CHAPITRE IV
EXPOSÉ THÉORÉTIQUE DE lA FORMATION DE LA TOURBE.
Nous savons déjà que la tourbe se forme dans une foule de conditions diverses; qu'elle établit SCS dépôts dans les eaux des lacs comme sur les pentes des montagnes , dans les bassins peu profonds des vallées et sur les rives inondées des fleuves et des rivières , Chacun sait aussi que le boîs immergé se conser\ e très-longleiAps sans se décomposer ; car on retire souvent du fond de la mer et des lacs ^ des arbres , des troncs qui y sont enfoncés depuis des siècles et qui ont gardé leur propriété combustible. Nous voyons encore que ce phénomène se produit d'une manière d'autant phis frappante que la température est plus basse. Il est impossible de ne pas trouver dans ce fait une grande analogie avec ce qui se passe dans la formation de la tourbe. Les plantes qui vivent sur le sol tourbeux ou dans les lieux humides , même les graminées , sont composées en grande partie de filaments ligneux. D'après les expériences de Wiegniann , le Carex vœspitosa en a quaranle-qualre parties sur cent, et c'est le moins ligneux comme le moins abondant des carex qui vivent sur les marais tourbeux, La linaigrelte fEriophorum vaginatumj^ qui, mélangée aux sphaignes^ a formé la plupart des couches de nos tourbières , en a quarante-sept pour cent ; le sphaigne lui-même cinquante-sept pour cent. Si nous examinons les restes de ces végétaux dans la tourbe, nous trouverons les carex moins bien et moins longtemps conservés dans leurs formes extérieures que les Hnai* grelles, et nous avons déjà vu que celui des végétaux qui entre le plus difficilement en décomposition est le sphaigne, au point que plusieurs auteurs^ ceux surtout qui n'ont observé que ta surface des tourbières, prétendent qu'il ne se décompose jamais asseas pour former de la tourbe* J'ajouterai que dans mes recherches microscopiques sur les restes des végétaux reconnaissables dans la tourbe, j'ai trouvé plusieurs autres mousses, entre autres le Hypnum fluilmis et le Hypnum Irifanum^ conservés plus longtemps et avec plus d'intégrité que les autres espèces, et je ne mets point en doute qu'ils ne contiennent par conséquent une plus grande masse de filaments ligneux. Quant aux végétaux charnus, tels ijue le nénuphar fiSymphœa albaj qui laisse flotter sa blanche corolle
et ses' larges feuilles sur les rives des lacs , et le trèfle de marais (Menianthes trifoUataJ dont les formes gracieuses contrastent avec la triste et uniforme végétation de nos marais élevés, on n'en retrouve aucune forme visible dans la tourbe même très- jeune. L'eau a donc sur le -ligneux cette influaice qu'elle en retarde très-longtemps la décomposition si elle ne l'arrête pas tout*-à-fait (^). D'après cela, on ne sera point étonné de voir les tourbes immergées profondément arriver à un état de maturité complet plus lentement que celles qui croissent hors de l'eau. Et ainsi s'expliquera déjà le phénomène qu'on peut observer dans les marais de la Brévine (Jura), où la tourbe est d'une densité moins grande, d'une couleur moins foncée et d'une apparence moins âgée à mesure qu'on pénètre plus avant vers le fond du dépôt. Ce même phénomène avait été déjà (observé par Dau dans les environs de Copenhague , mais il lui était resté tout-à^fait incompréhensible. Son système n^était ni assez dsdr ni assez précis pour expliquer tous ces accidents divers. Après avoir dit : qu'il trouva sous une couche de tourbe déjà noire, compacte, d'une apparence âgée, une autre couche formée presqu'enUèrement d^ mousses non décomposées , il ajoute : je vaudrais bien savoir qui pourrait donner là- dessus une eocplication satisfaimnte ; et il pense que pour trouver la solution de ce problème, il faudrait demeurer au moins une année sur le marais. — Une foule d'erreurs^ d'observations fausses et de ridicules hypothèses ont été déduites de ce principe, que la tourbe doit être une matière homogène dans toute sa masse. Pour n'avoir point recherché l'influence des divers végétaux sur sa composition, pour avoir négligé la recherche et l'analyse des, formes végétales restées visibles dans la matière tourbeuse, on a été amené à croire que la couleur et la densité de la tourbe spnt toujours en raison de son âge. Les nombreuses stratifications si variées des hauts marais sont restées un problème, et pour en expliquer la cause on a du avoir recours à de continuels accidents , tels que les inondations , les «yoncements du sol et surtout les incaMËes^ de la surface.
La décomposition en changeant quelquesnmes des parties constitutives des végétaux, imprègne les filaments ligneux d'éléments étrangers qui leur donnent plus de consistance ^ augmententr si je puis m'exprimer ainsi, leur force combustible. Or p'est parce que cette ^décomposition ne peut agir d'abwd que sur certaines parties que la tourbe se forme; s'il en était autrement, le résultat produit serait* de l'humus. Au lieu donc d'envisager la tourbe comme un résultat immédiat d'une iernientation particulière , on doit pluU^ l'envisager comme formée par. un obstaele à cette fermentation, et cet obstacle esseotjûel est la présence de l'eau.
