‹ Quelques propositions sur la fièvre jauneChapitre 2 sur 3 · SUR · texte numérisé non relu

SUR

Dans 1 état actuel de la science, la maladie connue sous le nom de fièvre jaune peut être considérée comme une véritable intoxication qui s’opère sous l’influence d’un foyer miasmatique, influence à laquelle viennent se joindre celles de la chaleur et de l’humidité.

Il est reconnu, en effet, i° quelle ne se manifeste jamais quand le thermomètre n’atteint pas le îb'ou 16e degré; quelques-uns disent même le 20e ou 22e ; 20 que , dans les Antilles et dans tous les lieux où elle est endémique , elle sévit plus spécialement à l’époque de

l’hivernage, c’est-à-dire au moment où les pluies sont les plus abondantes , et où les matières animales et végétales sont livrées à une plus facile décomposition.

Si , toutefois, sous l’influence de ces causes, la maladie ne se développe pas constamment , comme au Brésil et au Pérou , par exemple ; si même elle fait invasion dans des lieux où l’on ne saurait démontrer leur réunion , il nous semble rationnel d’attribuer cette anomalie apparente à des qualités particulières et inappréciables du sol. Cette opinion est celle de M. le professeur Forgct, qui , dans son excellent ouvrage sur l’hygiène navale , a traité avec une grande supériorité toutes les questions qui se rattachent à la fièvre jaune.

iy.

Nous avons donc, en thèse générale, pour expliquer la production et les phénomènes de la fièvre jaune , trois faits capitaux.

Premier fait. Le miasme , agent de toxication , qui, pénétrant dans l’économie par des voies diverses , se mêle aux principes du sang et l’altère dans sa composition intime , dans sa chimie spéciale.

Deuxième fait. L’humidité qui , en relâchant les tissus , les rend plus facilement pénétrables par le miasme.

Troisième fait. La chaleur qui se trouve eu excès dans l’économie , parce que plus de calorique est fourni par celle-ci que l’air extérieur ne tend à en soustraire; de là, constitution éminemment inflammatoire ; de là , tendance des organes à l’irritation ; de là , quand celle-ci se manifeste, appel et afflux du sang altéré vers ces organes.

Mais il est un quatrième fait dont l’explication nous échappe ; c’est l’influence de la mer. Pourquoi , en effet , la fièvre jaune règne-t-elle

exclusivement sur ses bords ? pourquoi ne fait-elle presque jamais irruption dans l’intérieur , quelle que soit d’ailleurs l’intensité de la chaleur, de l’humidité et des miasmes? Serait-ce donc parce que la fièvre jaune ne se trouverait fondée que dans la navigation , que les émanations qui s’élèvent de l’eau qui croupit dans la cale des vaisseaux en constitueraient la cause spécifique , comme le pensent MM. Lefort, Reider de Vienne et Audouard ? que, partout où se manifeste une épidémie , les exhalaisons putrides qui lui donnent naissance y auraient été transportées par des navires , et non par des hommes et des effets, comme le prétendent les contagionistes ? Mais cette opinion ne peut être admise; car si, d’un côté, les exemples ne manquent pas de navires où la fièvre jaune s’est développée spontanément à la mer ; si, de l’autre, on a vu maintes fois des bâtiments atteints de la fièvre jaune , lorsque celle-ci n’existait ni à terre , ni sur aucun autre bâtiment voisin, on l’a vue également sévir dans des localités où stationnaient des navires qui ne l’ont pas contractée.

La question reste donc tout entière.

