‹ Quelques points d'hygiène et secours à donner aux Malades avant l'arrivée du médecin.Chapitre 3 sur 7 · INTRODUCTION · texte numérisé non relu

INTRODUCTION

§ 1 er . — Considérations générales.

Je dois, avant d’entrer en matière, exposer ici les motifs qui ont fixé mon choix sur un sujet de cette nature. Sans doute j’aurais pu, rassemblant quelques observations recueillies dans les hôpitaux de Paris, et les reliant entre elles par quelques considérations plus ou moins spécieuses, composér une autre thèse qui peut-être n’eut même jias eu pour elle le contestable mérite de la nouveauté. Le sentiment de mon impuissance à être sérieusement utile à la science pure, et plus encore d’autres raisons que je vais dire, m’ont fait donner la préférence à des questions, à la vérité moins brillantes, mais certainement plus pratiques.

li n’esl aucun médecin qui n’ait été plus d’une fois frappé de la façon singulière dont les gens du monde raisonnent, ou mieux, déraisonnent en médecine. Et je n’entends pas parler ici uniquement de ceux que l’absence ou l’insuffisance d'instruction a livrés sans défense a tous les écarts de l’erreur et du préjugé ; je puis appliquer celte remarque à plus d’un homme de haut mérité, et doué d’ailleurs de la plus belle intelligence. L’homœopathie n’est-elle pas là pour nous en fournir l’irrécusable preuve? Cette profonde ignorance des choses de l’art, jointe à des connaissances fort étendues dans un autre domaine, forme quelquefois un étrange contraste, et l’on serait tenté d’en sourire, si l’on n’y découvrait l’origine d’une foule d accidents que les plus simples notions eussent suffi quelquefois à prévenir, souvent à atténuer.

Citerai-je quelques exemples?

Une mère de famille, dit M, Mayor, qui avait de volumineuses varices à"la jambe, s’ouvre accidentellement l’une d’elles, pendant que sa jarretière était fortement serrée au-dessous du genou. Elle succombe avant de pouvoir gagner sa demeure, vers laquelle elle s’efforçait d’arriver en courant.

Une jeune et jolie épouse, dit-il encore, venait de se marier et était à dîner avec de joyeux convives et des amis de noce, lorsque voulant intervenir entre deux d’entre eux que le vin avait échauffés, elle reçut un coup de couteau qui lui ouvrit l’artère brachiale, un peu au-dessus du pli du bras. Elle est effrayée, et se relire précipilamment dans une chambre voisine, où elle ne tarde pas d’expirer.

La simple application du doigt ou d’une cravate, ajoute le chirurgien de Lausanne, n’aurail-elle pas sauvé celte intéressante victime?

Requin a vu une jeune fille chlorotique succomber à la suite de métrorrhagies.

Valleix a également vu périr une jeune femme d’hémorrhagie utérine, faute des secours nécessaires.

J’ai personnellement connaissance d’un fait dans lequel un individu reçut un coup de couteau qui, traversant la cuisse, intéressa l’artère crurale. La mort, qu’il eut été bien facile de prévenir, fut le résultat de cette blessure.

Mais à quoi bon accumuler ces tristes preuves de mon assertion? Il me suffira d’ajouter, avec M. Mayor, qu’en consultant leurs souvenirs, la plupart des praticiens n’a,liraient pas de peine à citer nombre de faits pareils, que le plus /léger principe de chirurgie populaire eût empêché de devenir funestes.

