ARRACHEMENT
On conçoit combien peuvent être variables dans leur forme et leur gravité les plaies qui nous occupent. Leurs causes sont tellement diverses, qu’il serait impossible de les énumérer. Je citerai seulement les roues de voiture, les chutes, les engrenages de ma-
chines, les armes à feu. Des fractures plus ou moins graves se rencontrent souvent avec lès plaies dont nous parlons. Après avoir transporté le blessé avec tous les soins précédemment indiqués, après avoir mis un terme à l’hémorrhagie (elle est rare d’ailleurs), l’on devra laver soigneusement la plaie et la débarrasser de tous les corps étrangers qui peuvent l’irriter ; puis on soumettra les parties malades à des irrigations continues d’eau froide. Il suffira, dans ce but, de placer au-dessus du malade un réservoir d’eau, un seau par exemple, et à 1 aide d un syphon, de diriger le liquide conduit par une bande.
Un morceau de toile cirée, placé sous le membre malade, servira à envoyer l’eau dans un vase, de façon à ne pas mouiller le lit du blessé.
9° Maladies charbonneuses.
Les bestiaux, comme chacun sait, sont fréquemment maltraités par des épizooties de maladies charbonneuses. Épizootiques sur presque tout le territoire français , ces terribles affections sont enzootiques dans une foule de riches contrées, telles que la Beauee, la Brie, la Bourgogne, la Champagne, etc. On peut se faire une idée des ravages qu’elles exercent sur les animaux, si l’on songe que, dans la Beauee en particulier, on a pu évaluer approximativement à 7 millions de francs la perte annuelle sur les bêtes à laine. Si le charbon se développe ainsi spontanément chez les bestiaux, et surtout chez les races ovine et bovine, il n’en est pas de même en ce qui concerne l’homme. La contagion directe est chez lui nécessaire pour engendrer la maladie. Une fois déclarées, les affections charbonneuses, et surtout la variété dite pustule maligne, réclament un traitement prompt et énergique, dont la base est la cautérisation. Mais cette cautérisation doit être pratiquée d’une manière variable suivant les cas;, elle ne serait pas exempte de dangers dans des mains inhabiles; un diagnostic sûr est nécessaire. Prise dès le début, quelques heures de retard ne paraissent pas avoir d’influence sur la
marche de l’affection. Je conseille donc aux personnes qui sont ou se croient atteintes d’affections charbonneuses, de se contenter d’aller au plus vite consulter un homme de l’art, mais de ne pas agir par elles-mêmes. Ce qui nous paraît ici d’une grande utilité est d’exposer l’hygiène de ces redoutables fléaux. Quelques mots d’abord sur les affections charbonneuses des animaux.
Dans les races ovine et bovine, le charbon essentiel se manifeste par des tumeurs ordinairement multiples et souvent volumineuses. D’abord chaudes et douloureuses, elles se couvrent rapidement de phlyctènes et la gangrène se montre; vingt-quatre heures ont suffi pour amener ce résultat. Pendant la période inflammatoire, l’animal est en proie à des symptômes d’irritation et d’anxiété, et le pouls est très-fréquent. Lorsque la gangrène s’est manifestée, le pouls devient petit et intermittent: les yeux sont abattus et les forces anéanties;
l’animal succombe ordinairement au milieu des convulsions. Dans
le charbon symptomatique les tumeurs n’apparaissent à l’exteneur qu’après l’apparition des symptômes fébriles. Enfin, dans la fievre charbonneuse, il n’existe point de tumeurs externes et 1 animal est emporté en une heure ou deux, après avoir présenté de violentes convulsions.