La fièvre jaune ne nous paraît pas transmissible par contagion. Cette manière de voir, qui nous est commune avec la plupart des médecins des Antilles et des États-Unis, avec tous ceux de nos collègues delà marine qui ont observé la maladie, nous l’appuyons sur des faits observés à bord du brik le Méléagre , dont nous étions le chirurgien-major en 1 833 , pendant la station de ce bâtiment dans le golfe du Mexique. Voici ces faits : la cale au vin s’ouvrait au milieu de la sainte-barbe, espace d’à peu près huit pieds carrés, situé entre la chambre commune des officiers et le faux-pont, séparé de la première par une cloison , et du faux-pont par un grillage à barreaux épais et très-rapprochés. Des communications étaient établies avec ces deux parties du navire par une porte fort étroite ; l’air extérieur n’avait donc qu’un accès très-difficile dans ce lieu, aucune ouvefture n’existant d’ailleurs dans la partie du pont qui lui

était supérieure; aussi , chaque fois que des mouvements s’opéraient dans la cale, il s’en exhalait des émanations d’une extrême fétidité, qui , faute d’issue suffisante, demeuraient en suspension et formaient une atmosphère remplie de qualités pernicieuses. Qu’en advint-il ? c’est qu’au moment où les fortes chaleurs se firent sentir, ces miasmes, jusque-là inoffensifs, constituèrent un véritable foyer d’infection, et que , dans l’espace de cinq semaines , trente personnes furent attaquées de la fièvre jaune. Et sur qui porta-t-elle ses premières et plus fortes atteintes? sur un mousse qui, en attendant notre arrivée , avait été mis en subsistance à bord d’un bâtiment de commerce (1), et se trouva tout à coup placé dans des conditio«s et sous des influences nouvelles; sur les personnes de l’état-major dont plusieurs avaient leur logement autour du lieu infecté; sur celles de l’équipage que leurs fonctions rapprochaient le plus souvent de ce même lieu , ou qui couchaient dans le voisinage. L’infection ne se trouve-t-elle pas ici démontrée jusqu’à l’évidence ? Chaque jour, du reste , un brèche se fait dans les rangs des contagionistes ; et de notables changements introduits dans la législation sanitaire, en ce qui concerne les provenances des Antilles, ont annoncé que le gouvernement lui-même venait grossir la masse de leurs adversaires. Espérons que ce pas fait en avant en amènera d’autres, et que nous ne tarderons pas à voir la chute du système, non moins odieux que ridicule , qui pèse sur la navigation et le commerce.

Nous proposons le nom de typhus maritime pour caractériser la fièvre jaune; il offre d’abord l’avantage de la rattacher à d’autres maladies dont les symptômes se confondent souvent avec les siens, et dont elle ne diffère peut-être que par la nature des miasmes qui la produisent. En effet, comme la peste d’Orient, elle se présente

(1) Nous ferons observer qu’à bord de ce bâtiment il n’existait aucun malade.

quelquefois avec les bubons inguinaux ou axillaires; comme le typhus d’Europe, avec les charbons, les pétéchies et l’engorgement des parotides. De là , l’embarras des commentateurs, qui ont rapporté successivement à chacune de ces espèces la fameuse épidémie du Péloponèse décrite par Thucydide. En second lieu, la dénomination que nous proposons n’enserre pas la maladie dans certaines localités en dehors desquelles on l’a souvent observée, comme le fait le nom de typhus d’Amérique, et n’a pas l’inconvénient, comme celui de fièvre jaune, d’exprimer un fait (l’ictère) qui manque dans nombre de cas. Elle représente, au contraire, celui qui , dans la production de cette maladie, est peut-être le plus général et le moins contesté : je veux parler de l’influence de la mer,

Les premiers symptômes de la fièvre jaune sont ceux d’une réaction vitale universelle, qui se réfléchit, dès le principe, sur l’encéphale et la moelle épinière. De là , cette céphalalgie et ces douleurs lombaires qui forment le caractère le plus constant de la maladie , et la constituent souvent tout entière. Puis , nouveaux épisodes de cette réaction , apparaissent les phlegmasies, à divers degrés, des viscères abdominaux, auxquelles se rattachent les vomissements, la douleur qui s’étend de l’épigastre à l’hypocondre droit, l’ictère. Enfin, tous ces symptômes s’exaspèrent, la matière noire se présente dans les vomissements et les déjections alvines, des hémorragies ont lieu par diverses voies, et la mort survient à travers tous les accidents de l’ataxie et de l’adynamie. C’est donc avec raison qu’on a admis trois périodes distinctes dans le cours de la fièvre jaune.

