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ENVIRON

La capitale du Poitou est une ville de calme, de conservation et de réflexion, qui a toujours i possédé des collectionneurs. Toujours ses habi- i tants eurent peu de tendance à exhiber au dehors ce qu'ils possédaient de beau; mais en revanche, derrière les murs assez rébarbatifs qui gondolent ses rues tortueuses, ils entassèrent des ensembles curieux, beaux ou scientifiques, d'objets recueillis un à un avec amour.

Or, au commencement du 17^ siècle, l'on admirait à Poitiers une collection célèbre entre toutes, située aux coins des rues du Gervis-Vert et de Saint-Paul, aujourd'hui rues Arsène-Orillard et de la Cathédrale, à droite, en descendant à l'an-

tique basilique. L'heureux possesseur en était Paul Contant, maître apothicaire en la ville de Poitiers, qui avait succédé dans son commerce et dans sa maison à son père, Jacques Contant.

L'on sait qu'il ne faut point réduire les « apothicaires )) de l'ancien régime à la fonction... un peu spécialisée que Molière leur donne dans le Malade imaginaire, mais que ce terme désigne la profession tout intelligente et scientifique de pharmacien.

Notre pharmacien poitevin semble avoir joui d'un heureux caractère : il avait adopté une devise pleine d'optimisme chrétien, dont il se sert, en guise de signature, à la fin de ses vers comme au bas des jolis dessins de ses frontispices : Du don de Dieu je suis content.

Né vers 1562, Paul Contant, d'esprit curieux et de caractère entreprenant, avait fait, à l'âge de 20 ans, le voyage obligatoire dans le monde médical, celui de Montpellier, puis il avait passé en Italie, cette partie du monde qui s'est singulièrement rapprochée de Poitiers, mais qui en était alors éloignée grandement.

Dans ses pérégrinations il vit, il retint, il observa, il rapporta : de retour en sa ville, il continua de pérégriner, de temps à autre, dans tout rOuest, se liant avec les apothicaires de Saintes et de Brouage, les médecins et les apothicaires de la Rochelle, les chantres de Bordeaux et de Tours, etc., sans compter les médecins de Poitiers. Il reçut des cadeaux de plantes et d'ani-

maux, qui s'ajoutèrent à ce qu'il avait acquis par lui-même, et il se trouva bientôt à la tête d'une collection vivante et d'une collection morte, je veux dire d'un jardin botanique et d'un cabinet d'histoire naturelle.

Son jardin n'était point grand, mais bien rempli,] il nous le dit lui-même en son style rocailleux :

Dedans mon parterre qui contient seulement deux fois dix pas de terre (en longueur et largeur), bien mille plantes sont différentes de nom.

Dans son cabinetjd'histoire naturelle grimaçaient une cinquantaine de bêtes empaillées, rares, parce qu'exotiques ou monstrueuses, surtout empruntées aux reptiles et aux poissons.

Il conçut l'entreprise singulière de célébrer en prose et même en vers sa double collection.

1° Qu'est-ce qu'un pharmacien peut donc bien trouver à chanter dans son officine, et comment peut-il arriver à sauver la sécheresse didactique de sa matière ?

2° A quelle école poétique Contant appartientil?... Il publie ses œuvres complètes en 1628, l'année même de la mort de Malherbe, le nouveau réformateur du Parnasse, qui vient de déclarer une guerre acharnée, dans son école de la rue des Petits-Champs, à toutes les ambitions poétiques et verbales de Ronsard et de la Renaissance, afin de dégager la netteté dans la poésie française :

notre poète poitevin tient-il de cette nouvelle école ?

Telles sont les deux questions, dont nous chercherons à entrevoir la solution, dans la brève analyse des trois principales œuvres de notre apothicaire, qui, à notre connaissance, n'ont point encore subi le dangereux honneur d'un examen.

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