‹ Quelques Réflexions sur la Rachianesthésie Basse d'après 8123 observations recueillies à l'Hôpital Sadiki de TunisChapitre 12 sur 18 · Céphalée · texte numérisé non relu

Céphalée

Ponction lombaire. Tension au Claude : 25 ramenée à 10 après soustraction de 5 cc. de L.C.R.

7,8 éléments, L. C. R.2 Albumine : 0,30, | Présence de globules rouges.

Injection intra-veineuse de 10 cc. de sérum salé à 20 %. Aucun effet.

Le 22-2-33 : Céphalée persiste. 10 ce. eau distillée.

Guérison.

Taïeb ben Sadok. 25 ans. Gabès.

Le 3-8-32 : Excision d’une fistule anale.

Rachianesthésie : Vérocaïne : 1 cc., 5. Caféine : 2 ce.

Le 6-8-32 : Céphalée : La ponction lombaire ramène une goutte de L.C.R. à la toux. Injection intra-veineuse de 10 cc. d’eau distillée.

Le 7-8-32 : Céphalée persiste : 10 cc, d’eau distillée.

Le 8-8-32 : Céphalée persiste : 10 cc. d’eau distillée,

Le 9-8-32 : Céphalée améliorée. Le malade demande à sortir.

Abdelkader Rahmani, 55 ans. Ksiba.

Le 22-1032 : Cure radicale d’une hernie inguinale droite.

Rachianesthésie : Vérocaïne : 2 cc. Caféine : 2 cc.

Le 24-1032 : Céphalée : L.C.R. hypotendu. Injection intra-veineuse de 10 cc. d’eau distillée. Soulagement immédiat.

Le 31-10-32 : Sorti, en voie de guérison.

Mokhtar ben Hassen, 20 ans.

Le 7-7-32 : Appendicectomie pour appendicite chronique.

Rachianesthésie : Nérocaïne : 2 ce. Caféine : 2 cc.

\ 30 ( 5 ce. L.C.R. (albumine 0,40).

Ciaude | 22 Le 10-7-32 : Céphalée. Tension au Claude : 10. Eau dislillée : 10 cc.

Le 11-7-32 : Céphalée persiste. Eau distillée : 10 cc. Cédation.

Abdelkader Rakmani. 55 ans. Ksiba.

Le 2-2-33 : Excision d’une fistule anale.

Rachianesthésie : Nérocaïne : 1 cc., 5. Caféine : 2 cc. Le soir même, légère retentin d’urines. Cathétérisme. Le 3-2-33 : Céphalée. Raiïideur de la nuque. Ponction lombaire en position assise. Claude : 6.

( 91 éléments par mme.

LERCANRS { Nombreux globules rouges.

10 cc. d’eau distillée. Guérison immédiate.

Le 7-2-33 : Légère reprise de la céphalée. 10 ce. d’eau distillée.

Guérison définitive.

Salah ben Abdallah. 45 ans. Medjez el Bab.

Le 31-1-33 : Ablation de quatre paquets hémorroïdaires par le procédé de Reclus.

Rachianesthésie : Vérocaine : 1 cc. 5. Caféine : 2 cc.

Le 2-2-33 : Céphalée.

28 (6 éléments par mmc.).

Claude

| 20 (albumine : 0,20).

10 cc. d’eau distillée. Le soir, la céphalée persiste.

10 cc. d’eau distillée. Disparition complète.

Le: 4-2-33 : Retention d'urines n'ayant nécessité qu’un seul sondage.

Le 13-2-33 : Sorti guéri.

Ali ben Messaoud, 51 ans.

Le 30-11-32 : Gouttière plâtrée du membre inférieur, pour fracture sus et inter-condylienne du fémur gauche.

Rachianesthésie : Vérocaïne : 1 cc. 5, Caféine : 2 cc.

Le 3-12-32 : Céphalée. Tension au Claude : 30. Eau distillée : 10 ce

Le 4-12-32 : La céphalée a complètement disparu.

Brahim ben Tlidjane. 50 ans. Tabarka.

Le 23-2-33 : [ncision et curettage d’un abecès ostéomyélitique du tibia droit.

Rachianesthésie : Vérocaïne : 1 cc., 5. Caféine : 2 cc. Le 26-2-33 : Céphalée.

30,4 éléments par mc.

LCR: Albumine : 0,55.

\ Présence de globules rouges.