0) Ai-je besoin de dire que je ne donne ici qa*un exposé simple et à la portée de tout le monde. Les détails de chimie , de botanique^ etc., trouveront leur place dans la partie scientifique et compléteront ce rapide aperçu tbéorétique.
Ainsi définirai -je la tourbe : un composé de végétaux ligneux dont la fet^mentation et par conséquent la décomposition sont retardées par la présence et la tempéi^ature de l'equ. Les tourbes sous -aquatiques se forment sur les bords de la mer, des lacs et des fleuves, quand les eaux peu profondes ne sont plus agitées par des mouvements violents, quand surtout elles se trouvent séparées du bassin général par des digues, des dunes ou des attérissements. Elles s'établissent également dans les petits lacs et les étangs des montagnes, car les deux conditions indispensables pour la formation immergée sont uoe eau peu profonde , sans courant sensible , et la présence de végétaux ligneux. Ce sont surtout les potamophiles , les joncées y les prêles , les carex et les arundo phragmites qui implantent leurs racines dans le sol immergé, dressent leurs tiges au dessus de la surface de Teau, et chaque année déposent à leurs pieds les débris sur .lesquels ils continueront leur croissance l'année suivante. On trouve rarement au fond des dépôts tourbeux de cette nature des arbres et des racines qui sont en si grand nombre dans les hauts marais ; à moins que ces souches ligneuses n'y aient été amenées par les flots ou que leur présence ne soit l'effet d'un accident tout particulier, comme celui qui a formé le lac d'Etaillères. C'est dans ce lac surtout qu'on peut suivre facilement les détails d'une production sous-aquatique en pleine activité. Elle commence sur les bords limoneux, s'avance insensiblement vers le milieu et comblera sans doute un jour tout le bassin. Les observations des auteurs allemands sur les tourbes marines que je n'ai pu voir moi-même, prouvent qu'il n'y a aucune diflérence dans la manière dont elles se forment. vLeâ végétaux ne sont plus les mêmes espèces, il est vrai, mais ils appartiennent généralement aux mêmes genres ; ce sont toujours des plantes ligneuses , surtout des joncées. On a également sur les bords de la mer des exemples de formation assez récente pour que le phénomène puisse encore être étudié, et pour qu'on ne puisse pas douter qu'il n'appartienne à notre époque. Ainsi, on voit sur les bwds de l'Authie, rivière du département de la Somme, une immense étendue de marais, surtout près de son embouchure dans la mer. Ces marais sont encore presque généralement inaccessibles et couverts d'une iomiense quantité de plantes aquatiques tantôt d'eau douce, tantôt marines, qui déposent une couche tourbeuse qui, un jour, s'élèvera jusqu'au niveau dej'eau. On lit dans le Beitrœge zur Naturkunde und Oeconomie , de Binge , le passage suivant : c Voici ce que Dankverth écrivait en 1652 : Le territoire d'Oldenbourg était encore enAMO séparé du reste du Holstein par un bras de mer et formait par conséquent une iU. Les habiti^tê pouvaient naviguer facilement vers V Orient ou vers r Occident par la Brockau. Vembou^ thure occidentale a été depuis long -temps fermée par des dunes ou par les ordres de la reine Marguerite ; et Ve^nhouchure orientale est maintenant si peu profonde qu'on y noviguf diffmlemont . Ainsi cette ville jadis maritime et commerçante se trouve. être devenue
fnimtdt une ville dHntérieur. Dès-Iorfr la tonrbe s*est formée dans ce canal 'autrefois navii^le et l'a insensiblement comblé, dès qu'il a été isolé de la mer; car le sol tourbeux s'étend sans interruption de la côte orientale à la côte occidentale, en passant tout auprès de la ville d'Oldenbourg. Il s'avance jusqu'à quelques centaines de pas du rivage, où il s'arrête au pied des dunes refoulées par la mer et qui ont obstrué l'ancienne embouchure (^). Ce fait est fort remarquable^ mais en cela seulement, que les dates sont bien fixées et rapportées par des auteurs dignes de foi. Les quelques observations qu'il nous sera possible de réunir sur la géographie des tourbes et sur l'influence de ces dépôts sur les formes continentales, fourniront encore d'autres exemples de ces récentes formations marines.
Ainsi la production sous-aquatique de la tourbe ne présente aucune diflSculté dans son explication , si l'on admet que l'action de l'eau empêche la prompte décomposition des fibres ligneuses des plantes et favorise les modifications insensibles que doivent subir dans le liquide toutes les parties qui ne sont pas natorellement combustibles.
