DU REVE QUI PASSE
Je vis passer un soir dans l'or clair du couchant Une femme si belle et si blancne et si blonde Que j'eus peur et fermai les yeux une seconde.
Oh ! si peu ! j'écoutais. Et c'était comme un chant Qui montait de sa chair à travers les dentelles, A travers tous ces riens qui vous font irréelles,
Femmes ! Et j'écoutais. Son sourire semblait Chanter aussi. Chantaient aussi sa chevelure Et ses regards rivés sur moi, je vous le jure....
Ne me regarde plus, mon Rêve, je suis laid. Va, monte dans la nuit qui tombe, énigmatique, Car tu n'es pas d'ici, ma Divine Esthétique.
Monte ; précède-moi ; nous nous retrouverons.
Il est des au-delà que mon instinct réclame.
Mon instinct ? non, pardonne : il faut dire mon âme.
On ne nous comprend pas ici-bas. Des affronts
Nous fouetteraient ; je crains, vois-tu, qu'on ne te brise
Donne-moi rendez-vous loin de la cité grise,
Loin des hommes grossiers qui passent en jurant. N'as-tu pas vu leur ciel fait de vapeurs puantes Et leurs yeux qui disaient toutes ks épouvantes ?
Ah ! c'est qu'ils ont souffert! c'est qu'ils souffrent d'un grand Mal, celui de ne pas comprendre bien des choses. Ce mal, je l'ai connu ; tu supprimas ses causes
Pour le contemplateur de tes envols lointains. Et, caressant mon cœur de tes souffles divins,. Aphrodite insexée, ô toi mon Impavide,
Tu m'auras épargné le Néant d'un ciel vide !