‹ Quelques points d'hygiène et secours à donner aux Malades avant l'arrivée du médecin.Chapitre 4 sur 7 · PARTIE MÉDICALE · texte numérisé non relu

PARTIE MÉDICALE

§ I er . — Indigestion.

Elle est assez fréquente pour que les symptômes en soient généralement connus. Quelques heures après le repas, sensation de plénitude pénible vers l’estomac, dégoûts, nausées, rapports désagréables, gonflement à l'épigastre, respiration gênée, souvent céphalalgie, borborygmes, déjections alvines, le tout avec malaise général et lourdeur de tête; tel est en.résumé le tableau de l'indigestion. Due le plus souvent à la trop grande quantité d’aliments ingérés, spécialement de quelques-uns, tels que les choux, les haricots, etc., elle peut encore être le résultat d’une émotion vive, d’un travail intellectuel pénible, survenant immédiatement après le repas; les boissons glacées peuvent, dans le même cas, avoir les mêmes suites.

Les vieillards sont particulièrement sujets à ce trouble digestif. Outre que chez eux l’estomac ne fonctionne plus avec la même énergie que dans l’âge adulte, l’absence des dents leur est encore une fâcheuse condition. Je profiterai de celte remarque pour conseiller aux personnes âgées de garder longtemps les aliments dans leur bouche, et d’accomplir aussi complètement que possible l’acte de la mastication; elles éviteront ainsi bon nombre d’indigestions quelquefois dangereuses, tout en favorisant la nutrition qui, chez elles, tend à s’amoindrir.

Use pourrait que l’on confondît une indigestion avec un empoisonnement ; on devra donc rechercher dans les circonstances antécédentes si ce dernier n’a pas eu lieu.

Si l’indigestion est très-légère et ne produit que de faibles trouilles, il faudra se contenter d’une infusion de thé, de camomille ou de fleurs d’oranger; s’il existe des nausées avec rapports désagréables, l’on devra favoriser les vomissements. Il suffira, dans ce bel, de faire ingérer quelques verres d’eau tiède, et de porter profondément le doigt dans le pharynx. S’il arrivait que l’on répugnât à ce dernier moyen, on pourrait titiller la luette à l’aide des barbes d’une plume, et l’on arriverait au même résultat. Je préfère, quant à moi, cette manière d’agir à l’emploi de l’émétique, dont l’action trop lente pourrait se prolonger au delà du temps nécessaire. 11 sera bon également d’administrer un lavement émollient simple, ou composé par exemple d’une décoction de racines de guimauve et de têtes de pavot.

§ II. — Croup.

Le croup est caractérisé par l’invasion défaussés membranes, d’un blanc grisâtre, sur la muqueuse du larynx, de la trachée et des bronches (1). Il est rare, dans celle affection, que le médecin n’ait eu le temps de se rendre auprès du malade avant un danger imminent. Aussi n’aurais-je pas parlé de cette maladie, s’il ne pouvait se présenter quelques cas exceptionnels où, les fausses membranes ayant rapidement envahi le larynx, il est évident pour tout le monde que l’enfant est menacé d’asphyxie. L’oppression est alors considérable ; la toux est comme déchirée, la voix est eleintè, un sifflement inspiratoire se fait entendre au loin. L enfant porte la main à son cou, comme pour en arracher un corps étranger ; il est dans une violente agitation. La face devient bouffie et violacée, les yeux, saillants, semblent vouloir sortir de leur orbite.

(1) Je conseille de ne juger qu’il y a croup qu’après avoir vu les fausses membranes expulsées.

11 est alors urgent de faire vomir le malade afin de déterminer ou de faciliter l’expulsion des fausses membranes, causes de cet état alarmant. On emploiera le moyen que j’ai signalé dans le paragraphe précédent, ou bien l’on administrera, d’un coup, 5 centigrammes d’émétique dans un verre d’eau tiède. Telle est la seule chose qu’il y ait à faire da'ns le cas d’absence du médecin, et uniquement, je le répète, dans le cas où l’asphyxie semble imminente.

