‹ Quelques poètesChapitre 20 sur 36 · PLAQUE POSÉE EN · texte numérisé non relu

PLAQUE POSÉE EN

Le jour de l'inauguration, je dus faire une conférence rustique dans la « Grange » de Champmarin devant un nombreux auditoire singulièrement bigarré, accouru de tous les environs; je la terminai à peu près par ces mots, en guise de péroraison : « Habitants d'Aubigné, qui de tous les « points de votre terroir apercevez Champmarin « enveloppé de ses grands noyers ; voyageurs de « tous pays, qui, en passant, emportés par la « vapeur sur le chemin du Mans à Tours, voyez si

<( bien, quand vous quittez la gare d'Aubigné, le « vieux logis qui vous regarde, niché sous sa haute « châtaigneraie; enfants du Maine et de l'Anjou, « qui savez maintenant que là, aux confins de « votre province, s'élève le vieux berceau d'un « de vos poètes, sachez trouver dans cette court naissance nouvelle un nouveau motif très précis « d'honorer cette région, et, si vous en êtes vous- « mêmes, votre petite patrie. Nous tous, qui que « nous soyons, si nous songeons que notre grande « patrie se compose de toutes ces petites patries, « dont chacune a son trésor, plus ou moins caché, « de richesse ou d'intérêt ; que de son sol inépui- « sablement fécond émanent tant de fruits variés « dans l'ordre matériel comme dans l'ordre idéal ; « que c'est elle qui fait mûrir les vignobles d'An- « jou et de Touraine, de Champagne et de Bour- « gogne, dont chacun a son délicieux bouquet « propre, et qu'elle fait en même temps surgir « à leur heure tantôt les orateurs et les dialecti- « ciens en vers, les Malherbe et les Corneille, « tantôt les exquis poètes et les rêveurs délicats, « tels que les Ronsard, les Baïf et les Racan, — « alors nous puiserons dans cette pensée une (( ardente raison pour ne jamais désespérer de « notre France et pour la chérir toujours davan- « tage ».

1er mars 1900.

P.'S. — La vieille maison de Champmarin s'étant trouvée à vendre quelques années après et étant menacée de des-

truction, nous l'avons acquise le 27 juin 1901 et sommes entré en possession le 25 décembre 1903 : nous la remettons peu à peu en état, tout en exhumant, par 300 mètres superficiels de fouilles, les plus anciennes constructions des Vendômois, autour de la maison actuelle. Posséder, après l'avoir découvert, le berceau du poète que l'on a le plus étudié, est une délicate attention providentielle, comme n'en connaissent assurément pas beaucoup de vies d'hommes de lettres .

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