‹ Quelques recherches sur les marais tourbeux en généralChapitre 4 sur 19 · ASPECT GÉNÉRAL DES MARAIS TOURBEUX · texte numérisé non relu

ASPECT GÉNÉRAL DES MARAIS TOURBEUX

., Vue de loin, la surface des dépdts tourbeux de. quelque étendue paraît ratièr^nent plane et horizontale. Tel est. l'aspect que présente le fond' de la vallée des Ponts quand on la Yoit depuis le Creux du Vent ; telle est encore la vaste plaine des marais du Seeland, qaji ressemble assez à un grand lac recouvert d'un verdoyant tapis de végétaux. De près, la vue d'une plaine tourbeuse a quelque chosa de triste. La végétation en est uniforme. Ce sont des gramens courts et ligneux , qui ne sont entremêlés que bien rarement de quelque fleur à gracieuse corolle et à couleur .éclatante ; ce sont des lits épais de mousses jaunâtres, parmi lesquelles surgissent quelques arbustes rabougris couverts de lichens, et les feuilles allongées des joncs. Çàet là des bruyères et à^ airelles, quelques bouleaux .^nt la blanche écorce contraste avec Ja verdure de leur maigre feuillage, des pins dont |a croissance semble arrêtée par une vieillesse an^cipée, et quelques chétifs peupliers an tronc noueux et courbé. Partout le silence et la monotonie, car, à l'exception de certains insectes, aucun animal ne se plait sur ce sol spongieux et détrempé^ où le pied de l'homme ne se hasarde qu'avec précaution. Cette ^pongiosité, ce peu de consistance àe la surface des marais tourbeux sont teb, que dans quelques localités, sur les sommets duAhoën^ en Thuringe, par exonple, il y a du danger à les parcourir et surtout. à s'arrêter long-temps au même lieu, puisque la oouche supérieure qui recouvre parfois un limon presque liquide, est formée d'un tissu de végétaux encore trop mince et trop peu compacte pour soutenir le poids dn corps aans se briser.

, Cette triste apparence est cepoidant qudquefois déguisée par des accidents partictt*>> laers. Ainsi, certains dépôts tourbeux sont enfoiib sou» des couches de sable ou d'humus que le temps a rendues fertiles. La culture s'est souvent anparée de ce sol et de riches campagnes s'étendent sur des matières combustibles que les hommes découvriront plus tard pour leurs besoins. M. Smith a même observé des dépôts tourbeux dans l'ile de Madère , sous quelques centaines de pieds de calcaire compacte ; ils sont par conséquent antérieurs aux derniers soulèvements géc^giques du globe. Le plus souvent les marais tourbeux, avec leur végétation particulière et très-peu variée, remplissent le le fond des vallées humides et froides, s'étendent au bord des lacs, sur les rivages de

la mer ou suivent le cours des fleuves qui coulent lentement dans des contrées basses où leurs eaux s'étendaient jadis*

Cependant la tourbe ne se troil^ pas seulement là où il a existé un amas d'eau permanent. Ces dépôts couvrent quelquefois des crêtes de montagnes arrondies et descendent en manteau sur leurs flancs (^). Dans les Alpes et les Vosges, comme en Irlande, on les observe souvent àur des pentes mêmes assez fortes, inférieures aux petits lacs ou aux glaciers qui les arrosent.

Leur étendue varie autant que leur gisement. Vers le nord, les marais tourbeux sont des plaines immense» où Ton ne peut pénétrer qu'en hiver. Dans le milieu de l'Europe 6t dans nos vallées jurassiques, ils ont une étendue très-variable, de quelques tois^ à quelques lieues carrées ; dans les montagnes plus élevées, leur grandeur diminue et on en rencontre qui n'ont que deux à trois pieds de superficie. Les différences qu'on observé dans la profondeur et l'aspect extérieur des couches, dans la couleur, le poids et la domposition de la matière tourbeuse, sont également variées à l'infini.

U est toutefois deux grandes divisions qu'il importe de bien établir pour faciliter les recherches à foire sur les marais tourbeux. Ces divisions ont été d'ordinaire méconnues. Plusieurs auteurs ont écrit leurs livres après l'inspection d'un seul genre de dépôts , et il en est résulté de graves erreurs et des opinions qui ne pouvaient être justes qu'accidentellement ; d'autres, au contraire, ont voulu admettre un grand nombre de formations différentes ^ et ont ainsi compliqué sans nécessité le problème de la formation de la tourbe. Eh observant avec attention les diverses couches de tourbe mises à découvert par les exploitations, on peut tout d'abord se convaincre que plœieurs d'entr'dies se sont formées sous Peau, tandis que d'autres se sont élevées sur un sol tant seulement humecté et sans avoir jamais été immergées. Les faits cités en preuve de la formation de la tourbe vont étsd>lif mieux encore cette distinction des marais 9upraraquatique$ ou émergés et des marais infra-aquatiques ou submergés. Il peut arriver sans doute que la première de ces deux formations soit superposée à la secondé; mais toutes les formes accidentelles n'en trouveront pas moins leur place dans Tune ou l'autre de ces tleux catégories.

(}) Mougêoi in-liiter.

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