On demandera peut-être comment il se fait que sur les bords de certains fleuves et de quelques rivières , sur ceux de l'Elbe par exemple , sur ceux de l'Essonne et de la Bresle en France, la tourbe se soit formée à une certaine distance du cours d'eau, tandis que les rives mêmes se sont couvertes de dépôts limoneux sur lesquels la tourbe ne s'est point établie? On comprend facilement que dans le temps où les lits des fleuves et des rivières n'étaient point encore encaissés et rétrécis comme ils le sont maintenant, le courant suivait le fond des vallées plates, et formait sur ses bords des nappes d'eau peu profondes et immobiles qui se couvraient d'une forêt de joncs et de roseaux dont les débris s'entassaient et formaient de la tourbe. On comprend encore que le courant entraînant avec lui des parties limoneuses, et ces parcelles se déposant sur la ligne même où le courant cessait de se faire sentir , elles ont dû former à la longue des espèces de digues naturelles, derrière lesquelles sont restés les bassins d'eau stagnante où la tourbe a continué sa croissance. Dans plusieurs contrées très-plates, le eours des rivières parait avoir été si faible à cause de l'étendue même du bassin où se promenaient leurs eaux, que la tourbe s'est formée sur toute sa largeur. Mais à la longue, et à mesure que le lit s'est rétréci, le courant s'est fait sentir davantage; a enfirahié le limon déposé sur les bords et s'est enfin lui-même creusé un Ut plus profond dans les couches de tourbe qui jadis s'étaient formées sous ses eaux. Ainsi la Thièle unit maintenant le lac de Neuchâtel à celui de Bienne. Entre ces deux grands bassins s'étendent des plaines basses, dépôts tourbeux de six à dix pieds de profondeur que les inondations recouvrent encore chaque
(1) Dao pag. 61.
année. Le lit de la rivière, maintenant très^'profond, serpente entre des digues de touii>e dont la coupe perpendiculaire parait à découvert dans les eaux basses. Tout le long des bords, la marne est superposée à la tourbe dans une épaisseur de trois à quatre pieds ; mais à mesure qu'on s'éloigne de la rivière, cette épaisseur diminue et la tourbe arrive enfin jusqu'à la surface.
DeLuc a observé la même formation sur les bords de l'Elbe. S'il n'a pas su l'expliquer, ce n'est pas faute de moyens d'observations, puisqu'il a pu prendre pour ainsi dire la nature sur le fait dans une de ses œuvres encore inachevées , où elle nous livre le secret des moyens qu'elle emploie pour arriver à ses fins. Ainsi cet auteur dit, page 133 de ses Lettres physiques et morales : « La première partie de la Marsch (^) sur laquelle nous passâmes, quoique la plus près du terrain continental, serait encore un étang sans le secours de l'art. Les dépôts qui se sont ajoutés contre ces prenûers s'étant assez élevés pour empêcher le nouveau limon d'arriver sur les Verrières, il y est resté des lagunes qu'on a desséchées et qu'on maintient sèches par des moulins à vent. » Ce sont là ces lagunes derrière les digues de limon, que la nature avait déposées pour la formation de la tourbe avant leur dessèchement par les travaux des hommes. Voici encore une oh^ servation du même auteur par laquelle se trouvent expliquées les circonstances qui produisent des dépôts limoneux et celles qui contribuent à la formation de la tourbe sousaquatique. « Dans un bras de l'Elbe, où la marée se faisait jadis sentir, il s'est formé un dépôt limoneux où la tourbe n'avait point crû. Le bras de la rivière ayant été fermé par une écluse , le banc de vase s'est couvert de tourbe. » — On peut expliquer d'une manière analogue la superposition de deux couches de tourbe séparées par la marne. Dans un puits percé en Hollande, on a rencontré d'abord vingt pieds de tourbe, puis quatorze pieds d'argile légère et blanchâtre, puis dix -huit pieds de tourbe sur quatorze pieds d'argile compacte (*). Ce même fait géologique s'observe en petit sur les rives du lac de Neuchâtel, où deux assises de tourbe de quatre pieds d'épaisseur sont séparées par un dépôt de sable d'un demi-pied. C'est évidemment ici comme en Hollande le résultat d'un changement momentané dans le niveau des eaux voisines. — Voici encore un cas analogue qui complétera la série de ces observations sur les marais sous-aquatiques. Il y a près de Métiers (Jura), sur les bords de la Reuse, un petit marais dont la matière tourbeuse est-^ouverte de marne sur tout son pourtour, tandis que vers le centre, la tourbe arrive à la surface. C'est que par la croissance émergée que nous allons examiner , le milieu du marais s'est élevé au-dessus du niveau de l'eau. Les bords étant au contraire
(1) Il appelle ainsi les dépôts limoneux laissés par le fleuve et utilisés par la culture. m DeLuc pag. ^5.
restés privés de la végétation des mousses, comme cela arrive souvent, la Reuse les a naturellement recouverts de liiùon par ses inondaticms périodiques.
Nous arrivons à la formation des marais supra-aquatiques ou haut marais, de laquelle on s'est jusqu'à présent beaucoup moins occupé que de la première. Elle mérite cependant une attention particulière pour les halHtants des montagnes, pour ceux de notre Jura surtout où ce mode de production se rencontre si souvent.
