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simplicité. Tenir compte du poids, de la hauteur, de la circonférence d’un individu, faire la dissolution de l’anesthésique dans une eau à température constante, d’une pureté absolue, la nécessité impérieuse d’une préparation spéciale du malade, à qui l’on doit faire après beaucoup d’autres le dernier lavement anesthésiant, sont autant de manœuvres, qui exigent trop de manipulations et trop de personnel, pour obtenir en définitive une anesthésie de base, c’est-à-dire une anesthésie qui, en fait, huit fois sur dix, si ce n’est plus, ne permet pas une opération sans un anesthésique complémentaire par un anesthésique général, et avec des doses de ce dernier, quelquefois aussi considérables que si on l’avait employé seul. Ce mode d’anesthésie nous apparait comme devant compliquer inutilement les manœuvres anesthésiques, en accumulant les inconvénients pour des avantages qui, jusqu’à présent, nous apparaissent très contestables. Un jour peut-être arrivera-t-on à découvrir un produit que l’on pourra utiliser comme le rectanol et qui aura les qualités d’un anesthésique vrai, c'est-à-dire d’un anesthésique capable de permettre à lui seul de mener à bien une intervention chirurgicale.
Mais c’est surtout dans les SUITES OPÉRATOIRES que la rachianesthésie nous apparaît avec tous ses avantages.
L'intervention finie, le malade est reporté dans son lit. C’est là que nous pouvons le voir quelques instants après, content de se retrouver sain et sauf, souriant et quelquefois même fumant la cigarette. Pas de vomissements, ni d'efforts de toux, ni de mouvements brusques, tous inconvénients qui ris-
queraient de mal impressionner les malades qui attendent leur tour, et de compromettre la solidité du pansement et peut-être l'intégrité de la paroi. Cette fin d'anesthésie est très appréciée des malades et des chirurgiens et REcLus, le grand ennemi de la rachianesthésie disait, à la séance du 25 mars 1901, à la Société nationale de chirurgie de Paris: « J'ai « opéré entre autres une femme de soivante-cinq « ans, atteinte d'un cancer inopérable du rectum, et « profondément cachectique. Elle a supporté admi- « rablement 2,5 de cocaïne; l’anesthésie a été très « bonne et elle est rentrée dans son lit, rose, calme, « souriante, en meilleur état qu'avant l'opération. »
Les suites opératoires sont extrêmement simplifiées et sur ce point tous les auteurs sont d’accord. Cette simplicité est due à ce que la rachianesthésie est la méthode d’anesthésie qui, après l’analgésie locale, donne le choc minimum et réduit à leur plus simple expression les complications post-opératoires.
Ces avantages résultent de ce que :
1° La rachianesthésie respecte les émonctoires
JEANBRAU, CRISTOL et BONNET ont constaté que, à la suite des anesthésies par narcose, le rapport d’acidose était toujours augmenté, alors qu’il n’était pas modifié à la suite des rachianesthésies Wipaz, Hu- TINEL et ABRAMI ont montré que la cellule hépatique restait indemne à la suite de l’analgésie rachidienne ou sous cutanée par la novocaïne, ce qui est loin d’être la règle pour les anesthésies par inhalations surtout lorsqu'il s’agit du chloroforme
Von BRUNN a soutenu que, en ce qui concerne les reins, la rachianalgésie agit plus favorablement que l’anesthésie générale.
De fait, parmi les 8.000 rachi-anesthésies de no-
tre statistique, nombreux étaient les sujets atteints d’affections rénales et surtout hépatiques. Or, dans les suites opératoires, il n’a jamais été constaté d’ennuis du côté de ces viscères et l’on peut d’ores et déjà dire que la rachi est l’anesthésie de choix chez les malades atteints de déficience de ces émonctoires.
Enfin, le rétablissement rapide des fonctions. intestinales, tout en désintoxiquant l’organisme, évite ce balionnement de l’abdomen si souvent douloureux ou tout au moins désagréable, et par l’apparition précoce des gaz, tranquillise le chirurgien quant à l’intégrité du péritoine et des sutures.
2° La rachianesthésie est l'anesthésie qui donne la déshydratation minimum.
La ventilation pulmonaire exagérée et la réaction séreuse intense des muqueuses respiratoires, observées au cours de l’anesthésie générale, ainsi que vomissements post-anesthésiques, sont autant de causes de déshydratation. Et de fait, trois ou quatre heures près la narcose, les opérés nous montrent souvent une langue sèche et fendillée.
Avec la rachianesthésie, toutes ces causes de perte d’eau n'existent pas. De plus, sauf contre-indications spéciales, les malades sont autorisés à boire dès la fin de l'intervention. Ceci permet de réduire au minimum le choc diététique de CHAUVIN et ÆŒÆco- NOMOS, qui, comme l’a bien montré DERRIEN, vient s'ajouter à l’anesthésie et à l’intervention, pour augmenter le choc post-opératoire.