Ajoutons que le croup est essentiellement contagieux : il importe donc d’éloigner du malade les personnes inutiles et surtout les enfants, que leur âge prédispose singulièrement à contracter cette terrible affection.

g III. — Empoisonnements.

Je n’ai nullement la prétention, comme on le pense bien, de reproduire ici la substance d’un traité de toxicologie ; je veux seulement, ne perdant pas de vue le but de ce travail, esquisser à grands traits la conduite à tenir dans un empoisonnement, renvoyant aux traités spéciaux les personnes désireuses de parcourir le vaste champ de celle branche médicale.

Une foule de substances sont susceptibles d’agir comme poisons. N’oublions pas toutefois que l’acide arsénieux et le phosphore sont de beaucoup les corps les plus usités dans les cas criminels. Les statistiques, en effet, prouvent que, de 1825 à 1850, l’acide arsénieux a produit à lui seul les deux tiers des empoisonnements, et qu’aujourd’hui le phosphore tend à s’y substituer.

En place de l’étude de chaque poison en particulier, étude qui ne se graverait bien dans la mémoire de personne, je crois plus utile de me contenter ici des conseils pratiques suivants : ainsi que le recommande Orfila, il faut, dès que l’on soupçonne un empoisonnement (1), de quelque nature qu’il soit, administrer de suite le

(1) On sera en doit de soupçonner un empoisonnement dès que, chez uDe

blanc d’œuf. Voici comment on procédera : on battra six blancs d’œuf dans 1 litre d’eau, et l’on fera boire ce liquide aux malades par grands verres. Immédiatement après, l’on favorisera le vomissement par les moyens précédemment indiqués. L’albumine que contient le blanc d’œuf présente, dans ces cas, de grands avantages ; elle est nauséeuse et prédispose au vomissement; elle est visqueuse et enveloppe, en se coagulant, la substance toxique qu’elle soustrait momentanément à l’absorption ; elle est contre-poison d’un grand nombre de corps avec lesquels elle se combine. De plus, comme le fait observer Orfila, elle est toujours sous la main et facile à se procurer; enfin elle peut être donnée d’une façon pour ainsi dire illimitée, sans que l’on ait rien à redouter de son action. Après avoir fait vomir abondamment et administré l’albumine du blanc d œuf, si l’on connaît la nature du poison, on pourra donner la magnésie calcinée à la dose de 15 à 20 grammes, si l’on a affaire à l’arsenic, au phosphore ou à un acide; le persulfure de fer hydraté , conseillé à juste titre par M. le professeur Bouchardat, à la dose de 5 à 10 grammes, si c’est un sel métallique ; le tannin, si c’est une base. Si l’on ignorait la nature de la substance toxique, il faudrait, je le pense, donner la préférénce à la magnésie, qui agit contre les poisons Ses plus répandus et a l’avantage d’être purgative.

Ces quelques notions me paraissent suffisamment aptes à remplir les plus pressantes indications. Remarquons, en terminant ce court aperçu, que la plupart des sels de cuivre et de plomb sont des corps toxiques. On devra donc éviter de préparer les aliments dans des vases de cuivre, et de boire l’eau qui aurait séjourné dans des vases ou des tuyaux de plomb.

personne bien portante, l’on voit tout à coup survenir des symptômes inusités, tels que, ardeur et contriction de la bouche et du pharynx, douleurs vives à la région de l’estomac, nausées ou vomissements, décomposition des traits, etc., ou bien engourdissement, stupeur, délire gai ou furieux, mouvements convulsifs de la face et des membres, etc. •

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g IV. — Ivresse,

II est regrettable sans doute d’avoir à combattre les accidents de l’ivresse, et je partage contre les ivrognes toute l’indignation de M. Mayor, qui rappelle à leur sujet ce véridique proverbe: «Homme de vin, homme de rien. » Il me faut bien cependant en dire quelques mots, puisqu’elle peut entraîner parfois de graves conséquences.