Parmi les phlegmasies abdominales , les plus fréquentes sont celles du foie et la gastro -entérite qui peut varier en intensité, depuis la simple anorexie jusqu’à l’inflammation la plus aiguë. C’est

en se basant sur la fréquence de son développement que l’école physiologique, entraînée par ses idées de généralisation, avait établi que la fièvre jaune n’était autre chose qu’une phlegmasie des voies digestives ; mais cette opinion ne peut tenir devant les faits. On sait effectivement que, dans certains cas, cette maladie arrive à la seconde et même à la troisième période , sans qu’aucun symptôme ait paru du côté des organes de la digestion. L’un des deux malades qui ont succombé à bord du Méléagre , nous a présenté ce phénomène. Dans les cas eux-mêmes où ces symptômes ont été très-prononcés pendant la vie, l’anatomie pathologique reste souvent muette, comme le prouvent les recherches de MM. James Gilkrest et Louis pour l’épidémie de Gibraltar, en 1826. Deux autopsies furent faites sous mes yeux à la Havane , et j’avoue que, malgré mes préventions en faveur de l’opinion que j’attaque aujourd’hui, l’inflammation de la muqueuse gastro-intestinale me parut singulièrement douteuse. Du reste , les bons observateurs ne s’étaient pas mépris sur ce que présentait de spécial la gastro-entérite de la fièvre jaune, et le savant professeur Dubrueil, que les chirurgiens de la marine s’honorent d’avoir autrefois compté dans leurs rangs, avait eu le soin d’exprimer quelle n’était pas une phlegmasie franche 3 mais une inflammation maligne 3 une gastro-entérite ataxique ou adynamique 3 due à une cause délétère 3 à un virus sui gcneris. En résumé, cette phlegmasie ne nous paraît qu’un épisode, un fait secondaire de la fièvre jaune, fait quelquefois d’une haute importance, mais qu’il faut se garder d’exagérer.

Les nécropsies montrent presque toujours le foie volumineux, gorgé de sang, mollasse, jaune dans son intérieur, couvert de plaques ardoisées à sa surface. Ce sont là , sans aucun doute , des traces du travail phlegmasique qui s’est opéré dans cet organe, et sous l’influence duquel l’ictère se présente fréquemment. Mais cette cause n’est pas la seule qui puisse donner lieu à ce phénomène. Quand la teinte ictérique de la peau paraît dans la troisième période , nous pensons

qu’elle est alors le résultat d’une sorte d’épanchement sanguin analogue à celui qui a lieu dans l’ecchymose , effet d’une contusion. INous pensons aussi que les deux causes peuvent agir simultanément, et que c’est dans ce cas que l’ictère offre le plus d’intensité. Elle se montre successivement à la face , à la poitrine et au reste du corps; quelquefois au moment de la mort, ou même après quelle a eu lieu. Quelquefois elle ne paraît pas du tout.

L’apparition des vomissements et des déjections noires est lin signe presque constamment mortel. On a beaucoup disserté sur l’origine de la matière qui les constitue. Les uns ont prétendu quelle venait du foie ; d’autres de la rate. On a même été , par une étrange aberration , la chercher jusque dans la queue de cheval. Des observations bien faites tendent à établir l’opinion de John Hunter, que cette matière est le produit d’une exsudation passive du sang à travers les vaisseaux capillaires de l’estomac et des intestins. On a quelquefois pu prendre la nature sur le fait, ayant trouvé des traces du fluide noir dans le tissu cellulaire sous-jacent , et passant à la surface de la membrane muqueuse.

Ces matières ont la plus grande analogie avec celles que rejettent les animaux dans les veines desquels on a introduit un liquide putréfié , et sont , à nos yeux , l’effet d’une altération de la composition chimique du sang. M. Magendie a constaté, dans ses expériences, que les dimensions des globules diminuent à mesure que les accidents, d’ailleurs entièrement analogues à ceux de la fièvre jaune, se développent ; ce qui serait en harmonie avec le passage du sang à travers fes-paroi^éLes petits vaisseaux , et les diverses hémorragies qui en sont l’effet.