D’où vient donc cette ignorance des gens du monde? Ce n’est pas, à coup sûr, qu’ils dédaignent les questions d ordre medical ; car beaucoup de praticiens leur reprochent, à juste titre, de trop s’en préoccuper. La médecine, d’ailleurs, louche de trop près aux intérêts les plus chers pour être jamais regardée d’un oeil d’indifférence par le plus apathique ou le plus insouciant des hommes. J’ai moi-même entendu plusieurs personnes, habitants de la campagne, éloignées des secours de l’art, se plaindre de ne savoir où trouver un guide dans ces cas pressants où le remède doit être prompt pour être efficace. De ne savoir où trouver un guide ! C’est qu’en effet là gît tout le mal. Les publications de médecine popuiaire, de conseils médicaux aux gens du monde, aux mères de famille, etc. etc., ne sont pas rares sans doute, mais elles sont si défectueuses pour la plupart que ce sont elles souvent qui, soit ignorance, soit grossier calcul, égarent leurs lecteurs, et finissent par Jeur persuader qu’ils sont plus médecins que les médecins euxmêmes. Quelques-unes toutefois , je l’avoue, renferment des choses véritablement utiles et pratiques, mais comme perdues au milieu d’une foule de propositions erronées ou simplement inutiles. Or ici l’inutile est nuisible, car il tend à rendre obscur et complexe un sujet dont le principal mérite doit résider dans la clarté unie à la simplicité.

Parmi les œuvres auxquelles je reconnais une certaine-valeur, je

1861. — Maugenest. 2

m’empresse de citer le travail de M. Mayor ( ta Médecine et la chirurgie populaires, en rapport avec l’état actuel de ces sciences et de la civilisation). Mais M. Mayor, chirurgien, n’avait peut-être pas dans la" médecine proprement dite une immuable foi, et, si la partie chirurgicale de son opuscule est claire et bien présentée, la partie médicale me paraît incomplète et mal comprise.

Malgré ses imperfections, cet ouvrage ne laisserait pas d’être aux masses d’une incontestable utilité.

Pourquoi donc est-il si peu répandu dans notre pays, et, par contre, pourquoi le petit livre de M. Raspail jouit-il d’une si grande popularité? C’est, n’en doutons pas, que M. Raspail est Français. C’est qu’en France son nom n’est inconnu à personne, pas même au plus ignorant. C’est que M. Mayor est étranger et, comme tel, ne saurait trouver crédit qu’au sein du monde médical. C’est enfin que dans les choses qui ne sont pas directement de notre ressort, nous n’avons guère "foi qu’aux noms que la renommée répète et que nous attachons volontiers plus de valeur à ce qui nous est plus familier. Qu’il me soit donc permis d’émettre ici un vœu aussi ardent que sincère’. Je désirerais qu’un des hommes distingués qui de nos jours honorent la science médicale voulût bien consacrer quelques instants à la rédaction d’une œuvre analogue à celle que nous avons entreprise. Dès lors, aidés des avis de leur médecin, les gens du monde sauraient à quelle branche ils doivent se rattacher; ils feraient justice de ces mille et une erreurs si préjudiciables quelquefois à la guérison de leurs maladies; beaucoup d’accidents se trouveraient ainsi conjurés et un immense service serait rendu.

Quant à moi, qui ne présente nullement les qualités indispensables à qui veut traiter avec autorité une semblable matière, je n’ignore pas que celte thèse est peu faite pour atteindre l’heureux résultat que je viens de signaler. Je ne croirai pas toutefois ce travail inutile, si véritablement j’ai indiqué un grand mal et l’unique moyen d’y porter remède.

g II. — Objet et plan de cette thèse.

Lorsque, en 1852, on comprit enfin qu’en raison de leurs rapides progrès les sciences ne jouissaient pas, dans l’instruction publique, du rang.auquei elles avaient droit, on fit entrer dans le programme des études des notions d’anatomie et de physiologie (1). Ces notions sont plus que suffisantes pour- l’intelligence de ce qui doit faire, qu’on me passe l’expression, l’éducation médicale des gens du monde. C’est donc aux personnes pourvues de ces connaissances élémentaires de l’organisation humaine, à tous ceux en un mot qui ont fait leurs études que je me suis adressé. A ceux-là je ne crains pas de dire qu’il est pour eux un devoir sacré de s’instruire de ce qui peut, à un moment donné, sauver la vie de leurs semblables, s’ils veulent satisfaire à la morale si bien résumée dans cette maxime : «Fais aux autres ce que tu voudrais qu’on te fît à toimême. »