'Si l’ivresse est légère, 10 à 15 gouttes d’ammoniaque liquide ou 2 grammes d’acétate d’ammoniaque dans un verre d’eau, suivis d’une infusion de thé ou de tilleul, auront contre elle une heureuse influence; si elle est grave, si elle s’accompagne d’algidité et de coma, si surtout elle succède à l’ingestion brusque d’une grande quantité d’alcooliques, il faut tout d’abord provoquer le vomissement, administrer ensuite l'acétate d’ammoniaque et frictionner les extrémités.

§ V. — Syncope.

Ai-je besoin de décrire les symptômes si connus de la syncope? Un sentiment de faiblesse en marque le début. Les yeux se voilent, des bourdonnements se font entendre aux oreilles du malade ; puis survient une sorte d’anéantissement général qui ne laisse pas d’effrayer les assistants. La face est pâle, les extrémités sont glacées; une sueur froide, abondante, se manifeste; des évacuations involontaires peuvent avoir lieu. Cet état constitue la syncope incomplète, plus particulièrement nommée lipothymie. Si la syncope est complète, la respiration et les battements du cœur paraissent complètement anéantis. Celte situation-de mort apparente peut, dans quelques cas, être suivie de mort réelle.

La lipothymie dure ordinairement une minute, mais elle peut se prolonger bien au delà. Peu à peu les battements du cœur reparaissent, la respiration devient plus ample, plus complète ; les perceptions, d’abord vagues, redeviennent normales.

Il faut, dans ces cas, ouvrir un libre accès à l’air extérieur, relâcher les vêtements trop serrés, placer les malades dans la position horizontale, jeter de l’eau froide ou légèrement vinaigrée sur la face, et en faire boire, s’il est possible. On pourra encore frotter les tempes avec du vinaigre, passer sous les narines, mais rapidement, un flacon d’ammoniaque liquide, imprimer quelques secousses au malade. Si, malgré l’emploi de tous ces moyens, la syncope se. prolongeait, l’on devrait établir des frictions sèches et rudes à la région de l’estomac et aux extrémités. Un lavement chargé de sel commun ou de vinaigre pourrait encore produire un effet salutaire.

Il ne faut pas oublier que la syncope peut être due à une hémorrhagie; si telle en est la cause, il faudrait, avant tout, s’opposer à l’écoulement sanguin. D’ailleurs, j’aurai soin d’indiquer plus loin divers moyens hémostatiques.

5 VI. — Asphyxie.

On peut dire, d’une manière générale, que l’asphyxie consiste dans la production de certains accidents, et même de la mort par défaut d’air respirable.

Je ne dois pas entrer ici dans l’étude des symptômes ; ils diffèrent suivant le mode de l’asphyxie, et leur connaissance n’importe guère qu’au médecin. La cause de l’asphyxie est, du reste, bien rarement inconnue. Il ne reste dès lors qu à lui appliquer un traitement convenable ; c’est sur ce dernier point que je vais insister.

Traitement général de l’asphyxie.— L’absence d’air respirable étant le point de départ des accidents observés, on conçoit qu’il faudra s’empresser d’exposer les malades à l’air vif en ventilant I appartement; puis, si les mouvements respiratoires sont suspendus, on pratiquera la respiration artificielle.

Le meilleur moyen et le plus simple me parait le suivant : aprèa

avoir coupé l’extrémité fermée d’une sonde de gomme élastique, on l’introduira dans l’ouverture supérieure du larynx, opération facile à tout homme qui a les plus simples notions d’anatomie, et on fera l’insufflation, soit au moyen de la bouche, soit en adaptant un soufflet à l’extrémité libre. On insufflera doucement, moelleusement r pour ainsi parler; puis, cessant l’insufflation, une autre personne pressera les parois latérales de la poitrine, après quoi on recommencera ces mouvements alternatifs, et ainsi de suite, de manière à simuler, autant que possible, les mouvements d’inspiration et d’expiration. Pendant ce temps, une autre personne appliquera le marteau de Mayor, moyen énergique, et sur lequel M. le professeur Bouchardat insiste avec raison. Ce moyen consiste à plonger un marteau ou un fer à repasser dans l’eau bouillante; on le portera rapidement, dit M. Mayor lui-même, d’abord à la plante des pieds; au bout de quelques minutes, on l’appliquera de la même manière à l’autre pied, puis, successivement, à la nuque, sur le creux de l’estomac, aux mollets, le long de l’épine du dos.