La tourbe étant de toute évidence un composé de végétaux, et la croissance de cette matière se continuant sous nos yeux par la vie des plantes de même espèce qui sont à la surface, il m'a semblé nécessaire, pour arriver à la connaissance du composé, de bien étudier d'abord le composant. Or, pour apprécier Tinfluence de la végétation sur le sol qui la nourrit, il ne suflSt pas de garder dans la mémoire la nomenclature des espèces, et dans les collections de rares et nombreux individus. U faut autant que possible étudier leur vie intime ; car dans la plante la plus simple et la moins apparente, dans la mousse la plus faible et la plus méprisée, sont quelquefois cachés des mystères d'organisation et de développement aussi dignes d'attention que ceux qui ont intéressé et étonné les physiologistes dans les plus nobles végétaux.
En parcourant nos tourbières du Jura pour l'étude des mousses aquatiques^ j'avais été plusieurs fois frappé de la quantité d'eau que contiennent les sphaignes même quand ces mousses s'^èvent, comme c'est souvent le cas, au-dessus d'un sol dont la surface parait entièrement desséchée. A quelque élévation que se trouvent ces mousses, elles sont en effet pénétrées d'un liquide si abondant qu'il suffit d'une faible pression pour en faire écouler comme d'une éponge une masse d'eau considérable. "■
D'où provient cette humidité que cette mousse semble absorber seule au milieu de toutes les autres espèces qui croissent sur les marais. Voici le résultat abrégé de mes recherches.
Qu'il me soit permis de rappeler d'abord la propriété particulière de la plupart des mousses, d'attacher leurs racines exclusivement à telle espèce de sol, de pierre ou de végétal , pour y vivre sans se reproduire jamais ailleurs. Certaines espèces recouvrent les troncs des arbres forestiers, d'autres ceux des saules, des peupliers, des tilleuls de la plaine ; les unes étalait leur verdure sur le granit; les autres sur les blocs de calcaire ; à celles-ci la terre légère des sommets les plus élevés ; à celles-là le fond des eaux*, les grottes obscures, le précipice que la cascade inonde , chevelure verdoyante sous laquelle la nature voile quelques-unes de ses plus tristes nudités, sous laquelle elle déguise les premières atteintes de la vieillesse, ou la décrépitude , ou la mort.
Les sphaignes (^) font germer leurs graines ou étalent leurs tiges et leurs surgeons
0) Voyez les détails botaniques à la partie scientifique.
sur les débris humides d'autres mousses et des végétaux ligneux. Ils croissent en touffes très-étendues et très-compactes, car les tiges trop faibles pour se supporter seules poussent une multitude de jets et finissent par former un tissu si serré qu'on a de la peine à y enfoncer la main. Leur crmssance une fois ccnnmencée, elle se continue sans interruption, sans distinction de saisons, sans ces alternatives de mort et de résurrection que nous observons dans la vie des autres plantes. Formées d'un tissu très-mince , tré^ délicat, ces mousses sont les seules qui ne contiennent pas de clorophylle (^). Ainsi , suivant les lieux qu'elles habitent, elles se teignent de diverses couleurs. Le plus souvent elles sont d'un jaune verdâtre , parfois rouges ou bigarrées d'une foule de nuances ('). De petits rameaux couverts de feuilles ovales, pointues et concaves, apparaissent tout autour» du tronc, au sommet duquel ils forment une petite touffe plus compacte, d'où sort ordinairement au mois de juillet la capsule qui contient les graines. Cette capsule ovale , un peu plus grosse qu^un pommeau d'épingle , de couleur brune ou noire, est portée sur un pédicelle d'environ im pouce de hauteur, suivant le sol que la plante habite. Cette capsule s'ouvre par un couvert supérieur, à -peu -près cmnme une boite de savonnette, et livre alors aux vents les innombrables graines qu'elle contient et que l'œil ne peut pas même apercevoir quand elles sont rapprochées en très -grand nombre. Par la disposition de leurs cellules, les sphaignes sont doués d'une propriété hygroscopique ou absorbante extrêmement remarquable. Si l'on plonge dans l'eau le bout inférieur ou le bout supérieur d'une tige desséchée, on voit en peu d'instants le fluide monter, remplir tous les tubes capillaires du tronc et des rameaux, les cellules des feuilles, jusqu'à ce que la plante soit entièrement saturée. Et quand l'immersion est prolongée, la partie restée hors de l'eau , après saturation de la plante, laisse échapper le liquide en petites gouttelettes et fait ainsi l'office de machine hydraufique ou de syphon. Ce curieux phénomène se produit dans la plante sans égard à son état antérieur ; nonseulemeot sur les jeunes pousses de l'année, non-seulement sur des tiges ou des portions de rameaux qui ne sont pas entrées en décomposition , mais aussi sur les parties mor^ tes qui conservent par là même une spongiosilé extraordinaire. Ainsi une toufie de sphaignes que j'avais laissée se dessécher pendant une année entière dans mon galetas et qui pesait sèche une once vingt-un deniers, a absorbé en deux heures dix-sept onces
(1) C'est la partie verte des végétaux que les physiologistes modernes envisagent comme une espèce de cire.