Injection intra-veineuse de 20 cc. de sérum isotonique salé.

Disparition complète de la céphalée une heure après l'injection. É

Mohamed ben Ali. 28 ans. Mateur.

Le 2-3-33 : Excision d’une fistule anale.

Rachianesthésie : Nérocaïne : 1 ce. 5. Caféine : 2 ec.

Le 7-3-33 : Céphalée. Disparition 2 heures après une injection intra-veineuse de 20 cc. de sérum physiologique

salé.

OBSERVATION N° 16 -Miloud ben Larbi. 24 ans.

Le 3-3-33 : Cure radicale de hernie inguinale droite. Rachianesthésie : Vérocaïne : 2 cc.;5. Caféine : 2 cc.

4,2 éléments par mme.

FUMER: | Albuiïinine : 0,20.

Rares globules rouges.

Le 10-3-33 : Céphalée.

Claude :25.

Pas de globules rouges.

Lr0nR 14,8 éléments par mme.

Injection intra-veineuse de 30 cc. de sérum isotonique. 15 minutes après, la céphalée est jugulée.

Le 13-3-33 : Sorti guéri.

OBSERVATION N° 17 Taïeb ben Hadj. 66 ans.

Le 11-3-33 : Cure radicale de hernie inguinale droite. Rachianesthésie : VNérocaïne : 2 cc. Caféine : 2 cc.

de a DCR ( 2,2 éléments par mmc.

( Albumine : 0,18.

Le 13-3-33 : Céphalée. :

12 9,8 éléments par mmc.

Claude 5 cc. L.C.R.- Albumine 0,44.

10 Numération : Lymphocytes, globules rouges; pas de polynucléaires.

Guérison après injection intra-veineuse de 30 cc. de sérum isotonique salé.

Ces quelques observations nous montrent que les céphalées apparaissent surtout vers le deuxième ou le troisième jour. Elles sont rarement précoces, mais elles peuvent se montrer d’une façon tardive, vers le septième jour.

Au début de notre internat à Sadiki, nous demandions systématiquement à tous nos rachianesthésiés, s'ils souffraient de la tête: Beaucoup d’entreeux, très peu fixés sur leur état de santé, répon-. daient par l’affirmative, alors que spontanément, ils ne nous auraient jamais accusé de tels symptômes. Devant cet état de chose, nous avons changé

notre manière de faire et nous avons attendu que les malades se plaignent d'eux-mêmes. D’ailleurs, souvent, nous reconnaissons que ceux-ci sont atteints de céphalée, à ce qu’ils s’'emprisonnent la tête dans un mouchoir très serré. Peut-être sommesnous passé ainsi à côté de « maux de tête » passagers. De Ià notre très bonne statistique. Mais en agissant de la sorte nous avons pensé être plus près de la vérité, car le diagnostic d’une telle complication n’est pas toujours très aisé.

Lorsque la douleur siège dans ies régions occipitale et bulbaire et qu’elle à une intensité suffisante pour s'accompagner de raideur de la nuque et de rachialgie,bref lorsque le tableau de méningisme est ébauché, ce diagnostic s'impose. Par contre, lorsque la douleur était peu marquée et isolée, nous avons toujours été très embarrassé. Il ne suffit pas, en effet, de l’anamnèse, pour mettre la céphalée sur le compte de la rachianesthésie. On risque, en agissant de la sorte, de faire de nombreuses erreurs. Un certain nombre de faits cliniques que nous avons été appelé à observer, viennent à l’appui de ce que nous avançons.

A plusieurs reprises, nous avons été amené à remettre des opérations, que nous avions projeté de faire sous rachianesthésie. Ces malades, encore en instance d'opération, nous ont accusé des céphalées dans les jours suivants.

Plusieurs fois aussi des malades chez qui nous nous nous étions proposé de faire une rachianesthésie, ont demandé-au dernier moment, à « être endormis ». Nous avons accédé à leur désir et dans les jours suivants, certains se sont plaints de céphaiées. Nous en avons même observées chez des ma-

lades qui avaient subi une intervention sous anesthésie locale.

La fréquence des céphalées dans nos services n’est pas étonnante, si l’on considère que beaucoup de nos malades, en dehors de laffection chirurgicale pour laquelle ils consultent, sont des syphilitiques, des paludéens, des diathésiques et des urémiques. Dans deux ou trois cas de céphalées survenues sans fièvre, chez des malades éthérisés quelques jours avant, nous avons pu faire disparaître les symptômes douloureux, par la simple administration de quinine per os. Et nous avons attribué ces céphalées à une attaque larvée de paludisme.