Les quelques réflexions auxquelles je me suis livré dans le paragraphe précédent montrent assez de quelle manière j’ai compris le sujet. Supposant toujours le médecin appelé de suite, mais tenant compte des distances qui peuvent retarder son arrivée, exposer la conduite à tenir dans les cas graves qui réclament une prompte intervention ; indiquer en hygiène quelques points destinés à prévenir de fâcheux accidents, et appeler ainsi l’attention des gens du monde sur les quelques côtés utiles pour eux de ce vaste cadre médical qu’ils ne sauraient embrasser en entier : tels sont en quelques mots èt le

^1) Il esta regretter que clans les lycées, l’on ne fasse pas suivre 1 etude élémentaire de ces deux sciences de quelques applications médicales pratiques. Pourquoi ne chargerait-on-pas de cette mission le médecin de l’etablissement par exemple? Une heure par semaine, pendant un semestre, suffirait largement à cette tâche utile.

plan que je me suis tracé, et le but que je me suis proposé d’atteindre.

Quant à l’ordre que j’ai suivi, ordre auquel je n’attache d’ailleurs qu’une médiocre importance, j’ai cru devoir étudier séparément la partie médicale et la partie chirurgicale. Je n’ai pas voulu, dans les descriptions, d’un ordre alphabétique comme quelques-uns, ni d’un., ordre scientifique comme quelques autres. J’ai jugé plus pratique de rapprocher entre eux les cas qui demandent des modes de secours analogues. C’est ainsi que j’ai placé le croup à côté de l’empoisonnement, que j’ai rejeté l’hémoptysie et l’hématémèse dans la partie chirurgicale, afin de les relier aux autres hémorrhagies, etc.

Pour ce qui est des quelques questions d’hvgiène que j’ai cru devoir aborder, je m’en suis occupé à propos de diverses affections, sans faire pour elles un chapitre à part.

Peut-être n’est-il pas inutile de passer ici en revue quelques ouvrages ayant trait au sujet qui m’occupe.

Tissot (1) a publié dans le milieu du siècle dernier un ouvrage qui, malgré le succès dont il a été couronné, me paraît plus dangereux qu’utile. Il a la prétention d'apprendre au peuple à se soigner lui-même. 11 décrit la pneumonie, la pleurésie, les maux de gorge, le rhumatisme, la petite vérole, la rougeole, les fièvres putrides, les fausses inflammations de poitrine, la dysenterie, etc. Il discute le pronostic, le traitement. Il indique, pour ce dernier, des poudres,des pommades, des onguents. Tout cela est numéroté de telle façon qu’une faute d’impression pourrait exposer le malade à se tromper de remède. On doit d’ailleurs reconnaître qu’il s’y trouve de bons préceptes d’hygiène.

M. Buchan , en Angleterre, a produit une Médecine domestique à laquelle on peut adresser les mêmes reproches , et qui a de plusl’inconvénient d’être excessivement volumineuse.

(1) Avis au peuple

M. Mayor ( Médecine et chirurgie populaires) a bien mieux, ce me semble, compris la question. La partie chirurgicale est bien traitée, et je n’ai pas craint de lui faire quelques emprunts. Mais à quoi bon parler du rhume, de l’érysipèle, de la diarrhée, de la courbature, du rhumatisme, etc.?

M. Raspail, dans son Manuel annuaire de la santé, dit : « De même que je veux que chacun devienne son propre médecin, de même je désire que chacun devienne son propre pharmacien. » Je ne pense pas qu’un ouvrage conçu dans ce sens puisse rendre de bien grands services. . ,

- M. F. Cadet-Gassicourt, dans ses Premiers secours avant l arrivée du médecin, a bien compris le point de vue pratique auquel il devait se placer; mais la forme de dictionnaire qu’il a adoptée ne me semble pas heureuse.

Je pourrais citer encore bien d’autres ouvrages , mais je crois inutile de poursuivre cet examen.

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