(2) Ceux qui ne connaissent pas ces mousses, les reconnaitront cependant facilement sur les tourbières qu'elles habitent toujours, à leur couleur ou à leur humidité. J'omets ici les descriptions botaniques qui eussent été inutiles pour ceux qui connaissent cette science et incomprises pour ceux qui en ignorent la langue.
douze deniers d'eau. Cette touffe, qui mesurait environ vingt- deux pouces de surface, avait quatre pouces et. demi de hauteur et ne plongeait dans l'eau que par la base de quelques tiges. Sur les mousses apportées du marais et soumises aux expériences pendant qu'elles conservent Jeurs facultés vitales, cette spongiosité est bien plus frappante encore , et l'eau s'élève dans les plantes avec une rapidité bien plus considérable. Il se peut qu'on qe voie là qu'un lûmple résultat de la capillarité (^) ; mais toujours estrîl que le phénomène est exclusivement propre aux sphaignes et qu'il ne se reproduit dans aucune autre espèce de mousses ou de plantes phanérogames. On ne peut l'assimiler à l'ascension de la sève , puisque le liquide contenu ne redescend pas dans la plante , mais qu'il. semble au contraire y rester, ou en jaillir dans le même état de pureté ou de mélange dans lequel il a été absorbé.
Je dis que la végétation des sphaignes n'a nulle interruption. Elle ne s'arrête en effet qu'au moment où l'eau dont la plante est saturée entre en congélation. Dès qu'au printemps la glace redevient fluide et se fond dans les cellules, la croissance reconunence au point où elle avait été interrompue, sans que la plante ait souffert aucun dommage par la condensation du liquide. Ainsi la grande quantité de tiges qui croissent pressées les unes à côté des autres , forment à la longue comme un faisceau de tubes capillaires quj pénètrent souvent à une grande ptrofondeur pour amener à la surface le liqmde néces^ saire à la croissance des plantes. J'ai suivi souvent sans interruption ces filaments du sphaigne.à un ou deux pieds de profondeur, jusqu'au point où disparaissant par la macération , ils se changeaient en tourbe.
Gomme cettç faculté absorbante est aussi forte de la partie supérieure vers le bas que du bas vers le haut , il en résulte que les mousses dont nous parlons peuvent se pénétrer tout autant de l'humidité atmosphérique que dé celle qu'elles tirent d'un dépôt d'eau intérieur. En faisant arriver des vapeurs dians un vase où plongeait seulement la partie supérieure de quelques tiges de sphaignes, je vis ces vapeurs se condenser sur les feuilles du haut, et l'humidité se communiquer à toute la plante. Ceux qui parcourent les hautst marais pourront focilementt observer que si les sphaignes sont toujours humides , ils ne portant jamais d^ gout^ de rosée suspendues à leurs rameaux ; du moins ne m'a*Ml jamais été possi])le d'en voir. Cette faculté absorbante nous fournit l'explication de la présence des dépôts tourbeux sur les pentes de certaines montagnes. Sur les côtes occidentales de l'Irlande, par exemple, les pluies fréquentes^ les brouillards pres^
(i) Les observations microscopiques sur les cellules des feuilles et sur le mode de transport du liquide seront rapportées plus tard. Des travaux d'anatomie vécétale aussi difficiles ne peuvent être laits que par )e savant bryologue Guillaupe Schimper qui ne les a point eneore terminés.
— saque continuels et la nature peu perméable des roches permettent aux sphaignes de les recouvrir, de pomper constanmient dans l'atmosphère une humidité suffisante à leur croissance , et de former ainsi des dépôts tourbeux sur des pentes où Teau ne peut s'arrêter naturellement. L'inclinaison n'apporte aucun obstacle à cette croissance, et l'on comprend comment sur les bords de la mer, à une température qui n'est jamais longtemps au-dessous du point de congélation, cette croissance continue doit être trèsrapide. Dans les Alpes et les Vosges, où les mêmes formations se rencontrent, les accidents sont peut-être un peu plus variés, mais dépendent toujours de la propriété absorbante des sphaignes. Les roches primitives n'étant pas facilement traversées par l'humidité , il se forme parfois çà et là de petits basans d'eau où quelque racines ligneuses vont s'étendre et puiser leur nourriture. Sur ces racines s'implantent les sphaignes ; ils s'abreuvent de l'eau du réswvoir ; ils la pompent, l'élèvent par leur croissance, s'approvisionnent à la fonte des neiges d'une partie de l'eau qui les traverse , vivent en été de celle des pluies et des brouillards et ont ainsi une végétation proportionnée à la quantité de liquide qu'ils reçoivent. Quelquefois cette végétation des sphaignes s'établit sur des plateaux étroits au bord de l'abime; ils le recouvrent entièrement, ejt qusund l'espace leur manque, ils laissent pendre leurs franges sur la roche escarpée et forment ainsi un dépôt tourbeux qu'on pourrait appeler aërieUé Plusieurs cas semblables ont été observés dans les Alpes pitt^nresques du Tyrol. C'est ainsi que les couches tourbeuses varient à l'infini dans leur grandeur et leur épaisseur, suivant les lieux, qu'elles habitent et les circonstances qui concourent à leur formation.