Nous voyons donc qu’il y à lieu d’être très circonspect, surtout lorsque les malades auxquels on a à faire, ont des antécédents chargés. Lorsque la céphalée n'apparaît pas le deuxième ou le troisième jour et ne s’accompagne pas de signes nets d’irrigation méningée, le seul critère nous a semblé être donné par la ponction lombaire et l'examen du liquide céphalo-rachidien. Nos recherches nous ont montré, après beaucoup d’autres auteurs, que l’on pouvait constater des modifications tensionnelles, cytologiques et chimiques du liquide céphalo-rachidien.

Contrairement à l’opinion de ARNAUD et CRÉ- MIEUX, de LERICHE et de bien d’autres auteurs, nous ne croyons pas que l’hypotension soit la règle dans ces céphalées. Maïs qu’allons-nous prendre comme chiffre moyen de tension ? La tension rachidienne prise à l’appareil de Claude systématiquement au début de nos rachianesthésies, chez les malades où l'examen histologique, pratiqué par la suite, a montré un liquide céphalo-rachidien normal, par con-

séquent chez des sujets sains, s’est montrée émi-

nermment variable d’un individu à l’autre Le sujet étant assis, nous l’avons vu couramment osciller en: tre 15 et 40. Si nous prenons comme chiffre moyen de tension le chiffre 25, nous voyons que, parmi nos observations de céphalées, sur 9 cas où la tension fut prise, 5 cas seulement ont montré de l’hypotension, alors que dans les 4 autres cas la tension était normale ou augmentée.

La réaction méningée, la méningite histologique a toujours été retrouvée. L’examen cytologique du liquide céphalo-rachidien a montré, dans tous les cas, une lymphocytose plus ou moins marquée. Dans quelques cas, il nous a éte permis de mettre en évidence la présence de polynucléaires et de quelques globules rouges. L’hyperalbuminose est loin d’être constante.

Cette notion de réaction méningée est très ancienne, et c’est GUINARD, RAVAUT et AUBOURG qui, en 1901, la mirent en évidence et l’attribuèrent à l’eau des solutions hypotoniques. Elle persista, quoique d’une façon beaucoup moins fréquente avec les solutions isotoniques de GuinaRb. Elle fut retrouvée en 1911 par RICHE et MESTREZAT à la suite des rachinovocainisations et a été confirmée après guerre par LEc- LERC de Dijon. Cette « pluie diapédétique » comme l’'appelait GuiNaRD est admise par tous les auteurs. On peut dire qu’elle est constante et que par cela même, elle est le meilleur signe de l’origine post-rachi-anesthésique de la céphalée.

Peut-on dire que ces modifications du liquide céphalo-rachidien sont à l’origine de la céphalée ?

C’est entrer là dans le domaine de la PATHOGÉNIE et ce problème ne semble pas encore complètement éclairci. Les deux théories les plus communément admises aujourd’hui, pour expliquer la génèse de cette complication, sont la théorie de l’irritation méningée et la théorie hydraulique. Voyons à l’aide de notre statistique ce que valent ces deux théories. La théorie hydraulique accuse lhypotension du liquide céphalo-rachidien Elle repose sur les constatations nécropsiques de SICARD et les constatations opératoires de LERICHE à savoir: la non oblitération de la brèche méningée faite par la ponction lombaire, d’où la fuite de liquide céphalo-rachidien. Contre cette théorie viennent s'inscrire en faux les céphalées avec hypertension ou avec tension normale.

La théorie de l’irritation méningée a pour elle la constatation d’une façon constante d’une hyperlymphocytose rachidienne. Contre cette théorie viennent s'inscrire en faux les résultats brillants et rapides obtenus par les injections intra-veineuses d’eau distillée dans le traitement des céphalées. Nous voyons mal, comment une telle pratique peut supprimer en quelques instants la méningite histologique, surtout lorsque la lymphocytose s'élève à 91 comme dans l'observation numéro 11 ou même seulement à 30,4 comme c’est le cas dé notre malade n° 14.