Quelle est la cause de l’affection? L’altération des fourrages récoltés dans des pâturages marécageux, desséchés par le soleil, a été accusée; je ne pense pas que des observations bien positives aient été faites à cet égard. Les agriculteurs rendraient donc un service signalé à la science vétérinaire et à l’humanité, s’ils parvenaient a découvrir d’une manière certaine l’étiologie des maladies charbonneuses. , ,
Si le liquide charbonneux semble plus spécialement localise dans les liquides qui découlent des tumeurs malignes, il n’en est pa^s moins vrai qu’il réside encore dans le sang, la salive, etc..., en un mot dans tous les liquides et dans tous les tissus. La peau et les poils eux-mêmes ne sont pas préservés. La peau désséchee de moutons dont les habitants des campagnes ont l’habitude de garnir
leurs sabots a pu dans quelques cas devenir la cause d’une pustule maligne développée sur le dos du pied. Les bouchers, les mégissiers, les tanneurs, les cordonniers, les matelassiers., tous ceux en un mot qui peuvent être en contact avec des parties d’animaux morts du charbon, sont exposés à contracter l’affection. Les mouches de toute espèce peuvent transporter le virus de l’animal à l’homme. Ei n’est même pas nécessaire que la peau présente une érosion pour que la contagion puisse avoir lieu. Enfin M. Raimbert, dans un récent ouvrage (Traité des maladies charbonneuses, 1859), a publié plusieurs observations qui tendent à démontrer que l’usage d’aliments provenant d’animaux morts du charbon peut entraîner des maladies analogues (fièvres charbonneuses suivies même quelquefois de tumeurs charbonneuses externes).
Si l’on veut bien peser l’extrême gravité du mal, la durée pour ainsi dire indéfinie de l’action du virus, la facilité si grande de la contagion, on restera convaincu que les plus minutieuses précautions hygiéniques sont de la plus haute importance. Aussi, dès le 16 juillet 1784, un arrêt du Conseil du Roi arrêta: «Les bestiaux morts ou abattus pour cause de maladie charbonneuse seront enterrés (chair et ossements) dans des fosses de 10 pieds de profondeur, qui ne pourront être ouvertes plus près de 100 toises de toute habitation, et les peaux en seront entaillées à l’effet d’éviter la contagion, le tout à peine de 500 francs d’amende. »
J’emprunte aux auteurs du Compendium de chirurgie pratique les conseils hygiéniques suivants, auxquels je ne puis que donner une entière approbation.
«Lorsqu’une épizootie charbonneuse est déclarée, il est prudent de brûler à la porte des écuries, étables ou bergeries infectées, le fumier qu’on en retirera chaque jour, d’enterrer les cadavres des animaux qui succombent le plus profondément possible, après en avoir lacéré le cuir, afin que personne ne soit tenté de s’en emparer et de mettre en circulation des peaux qui contiennent, le germe de
la maladie; en un mot, il faut détruire toutes les parties qui proviennent des animaux, ainsi que les objets qui peuvent être imprégnés des humeurs échappées de leurs plaies.
«Ceux qui prennent soin des animaux malades éviteront, autant que possible, de se trouver en contact avec eux ; ils pourront même protéger les parties découvertes de leur corps, soit en graissant les doigts avec de l’huile ou du beurre, soit au moyen de gants et d’un masque analogues à celui qu’on emploie pour approcher sans danger des ruches à miel. Lorsqu’ils panseront les ulcères charbonneux, ils se serviront de pinces, afin de ne pas loucher à la charpie, au linge ou à l’étoupe avec laquelle ils nettoient les plaies. Ils renonceront entièrement à la pratique funeste qui consiste à fouiller !e gros intestin, c’est-à-dire à introduire la main et l’avant-bras dans le rectum, pour aller chercher les grosses matières qu’il contient. S’ils pratiquent une saignée, ils prendront garde à ne pas se barbouiller les mains de sang, et surtout à ne pas les porter au visage lorsqu’elles sont dans cet état.
«Enfin, toutes les fois qu’ils auront été forcés de toucher aux effets de pansement, aux animaux, à leur sang, à leurs plaies ou même à leur fumier, ils devront se laver plusieurs fois dans la journée et dans les jours suivants, afin de délayer et d’entraîner les particules virulentes qui ne sont encore qu’apposées à la surface de la peau ; comme elles sont unies à des substances grasses sur lesquelles l’eau simple n’a pas de prise, il faut employer l’eau de savon, l’eau de chaux, une lessive de cendres, l’eau salée ou vinaigrée, et surtout le chlorure de soude; car on a démontré par des expériences directes le pouvoir qu’a ce liquide de faire perdre au virus charbonneux sa propriété septique.