Les sphaignes, comme nous l'avons vu, s'attachent au bois humide et vivent sur les débris ligneux avant qu'ils aient été atteints par la pourriture. Toutes les matières en fermentation, les engrais, les sels, la chaux, les gypses, etc., détruisent cette végétation. Ces mousses ne peuvent vivre non plus à l'ombre ou sous les gouttières des arbres forestiers , sous les sapins , les hêtres, les chênes. Aussi remarque4-on sous tous les sapins qui sont restés implantés dans nos marais une dépression souvent très^profofide où la tourbe n'a point cru. Ces enfoncements, qu'on peut observer sur plusieurs parties du marais des Ponts et même tout au bord de la route qui les traverse, sont déjà , ce me semble , imê preuve suffisante de la croissance continue de la tourbe par la surfeoe et de l'influence des sphaignes sur cette formation ; ils expliquent en même temps pourquoi, malgré l'humidité du sol de quelques forêts, la tourbe ne s'y établit jamais* C'est donc seulement quand ces forêts ont été renversées sur des terrains arrosés ou par des sources naturelles ou par des circonstances atmosphériques , que les sphaignes ont pu commencer à paraître. Ils se sont semés et ils ont germé d'abord dans les lieux où l'humidité était abondante mais où lleau était peu profonde, et par leur croissance con-
tinueile et extraordinairement active, ils ont bientôt recouvert tous les grands végétaux pour les envelopper et les iûibiber des sues dont ils étaient rem]^. Ib ont ^ainsi empêché racti<m de Tair, de la lumi^e et de la dhaleur, et mélangés à un grand nombre d'autres plantes dimt les radnes serpootent dans leurs tissus humectés, ik ont continué à s'élever par la &eulté d'absorption que nous leur avons reconnue.
On objectera sans doute que le rôle des sphaignes n'est point universel , et qu'ainsi l'cm ne peut envisager cette plante comme nécessaire à la formation de la tourbe. J'espère avoir fait comprendre que l'eau étant l'agent principal de cette fwmatiim dans tous les cas où l'humidité est asses grande pour anpèchef la rapide décomposition du ligneux, quelle que soit d'ailleurs la cause qui la fournisse, la touribe peut croître sans les sphaignes. Mais je dois le dire , malgré les recherches les plus minutieuses faites sur tous les haute marais que je ne cesse de parcourir depuis plusieurs années, je n'ai vu nulle part la tourbe émergée s'élever sans le concours de ces mousses. Partout où elles disparaissent, le marais se couvre de lichens, de quelques autres espèces de mousseé, de bniyères, etc., et au lieu de tourbe, il ne se forme plus qu'une t^rre noire et plus ou moins compad;e suivant son âge. On trouve firéquenunent, à la surface des tourbières déjà hautes et vieilles, des espaces absolument nus et dépouillés de végétation, sur lesquels la tourbe aCQeure à la surface. Ce sont précisaient ces endroite dépouillés, que les sphaignes avaient abandonnés, où d'autres végétaux ont déposé une légère couche de terre marneuse. Us forment à la longue de petite bassins très-humides où les mousses reprennent une active croissance pour recommencer la production de la tourbe arrêtée pendant quelque temps.
Quelle conclusion tirera-t-on des observations de Darwin (^) sur les dépote tourbeux de l'Amérique du sud ? G^ auteur termine ses explications , trop peu détaillées, en disant : qu'au cofUraire de ce qui arrive en Europe, aucune espèce de mousses ne concourt à la formation de la tourbe dans. cette partie du monde austral. Darwin a observé, comme composant essentiellement la tourbe , une plante dont la végétation pourrait peut-être jeter quelque jour sur cette production d'un autre hémisphère par sfon analogie avec celle des sphaignes; car après avoir dit, page 3<t9, que VÀstelia pumila deBrown et la Donatia Magellanka couvrent presque seules les terrains tourbeux de la Terre de Feu , il ajoute : que la dernière de ces deux plantes est V agent principal de la tourbe. Les feuilles nowDelles se Succèdent continuellement autour du tronc; celles du bas se pourrissent de suite, et en suivant la radne dans la tourbe on voit encore les feuilles conserver leur position dans les différents états de trcms formation , jusqu'à ce que le tout ne forme qu'une
(i) Voyage géologique dans rAmérique du sud.