Donc ces deux théories, basées sur des faits exacts, sont insuffisantes pour expliquer tous les cas de céphalée. Devant cette carence, nous nous sommes applique à essayer de mettre en évidence une autre cause. Notre maître avait pensé un moment à incriminer les globules rouges épanchés dans les espaces sous-arachnoïdiens, à la suite de piqûres de {a moelle ou des vaisseaux sous-dure-mériens. De fait,

les globules rouges ont été retrouvés souvent dans le liquide céphalo-rachidien de nos malades atteints de céphalée. Mais à cette conception, on pourrait faire les mêmes griefs qu’à la théorie de l’irritation méningée.

En raison des résultats brillants et rapides obtenus par les injections intra-veineuses, dans le traitement des céphalées post-rachianesthésiques, nous sommes arrivé à accuser une autre cause déterminante dans la production de cet incident. Cette conception, que nous n’avons pas retrouvée dans les travaux modernes, n’a que la valeur d’une hypothèse et nous ne la donnons que comme telle. Avant notre arrivée, toutes les céphalées étaient traitées d’une façon satisfaisante, par des injections de caféine renouvelées matin et soir, pendant deux ou trois jours. Au début de notre travail, nous les avons guéries selon la méthode de LERICHE par des injections intra-veineuses d’eau distillée. Comme à ce moment-la, nous admettions qu’il y avait hypotension dans la majorité des cas, nous étions près de penser que la diminution de concentration du sang par rapport au liquide céphalo-rachidien créait, par osmose, un courant de liquide à travers les plexus choroïdes, d’où augmentation de la quantité de liquide céphalo rachidien, et disparition de lhypotension et de la céphalée. Mais cette hypothèse fut rapidement abandonnée par nous, lorsque nous eüûmes constaté les faits suivants :

1° La céphalée est amendée aussi bien par les injections intra-véineuses d’eau distillée, que par celles de sérum physiologique ou de sérum hypersalé à 20%. Ceci, joint à la rapidité d'action de ce traitement, fait penser à la mise en jeu d’une action nerveuse.

2° Cette action nerveuse n’agit pas par sécrétion de liquide céphalo-rachidien, car cette pratique réussit dans tous les cas de céphalées, que la tension rachidienne soit diminuée, normale ou augmentée.

3° Enfin, sur de nombreux malades, il nous a été permis de constater que ce traitement agit sur toutes les céphalées, quelle que soit leur étiologie. Et voici quatre des observations les plus caractéristiques :

Amor ben Hadj, âgé de 28 ans, se fait hospitaliser dans notre service, le 2 mars 1933, pour fracture de la partie sus-orbitaire gauche du frontal, remontant à une quinzaine de jours.

Au niveau du foyer de fracture existe une plaie infectée du cuir chevelu. L’os est à nu. Atrophie du nerf optique gauche. |

Le 3 mars 1933, intervention sous-anesthésie générale à l’éther. Incision curviligne à base antéro-inférieure augmentée d’un débridement latéral gauche.

On tombe sur le foyer de fracture représenté par :

1° Un séquestre embarré,

2° Deux traits de fracture limitant la partie de l'os frontal répondant à ia voûte orbitaire gauche.

Elargissement de la brèche osseuse à la pince gouge. Ablation du séquestre et des fragments osseux. On se trouve dans l’obligation d’arracher les fragments mobiles du frontal, supprimant de ce fait tout le plafond de l’orbite.

Suites opératoires normales et apyrétiques.

Le 29 avril 1933, le malade accuse une légère céphalée en casque.

Le 30 avril, la céphalée est devenue violente. Une injection intra-veineuse de 20 cc. de sérum salé à 20% ramène le calme en une demi-heure.

NH —

Maruani Messaoud, âgé de 15 ans, est admis à l’hôpital le 13 avril 1933, pour fracture ouverte de la jambe gauche. Comme l’orifice cutané est petit et qu’il n’existe pas de déplacement, on se contente de mettre le membre fracturé en gouttière et de se tenir dans l’expectative armée.

Evolution apyrétique et le 25 avril, on immobilise le membre dans un Delbet de marche.

Le 10 mai, le malade, qui était fait sortant, nous accuse de la céphalée avec catarrhe oculo-nasal. La sortie est remise à un autre jour. Il n’est prescrit aucune médication.

Le 10 mai, à la contre-visite du soir, la céphalée a augmenté. La température est à 38°4 sous l’aisselle. Une injection intra-veineuse de 20 cc. d’eau distillée fait disparaître la céphalée en une demi-heure.

