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STANCES A RACAN

Hommage à M. Louis Arnould.

1. Racan, tendre poète épris de la retraite, ton œuvre sort enfin de l'ombre trop discrète où depuis deux cents ans dormait ton Alcidor : il est bon que ce siècle, avant qu'il ne finisse, puisqu'il aima les champs, à l'amant d'Arthénice, au chantre des moissons, apporte un rameau d'or.

2. Un homme a su t'aimer et te faire comprendre ; ton nom qu'on oubliait il vint nous le rapprendre ; grâce à lui, nous l'avons buriné sur l'airain.

Son livre délicat a rajeuni ta gloire,

il a redit tes vers aux rives de la Loire,

il a conduit la foule au seuil de Champmarin.

3. Nous f aimons, car tu fus un poète de France : tendre, fin et loyal, chérissant l'espérance

de tomber en vaillant dans l'ombre des drapeaux.

Un jour le monde vain lassa ton âme franche, et l'enseigne rêveur de la Cornette Blanche vint vieillir et mourir auprès de ses troupeaux.

4. Maintenant, loin des champs et loin du crépuscule, dans nos mornes cités où le réel accule

le poète, et lui dit : « Ne rêve pas, ou meurs ! » aux pieds de la Fortune avec la foule il lutte ; la roue inexorable écrase un jour sa flûte, mais il ne peut plus fuir la ville et ses rumeurs.

5. Heureux celui qui put en ses rimes fécondes faire auprès des roseaux glisser de fraîches ondes, dérouler le manteau rutilant des moissons, remplir cuve et pressoir des vendanges nouvelles, dire les chars pliant sous le poids des javelles,

et peindre les bergers couchés près des buissons.

6. Tu fis bien de Faimer cette terre natale, d'aimer ses bois, ses rocs, son fleuve qui s'étale : en ton blason se trouve un peu de son azur,

un peu de son azur éclaira ton génie

et sembla te prêter la lumière bénie

qui verse en ses vallons un rayonnement pur.

7. Quand l'aurore illumine avec sa rougeur brève les balustres sculptés où s'accoudait ton rêve, par l'odeur des foins mûrs tes sens étaient grisés. Quand les vapeurs au bas des coteaux sombres traînent, en psaumes exhalant tes tristesses sereines,

tu contemplais les cieux d'astres fleurdelisés.

8. Aussi, quand le matin bleuit les avenues, dans l'arbre frissonnant les brises ingénues

nous chuchotent un vers que nous reconnaissons, et quand l'ombre du soir descend sur les prairies, et sur le vieux clocher, et sur les métairies, nous écoutons encor l'écho de tes chansons

:9. Nous recueillons le miel des strophes savoureuses que formèrent jadis, dans les roches ombreuses, tes vers, abeilles d'or d'un murmurant essaim.

Car pour nos faibles cœurs, conteur des pastorales, nous voulons prendre en toi les vertus ancestrales et le robuste amour du sol fécond et sain.

Raymond Lécuyer.

Au Châtelier, novembre 1899.

Nous ne savons point de résumé plus juste de la vie de notre poète que la belle strophe 3, que nous avons écrite en italique.

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