^mdêmcmse. » n y a là, sî je comprends bien Tauteur , une participation des feuilles déjà altérées à i'humîdilé aspirée par la plante vivante , jusqu'à ce qu'elles soient soustraites par la végétation continue à l'action de Tair et de ta lumière. Et c'est précisément là, comme nous l'avons dit, le rôle des sphaignes et les conditions nécessaires à la formation de la tourbe émergée. Au reste, Darwin remarque que dans ces marais des contrées méridionales, on trouve partout à diverses hauteurs de petits étangs remplis d'eau, qui semblent creusés artificiellement et que des ruisseaux souterrains serpentent partout sous le soL L'humidité constante pourrait être amenée à la surface par ces conduits , et alors la formation de la tourbe dans ces contrées inhospitalières et peu connues, aurait quelque analogie avec celle des marais sous-aquatiques.
Tous nos hauts-marais jurassiques sont caractérisés par des espèces de stratifications ou couches horizontales plus ou moins épaisses , dont la matière varie plus ou moins par sa couleur, sa densité et sa composition végétale. Ces alternances sont dues à Fhu^ midité plus ou moins grande de la surface ; car c'est cette humidité qui active le déve^ loppement de certaines plantes qui croissent en plus ou moins grande abondance avec les sphaignes. Nous avons déjà vu qu'il arrive un point où les mousses hygroscopiques n'obtiennent plus assez de liquide pour continuer leur croissance , et qu'à leur place , lorsqu'elles disparaissent ^ il se forme une terre marneuse sur laquelle Teau peut être retenue et où les sphaignes reviennent ensuite s'implanter et vivre. Dans les marais anciens et Irès-élevés^ ces alternances de végétation répétées sur une plus grande échelle, ont déterminé la superposition de deux ou plusieurs forêts enseveUes et séparées par des couches de tourbe très-épaisses. Quand le sol cesse de s'élever au moyen des mousses hygroscopiques , la croûte de terre qui se forme à la surface peut être as^e^ puissante pour nourrir des arbres forestiers sous lesquels Thumidité s'amasse > Mais ce n'est qu'après la chute de ces grands végétaux que le sphaigne peut reparaître ; les mousses tourbeuses se rétablissent alors et couvrant de leurs innombrables tiges cette seconde forêt, elles finissent par Tensevelir sous une nouvelle couche de tourbe. Ce phénomène peut se répéter, et ainsi plusieurs générations de grands arbres gisent enfouis et se conservent par F incessante végétation d'une faible mousse.
La convexité et les dépression;^ des marais s'expliquent fie la même manière que teur élévation au-dessus du oiveau de reau. Les sphaignes remplissent d'abord les bassins les plus humides qui sont ordinairement vers le centre • Comme leur croissance est en proporlîoii du liquide qu'ils peuvent absorber, ils y végètent naturellement avec plus d acUvité. C'est seulement quand le bassiu est rempli, qu'ils dépassent les bords où ils s'étendent sans cependant y fonuer de dépèls Irés-épais. El si par hasard une légère inclinaison du sol a amené l'eau vers les bords pour la conduire par un courant insensible
vers un entonnoir 5 ce sera dans le voinnage de ce dernier qne la tourbe atteindra sa plus grande hauteur. Les sphaignes suiyrcmt toutes les parties hœnides, le»bas4Dnds d'une vallée pour s'y établir , et les monticules, s'il en existe, n'en seront recouverts que lorsque la tourbe se sera élevée des parties basses jusqu'à leur niveau. DeLuc dans ses lettres explique d'une singulière manière ce phénomène si simple; il prétend v pour donner la raison de cas semblables qu'il a observés dans le nord, que la tourbière a coulé comme un amas de limon vers les lieux bas pour y établir des embranchanents. Ge savant expliquait aussi de la même manière la superposition du limon sur la tourbe aux bords des fleuves ; il supposait que la matière tourbeuse étant devenue fluide, avait glissé dans cet état sous le sol limoneux pour s'y consolider ensuite.
Dans les dépôts sous-aquatiques , on n'observe pas d'alternances de végétati(m ; l'on n'y voit pas non plus de couches de différente nature ou d'appar^ice diverse. La tourbe y est pour ainsi dire homogène et d'une qualité très-peu variée. Ces marais laeustres s'élèvent rarement au-dessus du niveau de l'eau; car les mousses n'y croissent pas. Cq)endant les deux formations se trouvent parfois superposées quand les végétaux ligneux s'implantent sur la tourbe après qu'elle a atteint la surface de l'eau et que les sphaignes viennent s'attacher à leurs débris. Une condition nécessaire à cette double formation , c'est la température froide sans laquelle les mousses hygroscopiques ne peuvent vivre ; on la rencontrera donc dans les lacs du nord ou dans ceux des hautes montagnes, et alors les couches de tourbe atteindront une très-grande puissance. Lors^ que de semblables marais sont exploités, on reconnaît très-facilement sur la coupe perpendiculaire le point où les deux formations se rencontranit ; la partie supérieure est plus noire et stratifiée ; la partie immergée au contraire est toujours moins avancée en décomposition, toiqours moins mûre.
