‹ Quelques réflexes normaux des membres inférieursChapitre 9 sur 11 · V. — Valeur séméiologique de ces réflexes · texte numérisé non relu

V. — Valeur séméiologique de ces réflexes

On les trouve communément exagérés dans les affections du système pyramidal, dans la maladie de Little, la syringomyélie spasmodique, au cours des compressions médullaires, du mal de Poit, dans ia sclérose en plaques.etc.

Île sont exagérés d’un seui côté du corps dans les

hémiplégies anciennes.

Au cours des lésions unilatérales de la moelle réalisant le syndrome de Brown-Sequard ils sont exagérés du côté de la lésion. ;

Ils sont exagérés des deux côtés dans nombre de cas de syphilis cérébrale dite paralysie générale non tabétique. Ils sontexagérés, de même que les autres réflexes tendineux dans certains cas d’hémorragie méningée au début, et cette surréflectivité tendineuse bilatérale est un signe précoce souvent utile pour le diagnostic.

Ils restent normaux dans certaines maladies comme les syndromes parkinsoniens ou les lésions du corps strié, somme toute dans les affections capables d'atteindre les voies motrices extrapyramidales, celles que MM. Pierre Marie et Georges Guillain ont appelées les voies motrices para-pyramidales. Ils sont abolis dans les polynévrites infectieuses ou toxiques atteignant les membres inférieurs, dans ie tabès et dans certaines sciatiques.

Mais nous allons voir que pour ces deux dernières affections ils ne sont pas toujours tous abolis.

Plus intéressants en effet sont les cas où ils ne sont pas simultanément exagérés ou abolis.

C'est aiusi que dans certaines névrites sciatiques le réflexe médio-rlantaire peut être aboli tandis que lachilléen reste normal, ou, étant diminué, existe néanmoins.

Quant au réflexe tibio-fémoral postérieur il est quelquefois aboli au cours des sciatiques.

Mais par contre il n’est pas très rare qu’il soit con-

tar

servé tandis que le réflexe achilléen, le réflexe médioplantaire et le réflexe péronéo-fémoral postérieur sont abolis. Toutefois dans ces cas le réflexe tibiofémoral postérieur est plus faible du côté malade que du côté sain. Cette particularité a été bien mise en évidence par MM. Guillain et Barré (1) qui en ont donné l'explication : \

« L'interprétation de cette hypo-réflectivité s’ex- __ € plique par une raison anatomique. En effet dans

«la recherche du réflexe tibio-fémoral postérieur on « détermine en même temps que la contraction des -« muscles demi-tendineux et demi-membraneux celle « du muscle droit interne ; ce muscle est innervé par «le nerf obturateur, branche terminale du plexus. « lombaire, nerf dont les fibres appartiennent aux seg- « ments radiculaires L:L:L;; l’innervation par le scia- « tique des muscles demi-tendineux et demi-membra- «-neux appartient aux segments radiculaires L:L:5:; « l’innervation du biceps fémoral aux segments radi- « culaires L, S:S:. On s’explique ainsi que le réflexe du « demi-tendineux et du demi-membraneux puisseëêtre « aboli alors que le réflexe du droit interne est con- « servé. La contraction de ce seul muscle peut alors « donner l’impression de la conservation du réflexe « tibio-fémoral postérieur, mais la comparaison du « réflexe du côté sain et du côté malade montre net- « tement l’hypo-réflectivité du côté malade.

1. Le réflexe tibio-fémoral postérieur dans la sciatique et les radiculites lombo-sacrées (Bulletin de la Société médicale des Hôpitaux de Paris. Séance du 21 mai 1920, p. 739).

«On peut d'ailleurs chez les sujets maigres récli- « ner avec les doigts le tendon du droit interne, « localiser la percussion avec le marteau sur les «tendons du demi-membraneux et du demi-tendi- « neux et se rendre compte ainsi de la dissociation « de la réflectivité ; chez les:sujets obèses cette cons- « tatation est plus difficile. » :

On voit donc l'intérêt de la recherche de ces ‘réflexes dans les sciatiques, concurremment avec celle du réflexe achilléen, seule préconisée dans les traités classiques et qui ne peut cependant suffire dans tous les cas de lésions lombo-sacrées.

Ajoutons enfin qu'il est certains cas de sciatique légère où peut se poser l'hypothèse de simulation ou d’hystérie, dans lesquels l'abolition ou la diminution nette d’un de ces réflexes viendra étayer le diagnostic. Non pas que toutes les seiatiques s’accompagnent de troubles des réflexes, mais l’absence ou la diminution d'un réflexe tributaire du nerf sciatique constituera à côté des autres signes plus ou moins frustes, une présomption de plus en faveur de l’existence d’une sciatique.

En dehors des sciatiques et des radiculites lombo-

sacrées dans lesquelles ces réflexes sont utiles à rechercher, c’est dans le tabès qu’ils fournissent les renseignements les plus intéressants.

Îlest possible de trouver le réflexe péronéo-fémoral postérieur aboli d’une façon précoce alors que l’achilléenet le rotulien sont normaux. Nous avons vu fréquemment dans le service de M. Georges Guillain

EURE 23 Br

des malades entrés pour une affection quelconque : bronchite aiguë, ictére catarrhal, angine, etc... chez qui l'abolition concomitante des réflexes achilléen, médio-plantaire,péronéo-fémoral postérieur ou labolition isolée de l’un d’eux permit de dépister un tabès fruste et jusque-là insoupçonné, que d'autres signes et les examens de laboratoire venaient bientôt confirmer.

Nous voyons donc qu’il y a un un très réel intérêt ànepas rechercher seulement le réflexe achilléen puisque les réflexes que nous avons étudiés permettent dans certains cas de déceler ces tabès frustes si fréquents en pathologie et si souvent méconnus.

L'importance de ces recherches n’est donc pas seulement du point de vue théorique’et nosographique puisque la découverte précoce d'un tabès fruste entraîne une sanction thérapeutique importante pour le malade.

Page 1