L’électricité constitue également un puissant agent contre J’asphyxie; mais il est bien rare que l’on ait un appareil sous la main, et nous pensons d’ailleurs que le médecin seul saurait l’appliquer utilement. Ajoutons qu’il ne faut jamais désespérer trop tôt du salut d’un asphyxié. On a vu, dans certains cas, de véritables résurrections.

1° Asphyxie par pendaison .—Il est une opinion absurde, et malheureusement encore trop répandue, que l’on ne doit pas couper la corde d’un pendu avant l’arrivée de la justice. Est-il nécessaire de dire que la justice n’a jamais voulu qu’on laissât une asphyxie commençante devenir complète, et que l’on doit tout d’abord, en présence d’un pendu, couper le lien qui s’oppose à l’entrée de l’air dans les voies respiratoires? On placera ensuite le corps dans une position te!le„ que la tête soit élevée, et l’on mettra en œuvre les

moyens que nous avons signalés dans le traitement général de i’asphyxie.

2° Asphyxie par submersion. —On doit de suite enlever les vêtements mouillés, essuyer rapidement le corps, le placer sur un plan horizontal, en penchant la tête sur le côté pour favoriser l’écoulement des liquides qui obstruent la bouche, la trachée et les bronches, envelopper Se corps de linges chauds en frictionnant et mettre en pratique le traitement que j’ai exposé.

Je n’ai rien à dire de particulier sur les autres genres d’asphyxie, mais j’insisterai de nouveau, en terminant, sur la persévérance que l’on doit apporter dans les moyens de traitement; c’est la condition indispensable du succès.

g VII. — Convulsions des enfants.

Malgré leurs effrayants symptômes, les convulsions des enfants ont assez rarement une terminaison funeste ; nées sous l’influence de causes diverses dont le médecin peut seul être bon juge, elles réclament aussi des modes divers de traitement que je ne saurais ici donner avec fruit.

J’ai surtout en vue, en disant le peu de danger qu’elles présentent habituellement, de calmer les frayeurs, souvent exagérées des parents du petit malade. J’insisterai cependant sur ce fait, que la douleur est une des causes qui peuvent les provoquer. Ainsi la piqûre d’une épingle, une trop forte compression des linges, ont quelquefois amené ce fâcheux résultat; et à ce propos, je m’élèverai avant tant d’autres contre la détestable habitude d’emmaillotter les enfants. En observant cette barbare coutume de garrotter ainsi le petit être qui vient de naître, comme si l’on redoutait son trop libre développement, on est tenté de répéter cette parole amère de J.-J. Rousseau : «Tout est bien sortant des mains de la nature, et tout dégénère entre les mains des hommes.»

«Que l’on fasse attention à tout ce qui vient d’être dit, s’écrie M. Buchan, après avoir décrit les graves résultats de l’emmailloiternent, et l’on rie sera plus étonné qu’une grande quantité d’enfants périssent dans les convulsions peu après leur naissance. J’en ai vu un à qui i! prit des accès de convulsions, aussitôt après que la sage-femme 1 eut emmaillolté; je le fis déshabiller, les convulsions cessèrent sur-

le-champ, et depuis, il n’en a plus été question.La grande règle

à observer, ajoute-t-il, c’est qu’un enfant n’ait pas plus d’habits qu’il n’en faut pour qu’il soit tenu chaudement, et que ces habits soient faits de manière qu’il soit libre dans tous ses mouvements. »

Je ne saurai qu’applaudir à ces sages conseils. Comme indications générales, lorsque l’attaque de convulsions s’est déclarée, je conseillerai, avec les auteurs, de débarrasser promptement les enfants de tout ce qui peut les gêner ou les blesser, d’éloigner tout ce qui peut être pour eux la cause d’une impression morale vive et de les soustraire à une température trop élevée. Le reste appartient au médecin.