3° La rachianesthésie donne un choc chirurgical minimum.
ARRIS et GALE ont montré que la rachianesthésie
était un moyen d’atténuer le choc nerveux traumatique, le railwayspine des Anglais. TYRREL Gray ei. PARSON ont attribué cette action à l’interception des excitations nerveuses parties de la région traumatisée et à la suppression de sa transmission aux centres bulbaires. On conçoit donc très:bien que ce mécanisme jouera encore bien mieux pour les excitations nerveuses parties du champ opératoire. Il faui voir là une des raisons des bons résultats obtenus avec l’anesthésie rachidienne dans certaines interventions réputées à juste titre, comme choquantes.
4°. Enfin la rachianesthésie respecte le poumon.
La tendance actuelle des chirurgiens est, sous l'impulsion de J. L. FAURE, d'admettre l’origine embolique des complications pulmonaires post-opératoires. II ne nous appartient pas ici de discuter la question. Mais il y a lieu de remarquer que ces complications n’ont pas toujours les caractères cliniques et nécropsiques des congestions pulmonaires emboliques. Même si cette pathogénie est exacte, il faut néanmoins admettre que les anesthésiques généraux, par leur action irritante directe sur les poumons, par leur action toxique sur les autres viscères et par leur défaut d'action sur le choc chirurgical, non seulement prédisposent aux complications pulmonaires, mais encore, du fait de la moindre résistance des sujets, les aggravent lorsqu'elles apparaissent. ;
C’est ce que la clinique nous permet de vérifier chaque jour. Les enfants et les adolescents que nous avons opérés sous l’éther, de hernie inguinale, ont fait des. complications pulmonaires deux fois plus souvent que les adultes et les vieillards opérés sous
rachianesthésie.
de
Récemment encore, deux adultes jeunes, chez qui on pratiqua une laparotomie exploratrice pour plaie de l’hypocondre gauche (plaie qui se montra non pénétrante à l’intervention) firent tous deux une congestion pulmonaire qui, pour ne pas être mortelle, fut cependant inquiétante.
Le choc réduit et la rigueur de la technique opératoire, expliquent la diminution de la mortalité post-opératoire. Ces avantages n’ont pas été, semble-t-il, assez pris en considération dans l’évaluation de la rachianesthésie contre laquelle on a surtout dressé, en les exagérant souvent, ses inconvénients précoces et surtout sa mortalité immédiate.
Evidemment, le gros reproche que nous pouvons faire à la rachianesthésie, telle que nous la pratiquons, est d’être réservée à des opérations portant sur la moitié inférieure du corps, alors que les autres sont capables de donner une anesthésie de tout le corps et permettent en particulier, des opérations qui, par leur siège même, sont certainement parmi les plus sérieuses et les plus graves. Et c’est bien là le reproche que nous pourrons faire tout à l’heure à notre statistique, quand nous allons aborder l’étu- ‘de de la mortalité.
Les avantages que nous voulons bien concéder à anesthésie générale, nous restons persuadé que M. ie PROFESSEUR JONNESco et ses élèves seraient loin de les accorder. Car on sait avec quel succès, ils ont employé la rachianesthésie généralisée dans des milliers de cas. S'ils avaient dû avoir un pourcentage trop grand de mortalité, leur ferveur aurait
été sûrement tempérée par le refus des patients à se faire anesthésier. Pour si peu nombreux que soient les cas de mort annoncés par Les chloroformisateurs, avouons qu'ils ont singulièrement impressionné les malades et il est une crainte que tous ceux qui ont pratiqué la chirurgie ont souvent entendu proférer par leurs malades :°« Ce n'est pas: l'opération qui me fait peur, c'est le chloroforme. » Et nous pensons en vérité que seulé, l’anesthésic locale ou régionale, peut se poser en rivale incontestée de la rachianesthésie, lorsqu'elle peut-être pratiquée à sa place. Sans doute son domaine s'agrandit chaque jour et il est très vraisemblable que l’on arrivera encore à multiplier ses indications.
En attendant cette généralisation, où mieux l'arrivée de l’anesthésique idéal, de l’étude impartiale des inconvénients et des avantages que nous .ont donné la pratique de l'hôpital Sadiki, nous ne pouvons mieux faire, pour conclure, que de répéter ce que TüFFIER écrivait déjà en 1901 à la Société na-
tionale de Chirurgie de Paris : « L’analgésie cocati- « nique. par voie rachidienne doit rester dans le ca: «dre chirurgical et sa place est nettement marquée « entre l'anesthésie générale et l'anesthésie locale.»