Le lendemain, l’amélioration persiste, la température est à 36°4. Il est apparu une légère vésicule d’herpès sous la narine droitc.

Mohamed ben Sâad, âgé de 25 ans, et atteint d’un énorme ulcère pyloro-duodénal, est gastro-entérostomisé sous lade est purgé et alimenté dès le quatrième jour.

Les suites cpératoires sont tout à fait normales. Le transit intestinal se rétablit dès le lendemain matin, et le maanesthésie locale, le 4 mai 1933.

Le 1° mai, le malade se plaint de céphalée.

Le lendemain, la céphalée s’est accrue. Une injection de 10 cc. de sérum salé à 20 % amène une guérison immédiate et définitive

El Adel ben Abidi, âgé de 35 ans, devait être opéré de hernie inguinale droite, le 6 mai 1933, sous rachianesthésie. Au moment de monter sur la table, il nous accuse de la céphalée. L'opération est remise, mais il n’est institué aucun traitement. Le lendemain, la céphalée s’est accrue

et nous la guérissons par une injection intra-veineuse de 10 cc. de sérum salé à 20 %.

Nous avons opéré le malade sous rachi à la percaïne, le 9 mai 1933. Le 25 mai, soit seize jours après, légère céphalée guérie de la même façon que la première fois.

Ceci nous amène à croire que la céphalée a la même pathogénie, quelle que soit leur étiologie, et en particulier, que les céphalées des rachianesthésiés, des migraineux et peut-être des méningitiques, ont le même mécanisme.

On pourrait se demander si cette cause commune n’est pas une vaso-dilatation des vaisseaux méningés. De fait, cette vaso-dilatation existe dans les cas de méningite aiguë. Elle a été mise en cause dans la pathogénie des migraines. Elle existe surement dans les céphalées post-rachianesthésiques et nous n’en voulons pour preuve que la « pluie diapédétique » qui s’est montrée constante.

Dès lors, il resterait à chercher la cause déterminante de cette vaso-dilatation. Une hypothèse assez souriante serait d’incriminer la cocaïne qui, par son action élective sur l’orthosympathique, produirait une paralysie des vaso-moteurs. D’ailleurs, la tendance actuelle n'est-elle pas d’incriminer l’orthosympathique dans les accidents de la rachianesthésie ? Le ralentissement cardiaque et les vomissements, lesquels rappellent si bien le mal de mer, font penser à une prédominance vagotonique par suite de la paralysie de l’orthosympathique. La baisse de la pression sanguine que l’on voit au cours de la rachianesthésie, reconnaît pour une part une raso-dilatation viscérale, comme l’ont bien prouvé les expériences de ScHiLr et ZIEGNER. De plus,

ie te

d’après HÉbox, l’origine vasculaire par paralysie des

’aso-constructeurs, dans la génèse de cette hypotension est prouvée par la chute de la minima dans les observations oscillométriques des rachianesthésiés. Enfin, l’action kinétique de la rachianesthésie sur l'intestin, est due à la suppression du tonus frénateur de l’orthosympathique. Cette hypothèse émise par WAGNER, au Congrès allemand de Gynécologie en 1923, a été démontrée expérimentalement par DOMENECH ALSINA. >

Comment agit alors l'injection intra-veineuse ? Peut-être par vaso-constriction par action nerveuse réflexe dont le point de départ seraient les plexus nerveux péri-artériels du vaisseau périphérique, dans lequel Pinjection a été poussée. D’aiïlleurs tous les médicaments hypertenseurs préconisés dans le traitement des accidents de la rachanesthésie, tels que adrénaline et éphédrine, sont en même temps des vaso-constricteurs et des excitants de l’orthosympathique.

Quoi qu’il en soit, un fait patent demeure. L’emploi des injections intra-veineuses d’eau distillée, de sérum physiologique ou de sérum hypertonique salé, donne de très bons résultats dans le traitement des céphalées post-rachianesthésiques. Il semble que Jes résultats obtenus soient fonction à la fois de la quantité de sel et de la masse du liquide injecté. Aussi, voilà la technique à laquelle nous nous sommes arrêté, Dès que le malade accuse des « maux de tête » nous injectons, dans une veine du pli du coude, 20 cc. de sérum salé à 10%. Si au bout de une heure environ, il ne s’est pas fait sentir d’amélioration, nous injectons, par la même voie, 30 ce de sérum physiologique salé. Il est rare que la cé-

phalée résiste à ces deux injections. Si le lendemain la céphalée a tendance à réapparaître, nous refaisons une injection de 30 ce de sérum physiologique dans une veine. Nous avons là une arme puissante qui rend cet incident post-opératoire bénin.