n est une forme de stratification supra-aquatique qui n'est point le résultat d'alternances de végétation , mais bien de dépôts annuels très-différents. Sur les pentes un peu fortes , dans les petites vallées des Alpe^ par exemple, où les mousses tourbeuses ne sont guère nourries que par les eaux qui les traversent à la fonte des neiges,» l'humidité n'est pluç suffisante en automne , pour permettre à la végétation de continuer. Les mousses aquatiques , et ce sont alors^ surtout les hypnes flottantes^ végétation plutôt immergée qu'émergée , entremêlées de laiches et de joncées, perdent leur consistance , s'affaissent, et à l'arrivée des frimats, elles sont comprhnées par les amas de neige qui s'entassent dans les vallées. Qvand , au printemps , l'eau reparait sur la tourbière , la végétation recommence avec une grande vigueur ; mais la couche comprimée reste séparée des autres autant par la différence d'âge que par les parcelles mécacées et schis* teuses que les ouragans y ont apportées des roches voisines. Dans ce cas, les lames an*
M'A 'mT' ^L
nuelles ont îrès-peu d'épaisseur ; lorsqu'elles sont arrivées à l'état de tourbe bonne et combustible, elles ont assez de ressemblance avec des feuillets de carton superposés.
Ces explications seront suffisantes, je l'espère» pour donner la raison de tous les accidents qui se présentent dans les marais tourbeux, surtout dans ceux du Jura. Il ne restera donc plus à étudier que la nature du sol sur lequel ils sont ordinairement assis.
On a toujours tort de généraliser quelques faits isolés pour en tirer des conclusions générales appliquables à d'autres faits qu'on n'a pu observer ; car la nature échappe souvent par la diversité de ses créations aux classifications que nous établissons pour la soumettre à notre impuissance* Quelques auteurs allemands , qui sansp-doute n'avaient jamais étudié que des marais lacustres ou marins, ont prétendu que toutes les tourbières reposent sur le sable , et ils en ont conclu que la tourbe ne peut se produire sans être préparée par cet élément géologique. D'autres, plutôt observateurs des hauts-marais, nnt vu la tourbe s'élever sur une couche de terre noire sur laquelle gisaient ordinairement des troncs et des arbres, et ils en ont conclu que dans cette terre était caché le principe chimique qui donne naissance à la tourbe* Maintenant il est prouvé que cette matière se forme sur tous les terrains ^ sur, le basalte, le granit, les roches schisteuses^ les grès, etc. On a généralement excepté le calcaire, et je pensais aussi que la nature sèche, poreuse, perméable de cette roche ne laissait jamais à la surface une humidité asse^ prolongée et assez abondante pour que les mousses tourbeuses puissent s'y établir. Il n'en est cependant rien , car au fond du Creux-du-Vent connu de tous les botanistes par la richesse de sa flore , les sphaignes se sont établis sur quelques troncs humides , et ils ont éteudu leurs tiges nombreuses sur les débris calcaires qui sont tombés des roches voisines. Ils les ont recouverts ^ se suspendent même sur les flancs abruptes , et forment ainsi de minces dépôts de tourbe, par accident^ il est vrai, sur le calcaire pur. Dans le Jura, les dépôts tourbeux reposent en général ou sur le sable, comme ceux des lacs, ou sur une couche de terre noire étendue sur la marne, comme les hautsmarais, ou immédiatement sur la marne, comme quelques tourbières de nos hautes vallées, lesquelles se sont originairement établies dans des étangs que tes forêts n'ont pu recouvrir; d*où nous concluons que le sol sous^jacent n'a eu aucune influence sur la production de la tourbe ; car la croûte de terre noire inférieure aux dépôts émergés est taut*à-fait de même nature, pour 1 apparence du moins, que celle qui recou\Te là marne sous 1^ forêts humides. Sur la frontière du canton de Neuchâtel , au sud du VaU de •Travers, est une petite vallée d'un accès très -difficile , couverte d'une forél qu'on aurait pu, il y a quelques années, appeler vierge* Quelques filets d'eau y sf^rpentent sous les sapins au milieu des troncs et des arbres renversés. Arrêtés dans leur cours , ils forment ça et là de petilx^ bassins de quelques pouces de profondeur , dans
lesquels il ne croit encore aucune plante ligneuse. Le sd inférieur est de la marne, sur laquelle s'étend cette même croûte de terre noire de même nature que celle des marais. Voilà donc tous les éléments réunis pour {^parer la formation d'un marais tourbeux. L'<m peut dès4ors prédire qu'aussitôt que Texploitaticm des sapins sera achevée, cette production de la tourbe aura Jieu. L'acide ulmique ou l'ulmine est contenu dons la terre sous les forêts ; cela est incontestable, puisque cette matière est le principal constituant de Vbumus ; mais s'il fallait admettre ici cet élément comme cause de la production de la tourbe, on devrait le supposer nécessairement aussi dans tous les terrains sur lesquels repose la matière con&ustible, dans le sable, dans la marne, dans le calcaire ou plutôt dans les eaux qui les arrosent, eaux douces , eaux de mer, eaux de pluie, et ce serait alors un élément universel.