IO

La marche de la fièvre jaune est très-rapide: la mort survient ordinairement du troisième au septième jour, quelquefois dès le second, ou même dès le premier. Lorsque la terminaison est heureuse, c’est vers le premier septénaire, ou dans le commencement du second, que la maladie se juge.

En parcourant les nombreux écrits qui ont été publiés sur la fièvre jaune, on voit que son traitement a singulièrement varié selon les lieux et les doctrines, et que cependant des succès ont été obtenus à l’aide des moyens les plus opposés : qu’en conclure ? Que l’exclusion en thérapeutique est une voie glissante et périlleuse dans laquelle le praticien , vraiment digne de ce nom , ne doit jamais s’engager. Nous allons toutefois établir, dans les propositions suivantes, le traitement qui nous a paru amener les meilleurs résultats : c’est celui dont faisait usage un habile médecin de la Havane , M. le docteur Bélot, et que nous avions nous-même adopté à bord du Méléagrc.

Au début de la maladie, quand le sujet est peu robuste, quand les symptômes présentent peu de gravité , on emploie avec avantage les boissons diaphorétiques , et nous avons vu plusieurs fois des sueurs abondantes amener uue résolution complète. L’infusion de tiges et de feuilles de guaco était d’un usage général à la Véra-Crux, où la crédulité lui attribuait des propriétés spécifiques que nous n’avons pas eu l’occasion de reconnaître. Très-utile pour provoquer un mouvement vers la peau , ce moyen devient nuisible si l’on insiste sur son emploi, et peut alors amener l’irritation des voies digestives.

Mais lorsque les symptômes d’excitation générale offrent une grande intensité et tendent vers de nouveaux accroissements , que la céphalalgie et les douleurs lombaires sont dans toute leur force, il faut recourir sans délai à la saignée générale , que l’on pratiquera au pied de préférence, en laissant couler le sang jusqu’à syncope. Chez les sujets vigoureux, elle pourra être renouvelée, pendant les trois premiers jours, jusqu’à ce qu’il survienne un certain amendement dans les symptômes.

Les succès que nous avons vu obtenir et obtenus par cette méthode , nous donnent à penser que c’est à tort que , dans le sein de l’Académie royale de médecine , l’on a contesté , à M. le professeur Bouillaud , ceux qu’une pratique analogue lui a valus dans le traitement de la fièvre typhoïde.

S’il y a constipation , on administrera des lavements légèrement purgatifs.

Aux localisations inflammatoires , on opposera les saignées locales à l’aide des sangsues ou des ventouses scarifiées , les applications émollientes. Les bains généraux tièdes rendent aussi de grands services au déclin de cette première période. Nous avions le soin, quand les malades y étaient placés , de prévenir la congestion cérébrale par des applications froides sur la tète.

Les boissons seront mucilagineuses et légèrement acidulés. Elles seront prises fréquemment, mais en petite quantité, s’il y a des vomissements. L’eau pure , à une température très-basse , convient

aussi.

Dans la seconde période , la saignée générale perd son efficacité et devient même nuisible. Dans certains cas, on peut encore recourir aux saignées locales , mais c’est surtout le moment des énergiques révolutions. Les sinapismes promenés sur les extrémités inférieures, les vésicatoires , l’application de la glace à la tête et sur l’abdomen , les frictions avec une pommade irritante sur les piqûres de sangsues ou les incisions des ventouses , constituent alors de puissants moyens de traitement.

Une grande prudence doit toutefois présider à l’emploi de cette médication chez les sujets trop excitables , chez les femmes et les enfants. Nous avons vu, chez un mousse âgé de seize ans, auquel plusieurs vésicatoires avaient été appliqués , l’irritation déterminée par ceuxci détonner sur le cerveau, et produire des convulsions assez violentes pour nous faire craindre d’y voir succomber le malade.

Quand le vomissement et les selles sont fournies par la matière noire , l’art semble avoir perdu sa puissance , et les moyens actifs que l’on prodigue trop souvent n’ont d’autre effet que d’aggraver les souffrances des malades.

