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LES TROIS GRANDES THÈSES DE LA PSYCHANALYSE

MESDAMES, MIESSIEURS,

Chaque fois que j’entreprends des causeries, je fais le vœu formel d’écarter toutes précautions oratoires. Ce vœu, je l’ai fait cette fois-ci encore. Et pourtant, je ne peux me décider à aborder directement mon sujet sans quelques mots d’apologie, et surtout sans vous dire au préalable ce que j'en pense, de ce sujet. |

Je vous avouerai naïvement que je le trouve à la fois d’un prodigieux intérêt et très délicat. Il a, à la fois pour lui et contre lui, d’être, du moins sous l’angle où je veux l’aborder, à peu près complètement inexploré.

Il y a, sur Freud, surtout en langue étrangère, une immense littérature — que d’ailleurs je ne connais pas. La mort si déplorable de Marcel Proust a déjà fait éclore de nombreux articles ; la Nouvelle Revue Française du 1°T janvier en contient à elle seule une cinquantaine.

(1) Conférence prononcée àäu Vieux-Colombier le 10 janvier 1924.

D pan

Malgré cela, mon sujet, tel que je l’entends, continue à m’apparaître tout-à-fait inexploré, et si cela m’encourage, cela m'intimide aussi.

Cela m'intimide parce que je ne sais pas très bien où je vais, parce que je sens que je n’ai aucune chance d'arriver à des constatations définitives.

Je vois des quantités d’idées à soulever, à étudier, à suivre, mais un peu comme un ingénieur au centre d’une mine et qui se demande quels sont les filons qui vont donner, quelles galeries sont à percer, lesquelles le maintiendront le plus longtemps sur la veine. Je ne suis sûr que d’une chose, c’est que je m’engagerai dans des impasses, c’est qu’il me faudra par moments rebrousser chemin, c'est que peut-être je ne ferai qu’efflèurer le principal, tandis que je m'empêtrerai dans l'accessoire. Il m'arrivera certainement de vous dire des choses qui m'apparaîtront moins vraies aussitôt que je les aurai dites et qu’il me faudra, ou retirer, ou transformer.

Excusez-moi, je vous prie. Ces mésaventures auxquelles je vous expose d’un cœur que vous pourrez trouver bien léger, elles sont la rançon de l’extrême importance, de l’extrême richesse et de l'extrême nouveauté du sujet que nous abordons. Si Proust a démentré quelque chose, c’est que rien ne pouvait suppléer le temps. En matière d’idées, moins qu’en toute autre matière. Celles. que nous allons remuer n’ont pas reçu encore cette influence des années, qui, comme un lent soleil, peut seule les mûrir. Il n’y a pas là de ma faute. Je mets donc

en fait, d’une façon peut-être un peu présomptueuse, mais 1l me semble,

tout de même, justifiée, que les hésitations et peut-être les piétinements de l'étude que nous entreprenons en commun sont inévitables et ne devront pas m'être imputés à crime.

Mais ce sujet si nouveau, si admirable, et qui doit me mériter votre indulgence, il est temps de le définir, au moins en gros.

Je n’ai pas, comme vous pouvez bien penser, l'intention d’épuiser ce qu'on peut dire sur Freud et sur Proust. Non, c’est sous un angle très déterminé que j'entends les étudier. Grossièrement je voudrais étudier ce qu'ils apportent de nouveau en psychologie, je voudrais fixer les progrès qu’ils peuvent nous faire accomplir dans la connaissance de ce qu’on appelait, à l’âge classique, le cœur humain ; (et je vous prie de laisser ici à cœur son sens le plus vague).

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