‹ Quelques poèmesChapitre 4 sur 40 · IDYLLE BOULEVARDIÈRE · texte numérisé non relu

IDYLLE BOULEVARDIÈRE

Je veux laisser parler mon cœur tout bonnement Comme parle une vieiUe assise sur sa porte, Sans mesurer les mots, sans rythmer le serment. Et tu me comprendras ou le diable m'emporte !

Voilà ! Nous étions deux et nous aimant, je crois, Je le crois d'avoir vu s'éclairer ton sourire, La rougeur de ton front, et Lémoi de ma voix, Niais l'un devant l'autre, et ne sachant que dire.

T'en souviens-tu ? l'instant où nous nous sommes vus, Nous donnions l'un et l'autre à l'aveugle une aumône. Va ! les deux sous donnés ne furent pas perdus Si Dieu n'a pas souri tu m'as souri, mignonne î

Mais je crois qu'entre nous Taveugle importait peu : L'amour seul nous faisait un cœur sensible et tendre. Puis nous avons tiré Poracle au papier bleu Et ta main qui tremblait ne pouvait pas le prendre.

L'oracle t'a promis un époux blond et grand ; Blond !... Tu m'as regardé ; j€ ne savais que faire, Tout honteux d'être brun. Tu boudais, me disant : <( Je n'y crois pas, ça dit toujours tout le contraire. »

Puis nous sommes allés jouer et j'ai perdu.

Et tu perdis aussi, mais sans pleurer, très sage,

Et tu m'as dit le vieux dicton d'un air ému :

<( En son jeu malheureux, heureux en son ménage. )>

Et je suivais derrière toi comme un mouton Tu m'as dit : « Non ! j'ai peur que ma mère me gronde. » Tu t'en souviens, c'était boulevard Mac-Mahon, Dimanche, on se perdait, il passait tant de monde.

Je venais de voter, et j'en étais très fier, Même je t'ai montré ma carte électorale ; Je votais pour la prime fois, c'était hier : J'eusse voulu voter pour toi, ma libérale î

VA soudain tu rentras tout au fond d"un couloir ; Tes yeux pour m'appeler à mes yeux faisaient signe. Et moi qui n'ai pas su comprendre, ô désespoir !

Gauche, j"ai poursuivi mon chemin rectiligne.

Je me disais : je sais son adresse. Il suffit. N'allons point lui causer ; c'est là qu'elle demeure ; Les voisins jaseraient : elle aurait du dépit. Demain je reviendrai l'attendre de bonne heure !

Hélas, le jour suivant, posté dès le matin Devant le seuil rêvé toute une nuit entière Le cœur tout plein de toi je t'ai cherchée en vain Aux heures où s'en va dîner la couturière.

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