Malgré le succès dont l’administration des vomitifs semble avoir été quelquefois couronnée, la tendance si marquée des organes diges-

tifs à l’irritation , doit inspirer une grande réserve dans leur emploi. Il n’en est pas de même des purgatifs doux , qui réussissent assez souvent quand, au début de la maladie, ils sont associés à la saignée générale. La plupart des médecins américains donnent ainsi le calomel, après avoir préalablement fait avaler deux onces d’huile d’olive , pour s’opposer au séjour trop prolongé du médicament dans les organes. Les purgatifs conviennent encore à la fin de la maladie ; il semble qu’administrés à cette époque , ils accélèrent la marche de la convalescence.

xxm.

Le quinquina, dont l’abus a fait tant de victimes, est peut-être aujourd’hui l’objet d’une trop complète exclusion. Dans un cas où la vie semblait au moment d’abandonner le malade, quelques grains de sulfate de quinine , administrés en désespoir de cause, amenèrent une amélioration qui, après quelques jours, se changea en une convalescence durable. Il est vrai qu’ici la maladie était concentrée sur l’encéphale, et que la langue n’offrait qu’un épais enduit blanchâtre.

La convalescence de la fièvre jaune est loin d’être aussi rapide que quelques auteurs l’ont avancé. Nous avons vu, au contraire, la plupart des malades conserver long-temps de la faiblesse, même quand les symptômes n’avaient offert que peu d’intensité. Le danger des rechutes doit rendre très-sévère sur le régime des convalescents.

XXY.

L’hygiène offre d’utiles et nombreuses indications pour se préserver de la fièvre jaune. L’habitation dans les parties les plus élevées des lieux où elle règne, et les plus éloignées des bords de la mer; la

sobriété, l’usage modéré des fruits du pays, la modération dans les plaisirs de l’amour, dans les travaux de l’esprit; une attention soutenue à éviter autant que possible tout ce qui peut supprimer l’action perspiratoire de la peau , et à ne pas s’exposer à un soleil trop ardent ; enfin, une fermeté de caractère qui éloigne toute crainte exagérée, un courage qui ne se démente pas dans les revers.

Dans la navigation, il se présente des indications toutes spéciales, et dont les plus importantes doivent être remplies au moment de la construction des vaisseaux. Ainsi on doit ouvrir à l’air extérieur toutes les issues compatibles avec la solidité du bâtiment, multiplier et percer largement les panneaux de communication entre ses parties supérieures et inférieures, donner aux eaux de la cale, par des pentes bien ménagées, un facile écoulement vers les pompes d’extraction; préserver les membrures des effets de leur contact par des enduits de charbon pilé et de brai. Le but de ces précautions est facile à comprendre. Les émanations de ces eaux arrivent à un degré de putréfaction ou de malignité que ne peuvent acquérir des exhalaisons putrides à l’air libre. Aussi a-t-on vu la fièvre jaune faire explosion et sévir avec une férocité inouïe à bord des bâtiments où de grands dérangements avaient été opérés dans la cale , et où il y avait eu mise en mouvement des principes délétères qui s’y trouvaient renfermés.

Les bâtiments à vapeur surtout renferment les conditions les plus favorables au développement d’un foyer d’infection. Pour faciliter le mouvement des rouages de la machine , on les enduit de graisse et d’un mélange d’huile et de soufre. Ces matières, entrant en fusion, coulent à travers les fissures du parquet de la machine, et se décomposent mêlées à l’eau de la cale et à la houille qui contient souvent elle-même une grande quantité de parties sulfureuses. Les

produits de cette décomposition sont de l’hydrogène carboné et sulfuré qui se dégagent en très-grande quantité et avec une odeur souvent intolérable. Nous avons vu, à bord de la corvette à vapeur le Fulton, sur laquelle nous étions embarqués en dernier lieu, plusieurs fièvres rémittentes graves se développer sous cette influence. Eh bien ! en y ajoutant celle d une masse énorme de calorique fournie par les fourneaux et les chaudières, nous trouverons réunies, sur les bâtiments de cette espèce, les deux causes les plus puissantes de la fièvre jaune.

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