«Ainsi une portion de tumeur charbonneuse, placée dans le tissu cellulaire sous-cutané d’un mouton, développe une tumeur semblable; une autre portion du même poids, laissée six minutes dans le chlorure de soude et placée de même, n’a plus causé qu un phleg-
1861. — Maugenest. 6
mon ordinaire (1). On doit recommander aux personnes qui ont été exposées à contracter la pustule maligne, de surveiller attentivement les parties de leur corps qui ont été en contact avec les matières septiques. S’il y paraissait quelque bouton, on se hâterait d’agir; car un traitement bien entendu et entrepris dès le début de la maladie la fait avorter en quelque sorte, borne l’eschare et prévient toute difformité et tout danger ultérieur.
«Un point important encore, c’est de prémunir les habitants des campagnes contre cette multitude de remèdes prétendus merveilleux qui ont été consacrés par la tradition, et qui, de nos jours encore, font des victimes. Parmi ces remèdes, il en est qui sont nuisibles : ainsi les cataplasmes de cresson, d’ail, de moutarde, la ligature pratiquée au-dessus de la tumeur, etc. ete. D’autres sont seulement inutiles et ridicules, mais n’en doivent pas moins être proscrits; car pendant qu’on les applique, on néglige les moyens énergiques et vraiment utiles, et la maladie, qui a fait des progrès, est devenue bien plus difficile à guérir. »
10° Rage.
Après la morsure d’un animal enragé, l’on doit agir immédiatement et énergiquement, de peur que le virus déposé dans la plaie ne vienne à être absorbé ; il faut commencer parfaire saigner autant que possible, par la pression exercée autour de la morsure, et laver à grande eau. On peut même aider à l’écoulement du sang à laide d’une incision pratiquée sur la plaie. Si l’on avait des ventouses à sa disposition, il serait très-avantageux de les appliquer sur la blessure, afin d’en extraire le virus entraîné par le sang. 11 conviendra d’instiller ensuite quelques gouttes d’acide sulfurique dans chacune des incisions. L’acide sulfurique me semble préférable à 1 alcali vo-
(1) Ducreux , Thèses de Paris , 1838, n° i28.
lat.il. dont l’action plus superficielle n’est pas aussi sûre. Le médecin* à son arrivée, pourra, s’il le juge convenable, recourir à une cautérisation plus profonde à l’aide du fer rouge.
11° Morve.
11 faut, autant que possible, éviter tout contact avec les chevaux
morveux; mais si, pour un motif plausible, comme pour le pansement des animaux, ce contact devient nécessaire, il faut avoir soin de faire, sur les parties qui ont été exposées à la contagion, des lotions alcalines, au chlorure de soude par exemple.
La morve a paru, dans quelques cas, se communiquer à l’homme par la simple cohabitation avec l’animal. 11 ne faut donc pas, ainsi que cela se voit trop souvent, faire coucher les palefreniers dans le même local que les chevaux morveux.
12° Morsure de vipère.
11 faut se conduire comme s’il s’agissait de la morsure d un chien enragé. Ainsi, après avoir placé une ligature entre la plaie et le cœur, on cautérisera. Comme il est rare que dans nos climats la mort soit la conséquence de cet accident, on ne saurait trop recommander de prudence dans l’emploi du caustique, surtout si la plaie a son siège sur une partie habituellement découverte. Une application trop énergique serait en effet suivie d’une cicatrice disgracieuse. C’est alors que l’alcali volatil pourra trouver son emploi.
13° Piqûre d’abeille ou de guêpe.
On devra retirer avec soin l’aiguillon, à 1 aided une petite pince ou d’une aiguille, si l’on s’aperçoit qu’il est resté dans la petite plaie, et verser quelques gouttes d’ammoniaque propres à neutraliser le venin de ces insectes.
14° Brûlures.
