‹ Quelques poèmesChapitre 35 sur 40 · A LA DERNIERE LANTERNE VENITIENNE · texte numérisé non relu

A LA DERNIERE LANTERNE VENITIENNE

Chère petit-e survivante Des bons vieux carnavals d'antan, Rieuse que la brise évente Au nez de Pierrot mécontent ; Dis-nous combien de légers rêves Montés vers toi. tu pénétras, Durant les minutes si brèves Des soirs falots de ]\Iardi-Gras.

0 toi qui nous vins de Venise Pour faire, sous notre ciel clair, A des ébats qu'on divinise L'aumône de ton pâle éclair, Dis-nous la beauté des amantes Que les gondoliers langoureux Menaient par les nuits émouvantes Vers des rendez-vous dangereux.

Mais tu n'aimais pas le tragique Dont parfois s'ornaient leurs amours

Et tu préféras la mimique Burlesque d'un loup de velours.

Ah ! je t'ai vu rosir, mignonne, Tout là-haut, sur ton fil de fer Et ta petite flamme anonne On ne sait quels propos en Tair.

Est-ce que Pierrot, ce gaffeur.

Croyant apostropher la lune T'aurait, un soir, offert son cœur Ses rimes et son infortune ?

Mais glisse un peu sur ton anneau Et regarde-moi donc : regarde Ce pauvre petit domino Qui geint sous ta flamme égrillarde.

Quoi? tu ne me reconnais pas ?

Au temps heureux des farandoles De la souplesse de mes pas Naissaient les danses les plus folles.

Clitandre, Pierrot, Arlequin Furent jaloux jusqu'à la rage Un soir que j'eus ... le brodequin De Colombine la volage.

Maintenant me voilà transi Mélancolique et tout en loques, La larme à l'œil, honteux quasi, Et rabâchant mes soliloques.

C'est que j'ai pressenti ta fin 0 lanterne vénitienne, Poétesse de papier fin, Idéologue aérienne !

Car au nom d'un progrès douteux L'Electricité, ta rivale, Darde ses impassibles feux Sur le bon peuple qui dévale.

Adieu ! je saluerai ta mort Par un soir de mardi-gras triste.

Triste comme le feu qui dort Dans l'ampoule ultra-moderniste.

Et Pierrot, de larmes baigné, Fantoche immortel et sublime.

Las, vieillissant et dédaigné.

Te dédiera son chant ultime.

Envoi

O Paladin de ITdéal Pierrot naïf que chacun berne, Esquisse ton geste final :

Décroche ta vieille lanterne.

Et tous les deux, fantômes chers, Dans des paradis sublunaires, Parmi des astres aux yeux clairs, Errez durant des millénaires....

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