Parmi les accidents post-opératoires de la rachianesthésie, il y a lieu de faire place aux RÉTENTIONS D'URINE. Nous avons relevé cet incident 26 fois, soit dans une proportion de 3 pour 1.000.

Ce chiffre est peut-être loin de la vérite, mais le fait que cet incident n’a pas été noté méticuleusement, montre suffisamment le peu d'importance que nous y attachons. Et de fait, nous n’en avons jamais constaté qui se soit prolongé de façon inquiétante.

Le plus souvent, la rétention d’urine apparaît le premier ou le deuxième jour de l'intervention. En général, elle est toute passagère et réclame tout au plus un catéthérisme. Dans quelques cas, la paralysie vésicale s’est prolongée pendant quelques jours; mais elle a rapidement rétrocédé à la suite d’instillations de glycérine boriquée.

Le contingent de ces complications est fourni surtout par les malades ayant eu à subir une intervention sur le périnée. Aussi, est-on en droit de se demander s’il ne s’agit pas d’une rétention d’urine réflexe par suite de la douleur. Ceci semblerait être confirmé par le fait que cet incident se voit avec le maximum de fréquence dans la soirée du jour méme de l'intervention. Dans d’autres cas, nous lPavons vu apparaître à la suite d’une appendicite, d’une hernie étranglée. Dans ces cas-là, en dehors d’un léger degré d'infection péritonéale mis en cause par certains auteurs, il faut incriminer le fait que les opérés de l’abdomen se refusent souvent à faire

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agir les muscles de leur paroi abdominale, D’ailleurs, la rétention d'urine se rencontre aussi chez les malades opérés sous anesthésie générale à l'éther. Si elle est beaucoup moins signalée dans ces cas-là, c’est que surtout fréquente après les interventions abdominales, elle est alors noyée dans le tableau de liléus dynamique post-opératoire.

Quant aux rétentions et incontinences d’urine tardives, nous n’en avons jamais constaté et pourtant le service d’urologie est annexé au service de chirurgie.

Nous avons déjà eu loccasion de parler des INCONTINENCES DES MATIÈRES FÉCALES alu cours de l'intervention. Les émissions alvines, sur la table d’opération, n’ont été observées que chez les malades atteints de hernie étranglée ou d’occlusion intestinale. Mais dans ces cas, il semble qu’il faille incriminer, au premier chef, la levée de l’obstacle. Peut-être la rachianesthésie joue-t-elle un rôle favorisant. Mais ce serait là alors plutôt un avantage, car ce faisant elle réduirait au minimum la résorption toxique en évacuant rapidement le contenu hyperseptique de la portion sus-sticturale de l'intestin.

Nous n’avons pas non plus à signaler d’incontinences tardives des matières et pourtant nombreux sont les cas où l’excision d’une fistule anale nous a obligé à faire une section complète du sphincter.

Enfin, il nous reste à dire deux mots des SÉQUELLES TARDIVES de la rachianesthésie Nous envi-

sagerons surtout les séquelles nerveuses, car les autres ont déjà été vues chemin faisant. Qu’il s'agisse de paralysies des muscles de l’œil ou d’un nerf cranien quelconque, de paraplégies ou de paralysies localisées du membre inférieur, l'incident n’a jamais été rencontre pendant tout le séjour de nos malades à l'hôpital.

Si l’on veut bien remarquer que l'hôpital Sadiki est l’unique hôpital indigène de la Régence, il est permis de penser qu’en cas de complications tardives, c’est à cet établissement que nos malades seraient revenus consulter. Ur, nous n’avons pas eu connaissance d’une telle complication et les chefs de service d’ophtalmologie et de médecine, qui sont en Tunisie depuis de nombreuses années, n’ont jamais constaté de pareils accidents.

A côté de ces inconvénients, la rachianesthésie possède un certain nombre D’AVANTAGES que nous nous proposons de citer sans trop nous étendre, car nous avons déjà eu l’occasion d’en parler au cours de ce qui précède.