§ VIII. — Attaques de nerfs.

On connaît ces attaques dont certaines femmes sont particulièrement atteintes et- au milieu desquelles elles font des mouvements étendus, irréguliers et si violents qu’ils peuvent donner lieu à de graves blessures.

Je recommanderai avec M. Valleix :

1 D enlever tous les objets qui pourraient devenir causes de blessures et d’éloigner les malades des murs et des meubles;

2 D enlever toutes les ligatures qui peuvent gêner les mouvements ;

3° De procurer aux femmes l’inspiration de l’air frais et de faire disparaître les objets ou les personnes dont la vue les irrite.

J’ajouterai que, tout en maintenant les malades, il ne faut opposer à leurs mouvements que la force suffisante pour éviter qu’elles se

blessent, et qu’il pourrait être dangereux de chercher à les placer dans une immobilité absolue. L’ea.i froide jetee brusquement sur la face, la poitrine, les cuisses, de façon à surprendre la malade, peut être d’une grande utilité dans ces circonstances.

§ IX, — Épilepsie.

Je ne dirai rien des symptômes de cette affreuse maladie, malheureusement trop commune. Il faut, en présence, d’une attaque, se contenter de débarrasser le malade de tout ce qui peut exercer une compression nuisible, eu égard surtout aux fonctions respiratoires, placer les malades sur un lit, et surveiller leurs mouvements, du reste peu étendus. La saignée peut être indiquée dans quelques cas, mais au médecin seul appartient son emploi.

g X. — Coliques.

Les causes qui engendrent les coliques sont extrêmement variées, mais, quelle que soit leur étiologie, elles sont toujours caractérisées par des douleurs vives dans la région de l’abdomen, revenant ordinairement par intervalles. Ces douleurs sont quelquefois si violentes, surtout dans les cas de coliques hépatiques ou néphrétiques, quelles jettent les malades dans une inexprimable angoisse. L’absence du médecin peut laisser le malade si longtemps en proie à cétle atroce souffrance, que je crois devoir signaler quelques palliatifs : 10 gouttes de laudanum dans un verre d’eau sucrée de demi-heure en demi-heure, un grand cataplasme sur le ventre ou un grand bain, calmeront souvent les coliques et permettront d’attendre un secours plus efficace, s’il en est besoin.

g XL — Fièvres pernicieuses.

Si, pendant le cours d’une fièvre intermittente, dont ces accès,

constitués par les trois stades de frisson, de chaleur et de sueur, sont bien connus dans les endroits où règne cette affection, on remarquait des symptômes graves et insolites, tels que délire, coma, convulsions, l’on serait autorisé à administrer immédiatement le sulfate de quinine, car ces accès peuvent emporter les malades, et un retard de quelques heures seulement pourrait être funeste. On donnera de suite, d’un seul coup, 1 gramme de sulfate de quinine dans un verre d’eau auquel on ajoutera 2 gouttes d’acide sulfurique, afin de dissoudre le sel. Si l’on n’a pas d’acide sulfurique, on dissoudra dans l’eau-de-vie ou l’alcool. Si le malade ne pouvait avaler, on donnerait la même dose dans un quart de lavement.

Les fièvres intermittentes, si funestes surtout pour les travailleurs, sont dues aux miasmes des marais ; et comme ces derniers sont surtout fréquents dans les quartiers à sous-sol argileux, c’est là surtout qu’on les rencontre. Détruire la cause de ces fièvres, détruire les miasmes marécageux, ce doit être, suivant l’expression énergique de M. le professeur Bouchardat, le delenda Carthago du médecin; ce doit être aussi celui de tout ami de l’humanité.