Lorsqu’une brûlure a été produite, quelle que soit d’ailleurs la cause, qu’elle reconnaisse, on doit débarrasser la personne blessée des vêlements qui peuvent recouvrir la lésion, afin de mettre à nu les surfaces malades. Cette petite opération doit être faite avec beaucoup de soin , afin de ne pas enlever les phlyctènes qui ont dû se produire. Aussi devra-t-on fendre les pièces de vêtements avec des ciseaux , et les détacher avec la plus grande douceur. On soumettra ensuite la partie brûlée à une irrigation continue d’eau froide ; on pourrait, à la rigueur, se contenter de compresses froides, sans cesse renouvelées. En agissant ainsi, l’on obtiendra le double avantage de calmer des douleurs toujours extrêmement vives, et de prévenir peut-être le développement de l’inflammation Consécutive. Il faudra continuer cette irrigation jusqu’à l’arrivée du médecin.
La combustion des vêtements, ainsi que je viens de le faire entrevoir, détermine souvent des brûlures dont la mort peut être la conséquence. En pareille circonstance donc, si l’on a à proximité un réservoir d’eau, il faut immédiatement s’y plonger. Ce conseil, naïf au premier abord , nous est suggéré par le souvenir d’un fait dans lequel l’effroi causé par l’accident fut tel, que la personne, au lieu de se précipiter dans une baignoire pleine d’eau qui se trouvait à côté d’elle, sortit en courant. Lorsqu’on n’a pas ce moyen à sa disposition, Te meilleur est d’envelopper la personne aussi intimement que possible, dans une couverture ou un ample vêtement, et de la rouler sur le sol, en maintenant un contact immédiat entre le corps et l’enveloppe dont on l’a entouré. On intercepte ainsi l’air qui entretenait la combustion.
15° Congélation.
La congélation d’un ou de plusieurs points du corps est assez
rare dans notre climat, mais beaucoup de personnes en ont vu les effets sur nos malheureux soldats de la désastreuse campagne de Russie, en 1812. La partie gelée est insensible, pâle, comme racornie. Il s’agit ordinairement du nez, des doigts ou des orteils. Si l’action du froid se prolonge, ces parties peuvent être frappées de gangrène sèche, et rester à jamais inanimées. Il faut commencer par frotter doucement la partie congelée avec de la neige ou de l’eau très-froide, puis la maitenir dans l’eau à une température modérée, et n’en venir qu’insensiblement à la plonger dans l’eau tiède; mais il ne faut jamais passer brusquement d’un froid intense à une chaleur vive.
Les personnes qui habitent la campagne doivent, dans le but d’être utiles, avoir constamment chez elles les substances et les objets suivants :
A paquets renfermant, chacun 5 centigr.
30 grammes.
15 paquets renfermant chacun 20 centigr.
1 kilogramme.
Toutes ces substances doivent être placées, les liquides dans des flacons bouchés à l’émeri, les solides dans des boîtes, et aussi complètement que possible à l’abri du contact de 1 air, afin d en éviter l’altération.
II sera bon, en outre, d’avoir du taffetas d’Angleterre, de l’amadou, de la charpie, des bandes, des compresses, des éponges, et une toile cirée.
Émétique.
Magnésip calcinée.
Ammoniaque liquide.
Éther sulfurique.
Laudanum de Sydenham. ..
Sulfate de quinine.
Farine de moutarde.
Je n’ai pas la prétention d’avoir, dans ce travail, inventé quoi que
ce soit, et je n’ignore nullement qu’à ce point de vue je n’ai produit qu’une sorte de compilation. Émettre des théories ou des faits nouveaux n’était pas mon dessein; mais je n’ai trouvé nulle part la sobriété de descriptions indispensable quand on s’adresse à des hommes qui ne peuvent ni ne doivent faire de la médecine une étude spéciale. Exposer l’utile, mais l’utile seulement, telle a été ma constante, mon unique préoccupation; et si j’ai réussi à me maintenir dans cette juste mesure, peut-être ai-je en ce sens le droit de prétendre à quelque originalité.