Une des premières qualités de la méthode est sa simplicité. Technique simple, matériel réduit au strict minimum et facilement transportable, indications et contre-indications très faciles à poser, font que la rachianesthésie est une méthode à la portée de tout le monde. En particulier, pour un médecin habitué à faire des ponctions lombaires, sa pratique exige un apprentissage beaucoup moins long que celui réclamé par les anesthésies locales ou générales. De plus l’économie de l’aide, peu appréciable dans les grands centres chirurgicaux; le sera davantage pour le médecin perdu dans le bled. Bien souvent, celui-ci renonce à faire une petite intervention d’urgence, faute d’anesthésiste. Au contraire, l’anesthésie lombaire pourra lui rendre de très grands services, ne serait-ce qu’en obstétrique et pour le traitement immédiat des traumatismes graves du membre inférieur. Avec la diffusion de cette méthode, peut-être verrons-nous moins de blessés ou de parturientes mourir au cours d’un transport long et pénible ou encore arriver à l’hôpital dans un état désespéré.

Si les « bienfaits du sommeil anesthésique » chers

en PE

à J. L. FAURE, sont appréciables chez les pusillanimes, en revanche la conservation de la conscience chez les rachianesthésiés peut-être, dans certains cas, d’un précieux secours pour le chirurgien. Cela permet en effet à celui-ci, lorsqu'il a fait le bilan exact des lésions par investigation de visu, de proposer au malade tel complément d'intervention qui paraît nécessaïîre, alors qu’il n’avait pas été prévu.

Enfin la simplification de la technique opératoire et sa plus grande rigueur seront les avantages les plus appréciés du chirurgien. En effet, lorsque l’anesthésie est parfaite, ce qui se voit au moins dans 75 % des cas, le malade nous est livré inerte, en résolution musculaire complète. Pendant trois quarts d'heure à une heure, l’analgésie sera profonde et toujours égale à elle-même. On ne notera plus de ces mouvements brusques des éthérisés, de ces apnées prolongées, de ces débuts d’asphyxie où le « sang noir » inquiète et interrompt le chirurgien. Celui-ci pourra s’adonner entièrement à la tâche qui lui incombe et, avec l’aide du silence abdominal, pourra mener à bien des interventions délicates.

De plus, dans les interventions extra-péritonéales, il n'aura pas le souci de laisser le malade le moins possible sous l’action de l’anesthésique. Et, au lieu de s’irriter contre les difficultés imprévues et les contre-temps, ce qui bien souvent lui fera perdre une partie de ses moyens, il abordera posément les obstacles qui pourront surgir, s’assurera d’une hémostase soigneuse et s’appliquera à une asepsie rigoureuse. Et cette rigueur de la technique opératoire rendra l’opération plus bénigne. Ceci explique, dans une large part, que PAUCHET ait écrit, dès 1913, au Congrès français de Chirurgie: « Néanmoins,

MAR EEE

« malgré l'intoxication possible dont je n'ai cons: « taté qu'un seul exemple, non mortel d'ailleurs, « alors même que l'anesthésie médullaire serait « plus dangereuse que la narcose, je lui conserve- « rai la préférence dans les opérations graves du «< membre inférieur et du bassin, tellement la ré- « solution musculaire plus complète, l'insensibilité « plus profonde, rendent la technique plus facile et « par suite l'opération moins grave. »

Aucun mode d’anesthésie ne nous assure la réunion de tous ces avantages.

L’anesthésie locale, dont les applications sont malgré tout restreintes, exige une minutie et un tour de main que tout chirurgien ne peut acquérir.

Le kélène et l’éther sont inflammables. L’anesthésie générale nécessite une grande pratique.

Le protoxyde d'azote, dont on a voulu vanter les mérites, n’est pas si inoffensif qu’on a bien voulu le dire. fl ne donne pas de calme absolu, est difficile à donner et nécessite un anesthésiste spécialisé et un appareillage extrêmement compliqué, difficile à se procurer dans les pays lointains.

Quant à l’éther, nous ne voulons pas insister sur les quelques désavantages qu’il présente. IL donne lieu à une respiration bruyante avec apparition d'une bave mousseuse et de poussée abdominale chez des malades qui, quelquefois, asphyxient sans dormir.

Nous ne parlerons pas des autres modes d’anesthésie générale, qu’il s'agisse de lavements à l’éther, d’injections intra-veineuses de somnifène ou enfin de la dernière venue le rectanol, qui fit beaucoup de bruit et qui est un anesthésique bien décevant. On peut tout au moins lui reprocher son manque de

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