J’engage donc les propriétaires à détruire leurs marais , à assainir leur sol par le moyen de tranchées ou du drainage ; ils rendront ainsi un signalé service à l’agriculture et à l’hygiène publique. Je conseille aussi de n’opérer le curage des étangs et des canaux que par un temps d’hiver sec et froid, la chaleur et l’humidité favorisant le développement des miasmes. De plus, on évitera , dans le choix d’un emplacement pour construire les habitations , le voisinage des marais. Enfin on fera en sorte, si l’on habite un foyer malsain , de ne pas trop s’exposer le soir; car l’expérience paraît avoir démontré que ce moment est propice pour l’intoxication.

§ XII. — Coup de sang et apoplexie.

Je neveux parler ici que des cas graves. Le malade, d’ordinaire sujet aux étourdissements et aux vertiges, sent tout à coup les objets

se dérober sous lui et tombe sans connaissance. La faee est alors habituellement rouge et colorée; les battements du pouls ont une force inaccoutumée. Le visage est quelquefois déformé par suite de paralysie ou de contracture , et cela surtout en cas d apoplexie. Il faut placer le malade la tête haute, faire en sorte que le cou soit libre, entretenir une certaine fraîcheur dans l’appartement, promener des sinapismes sur les jambes et sur les cuisses. On appliquera des sangsues à l’anus, et on placera sur la tête des compresses imbibées d’eau fraîche ou légèrement vinaigrée; mais il faudra avoir soin de les rafraîchir constamment (1).

§ XIII. — Pneumonie et pleurésie aiguës.

Loin de moi la pensée de présenter ici leur description. C’est au médecin à en constituer le traitement, après en avoir reconnu l’existence. Elles sont loutefois si fréquentes, si souvent acquises par imprudence ou ignorance des règles hygiéniques, que je crois devoir eu dire quelques mots, mais uniquement à ce dernier point de vue. Il me suffira de citer quelques auteurs :

Une cause très-ordinaire des maladies, dit Tissot (2), c’est de se reposer dans un endroit froid , ayant extrêmement chaud. Une autre cause, ajoute-t-il, c’est l’eau froide qu’on boit quand on a fort chaud. Cette cause agit comme la précédente, mais ses suites fâcheuses sont ordinairement plus promptes et plus violentes; j en ai vu les plus terribles exemples. Des esquinancies, des inflammations de poitrine, les plus fortes, des coliques, des inflammations du foie et de toutes les parties contenues dans le ventre, avec un gonfle-

(1) La saignée est bien souvent le meilleur moyen à employer. Je n’ose pourtant trop la conseiller; car, entre des mains inhabiles, elle pourrait etre suivie de graves accidents.

(2) Avis au peuple pour sa santé , p. 32.

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ment prodigieux, des vomissements, des suppressions d’urine, et des angoisses inexprimables.

■C’est une vérité reconnue universellement, dit M. Buchan (1), que les rhumes , les fluxions et plusieurs maladies inflammatoires, si communes dans les saisons froides, ne sont dues qu’à un passage subit du chaud au froid.

On voit donc de quelles maladies graves et variées le refroidissement peut être la source.

Est-il besoin de dire comment on peut se mettre à f’abri de semblables accidents ? Toutes les fois qu’à la suite d’exercice musculaire le corps est en sueur, il faut, avant de prendre du repos, changer de vêtements, avoir soin d’essuyer rapidement la sueur qui inonde le corps, éviter les boissons froides, les courants d’air, etc. Si l’on n’est pas en situation de se vêtir à nouveau, il serait au moins nécessaire de s’entourer soigneusement d’un ample vêtement sec. C’est là ce que négligent trop souvent les ouvriers qui, par cette simple précaution, éviteraient bon nombre de maladies, ou tout au moins d indispositions.

(1) Médecine domestique, traduit de l’anglais par le D r Duplanil, chap. 7, p. 256.

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