en vaia

Pressaient follement ta joue et ton sein

Je trouvais ta chair plus douce, plus chaude.

Elle était l'obstacle haï mais divin.

De moi ce soir-là tu n"avais pas peur ; Tu me rendais étreinte pour étreinte ; Tu laissais mes doigts enclins à Terreur Détailler, tremblants, mon jeune bonheur ; Tu t'abandonnais au désir sans crainte ; De moi ce soir-là tu n'avais pas peur î

Et c'était exguis, bien que douloureux, De te sentir là, si proche, si tendre, De vous savourer comme autant d'aveux Sous les ardents effluves de ses yeux.

Contacts que sa main n'osait plus défendre ! Oui c'était exquis bien que douloureux.

Je les maudissais ces barreaux de fer Auxquels cependant je devais ta fièvre, Sans me douter que me serait si cher Le souvenir du tourment de ma chair Plus tard, en baisant, morne, telle lèvre : Je les maudissais ces barreaux de fer !

J'ignorais alors que la volupté Pour verser en nous sa pleine démence Evitant le spasme au charme éventé Doit chercher surtout l'obstacle enchanté Par qui le bonheur dure et se nuance... J'ignorais alors cette volupté.

C/est pourquoi ce soir je les bénirais

Ces barreaux qui font inassouvissable

Le divin désir des sens enivrés,

Ces barreaux par qui toute s'enfuirait

La satiété qui déjà m'9,ccable I

C'est pourquoi ce soir je les bénirais !

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